Archive de la catégorie ‘Herve Guibert’

Le grand retour d’Hervé Guibert

Samedi 19 septembre 2009

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Santa Caterina © Hervé Guibert

Octobre sera guibertien ou ne sera pas ! Après le projet « rien autre que radiophonique » de Vincent Josse, les éditions Gallimard annoncent pour le début du mois la réédition du premier texte d’Hervé Guibert paru aux Editions Régine Deforges « La mort propagande », augmenté d’une préface de Thomas Simonnet, éditeur si attentif à l’œuvre de l’auteur du « Mausolée des amants » à qui l’on doit aussi les dernières rééditions (« Zouc par Zouc », « Suzanne et Louise », « Les articles intrépides »). Le 4 octobre, le distributeur BHQL proposera à la vente le film mythique et terrible d’Hervé Guibert « La pudeur ou l’impudeur », une docu-fiction tournée dans les dernières semaines de la vie de l’écrivain entre Paris et l’Ile d’Elbe. Ses deux éditions vont de pair tant elles permettent en reflet l’une de l’autre de mieux comprendre l’oeuvre « barbare et délicate » d’Hervé Guibert…

Hervé Guibert, La mort propagande et autres textes de jeunesse, Editions Gallimard.

La pudeur ou l’impudeur, un film d’Hervé Guibert, Editions BHQL. En bonus, un commentaire de l’écrivain Christophe Donner et les deux émissions télévisées « Apostrophes » et « Ex-Libris » auxquelles participa Hervé Guibert.

Hervé Guibert, journaliste intrépide

Samedi 22 novembre 2008

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Hervé Guibert © DR

Silence, puis de nouveau l’avalanche. Ce jeudi, Hervé Guibert faisait la une de deux des trois suppléments littéraires de la presse française. Dans « Libération », Philippe Lançon, fin analyste de la prose guibertienne, salue le talent du jeune journaliste Guibert à la faveur de la parution des « Articles intrépides » (Gallimard), recueil d’articles culturels publiés dans « Le Monde » entre 1977 et 1985 : « De Guibert, tout est là : une fantaisie précisée, cette phrase volante où les virgules rythment et innervent l’effort d’aimer, la morsure du regard sur le corps qui bouge, sécrète et se métamorphose, un goût de la vérité par excentricité des artifices et du spectacle, une passion légère pour les révérences de la mort. »
Nettement moins à l’aise, dans sa chronique du « Figaro littéraire », Yann Moix se prend les pieds dans le tapis de son admiration mais l’essentiel reste qu’à chaque nouvelle publication, la fascination pour Guibert, qu’il soit journaliste, écrivain, photographe, demeure. Espérons qu’il en soit ainsi longtemps et que ces articles « intrépides » et louangeurs permettent à Hervé Guibert de rencontrer de nouveaux lecteurs. On annonce pour 2009 la sortie en DVD de son film « La pudeur ou l’impudeur » (BQHL) et le coffret sonore du journaliste Vincent Josse « Hervé Guibert, l’écrivain photographe » (Naïve / Radio France) avec des textes de l’auteur lus par Jean-Louis Trintignant, Juliette Gréco, Cyrille Thouvenin et Anouk Grinberg.

Les articles intrépides, Hervé Guibert, Gallimard.

Le protocole rédactionnel, par Philippe Lançon, Libération, 20 novembre 2008.

Tony Duvert, mort seul à Thoré-la-Rochette

Vendredi 22 août 2008

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Tony Duvert © Louis Monier / Gamma

