Archives pour mars 2009

La fille du RER : cherchez le garçon…

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Nicolas Duvauchelle : le garçon du RER © DR

Un nouveau film d’André Téchiné, comme un nouveau rêve à soi, à peine partageable. S’y embarque la ciné-famille d’André Téchiné : Catherine Deneuve, Michel Blanc, des nouveaux venus – Emilie Dequenne, Mathieu Demy, Ronit Elkabetz – magnifiquement dirigés et un acteur irradiant : Nicolas Duvauchelle. On vous parle d’une fille, mais c’est d’un jeune homme dont il s’agit. De ce garçon-là, Franck, Jeanne tombe follement amoureuse. Il la libère du joug familial. Alors, oui, à cause d’un garçon, Jeanne, jeune fille dérangée, ment et malmène l’existence de ses quelques proches qui ne savent pas comment la considérer. Mi-enfant, mi-femme, seul Nathan, l’enfant-témoin, figure rituelle des films de Téchiné, saura entendre le chaos qui sourd en elle. Une nuit, celle du chasseur, entre le bien et le mal, entre l’amour et la haine, entre l’enfance et l’adolescence, il saura la réconcilier avec cette chienne d’existence : père-courage mort trop tôt, mère libre mais sans amour… Le film d’André Téchiné est taiseux, taciturne : il ne dit pas grand chose. A quoi bon ? Tout opère dans la nuance de ces plans qui s’effacent les uns après les autres et dressent avec beauté le portrait d’une jeune femme sans qualité…

La fille du RER, un film d’André Téchiné, avec Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc, Mathieu Demy, Ronit Elkabetz (1h45). En salles.

Les profils urbains de Denis Darzacq

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Hyper © Denis Darzacq

Comme un uppercut. Jusqu’à la semaine dernière, le Château d’Eau à Toulouse présentait plusieurs séries du photographe Denis Darzacq. La série « Chutes » (2006) dont j’ai déjà parlé ici, mais aussi des séries plus anciennes de foules urbaines (« Ensemble »), d’hommes et de femmes nus dans des paysages pavillonnaires, dans l’herbe verte des banlieues (« Nu », 2003). Et une nouvelle série « Hyper » (2007) où les personnages de « Chutes » semble avoir quitté le macadam de leur cité pour les rayons et néons d’un supermarché Casino. Même mouvement aérien, lévitation identique, temps arrêté sur des corps tendus par une déflagration imaginaire. L’univers a changé : il est tout coloré des produits de grande consommation, d’une lumière froide mais commune des hypermarchés. Les hommes et les femmes qui s’y perdent sont, une nouvelle fois, sous l’œil du photographe, intrigants et plus que séduisants…

Denis Darzacq, Le corps sculpture, Le Château d’Eau, Toulouse, jusqu’au 22 mars 09 (catalogue).

Welcome : étranger au paradis

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© Mars Distribution

Il y a dans le cinéma de Philippe Lioret quelque chose de désarmant qui vous fait totalement l’aimer en sortant de la projection sans pour autant vous détacher de l’idée qu’il en fait toujours un peu trop dans le romantisme, dans le tragique ou ici dans le politique. A preuve, cette polémique avec le désolant Eric Besson qui s’est pris les pieds dans le tapis de ses contradictions idéologiques en dénonçant des propos du réalisateur et en lui offrant soudain une polémique dont on peut se demander si le film la méritait vraiment.

