Archives pour la catégorie Photographie

Les cavernes de Ryan Mc Ginley

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Wes(Falling), 2009 © Ryan Mc Ginley

Il vous reste une bonne semaine pour prendre l’Eurostar et découvrir le travail du photographe Ryan McGinley. Le jeune photographe américain, qui fit sensation à Paris à la Galerie du Jour à Paris en 2006, expose de nouvelles images à l’Alison Jacques Gallery. Après ses chevauchées dénudées et juvéniles à travers champs, Ryan Mc Ginley a enfermé ses modèles dans des cavernes où stalactites et stalagmites créent un paysage post-lunaire. Dans ces grottes, les corps entrent en matière et deviennent des sculptures minérales, ensuite saturéés de rouge, d’orange, de bleu et de vert par le photographe. Un monde souterrain et charnel s’offre à nous, voyageur inquiété et troublé.

Ryan McGinley, Moonmilk, Alison Jacques Gallery, Londres, jusqu’au 8 octobre 09.




La chute de la maison Leibovitz

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Elizabeth II © Annie Leibovitz

Vanity fair… Le titre semble aller comme un gant à la photographe américaine Annie Leibovitz, 59 ans, dont on apprend ces jours qu’elle est au bord de la faillite. En faillite ? Oui, en faillite. La maison Leibovitz a du plomb dans l’aile et une dette de 24 millions de dollars contractée auprès d’une banque de rachat de crédit, à rembourser avant le 8 septembre prochain. Il se murmure que la photographe, célèbre pour ses portraits de stars, dont celle du couple Yoko Ono / John Lennon à quelques heures de la mort du chanteur, la seule capable de demander à la Reine d’Angleterre d’enlever sa couronne pour être photographiée de manière moins “pesante”, aurait un train de vie dispendieux, des appartements dans plusieurs villes et ne travaillerait que dans des conditions de superproductions qui alourdiraient sans cesse ses factures. Citée par l’AFP, Anna Wintour, rédactrice en chef du Vogue US, fait cette remarque : “Les questions budgétaires ne l’effleurent même pas, mais au final, elle vous rend une image que personne d’autre n’arrive à réaliser”. La rançon de la gloire ?

Duane Michals inéluctablement

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Duane Michals, Renaissance © DR

Comme le songe d’une nuit d’été mais ce peut-être un conte de toutes les saisons. Le photographe américain Duane Michals fait l’objet d’une rétrospective aux Rencontres d’Arles. L’exposition est de toute beauté et vous embarque, en deux images, dans le monde bien singulier de Duane Michals, 78 ans, connu comme portraitiste – il a travaillé pour le “New York Times”, “Vogue”, “Esquire” - de Magritte, Warhol, Clouzot, Robert Duvall, Jeanne Moreau, et surtout le « virtuose de la narration séquentielle ». Au Palais de l’Archevêché à Arles, en quatre salles, ses meilleures séquences (”La condition humaine”, “Le voyage de l’esprit après la mort”, “Le paradis retrouvé”, “L’ange déchu”, “Le rêve de la jeune fille”, “Prends-en une et vois le Fujiyama”, “La mort vient à la vieille dame”) ravissent. Elles disent un monde peuplé d’anges, d’esprits et de revenants. Entre songe et réalité, sans doute inspiré du surréalisme. Elles racontent aussi un homme, Duane Michals, fils d’immigrés, élevé par sa grand-mère - sa mère domestique, vivant chez ses maîtres - qui prend son destin artistique en main, découvre la photographie et en fait un art majeur. Chacun de ces éléments biographiques a sa part et devient un matériau dans la pratique photographique de Duane Michals.
Au-delà des images, il y encore les textes de Duane Michals, réunis aujourd’hui dans un livre aux Editions Delpire. Ses mots libres, ses poèmes accompagnent peu à peu ses séries ou instantanés photographiques, accentuant leur poésie ou marquant un engagement très clair pour les minorités, qu’elles soient sexuelles ou raciales (”Salvation”). C’est que le photographe n’a pas ses mots dans sa poche, qu’il s’agisse de la défense des noirs et des gays, de sa détestation de nombreux artistes contemporains (Tillmans, Sherman, Serrano, Prince, Wall, Weigman), Michals cogne. Ses aphorismes sur l’art et son texte « Ce qui confond art et mode », même s’il est d’une belle mauvaise foi, méritent d’être médités. On peut ainsi lire « Ne faites jamais confiance à une photographie de si grand format qu’elle ne peut trouver place que dans un musée »…

Duane Michals, The once and always now, Rencontres internationales de la photographie d’Arles (Palais de l’Archevêché), jusqu’au 13 septembre 2009.

Duane Michals, Ce que j’ai écrit, Delpire.