Hier, le quotidien régional La Nouvelle république dans son édition du Loir-et-Cher nous apprenait, en page 4 à la rubrique « Faits de société », la mort de l’écrivain Tony Duvert, né en 1945 et disparu dans un total anonymat, découvert un mois après son décès, des voisins intrigués par une boîte aux lettres qui déborde : « La personne retrouvée sans vie à son domicile hier n’était pas que le vieil homme solitaire que connaissaient les habitants de son village. Ecrivain reconnu nationalement dans les années 70, ses écrits feraient scandale aujourd’hui : il y faisait l’apologie de la pédophilie » lit-on sous la plume de Rémy Maucourt.
Tony Duvert, prix Médicis 1973 pour « Paysage de fantaisie », rappelé à la mémoire d’un public averti en décembre 2005 par l’adaptation de son roman « L’île atlantique » par Gérard Mordillat. A la diffusion du téléfilm sur Arte, interrogée par Daniel Garcia, la journaliste Josyane Savigneau disait de lui : « J’étais persuadée qu’il serait le plus grand écrivain de sa génération. Tony Duvert a disparu un jour, sans même avoir cherché à théoriser son silence. Je rêvais de le rencontrer, évidemment, ça ne s’est pas fait et je ne sais même pas à quoi il ressemble ! Même son éditeur, quand je suis entrée dans le métier, ne correspondait déjà plus avec lui que par lettres ».
Les livres de Tony Duvert, publiés par Jérôme, puis Irène Lindon aux Editions de Minuit (« Récidive », en 1967, puis « Journal d’un innocent », « Quand mourut Jonathan », « Un anneau d’argent à l’oreille » jusqu’à « Abécédaire malveillant » en 1989) continuent de hanter les bonnes librairies, comme ceux d’Hervé Guibert. Personne ne vous les recommande, mais il est rare qu’ils ne soient pas là, à leur place. Une œuvre difficile et délicate, un style flamboyant qui eut, par sa défense de la pédophilie au nom de la liberté des garçons à disposer de leur corps et de leur sexualité, une place à part dans la littérature française et la société de l’après-68. L’écrivain François Nourissier se souvient aussi de lui : « Il vivait dans une cabane au bord d’un étang. C’est tout ce que j’ai pu apprendre, mais après tout, je n’avais pas besoin d’en savoir davantage, je n’ai pas la curiosité des étangs, j’ai celle du style et avec Tony Duvert, je suis servi… La période d’innocence qui s’offrait aux artistes dans les années 70 est révolue : on ne peut plus parler librement de ces choses en ce moment ».
A l’annonce de sa mort, ce matin par un entrefilet dans Libération, je retrouve cette anecdote de Matthieu Galey dans le tome II de son « Journal » : « 1975. 20 mars. Marrakech. Dès l’arrivée ici, on est dans le burlesque. Jean-Pierre Dorian qui organise ce prix depuis vingt-trois ans, est dans tous ses états parce qu’il y a eu un scandale au dîner d’hier. Invité par raccroc, le jeune Tony Duvert a fait un esclandre épouvantable, jetant des bouteilles à la tête des invités, cassant des verres et insultant tout le monde. Au point que le gouverneur qui était du dîner, voulait le coffrer. Motif de ce scandale : Duvert, jeune romancier de gauche, avait reproché à ces vendus capitalistes de se goberger à la Mamounia en suçant le sang du peuple ? Pas du tout. « Il avait tenu, dit Dorian, outré, des propos inadmissibles sur Mozart »… Espérons que le diable, là où il est, en rit encore.

Le site des Editions de Minuit.

Un ancien prix Médicis retrouvé mort, par Rémy Maucourt, La Nouvelle république, jeudi 21 août 2008.

Duvert le scandaleux, par Daniel Garcia, Livres Hebdo, n° 625, 9 décembre 2005.

L’île atlantique, un film de Gérard Mordillat, avec Catherine Jacob, Marianne Basler, Jean-Damien Barbin. (France, 2005, 91mn, Arte France, Archipel 33)

Matthieu Galey, Journal 1974 – 1986, Editions Grasset, 1989.

Souvenirs de l’Académie espagnole

Dimanche 30 mars 2008

Tant de convoitises autour de l’Académie de France à Rome ! Après le hold-up manqué de Georges-Marc Benamou et l’opération de résistance menée tambour battant par Olivier Poivre d’Arvor et une ligue de pétitionnaires de haut vol, le bal des prétendants a rouvert. Sur injonction présidentielle, c’est au sarkozien Hugues Gall, ancien président de l’Opéra de Paris, entouré d’une commission ad hoc qu’il reviendra d’auditionner les candidats et de faire des propositions à la ministre de la Culture, ranimée rue de Valois depuis l’échec de la droite aux municipales. L’affaire a été commentée dans de nombreux médias et particulièrement bien par Le Figaro qui y consacrait ce samedi une enquête intéressante dans son supplément culturel. Pour en savoir davantage, je ne saurai trop vous recommander la lecture de « L’Incognito » d’Hervé Guibert (Gallimard), un roman à clés facétieux, tiré de ses deux années passées aux côtés du poète belge Eugène Savitzkaya à la Villa Médicis, rebaptisée avec humour « l’Académie espagnole ». Vous aurez, entre les mains, un témoignage de première main – de première méchanceté ? – sur la vie de quelques heureux pensionnaires sur les hauteurs de Rome au temps de Jean-Marie Drot…