Alors, bon, ne boudons pas notre plaisir : le film est beau et attachant. L’écrivain Olivier Adam, coscénariste, semble l’avoir vampirisé, tant le récit s’écoule proche de ses romans et belles nouvelles. Oui, Vincent Lindon donne le meilleur de lui-même, tout en nerf et en tristesse rentrée face à sa femme qui le quitte pour un militant plus politique que lui, face à ce jeune kurde voulant traverser la Manche pour rejoindre sa belle et la liberté au Royaume-Uni, face à cette belle qui pleure bientôt son ami disparu. Alors pourquoi ce sentiment de beaucoup trop de grands sentiments, d’entrer dans un rêve plutôt que de se colter la réalité ? On n’en saura pas plus…

Welcome, un film de Philippe Lioret (1h50) avec Vincent Lindon, Audrey Dana, Yannick Rénier. En salles

Amadou et Mariam : cet amour-là

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Amadou et Mariam © DR

Une petite femme, comme un astre noir, s’avance sur la scène du Bikini à Toulouse. Un homme en tee-shirt noir l’aide à s’installer, lui tente un micro. Un autre aide son compagnon de la même manière. Ils sont en tenue traditionnelle africaine, lui en boubou, elle dans un ensemble « 2 pièces » entre bleu, vert et touches de rose, couverte de bijoux or comme on en trouve sur les marchés de l’ouest africain. Boucles d’oreilles, pendentifs en presque forme de coquille Saint-Jacques et d’innombrables et longues bagues qui couvrent ses doigts. On les a attendus plus d’une heure, mais ils sont maintenant là, lunettes de soleil cerclées encore d’or pour elle, bleu pétrole pour lui. Amadou et Mariam sont sur les routes de France pour présenter leur nouveau album « Welcome to Mali ». La chanson ouvre le concert, mais se sent-on à Bamako ? Pas vraiment, les musiciens y vont à la truelle, le batteur bat comme un sourd, les percussions sont fades, les instruments traditionnels remplacés par un synthétiseur. Pour moins, on aurait déjà quitté la salle. Mais hypnotise la présence lunaire, astrale de Mariam. Maladroite et heureuse, innocente comme enfantine, elle accompagne son mari musicien, mieux qu’elle ne chante. Et cet amour-là sur scène émeut. Petite femme africaine, dame des dimanches de Bamako, elle est là près de lui, chante ses comptines pour leur seul amour et nous entraîne finalement avec elle : « Chéri, je te fais un gros bisou, je t’embrasse fort…. »

Amadou et Mariam, Welcome to Mali (CD). En tournée mondiale.

Harvey Milk, naissance d’une nation

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James Franco et Sean Penn © Focus Pictures

Il est beau, le film de Gus van Sant. Il est engageant, l’Harvey Milk de Sean Penn. On salue l’oscar du meilleur acteur, plus encore celui du scénario de ce film-tract. Un film simple, avec, c’est vrai, des défauts mais de belles manières aussi. Comme cette façon proprement voluptueuse de filmer un baiser comme un éveil. Celui d’une brusque libération à toute aliénation politique, sociale, culturelle. Le new-yorkais Harvey Milk vient d’ouvrir le magasin de photographie qui deviendra bientôt célèbre et le QG de toutes ses campagnes électorales dans Castro, le quartier gay de San Francisco. Le temps d’installer un petit écriteau dans la vitrine, qu’assis sur la devanture, il embrasse Scott, son compagnon comme d’autres ont planté des drapeaux en terre inconnue. En quelques plans, tout est là pour le meilleur et bientôt le pire…

Harvey Milk, un film de Gus van Sant, avec James Franco, Sean Penn. En salles (2h05).

Assez !

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Benoît XVI © DR

L’ancien Premier ministre Alain Juppé (UMP), interrogé mercredi par France Culture sur les propos de Benoît XVI contre le préservatif, a estimé: « ce pape commence à poser un vrai problème ». Il a cité la réintégration d’évêques « dont l’un est l’apôtre – si j’ose dire – du négationnisme », l’excommunication au Brésil et l’affaire du préservatif. Au Brésil, « qu’une gamine de neuf ans qui a été violée, dont la vie est en danger, soit – sinon elle-même – du moins ses parents et le médecin qui l’a aidée à avorter excommuniée, c’est une absence de charité chrétienne extraordinaire », a poursuivi l’ancien chef de gouvernement. « Aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c’est d’abord une contreverité et c’est inacceptabe pour les populations africaines et pour tout le monde », a-t-il poursuivi. « Il y a un vrai problème », « je sens autour de moi un malaise profond », a ajouté M. Juppé, qui a « l’impression » que le pape « vit dans une situation d’autisme total »…

