Souvenirs d’un joli conte d’été en Bretagne

18396359.jpg
Melvil Poupaud dans “Conte d’été” (1996) © Les Films du Losange

Eric Rohmer (1920 -2010)




Bright Star : d’un papillon à une étoile filante

19100416r760xfjpgqx20090505111337.jpg
© Greig Fraser

Jane Campion aime les marges et plus encore celles qui naissent des plus fortes conventions. Souvenez-vous de la déjà lourde en crinoline “Leçon de piano”. A l’époque, le sirop Nyman dans les oreilles, on avait adoré le film. Alors comment se fait-il que le charme cette fois n’opère pas ? Un ennui profond et quelques scènes émouvantes pour un film qu’on était prêt à chérir… Les amours du jeune poète Keats, sa poésie incandescente d’amour et d’eau fraîche, tout tombe à plat malgré de bons acteurs. Un scénario alangui et notre intérêt vacille. D’autres en sortiront les yeux rougis.

Bright Star, un film de Jane Campion (1h59). En salles.

Philippe Séguin : un républicain, un vrai

philippeseguin.jpg
Philippe Séguin © DR

Il n’y a rien à rajouter à la chronique de Thomas Legrand, toujours en ligne sur le site de France Inter. En trois minutes, avec une belle lucidité, il a fait ce vendredi le portrait politique et spirituel de Philippe Séguin et mieux que cela, éclairé le lien intime fait de respect et d’admiration qui rassemble, aujourd’hui dans les hommages, nombreux observateurs et acteurs de la vie politique. Alain Duhamel le qualifiait de “plus intéressante conscience de droite de la Ve République après le général de Gaulle”, d’accord mais l’analyse n’est pas suffisante. Non, ce qui nous lie à Philippe Séguin et qui nous fait regretter sa disparition, c’est cette foi lucide et permanente en la République, ambition plus haute encore que celle d’une “certaine idée de la France”. La République toute simplement comme la plus noble et juste des valeurs. Avec la disparition de Philippe Séguin, la République perd l’un de ses plus imposants gardiens et cela nous attriste, au-delà même d’engagements politiques différents.

Plein Sud : un coeur qu’on croirait en hiver

19195033r760xfjpgqx20091106024429.jpg
Yannick Rénier et Théo Frilet © Ad Vitam

Ce sont des corps d’abord. Des corps agités, de soleil, de musique et de danse. Des corps et des cœurs meurtris qui sans qu’on nous l’explique se sont retrouvés là, au bord d’une route de Normandie. Cap au sud, vers le sud, celui d’abord de l’Atlantique, puis courir le Pays Basque, traverser les Pyrénées et rejoindre Tuleda, loin, plus loin que Saragosse. En chemin, certains rencontrent d’autres corps, solides de vie et de désirs. Se rencontreront-ils eux-mêmes ? La partie n’est pas facile, quand le cœur se mêle aux corps, tout devient plus difficile. En quelques motifs, en trois phrases étouffées par l’éclat d’un coup de feu ou la fureur d’un jembé une nuit d’été et autant de flashbacks, Sébastien Lifshitz, dont on aime à suivre la piste depuis son solaire « Presque rien », risque un film qui à chacun instant menace de sombrer dans la mièvrerie.
Un frère, une sœur, elle est enceinte, il aime les garçons. Ils ont la beauté du diable. Ils rencontrent Sam, joli garçon triste. Ensemble, ils roulent dans une vieille américaine. C’est presque l’été, ils n’ont rien d’autre à faire que fuir. Fuir pour mieux se trouver. La règle du jeu est simple, donnée dès le début du film. Très court pour un film d’une heure trente, vous me direz… Pourtant, il se passe quelque chose dans ce film fragile et timide qui trouve peu à peu sa puissance dans un monologue avec Samuel (Yannick Rénier) : son mutisme, la recherche d’un dialogue perdu avec la mère, l’impossibilité d’un partage avec le frère, la mort du père impossible à venger et le désir de revenir à la vie auprès d’une famille qu’on se serait choisie. Au final, il faudra à Samuel la solitude pour renaître. Et cette renaissance est belle à vivre au regard de Sébastien Lifshitz. Plein sud, comme un plein soleil sur un être rare et élégant en quête de lui-même. Un « faible cœur», le titre choisi par Lifshitz pour son film avant que ses producteurs ne lui conseillent ce « Plein sud » pour une sortie en plein cœur de l’hiver…

Plein sud, un film de Sébastien Lifshitz, avec Yannick Rénier, Léa Seydoux, Nicole Garcia (1h30). En salles.




