Archive de la catégorie ‘Presse’

Monocle : le talentueux Tyler Brûlé

Samedi 7 août 2010

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Tyler Brûlé © Mikael Jansson

Est-ce l’arrivée en triomphe du trio BNP (Bergé – Niel –Pigasse) à la tête du groupe Le Monde et de l’annonce de la nouvelle formule des Inrockupstibles le 15 septembre prochaine par Mathieu Pigasse, le nouveau maverick de la presse française, qui fait Télérama se réveiller de son éternel torpeur ? On en doute mais l’idée est séduisante après la lecture du portrait du talentueux monsieur Brûlé dans un récent numéro.
Tyler Brûlé, le merveilleux dandy, créateur de Wallpaper* (1996, vendu en 2002 à AOL Time Warner pour 2,3 millions de dollars) et du chicissime Monocle (2007) que l’on s’arrache dans toutes les bonnes maisons de presse et « offices » de l’Europe easy jet-laggée. T.B., gardien du temple du nouveau bon goût et du « Beau-Monde », comme l’écrivait autrefois Dominic Dunne, un de ces maîtres chez Vanity Fair. Des vies et des vanités, le canadien, né à Toronto en a eu plusieurs : créateur de journaux ultra-tendance, journaliste blessé en Afghanistan (1994), pigiste ou éditorialiste de luxe pour la BBC, Stern, Sunday Times, ABC News, lauréat du « British Society of Magazine Editors Lifetime achievement award », porte-manteau accessoire pour la marque J. Crew. Il émarge aujourd’hui comme « columnist » au très sélect Financial Times et dirige avec un entregent certain un consortium d’agences de design, de luxe et de cabinets d’architecture et de tendance (Winkreative / Winkmedia). Pas un article où il n’est question de sa belle personne, de son look « jean-baskets, veste col relevé et barbe de deux jours » et d’un « lifestyle » rêvé pour les CSP XXL. Le garçon, reconnu comme l’une des personnalités gays les plus influentes au monde, a indéniablement de l’allure. Dans cette vie d’aéroport, dont on devine qu’elle est menée à fuir l’ennui, journalisme et communication font bon ménage. Les clients de l’agence sont naturellement les annonceurs du mensuel Monocle, qui, entre ces reportages bien troussés sur l’état du monde et de ses affaires vu par la lorgnette des hôtels quatre étoiles et des restaurants slow food, ouvre de charmants concept-store où trouver les produits dérivés au monogramme de la marque à Los Angeles, Londres, Tokyo et Hong-Kong. Les dits produits (horlogerie, parfumerie, maroquinerie) étant heureusement conçus par les clients de l’agence et même annonceurs (Comme des garçons, Tretorn). Un monde global, on vous avez bien prévenu !

Le site de Monocle

François Sagat superstar

Dimanche 1 août 2010

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François Sagat vu de dos © Le Pacte

Allez, savoir pourquoi, voici venu le temps de François Sagat. On lui connaissait une allure guerrière, un sourire narquois, idole des fantasmes gays et musclés. Le voici, par l’émotion de quelques-uns, érigé en icône de cette prochaine rentrée. La couverture des Inrocks, dans les bras de Louise Bourgoin, vaut plan de reconversion pour la porn-star, déjà casté par Bruce Labruce pour un obscur film de zombies (« L.A. Zombie »). Attendons donc cet « Homme au bain », en référence à une toile de Caillebotte, pour nous faire une véritable idée de la bête, filmée au côté de Chiara Mastroianni par Christophe Honoré dans le cadre d’une carte blanche du Théâtre de Gennevilliers. Le pitch ? « Entre Gennevilliers et New-York, Omar et Emmanuel ne s’épargnent rien pour apporter à l’autre la preuve qu’ils ne s’aiment plus. »

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François Sagat et Louise Bourgoin © François Rousseau

Homme au bain, un film de Christophe Honoré. En salles le 22 septembre.