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La Villa Médicis sous le soleil romain © DR

Lagarce / Guibert : le mausolée des auteurs

Samedi 29 mars 2008

 »Un autre sentiment, encore le sentiment que j’avais énormément travaillé. En 10 ou 12 ans, j’ai écrit une douzaine de pièces et j’ai fait dix-huit mises en scène et les deux films vidéo et tout ce travail, cette masse de chose me paraît n’être rien, n’avoir rien donné de bien bon, de nécessaire qui puisse me survivre, alors que les autres, le Monde semble avoir entendu, vu et commence peu à peu à le percevoir comme une masse (pour les autres, je suis un uteur, je suis un metteur en scène et moi, je suis juste un corps malade, une personne qui a raté sa vie)… Toujours la même histoire ne pas être vu comme on croit être. »
Jean-Luc Lagarce

Vendredi dernier, on vendait les dernières reliques d’Hervé Guibert à l’encan. Sous le marteau de Me Binoche, des quantités de portraits d’enfants par Henri Heraut, une petite mais célèbre marine d’Aïvazovski, des affiches de « Théorème », de Zouc et d’autres passions passées d’Hervé Guibert… Je n’y étais pas, préférant la compagnie des toros bravos des arènes d’Arles à celle des derniers de Drouot. Prévenu par Christine Guibert, mais déjà détenteur du « Kafka » en pléiade de Guibert, vendu une centaine d’euros lors de la première vente organisée en janvier 2002, je m’en tenais à cet unique témoignage d’admiration, sans doute un peu agacé de la première foire d’empoigne qui voyait ses « amis » s’emparer des pépites de sa collection pour quelques centaines d’euros, alors que certains savaient bien, par exemple, qu’une photographie de Duane Michals valait beaucoup plus… De jolis souvenirs, tout de même, celui du discret Mathieu Pieyre et de Sophie Calle désormais propriétaire du fameux singe vert empaillé vu sur les photographies et dans le film « La pudeur ou l’impudeur »…
Alors pourquoi cette mauvaise humeur ? Tout simplement parce qu’au moment où l’on brade Hervé Guibert, on célèbre avec talent et intelligence Jean-Luc Lagarce. Entrée au répertoire de la Comédie française et mises en scène de la plupart de ses textes, suivies de tournée aux dates multiples, biographie de l’ancien journaliste de Libération Jean-Pierre Thibaudat, colloque de haute volée à Besançon, témoignages nourris et généreux de ses proches, rassemblés pour que vive longtemps l’œuvre d’un homme, lui aussi subjugué par le talent de Guibert…
Dernière preuve de cet engagement collectif au service de sa postérité, le spectacle « Ebauche d’un portrait » au Théâtre Ouvert, tiré par François Berreur de ses cahiers intimes, publiés aux Solitaires intempestifs. Porté par la grâce du comédien Laurent Poitrenaux, cette pièce clôt magnifiquement cette formidable « année Lagarce » et fait définitivement de lui l’un des nos grands auteurs contemporains. Par comparaison, Hervé Guibert continue de faire tristement figure d’écrivain maudit sans que cela ne puisse être considéré comme un avantage. Projet de coffret sonore du journaliste Vincent Josse, associant Jean-Louis Trintignant, Juliette Gréco, Anouk Grinberg et Dominique A avorté faute de soutiens, nouveau report de la parution des « Articles intrépides », désormais annoncé pour la rentrée de septembre, publications universitaires à l’avenant n’offrant aucune perspective « grand public », comment ne pas enrager devant un tel gâchis ?