Quoi de neuf ? Lionel Jospin ?

060728111123jhcvqous0lancienpremierministrelioneljosplv0.jpg
Lionel Jospin © DR

Après la nostalgie Mitterrand, il y aurait-il une nostalgie Jospin ? On croit rêver à lire les commentaires suite à la projection en avant-première du portrait de Lionel Jospin par le documentariste Patrick Rotman qui sera diffusé sur France 2 les 14 et 21 janvier prochains Lionel raconte Jospin. Les quelques extraits qu’on a pu lire dans Le Journal du dimanche ce week-end et les quelques images diffusées hier lors du 20h00 de David Pujadas appelle à la prudence. On y lit, on y voit Lionel Jospin, après quelques déclarations et révélations contenues sur Mitterrand, Chirac, Villepin et son appartenance à l’OCI de Pierre Lambert, esquisser son pas favori avec cette manière faussement « modeste » de s’appliquer le principe, édicté par lui-même, du désormais célèbre « droit d’inventaire ».
Huit ans après le funeste 21 avril, cette morgue mêlée de suffisance reste insupportable. Lionel a beau essayé de critiquer Jospin, Jospin prend à tout coup le dessus. Dans une formule alambiquée, assumant « par définition » l’entière responsabilité de la défaite, il se trouve encore bien des excuses : il a selon lui « surestimé le rejet de Jacques Chirac, surestimé la perception positive de mon bilan, sous-estimé l’impact qu’avait la division de la gauche et sous-estimé le premier tour», jugeant sa campagne « pas assez offensive ». Bref, rien de nouveau sous le soleil… Et, étonnamment, pas le moindre commentaire sur sa tentative ratée de retour à la vie politique lors de l’Université d’été de La Rochelle en août 2006, à quelques jours de la clôture des candidatures pour les primaires socialistes…
Pourquoi alors tant de micros, tant de caméras, ce plan média rondement mené (les bonnes feuilles à L’Obs, l’interview exclusive chez Demorand ce matin et au Grand Journal ce soir), des camarades (Jean Glavany, Martine Aubry, Pierre Mauroy, François Hollande, Pierre Moscovici, Christian Paul, Jean-Paul Huchon sans oublier Daniel Vaillant, Jack Lang et même Robert Hue !) et des commentateurs les larmes à l’œil ? Sans doute parce que ces mêmes socialistes rêvent de retrouver la martingale, emportée par Mitterrand dans sa tombe, perdue en cours de mandat par Jospin. La machine à gagner les élections et à se maintenir au pouvoir !

Lionel raconte Jospin, Le Seuil.

Season’s Greetings 2010

16749127150823528614573042777733422880331n.jpg
Fernando © Pacoymanolo Foto

Tous mes voeux pour cette nouvelle année. Pourvu qu’elle soit douce, aventureuse et heureuse !

L’instant Persécution

19159119.jpg

S’il ne doit rester qu’un film de cet automne-hiver, ce sera celui de Patrice Chéreau. Persécution. Encore un grand film malade, bien sûr, Patrice Chéreau ne saura jamais décider s’il est un cinéaste, un romancier, un metteur en scène de théâtre ou un scénariste. Ce refus d’entrer en une seule religion est pour certains, une faiblesse, pour d’autres, une force ou plus précisément un tremblement. Persécution est donc une nouvelle œuvre au noir, mal aimable, âpre et difficile dans un chatoiement de sentiments humains et dévastateurs. Ouverture : un SDF frappe une femme, la miséricorde aux yeux. Un homme (admirable Romain Duris) et une femme (Charlotte Gainsbourg impeccable) s’aiment, un autre, le fou (émouvant Jean-Hughes Anglade) voudrait l’aimer, lui, Daniel, le garçon désagréable, celui qui “prend la tête” de ses amis, de sa fiancée au point qu’elle a besoin de distance avec lui pour le supporter, inventant ensemble une scène sublime d’amour au téléphone. Daniel, qui se frappe la tête contre les murs de ses contemporains, sur les chantiers qu’il dirige, au bistrot, dans la maison de retraite où il visite les petits vieux. Daniel, encore, a un secret. Celui d’un grand garçon seul. Seul, parce que, soudain ou peut-être trop vite, devenu adulte. Une persécution, pour tous.

persecution2009178461739845036.jpg

Persécution, un film de Patrice Chéreau, avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg et Jean-Hughes Anglade (1h30).