Mathieu Pigasse : un banquier inrockuptible

Vendredi 7 août 2009

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Mathieu Pigasse © DR

Mathieu Pigasse… Voici donc le visage du nouveau capitalisme socialiste et néanmoins libéral qui ose s’afficher et défendre ses couleurs. Homme d’élégance et sans doute de talent, associé-gérant de la très sérieuse banque Lazard, membre des Gracques, ancien des cabinets Fabius et DSK, compagnon de route de la dernière campagne de Ségolène Royal (et, à la ville, de Marie Drucker) prend sa part du fardeau – du sacerdoce, j’allais dire – et s’en va évangéliser une jeunesse nouvelle, dont on ne sait plus si elle est ou non dépolitisée, par le biais d’un hebdomadaire d’encre et de papier « Les Inrockuptibles » pour bien le nommer (35 000 exemplaires par beau temps), patrie d’un certain snobisme « upper middle-class » à la française. Une jolie bande d’ »only ones », heureuse quand elle parle culture et nouvelles tendances, malheureuse dès qu’elle s’essaie sur le terrain des idées (un rocardisme tendance molle, par le seul et insuffisant refus de la tradition de la gauche mitterrandienne, suivi d’un grand sursaut social pour développer un tout petit gauchisme sans racines) et… de sexe (chaque été, la trêve estivale donne droit à un numéro absolument débandant sur les nouvelles frontières du sexe en guise de numéro double d’été).
A Mathieu Pigasse, tout juste 41 ans, prenant le contrôle de 80 % du capital de la maison qui, au fil des années, avait perdu quelques-unes de ses grandes figures (Samuel Blumenfeld, Sylvain Bourmeau, Arnaud Viviant), de relever ce beau défi et d’injecter un sang qu’on voudrait neuf aux côtés du fondateur Christian Fevret et de Bernard Zekri, transfuge d’I-télé : « La culture sera toujours au cœur mais seront également abordées les questions de société, la politique, l’environnement, les sciences, les idées… » On a envie d’y croire, on a envie d’en être – de cette génération nouvelle à brasser des idées plus larges que le seul univers culturel, plus ouverte à la culture des grands centres urbains européens (passant d’un easy jet de Stockholm à Berlin, repassant par Londres, Madrid, Paris et Bruxelles sans ne jamais oublier Copenhague, Milan ou Varsovie). A vouloir inventer et ne plus reproduire à l’infini pour la presse les vieux schémas d’un cynisme culturel, social et politique qui ne trouve plus de lecteurs. Une affaire à suivre : une nouvelle formule est annoncée pour 2010.

Frédéric amoureux

Samedi 27 décembre 2008

On ne saurait affliger Frédéric Mitterrand d’un « m’as-tu vu / Episode x » que je réserve souvent à la vie politique. Alors mentionnons de quelques lignes la très jolie correspondance qu’il nous envoie de Rome dans la dernière livraison du journal de Pierre Bergé « Têtu ». Frédéric est amoureux, malheureux et éconduit par un jeune homme, « beaucoup plus jeune » que lui, naturellement brillant et charmant. Ils travaillent ensemble, mais le garçon n’a supporté la révélation de cette pamoison naissante. Et Frédéric souffre, et Frédéric écrit, avec les accents d’une nouvelle lettre d’amour en Somalie, sa détresse et ses obsessions d’amour fou. Du premier au dernier amour, il n’est de constance que dans la souffrance et le mal d’aimer. Rome désolée.

Josyane Savigneau : il suffit de passer le pont

Jeudi 23 octobre 2008

J’aime à la folie « Point de côté », le livre-témoignage de Josyane Savigneau, paru ces jours-ci aux Editions Stock. Celui d’une femme-tempête qui, malgré une jeunesse perdue entre Châtellerault et Poitiers, a pris son destin en main avant de courir le monde à la rencontre d’elle-même et de tant d’écrivains (Marguerite Yourcenar, Philippe Roth). Femme de presse, immensément attachée à son journal « Le Monde » et à sa grandeur que certains disent aujourd’hui « passée ».
Sur quelques 300 pages, sa volonté farouche – étincelantes pages de formation new-yorkaise – et de beaux hasards la construisent. Josyane Savigneau déroule ainsi des instants précieux de sa vie avec pudeur et un humour vache qui me plaît à tomber. Le récit de ses amitiés – Philippe Sollers, Dominique Rolin, Edwige Feuillère, Juliette Gréco, Hector Bianciotti – se savoure. Des morts passent, une île devient son refuge. Sa haine et son mépris des tièdes nous rassurent sur son endurance face aux calomnies d’un Jean-Edern Hallier, aux coups de menton des Naulleau-Jourde ou aux chausses-trappes de ses collègues. Un poil de mondanité ne lui déplaît jamais. Seule parfois nous ennuie son antienne sur la lutte des classes, mais entendons qu’elle ait pu en souffrir. A preuve cette horrible sortie de Régine Deforges, la rejetant à la caisse d’un supermarché du Poitou ! Pas de temps à perdre, précipitez-vous sur ce livre, cette femme a mis un talent rare dans sa vie !