A l’ombre de ce cher Oncle Vania

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© DR

Malgré ses ruptures de rythme, on aime cet « Oncle Vania », dans la version « modernisée » par les traducteurs André Markowicz et Françoise Morvan, et mise en scène par Rodolphe Dana et Katja Hunsinger pour le collectif les Possédés au Théâtre de la Bastille. L’histoire, on la connaît et par l’enchantement d’une table éclairée à la bougie et de comédiens en pleine forme et heureux d’être ensemble, on la redécouvre, merveilleuse, intrigante, malheureuse et fataliste. Etonnant Tchekhov qui résiste à tout, tant son théâtre est universel. Reste aux Possédés à veiller à ne pas sombrer dans la caricature de ce qui a fait à leurs débuts leur singularité : un certain non-jeu, le théâtre dans le prolongement de la vie. Cette manière, en effet, de faire open vodka-bar, à l’entrée du spectacle est assez ridicule et ne sert en rien le propos. Un truc bobo qui frise le peu de goût…

Oncle Vania, Anton Tchekhov, par le collectif les Possédés. Théâtre de la Bastille, du 23 février au 28 mars 2009.

Boy A : le jeune homme de peines

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© DR

Pourquoi seuls les réalisateurs britanniques savent s’emparer avec un talent évident de faits divers et traiter du quotidien, justice comprise, avec autant de netteté. Le film « Boy A » avec ses quelques erreurs de premier film – un casting en partie défaillant – est malgré tout un modèle du genre. A 24 ans, Jack (Andrew Garfield) sort de prison où il a passé toute son adolescence pour un meurtre qu’il a commis enfant. Changeant de nom, suivi par un travailleur social (Peter Mullan), il apprend à se reconstruire. Non sans difficulté mais avec une volonté touchante jusqu’à ce que sa véritable identité soit révélée… Forme aboutie, récit maîtrisé, le film vous saisit et cette histoire malheureuse d’un pardon social impossible vous tient une heure trente durant sans pour autant vous assommer de certitudes. On salue la performance du réalisateur John Crowley.

Boy A, un film de John Crowley. En salles (1h35)

M’as-tu vu ? Episode 25

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Jean-Paul Cluzel © Olivier Roller

Ce sera donc Jean-Luc Hees. Président de Radio France. A n’en point douter puisque l’Elysée a confirmé les rumeurs naissantes et l’information diffusée par le site Internet du Point. Applaudissons le rebond du célèbre animateur de « Synergie » et ex-patron de France Inter, limogé par… Jean-Paul Cluzel. Le journaliste – indépendant s’il en est -, peu connu pour ses hauts faits de gestion, permet au président Sarkozy de sortir par le haut de la polémique sur la nomination des présidents de l’audiovisuel public. On est triste pour Jean-Paul Cluzel qui a assuré le job avec talent et compétence. On lui en veut juste un peu de n’avoir pas assumé jusqu’au bout ses impertinences, lui qui avait commencé son mandat d’un ravissant « je suis libéral, catholique et gay ». Oui, j’aurai bien aimé qu’il soutienne jusqu’au bout sa contribution à ce calendrier qui n’a rien de honteux pour un homme qui n’a jamais caché ses couleurs et ses engagements. Sa contrition dans les pages du Figaro et ses excuses pour une soi-disante regrettable « erreur d’appréciation », alors que l’affaire était déjà pliée, n’en valaient finalement pas la peine…

Mes nuits sans Alain Bashung

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Alain Bashung © DR

Il y a sur ce bureau un billet. Un billet pour un concert annulé. Celui que devait donner Alain Bashung en février dernier au Bikini à Toulouse. Un billet pour un concert reporté en avril. Un billet pour un concert désormais sans voix. Adieu et merci, Alain Bashung, pour toute cette belle poésie sombre.

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