Son nom est Cédric Andrieux. Il danse.

resizeevephoto1cedricandrieux350.jpg
© Théâtre de la Ville

On aura dansé tout l’automne (de belle manière, dans « La belle », ce conte raconté de traviole par Nasser Martin-Gousset comme un demy-divertissement assez heureux, plus hermétiquement à Gennevilliers avec Raimund Hoghe et Faustin Linyekela dans une partition « Sans titre », nouveau duo amoureux du chorégraphe allemand pour un danseur, Faustin prenant la place de l’adoré Lorenzo de Brabandere) et quand la bise fut venue, on aura vu le plus beau spectacle de cette saison au Théâtre de la Ville. Dans un théâtre comble, dans le cadre d’un hommage distancé à Merce Cunningham, un homme s’est avancé. Il a posé son sac et sa bouteille d’eau. Il n’a pas commencé par danser. Non, il a raconté. Son enfance à Brest. Sa mère. Ses cours de danse. Ses auditions au Conservatoire. Ses études. New-York. L’audition chez Merce. La difficulté du travail, les répétitions, l’ennui. L’amour d’un garçon, puis d’un autre, Gordon, le départ de New-York, la rencontre avec Jérôme Bel et le voici sur ce plateau. Cette belle autobiographie, aux mots justes, est par instants éclairée de quelques pas de danse, empruntés à différents chorégraphes. Le danseur s’appelle Cédric Andrieux et il donne son nom à ce spectacle divin, applaudi à tout rompre par une salle émue.

Théâtre 2009 : un grand festival d’automne !

133hxradriogarcia.jpg
Versus de Rodrigo Garcia © DR

Quel automne de théâtre ! Quittant Avignon, on voyait la saison arriver pleine de figures imposées, de postures fièrement ennuyeuses et de répétitions à l’infini de faux scandales et véritables escroqueries de plateau. Rien, il n’en a rien été et le festival d’Automne a joué en maître une partition de découverte et d’enthousiasme qu’il faut franchement saluer.
Des bonheurs ? Simples comme la découverte du Wooster Group. La troupe new-yorkaise s’est emporté avec talent du Vieux Carré de Tennessee Williams et en a livré une version électrique, sombre et métaphorique qui annonce le grand retour du dramaturge du sud des Etats-Unis sur les scènes françaises puisqu’on attend pour février le Tramway de Warlikowski à l’Odéon avec Isabelle-Huppert-la-terreur… Saluons le talent de l’ami Robert Plagnol, qui a repris au Théâtre de la Commune (Aubervilliers) avec Benjamin Boyer ses brillantes adaptations d’Andrew Payne Synopsis / Squash. Du théâtre viril et très méchant.
Des confirmations ? Celle du letton Alvis Hermanis, découvert à l’occasion de la saison culturelle lettone en France, qui a inauguré le nouveau Silvia Montfort Théâtre avec une Sonia déjantée et cruelle. Le Nouveau Théâtre de Riga a de l’avenir, pas de doute ! Arthur Nauzyciel est brillantissime lorsqu’il délaisse la vieille Europe pour inventer à l’invitation des Américains des spectacles somptueux, sensibles et d’une intelligence rare. On se souvient à Avignon de son Koltès Black Battle with dogs, créé à Atlanta. Son Jules Caesar, présenté à Créteil dans le cadre du festival d’Automne, avait la même intensité. Retour, encore, de Rodrigo Garcia qui du festival Mettre en scène au TNB à Rennes (Muerte y reencarnacion en un Cow-boy) au Rond Point (Versus) a signé deux spectacles furieux et salvateurs sur nos états contemporains. Garcia revient à des mises en scène, plus sobres, mieux écrites, génie solitaire et vibrant misanthrope.
Des déceptions ? Le Merlin des Possédés, troupe amie et suivie avec intérêt qui pousse leur procédé à sa limite, maltraitant le mythe de la Table ronde et la quête du Graal, dans une débauche contemporaine éprouvante. La Paranoïa, par Marcial di Fonzo Bo, Elise Vigier, et leurs complices des Lucioles : un brouillard de 2h20, bizarre et pas vraiment décapant… La Cantatrice Chauve d’Eugène Ionesco, revue en 1991 par Jean-Luc Lagarce et reprise à l’Athénée : on s’enfuit au bout de vingt minutes devant du vieux théâtre absurde, vieilli et osons absolument rasoir ! Et terminons cette note par le fantomatique Steven Cohen, le performer sud-africain juché sur des stiletto en forme de crânes humains, a crucifié le Centre Pompidou quelques soirs de novembre avec son Golgotha, océan de tristesse et d’obsession personnelle, né du suicide de son frère : « Mon travail vise la fonction d’un speculum, non d’une suture, destiné à provoquer des questions plus qu’à fournir des réponses »…

