En six portraits, Le Monde proposait la semaine dernière la rencontre de six « sentinelles » de la culture contemporaine. Parmi ceux-là (Emmanuel de Buretel, Rudy Ricciotti, Henri Loyrette), Rodrigo Garcia, le maestro argentin.
Après deux spectacles en berne, Rodrigo Garcia est revenu avec deux pièces fortes : « Et balancez mes cendres sur Mickey » vue au festival « Mettre en scène » 2006 à Rennes (TNB) et « Bleue, saignante, à point, carbonisée » au festival d’Avignon 2007. Des critiques de mauvaise humeur, un scandale injuste – autour d’une femme rasée au cours du spectacle – l’ont placé de nouveau au cœur des controverses. On devrait, à la place, saluer la renaissance de Rodrigo Garcia tant il s’est renouvelé et a réussi à renouer avec la poésie de ses premiers textes (After sun, Jardineria Humana)
Son drame est, il le répète souvent, que cette poésie de combat, née d’une grande amertume politique et sociale, se heurte aujourd’hui à son propre public : « Je n’aime pas mon public, parce que je ne me reconnais pas en lui. On vit tous surprotégés, à l’intérieur d’une bulle de faux bien-être. Je ne peux pas faire du théâtre dans leur bulle… ». Il faut le sentir, dans les théâtres, ce public, bourgeois et affreusement « culturel », applaudir aux provocations et ne rien discerner de l’engagement « philosophique » de Rodrigo Garcia – des conceptions certes contestables, mais empreintes d’une grande sincérité et sans compromis. Le pire des malentendus.
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After sun, Rodrigo Garcia, 2003 © Sofia Menendez
« Rodrigo Garcia ou les limites de la provocation sur scène » Par Brigitte Salino, Le Monde, Samedi 29 décembre 2007, p.18.