Duane Michals, Photo Poche (Actes Sud), avec une préface de Renaud Camus.

Lire aussi les textes d’Hervé Guibert sur Duane Michals dans « La photo inéluctablement » (Gallimard), recueil des articles de l’écrivain sur la photographie, parus dans « Le Monde. » L’écrivain photographe s’est beaucoup inspiré dans ses sujets et ses mises en scène du travail de Duane Michals.

La photo à Arles : soleils brillants

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Jean-Christian Bourcart, Camden NJ © DR

C’est injuste. On court au festival d’Avignon, on s’y installe plusieurs jours et on passe quelques heures à Arles pour les Rencontres internationales de la photographie. Ce devrait être l’inverse. 40 ans de rencontres, 40 ans de ruptures : les expositions des Rencontres d’Arles valaient cette année le déplacement. « Parrainée » par Nan Goldin qui présente sa belle collection (dominée par Diane Arbus), ses classiques (une « Ballad of sexual dependency » rajeunie, « Sœurs, saintes et sybille »), accueille certains de ses amis pour le meilleur (Antoine d’Agata, JH Engström, Anders Petersen, Leigh Ledare) et pour le pire (David Amstrong), elles s’ouvraient aux Ateliers SNCF sur une rétrospective des années Arles. L’avantage avec les photographes est qu’ils immortalisent année après année leurs beaux moments. Quel plaisir de voir les éditions et les photographes défiler. Ils vont venus, ils sont tous jusqu’à cette photographie irradiante d’Hervé Guibert, journaliste au Monde, aux côtés des ministres Jack Lang et Gaston Deferre. Mais laissons-la nostalgie, pour entrer au vif du sujet. La photographie, celle d’aujourd’hui, avec un œil léger sur celle d’hier. Willy Ronis à Sainte-Anne, on peut s’intéresser au formidable Jean-Christian Bourcart et sa virée à Camden (New Jersey), la ville la plus violente des Etats-Unis. Drogues, vie perdues, pauvreté photographiés avec la peur au ventre et l’envie de se colter à l’ordinaire sans trahir ce monde malade. C’est incontestable l’exposition la plus forte de cette édition avec « Without Sanctuary », exposition de photographies et de cartes postales éditées par les grands fermiers blancs des états du Sud pour se vanter du lynchage de noirs afro-américains. Ailleurs, la ville est une exposition permanente, il y a encore le fantômatique Eugène Richards (« The blue rooms »), Bernard Faucon en toute légèreté bouddhique, l’impeccable Denis Darzacq (« Hyper » vu à Toulouse) et naturellement, le maître : Duane Michals. La journée a passé, on s’en retourne à Avignon des images plein les yeux, des histoires et des rêves noir et blanc en couleur plein la tête.

Rencontres internationales de la photographie, jusqu’au 13 septembre, de 10h00 à 19h00. Attention, certaines expositions ferment le 30 août.




M’as-tu vu ? Episode 28

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Bertrand Delanoë et Liza Minelli © AFP / Miguel Medina

Environ 700.00 personnes, selon les organisateurs, 200.000 de source policière, dont la chanteuse américaine Liza Minnelli, ont défilé à Paris sous le soleil à l’occasion de la Marche des Fiertés fiertés lesbiennes, gay, bi et transsexuelles. Le slogan “1969-2009 : fier(e)s de nos luttes, à quand l’égalité réelle ?” revient sur quarante ans de luttes pour la reconnaissance et les droits de ces personnes…

(Source : AFP)

Les profils urbains de Denis Darzacq

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Hyper © Denis Darzacq

Comme un uppercut. Jusqu’à la semaine dernière, le Château d’Eau à Toulouse présentait plusieurs séries du photographe Denis Darzacq. La série “Chutes” (2006) dont j’ai déjà parlé ici, mais aussi des séries plus anciennes de foules urbaines (”Ensemble”), d’hommes et de femmes nus dans des paysages pavillonnaires, dans l’herbe verte des banlieues (”Nu”, 2003). Et une nouvelle série “Hyper” (2007) où les personnages de “Chutes” semble avoir quitté le macadam de leur cité pour les rayons et néons d’un supermarché Casino. Même mouvement aérien, lévitation identique, temps arrêté sur des corps tendus par une déflagration imaginaire. L’univers a changé : il est tout coloré des produits de grande consommation, d’une lumière froide mais commune des hypermarchés. Les hommes et les femmes qui s’y perdent sont, une nouvelle fois, sous l’œil du photographe, intrigants et plus que séduisants…

Denis Darzacq, Le corps sculpture, Le Château d’Eau, Toulouse, jusqu’au 22 mars 09 (catalogue).