8553.jpg
© Edward Mac Keaney

Sur quelques airs d’opérette parisienne

48945.jpg
Philippe Découflé et les filles du Crazy © Crazy Horse

Une vie de cabaret, de cirque et d’opérette ! Loin des spectacles arty mainstream de cet hiver, dominés par une dépression et un ennui au long cours ; des spectacles du privé, ringards et vulgaires (Panique au ministère, on y reviendra), l’opérette et les musicals qui déferlent ces jours d’hiver ou de Noël sur les scènes françaises, se révèlent de belle facture. Commençons par LE temple d’une certaine nuit parisienne, l’illustre Crazy Horse que le chorégraphe et scénographe Philippe Decouflé revisite depuis quelques semaines… What’s new ? Pas grand chose si ce n’est un petit vent de liberté qui fait danser les girls « en cheveux ». Pour le reste, l’esprit « Bernardin » demeure, l’homme de « Sombreros » n’opère pas de révolution, modernisant à bon escient un corps de ballet « d’enfer », mais sans doute toujours orpheline d’un « patron ». Découflé aura été, le temps d’un été, un sympathique cousin d’Amérique, espiègle, malin. Rien de plus, soyons franc. D’ailleurs, il est déjà reparti. Vers Rennes pour de nouvelles aventures au Théâtre national de Bretagne, en tant que chorégraphe associé.
Chantons, dansons, jouons ! C’est sous cette bannière très agitée que se rassemblent les comédiens, chanteurs, musiciens - le tout à la fois - d’Alain Sachs pour une heureuse « Vie parisienne » au Théâtre Antoine. Offenbach y est servi avec justesse, malice et enthousiaste. Le public est conquis par cette modestie, qui fait entendre Offenbach, tout Offenbach et rien qu’Offenbach. On en redemande. Gardons le meilleur pour la fin. On avait découvert avec effroi la nouvelle programmation du Châtelet, cherchant sa distinction parisienne dans une discutable tentative d’installer Broadway près de la Seine. Et bien, il faut bien le saluer : Jean-Luc Choplin, son directeur, est en passe de gagner ce difficile pari. Sa « Mélodie du bonheur » au Châtelet est accomplie, excellente et professionnellement irréprochable. N’étaient le public de pépés et de mémés parisiennes, choucroutées et parfumées d’importance, accompagnés de leur petite progéniture – au prix des places, le spectacle ne s’offre pas à toutes les bourses ! - on se croirait sur Broadway ! « Que du bonheur !» titrait Eric Dahan il y a quelques jours dans Libération. On est bien d’accord.
Un dernier mot ? Oui, pardon, pour déconseiller « Pampa », le dernier spectacle du Cirque national Alexis Gruss au Bois de Bopulogne. Un vieux Gruss qui s’emmêle les chevaux, la génération suivante, virevoltante, mais bien lourde (sur les chevaux comme lors des navrants numéros de clowns), une Gipsy (la mémé) et ses chiens perdus sans collier ni talents et la dernière génération jonglant à l’avenant. Ca dure, ca dure, reste à sauver deux gamines au trapèze et un éléphant marrant. Qui ne trompe personne. Cela va de soi.