Josyane Savigneau, Point de côté, Stock. En librairie.

Nicolas Demorand, l’outre-mangeur

Lundi 8 septembre 2008

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© DR

C’est ce lundi que Nicolas Demorand inaugure le nouveau 18-20 de la chaîne d’information continue prisée des bobos et des esprits libres I-Télé. Le journaliste que l’on peut voir en sucettes Decaux dans Tout-Paris ou format Bouddha du Bamiyan sur la Maison de Radio France s’essaie à un pari qui peut laisser dubitatif, voire même agacer si on en juge par sa monopolisation des antennes. Cinq heures de direct par jour ! Au contraire de ses aînés multi-cumulards (Duhamel, Elkabbach, Calvi), après des débuts vociférants sur les ondes de France Inter, Nicolas Demorand séduisait par sa précision, son mordant mis au service d’une matinale énergiquement menée. Las, il semble désormais que cela ne lui suffise plus et qu’après une tentative avortée sur France 2, acoquiné au madré Serge Moati, Nicolas Demorand trouve à I-Télé les moyens de son ambition dévorante . A Jonathan Bouchet-Petersen du « Journal du Dimanche » venu l’interroger, lui demandant l’adresse de son pharmacien, il répondait : « J’ai le même que Jean-Michel Apathie, qui si j’ai bien compris, aborde cette rentrée avec six casquettes : directeur de la rédaction de RTL, chef du service politique, intervieweur du matin à la radio, chroniqueur le soir à la télé, maître de cérémonie du « Grand Jury RTL – Le Monde – LCI » et blogueur. Bien qu’on aime les entendre, on est en droit de se demander si l’un comme l’autre ne pourraient-ils pas laisser un peu de place aux autres, au nom, tiens, juste de la diversité !

La belle personne de Louis Garrel

Samedi 6 septembre 2008

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Louis Garrel dans « La Frontière de l’aube » de Philippe Garrel © DR

Il sera vendredi à l’affiche de « La belle personne », adaptation pour ARTE de « La princesse de Clèves » par son réalisateur complice Christophe Honoré. Il est d’ailleurs de tous ses derniers films : « Ma mère », « Dans Paris », « Les chansons d’amour ». Il dit de lui : « Louis est un acteur habile, virtuose, je ne peux lui refuser ces qualificatifs picaresques, puisque comme lui je suis convaincu que le cinéma est encore un terrain d’aventures… Ce qui demeure, persévère chez Louis, c’est qu’il est poétique… Un scène avec lui apparaît remplie, construite, absolument claire, et dans le même temps absolument incertaine. » Il traîne ainsi sa dégaine de jeune comédien intelligent et racé en couverture de Télérama cette semaine.
Bientôt, on le verra avec Laura Smet dans le dernier film de son père, Philippe, « La Frontière de l’aube », accueilli très diversement à Cannes en mai dernier. Pourquoi un tel engouement ? Parce qu’il le mérite, parce qu’il est avec Benoît Magimel, quoique plus jeune, un des rares acteurs français à chercher, à décrypter le travail du comédien de cinéma comme de théâtre. A preuve, l’interview passionnante qu’il donnait le mois dernier aux Cahiers du Cinéma, tout tendu dans la réflexion de son art, parlant théâtre et cinéma, mise en scène et direction d’acteurs, avec la jubilation d’un pratiquant. Idéale personne.