Ebauche d’un portrait, par François Berreur, Théâtre ouvert, Paris, jusqu’au 1er avril 2008

Hervé Guibert : le livre fantôme

Jeudi 21 février 2008

« Je sens que ce nouveau manuscrit améliore ma condition chez Gallimard parce qu’ils sont plus à l’aise avec les auteurs morts ou en passe de l’être qu’avec les auteurs vivants. Les auteurs morts, c’est le fonds, et c’est ce qui paye leurs salaires. Les auteurs vivants, ça ne rapporte rien que des tracasseries, des récriminations, des pertes d’argent, de petites jalousies, des déjeuners pleins d’ennuis. » (Hervé Guibert, Le Mausolée des amants, Gallimard)

Ne courez pas les librairies : il n’y est pas. On attendait d’une belle impatience la sortie ce matin des « articles intrépides » d’Hervé Guibert. Dans la soirée, les Editions Gallimard annonçaient sur leur site Internet que la parution du livre était repoussée en avril 2008…
Alors, pour patienter encore, les quelques mots de l’argumentaire : « Ces « articles intrépides » concernent tous les sujets traités par Hervé Guibert et autres que la photographie (les articles concernant celle-ci font l’objet du recueil La photo, inéluctablement, collection blanche, 1999). La plupart d’entre eux ont été publiés dans Le Monde, certains dans L’Autre Journal. Cette sélection d’articles permet de retracer l’essentiel de la vie culturelle des années 1980, qu’il s’agisse du cinéma, avec le festival de Cannes ou l’icône Isabelle Adjani, des grandes expositions (ainsi Balthus), des vedettes de la pop (comme Étienne Daho), de l’opéra (en vedette, le Ring mis en scène par Patrice Chéreau), le théâtre (et la découverte de Bernard-Marie Koltès)… On y voit l’intérêt de Guibert osciller entre les expressions marginales – exposition de cires anatomiques, de macchabées, écrits et prises de position d’un Jean-Luc Hennig… – et les paillettes du « star-system » incarné à ses yeux par Adjani. Cette édition reprend environ la moitié des articles de presse écrits par Hervé Guibert, ainsi que certains entretiens. Ils sont accompagnés d’une présentation et d’un appareil de notes inédits. »

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© Hervé Guibert

Avis de recherche

Lundi 4 février 2008

L’écrivain Philippe Mezescaze m’envoie ce message que je vous transmets aussitôt : « je cours tout Paris pour trouver des rubans encreurs IR-100 pour ma vénérable machine à écrire électrique (électronique?) Canon, en vain jusqu’à présent, car Canon a arrêté la fabrication de cet article… Pourtant il doit bien exister quelque part des stocks de ces satanés rubans. La rédaction de mon prochain livre va bientôt pâtir de cette pénurie. Alors vous qui profitez d’une tribune, à travers votre blog, m’aideriez-vous en lançant un appel en mon nom? Je vous promets de verser, cette fois-ci, une larme réelle, de sincère gratitude. » Les larmes, souvenez-vous c’était à propos de cette affaire de « composition sonore » autour de « Cytomégalovirus » d’Hervé Guibert chez Agathe Gaillard… Si vous avez une piste, écrivez !

20070210183833objectslucviatour.jpg© DR

La bible d’Olivier Py

Dimanche 13 janvier 2008

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Olivier Py © DR

C’est une plaquette, iconoclaste en diable, et une merveille pour tous ceux, qui, à la faveur des spectacles d’Olivier Py (La servante, Illusions comiques, Les vainqueurs, Le Soulier de satin) sont entrés en son « poème ».
En mars 2007, Olivier Py, comédien, auteur, metteur en scène, romancier, chanteur (Miss Knife) prenait ses fonctions de directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Accueilli par ses nouveaux collaborateurs et artistes associés, il tint, accompagné du comédien Michel Fau, ce discours fondateur et manifeste, consigné désormais dans cette quinzaine de pages et accompagné de photographies de la rénovation du Théâtre, dont son prédécesseur Georges Lavaudant n’aura guère profité.
Dans « notre temps qui est patrimoine plus que culture, mode plus que création, commentaire plus que littérature, image plus que promesse, spéculation plus que désir vrai, sondage plus désirs », le théâtre, pour lui, est « une catastrophe vécue comme une joie, je veux dire qu’un jour on découvre que l’on n’est rien, et aussi vaste que l’océan et plein de vents contraires et de monstres lumineux. Alors on cherche celui qui a vécu cette expérience et qui maladroitement appelle cet état d’exil et d’éblouissement l’art »… Convoquant tour à tour sa crémière, un critique d’art, un homme politique en campagne et sa « maman », il dit sa foi en un théâtre qui « nous apprend à vivre dans l’absence de sens. Et parfois, dans cette joie du poème, il est comme un sens mais au-delà de tout sens ».
Entre la Mort. Déplorant la disparition de jeunes poètes tels Lagarce ou Gabily, Olivier Py pourrait reprendre cette phrase d’Hervé Guibert, belle illustration de son Théâtre de la Parole : « c’est quand j’écris que je suis le plus vivant. Les mots sont beaux, les mots sont justes, les mots sont victorieux ». Lui écrit : « Non cela ne peut pas mourrir » car « quand la mort mourra, le théâtre mourra »…

