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Archive pour 11 janvier 2008

Nan Goldin : à la vie, à la mort

Vendredi 11 janvier 2008

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Guido on the dock, Venise, 1998 © Nan Goldin

Ce sera peut-être sa « Chapelle Sixtine », son chef d’oeuvre, son plus beau sourire… En 2007, Nan Goldin a reçu le très prestigieux Prix Hasselblad que beaucoup tiennent pour le Nobel de la photographie. Ses précédesseurs témoignent du goût assez sûr du jury : Sidibé, Cartier-Bresson, Sherman, Eggleston, Strömhölm, Frank, Penn, Wall, Friedlander !
Pour l’occasion, les Editions Steidl publient une compilation idéale (osons le dire ainsi) des photographies de Nan Goldin. Nombre d’entre elles sont bien connues. Apparaissent, de tant à autre, quelques clichés pris en 2007 mais l’essentiel n’est peut-être là…
Le plus touchant réside, pour qui aime Goldin absolument, dans les remerciements publiés en fin d’ouvrage. Ils se présentent sous la forme du discours prononcé par Nan Goldin lors de la réception du Prix à Göteborg. Ces lignes sont magnifiques. Elles disent la géographie généreuse, amicale et sensible de la photographe. On y croise la famille, bien sûr : les parents, Simon le neveu ; des galeristes et collaborateurs chéris, sans doute pour beaucoup épuisés à force d’exposition, de doute, d’angoisse, de dépression et de nuits sans sommeil ; les amis échappés des photographies : Guido Costa, Clemens Schick, Nicolas Pages, Joanna Preiss, Siodhan Liddell, Valerie Massadian ; les amis disparus : Cookie, Greer, Kenny, Gilles… Et d’autres encore, Jean-Christian Bourcart, Claire Denis ou Maria de Medeiros. Morts ou vifs, ils forment le monde de Nan Goldin. Un univers dont on ne sort pas photographiquement indemne.

The beautiful smile, by Nan Goldin, The Hasselblad Award 2007, Steidl
Editions Steidl
Prix Hasselblad

La piqûre d’amour d’Eugène Savitzkaya

Vendredi 11 janvier 2008

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Eugène Savitzkaya © Ville de Boulogne-sur-Mer

Après « Marin mon coeur », « Exquise Louise », « le Fou civil » et « Fou trop poli », Eugène Savitzkaya donne un nouveau livre. « Nouba » qu’il définit comme la matrice de son livre précédent « Célébration d’un mariage improbable et illimité » (Minuit, 2002) – « une machine verbale, d’une sophistique concourant à sa propre perte par jubilation exacerbée ». Comprenez : un majestueux poème-fleuve, une polyphonie qui fait entendre la faune, la flore et l’amour lors d’un banquet de mariage : « à l’homme qui se donne à la femme qui se donne à l’homme, à l’enfant qui s’adonne au temps, au temps qui passe sans remplir aucune jarre »…
Hervé Guibert vouait une grande admiration à Eugène Savitzkaya, son frère d’écriture. Il l’écrit dans un beau texte paru dans le recueil « La piqûre d’amour » (Gallimard, 1994) : « Je voudrais tisser autour de ton corps, lorsqu’il est pris par l’écriture, tout un réseau d’attentions serviles : retrousser le bas de tes pantalons pour baigner tes pieds et tes chevilles dans une eau dégourdie où je ferai fondre des bâtons de benoîte, presser des fruits rouges pour t’en faire boire le jus à la coupe, soutenant ta tête, ma paume contre ta nuque, t’éventer de mon souffle, baigner le conduit de tes oreilles d’un arôme tiède et délassant, anéantir les bruits autour de toi, pour ta quiétude, ne laisser filtrer que quelques insectes dont le bourdonnement te charmera, déplier dans le champ de ta vue, et à discrétion, des toiles peintes dont le labeur aura pris mes nuits, l’Afrique, les grands lacs et les grands fauves, des vols de rapaces ou de flamants roses, la brise et le vent, l’ouragan produits par des souffleries dissimulées, des outres dans lesquelles j’aurai accumulé toute ma force musculaire. » Papier magique !

Nouba, Eugène Savitzkaya (livre + CD), Editions Yellow Now.

Editions de Minuit

La famille Ricoré

Vendredi 11 janvier 2008

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© TF1

TF1 triomphe dans un communiqué : le premier épisode de la 7e saison d’ »Une famille formidable » a rassemblé 8.593.684 téléspectateurs ! Ce téléfilm est une daube infâme, mitonnée à l’origine par Pascale Breugnot (la productrice « charognarde » de Guibert), filmée à la truelle par Joël Santoni, interprétée à la godille par des comédiens pour certains de talent : Anny Duperey, Philippe Khorsand (Palace !) et l’idéal Bernard Lecoq (immense Docteur Gachet face à Jacques Dutronc dans le « Van Gogh » de Maurice Pialat) – le reste du casting familial étant fait de vedettes d’épouvantables soaps français…
Qu’allaient-ils faire dans cette galère ? Et moi, qu’est-ce qui me pousse à enregistrer et regarder dans la nuit ce petit tas d’aventures souvent idiotes d’une famille recomposée à la sauce Benetton ? Je n’en sais rien, mais cela fait sept ans que cela dure. Sans la moindre honte. Rappelons que le président Mitterrand, à la lecture des confessions de sa fille Mazarine, se passionnait bien pour Dallas et jubilait à la cruauté et aux infidélités de JR…