Les Cahiers du Cinéma, juillet-août 2008. En kiosque.

La belle personne, de Christophe Honoré, avec Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Ringuet, ARTE, le vendredi 12 septembre à 21h00. Sortie en salles le 17 septembre.

Philippe Ridet : souvenirs de charrette à foin

Samedi 16 août 2008

C’est un livre que je lis d’une traite dans le train de retour de Montpellier, puis sur la plage de Sète, dans le compagnonnage qu’on peut avoir avec quelques bons journalistes du Monde dont on ne manquerait pas un seul papier Philippe Ridet comme Raphaëlle Bacqué est de ceux-là. Une année après la présidentielle, il publie « le président et moi » un livre-bilan de ses années à suivre Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir.
Le document est remarquable par la réflexion qu’il offre sur le « cirque » sarkozien (la politique, les rapports ambiguës avec les médias et le grand patronat, la machine à former des symboles qui parle à un large public, les courtisans, les amours et les faiblesses d’un homme dont on ne sait s’il s’aime ou se déteste trop, le feuilleton Cécilia – Anne – Cécilia – Carla ) et la manière dont les journalistes tentent d’échapper à cette « manipulation ». Philippe Ridet, du Parisien au Monde, livre ses carnets de voyages officiels, ses croquis de campagne (jusqu’à ce reportage en Camarque où les journalistes sont entassés sur une charrette à foin, le candidat Sarkozy à cheval) sans chercher moins les révélations qu’à décrire la moulinette dans lesquelles passent les journalistes tout indépendant qu’ils soient.
Alors que les médias font l’objet de critiques sévères sur leur complaisance, qu’on leur reproche d’en dire moins qu’ils ne savent, Philippe Ridet n’a pas peur de montrer ses faiblesses, la connivence qui s’installe sans qu’il n’y puisse rien tout en défendant un métier qu’il aime et dont il s’acquitte avec une vraie conscience, donnant à l’occasion un coup de patte aux bloggers et autres internautes, sans cesse à la recherche d’un scoop ou d’informations croustillantes, prompts à faire le jeu de la rumeur. Un témoignage à méditer…

Philippe Ridet, Le président et moi, Editions Albin Michel.

Alain Genestar : derrière l’épaule

Vendredi 8 août 2008

Alain Genestar vs Nicolas Sarkozy. Cette couverture qui aurait pu être à l’origine de mes « M’as-tu vu ? » lui vaudra sa place à la direction du prestigieux Paris Match, ce magazine que tant disent ne lire que chez le dentiste. Paris Match, je le lis tous les jeudis, cherchant même à en deviner la couverture avant d’arriver au kiosque. Le poids des mots, le choc des photos. Et si c’était vrai ? Beaucoup à l’étranger le tiennent en haute estime, pas trop loin des mythiques Vanity Fair, New York Times ou New Yorker.
Dans un petit livre, sans larme et ni trop de complaisance, Alain Genestar, que l’on a connu immodeste et donneur de leçons, livre sa vérité sur ces journées qui firent de lui l’ennemi numéro de la Sarkozie, alors que l’épouse du ministre de l’Intérieur se cherchait une nouvelle vie auprès du bientôt célèbre Richard Attias. Pas de procès, juste une mécanique infernale et finalement assez naturelle au nouveau régime présidentiel pour choisir ses interlocuteurs dans les rédactions avec la bienveillance de la direction des grands médias français. Par quelques pages argumentées sur le photo-journalisme et la nécessité de lire mais aussi de « voir » une information, Alain Genestar salue avec intelligence le travail des photographes. Une humilité salutaire !

Expulsion, Alain Genestar, Editions Grasset.

Lire aussi à ce sujet le livre du collectif Patrick Le Bel « Madame, Monsieur bonsoir » sur la fabrique de l’information TF1 aux Editions Panama.

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« La » couverture de Paris Match © DR

M’as-tu vu ? Episode 5

Vendredi 1 août 2008

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Mme Nicolas Sarkozy sur les toits de l’Elysée © Annie Leibovitz / Vanity Fair

A lire : Ces premières dames qui nous gouvernent. Les dossiers du Canard enchaîné. Disponible en kiosque.

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