« Le discours de nouveau directeur de l’Odéon », Olivier Py, Actes Sud 2007.

La piqûre d’amour d’Eugène Savitzkaya

Vendredi 11 janvier 2008

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Eugène Savitzkaya © Ville de Boulogne-sur-Mer

Après « Marin mon coeur », « Exquise Louise », « le Fou civil » et « Fou trop poli », Eugène Savitzkaya donne un nouveau livre. « Nouba » qu’il définit comme la matrice de son livre précédent « Célébration d’un mariage improbable et illimité » (Minuit, 2002) – « une machine verbale, d’une sophistique concourant à sa propre perte par jubilation exacerbée ». Comprenez : un majestueux poème-fleuve, une polyphonie qui fait entendre la faune, la flore et l’amour lors d’un banquet de mariage : « à l’homme qui se donne à la femme qui se donne à l’homme, à l’enfant qui s’adonne au temps, au temps qui passe sans remplir aucune jarre »…
Hervé Guibert vouait une grande admiration à Eugène Savitzkaya, son frère d’écriture. Il l’écrit dans un beau texte paru dans le recueil « La piqûre d’amour » (Gallimard, 1994) : « Je voudrais tisser autour de ton corps, lorsqu’il est pris par l’écriture, tout un réseau d’attentions serviles : retrousser le bas de tes pantalons pour baigner tes pieds et tes chevilles dans une eau dégourdie où je ferai fondre des bâtons de benoîte, presser des fruits rouges pour t’en faire boire le jus à la coupe, soutenant ta tête, ma paume contre ta nuque, t’éventer de mon souffle, baigner le conduit de tes oreilles d’un arôme tiède et délassant, anéantir les bruits autour de toi, pour ta quiétude, ne laisser filtrer que quelques insectes dont le bourdonnement te charmera, déplier dans le champ de ta vue, et à discrétion, des toiles peintes dont le labeur aura pris mes nuits, l’Afrique, les grands lacs et les grands fauves, des vols de rapaces ou de flamants roses, la brise et le vent, l’ouragan produits par des souffleries dissimulées, des outres dans lesquelles j’aurai accumulé toute ma force musculaire. » Papier magique !

Nouba, Eugène Savitzkaya (livre + CD), Editions Yellow Now.

Editions de Minuit

Son nom de Tallinn dans Helsinki glacée

Vendredi 4 janvier 2008

A lire les brochures touristiques vantant les mérites de la Nordic Jet Line, compagnie reliant Tallin à Helsinki, je pense à une scène du film de Patrice Chéreau « Son frère ». Les deux frères (Eric Caravaca, Bruno Todeschini) sont assis sur un banc en Bretagne. Survient un vieil homme fatigué, joué par le lunaire Maurice Garrel. Ensemble, ils parlent de tous ces bateaux pris pour découvrir d’autres terres, d’autres îles – et particulièrement la navette entre les ports de Piombino (Toscane) et de Portoferraio sur l’île d’Elbe, chère à Hervé Guibert.
Pourquoi ne pas prendre celle-ci ? Elle met la capitale estonienne à 1h30 d’Helsinki. A Copenhague (Danemark), on a construit un pont sur la Baltique pour rejoindre Malmö, en Suède. 20 minutes de train et vous changez de monnaie. Bonheur de la géographie qui continue de rétrécir…

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Son frère, de Patrice Chéreau © DR

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