Helsinki Kaapeli : le mal court…

Vendredi 11 janvier 2008

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© DR

Une ancienne usine de câbles, à quelques pas de la station de métro Ruoholahti, cachée derrière une galerie marchande, les bureaux flambants verre de Publicis Helsinki et un restaurant trendy (Acqua). Cinq hectares de friches industrielles reconverties en un étonnant « Lieu unique » finlandais au service des artistes et de la culture. S’y côtoient un studio de répétition, le Centre culturel Français, neuf galeries d’art, des écoles d’arts, (et des clubs de sport !), un café chaleureux dont les baies vitrées s’ouvrent sur les quais et la Baltique. Sans oublier le Musée national de la photographie qui propose chaque trimestre une ou plusieurs expositions thématiques. Jusqu’au 6 janvier 2008 : « The nature of evil », très beau travail sur la guerre avec les photographies de Leena Saraste et les installations d’Adel Abidin, Randa Mirza et de Jari Silomäki.

The Finnish Museum of Photography

Au hasard des librairies d’art

Vendredi 11 janvier 2008

A courir les libraires de musée et de centres d’art contemporain, je tombe souvent sur de petites merveilles. A preuve, ce catalogue, déniché au Kiasma d’Helsinki, de l’exposition « Lucian Freud » qui s’est tenue durant l’été 2007 à l’Irish Museum of Modern Art de Dublin. L’exposition est visible ces jours-ci au Danemark (Louisina, jusqu’au 27 janvier), puis au Pays-Bas (La Hague, 16 février – 8 juin 2008). En couverture, un autoportrait superbe du peintre. Une tête de 1965. A l’intérieur, ses plus tableaux, mais aussi des photographies qui saisissent Freud à différentes époques de sa création. Aurait-il, lui aussi, signé un pacte à la Dorian Gray ? A mesure que le temps assèche ses traits, sa peinture s’épaissit, gagne en trouble, en grains. Une violence sourde du pinceau, de la mine donne encore plus de magie à l’une des œuvres les plus importantes du 20e siècle…

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Reflection (Self-portrait), 1985 © Lucian Freud

L’éblouissement Y. Z. Kami

Vendredi 11 janvier 2008

Souvenirs qui reviennent maintenant de la Biennale de Venise 2007. D’abord ce sentiment que les artistes de pays en chaos avaient vraiment plus à dire que certains de nos artistes en cocon. Y.Z. Kami paraît, sans conteste, de ceux-la. Né à Téhéran en 1956, après des études de philosophie à Berkeley (Californie) et à la Sorbonne, il vit et travaille aujourd’hui à New York.
Au coeur de l’exposition internationale « Think with the senses, feel with the mind », ses portraits d’hommes et de femmes doucement d’aujourd’hui, de religieux en costume d’obédience avaient la beauté rare des Egyptiens du Fayum. La simplicité de cette peinture – une chemise ouverte sur le cou d’un adolescent, les yeux fermés – donnait de l’air à cette exposition monumentale, malade de la perte des sens occidentaux. Aériens, les portraits de Y. Z. Kami nous venaient au cœur. Eblouissement.

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© Gagosian Gallery

The Gagosian Gallery, New York

Helsinki Myymälä2 : derniers jours d’été

Vendredi 11 janvier 2008

C’est une petite galerie du Design District d’Helsinki. On y accède par un petit escalier à la manière des friperies du Lower East Side new-yorkais. A l’intérieur, trois pièces : un bazar de t-shirts et d’objets vintage et deux petites salles d’exposition qui accueillent les photographies de Tuukka Kaila. On y entre par hasard, on en sort enchanté. Est-ce l’influence de Gus van Sant (Paranoïd Park) ou de Larry Clark (Wassup Rockers) qui a donné au photographe l’envie de suivre quelques skatters rencontrés au fil de ses voyages à Hong-Kong, Bratislava ou Bristol ? Le même regard, aussi, pour saisir de jeunes hommes d’aujourd’hui dont on ne connaîtra finalement que le prénom (Luka, Peke). L’un d’entre eux, Killian, porte un t-shirt en manifeste : globe ! Car, comme nul autre, Tuukka Kaila sait aussi photographier ce monde qui, de Shanghaï à Moscou, se métamorphose, puis venir se ressourcer au contact des pins enneigés de sa Finlande natale.

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Killian, Funchal, 2007 © Tuukka Kaila

Last days of the Endless summer, Tuukka Kaila.
Myymälä2, Uudenmaankatu 23 F, Helsinki.

Cie Les Brigands : faites sauter la banque !

Vendredi 11 janvier 2008

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L’affiche d’origine, 1930 (détail) © DR

Navrants Brigands. La compagnie, désormais installée à La Rochelle, avaient pourtant relancé une belle tradition : celle de l’opérette de Noël au Théâtre de l’Athénée. Mais, depuis le ravissant « Ta bouche » de Maurice Yvain (1922), inventif, brillant et canaille, chacune de leurs productions (« Les Brigands », « Toi, c’est moi ») baisse en qualité scénique et musicale. Vulgarité pompière, costumes affreux, décors à l’avenant font le lot de ce nouveau « Arsène lupin banquier », opérette policière d’après Maurice Leblanc. Circulez, il n’y a vraiment pas grand chose à voir, si ce ne sont quelques éphémères numéros de Gilles Bugeaud (Arsène Lupin) et Flannan Obé (son fidèle et sautillant Gontran)…

Arsène Lupin banquier, Cie Les Brigands, Théâtre de l’Athénée (jusqu’au 13 janvier 2008)