Erwin Olaf : arrêts sur des images en vogue

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Troy © Erwin Olaf

Il affole ces jours-ci les rédacteurs et rédactrices de mode russes en plein fashion week. Le city-guide moscovite “Where” le tient déjà pour un très grand. Ses images entre mode et art sont exposées dans le cadre du Moscow International Festival Fashion and Style in Photography 2009 à la Moscow House of photography jusqu'au 26 mai. Pour les Français,  rendez-vous en mai à Paris à l'Institut néerlandais pour découvrir le singulier photographe et vidéaste Erwin Olaf et ses séries “arrêtées” dont les désormais célèbres Grief, Fall, Rain, Hope… Cette première grande exposition monographique consacrée à Erwin Olaf en France réunit les photographies de ces nouvelles séries mais aussi les films réalisés dans ce cadre. A ne pas manquer !

Erwin Olaf, Rain, Hope, Grief & Fall, Institut néerlandais, du 14 mai au 5 juillet 2009.

Le site du studio Erwin Olaf




Les hallucinations héroïques de Pieter Hugo

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Pieter Hugo, Mr Enblo. Enugu, Nigeria, 2008 © Michael Stevenson Gallery

On avait quitté, émerveillé, les hyènes et leurs dompteurs photographiés par Pieter Hugo. On le retrouve dans les nouveaux locaux de la Michael Stevenson Gallery à Cape Town. L’espace, dans le nouveau quartier branché de Woodstock, est remarquable, vaste, aéré, lumineux. On est cependant un peu décontenancé par la nouvelle proposition photographique du Sud-africain. Rendant hommage à Nollywood, haut-lieu de tournage de nanards africains qui inondent les derniers écrans de cinéma du continent, Pieter Hugo photographie des comédiens, les affuble de costumes rappelant des héros connus, puis les place dans des univers de désolation. On voudrait y croire, se laisser embarqué dans cette fantasmagorie très vaudou mais tout ce fatras de chairs meurtries, de viandes saignantes et de personnages hallucinés lasse et devient artificiel. On passe d’une image à l’autre, sans qu’un récit ne s’impose, juste des poses chahutées et sophistiquées. Dommage !

Michael Stevenson Gallery, Buchanan Building, 160 Sir Lowry Road, Woodstock, 7925, Cape Town

Portrait Prize 08 : l’invention du monde

Londres toujours, mais juste pour 24 heures chrono. Alors, il faut faire des choix et s’il n’y a du temps que pour une seule exposition, privilégier la National Portrait Gallery qui, aux côtés de l’exposition d’Annie Leibovitz “Une vie de photographe” déjà vue à Paris, propose l’annuel “The Taylor Wessing Photographic Portrait Prize 2008″ qui présente pêle-mêle le travail d’étudiants, d’amateurs ou de professionnels et consacre chaque année cinq photographes de portrait parmi 2500 candidats et 6 700 images proposées à la sélection d’un jury de première main. Si la sélection semblait cette année moins puissante que celle de l’an passé, ce sont tout de même près d’une cinquantaine de portraits “short-listés” et autant de regard comme un tour du monde contemporain, tel qu’il se fait, tel qu’il se vit d’Inde aux Etats-Unis, du Mozambique à l’Ukraine. Du noir en blanc en couleurs, l’invention du monde…

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Bag (detail), 2007 © Hendrik Kerstens / Courtesy of Witzenhausen Gallery

The Taylor Wessing Photographic Portrait Prize 2008, National Portrait Gallery, jusqu’au 15 février 2009

A la Fondation HCB, Guy Tillim manque d’air

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Johannesbourg © Guy Tillim - Michael Stevenson Gallery

Quel plaisir de retrouver Guy Tillim, découvert aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako, retrouvé à Cape Town à la galerie Michael Stevenson. Le photographe sud africain est un des talents les plus intéressants de la photographie africaine contemporaine et la Fondation Henri Cartier-Bresson accroche sur ses murs étroits deux pans emblématiques de son travail documentaire. Au premier étage, des photographies saisissantes de la vie des townships de Johannesbourg, où la violence urbaine et l’exclusion rivalisent avec une humanité sans repères. La seconde exposition, présentée pour la première fois en Europe, intitulée “Avenue Patrice Lumumba”, est une errance photographique dans une Afrique-fantôme, malade de ses frêles démocraties. Etrangement, la juxtaposition de ces deux expositions convainc moins, trop austère, trop pessimiste - ne laissant aucune place à l’espoir. Peut-être manque-t-elles d’air, les images collées les unes aux autres ne laissant aucun répit dans cette vision trop sombre d’une Afrique abandonnée…

Guy Tillim, Fondation Henri Cartier-Bresson, jusqu’au 19 avril 2009