Krzystof Warlikowski reprend son Tramway

20 mars 2010

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Isabelle Huppert © Pascal Victor / ArtComArt

Certains ont abandonné avant même la représentation, assommés par les critiques hurlantes à l’ennui, au soir de la première. N’y allez pas ! Ca dure 3 heures ! On n’y comprend rien ! Isabelle Huppert vampirise une nouvelle fois de sa bêtise égocentrique ce spectacle au point qu’il n’y ait plus de tramway mais juste une Blanche DuBois à la dérive entre Tennessee Williams et des citations boursouflées de Sarah Kane ! Mais qui est ce polonais complètement malade ? On y va, goguenard, prêt à rajouter son couplet et dire tout le mal qu’on a déjà ici d’Isabelle Huppert la mal aimable. 2h45 plus tard, rien à dire, on applaudit ce spectacle beau et inspiré. On salue la performance du metteur en scène à raconter un monde, une femme et ses obsessions au travers d’un texte, de citations et de chansons comme une construction purement mentale, faite de multiples influences littéraires et musicales pour arriver à cerner cette irrégulière, Blanche DuBois. Le public, venu pour l’hallali, en est pour ses frais, alors il applaudit mollement. Il espérait une bataille d’Hernani, Warlikowski n’en leur en donne pas le loisir. Son talent est évidence. Il a repris son ouvrage, coupé une demi-heure de vociférations d’Isabelle Huppert pour être sur l’os. Bien sûr qu’on n’entend pas, comme au lycée, le « Tramway nommé désir » de Tennesse Williams, mais une variation hallucinée et engageante qui vaut toutes les intrigues bien ficelées. Un théâtre furieux et misanthrope qui vous court longtemps après…

Un tramway, mise en scène de Krzystof Warlikowski, traduction de Wajdi Mouawad, avec Andrzej Chyra, Florence Thomassin, Yann Collette.

Une journée avec Patrick Messina

19 mars 2010

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Le Cap © Patrick Messina

Un mot, une image du Cap, pour saluer le talent du photographe Patrick Messina, qui présente à la galerie Philippe Chaume, ses très belles images d’Afrique du Sud et aux autres immensités maritimes ou urbaines dans lesquelles il nous plonge avec une poésie rare du flou et de l’émerveillement. Ne les manquez pas !

Patrick Messina, A journey, Galerie Philippe Chaume, jusqu’au 20 mars.

A single man : que mon cœur lâche !

19 mars 2010

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Colin Firth © Mars Distribution

Il y a de jolis instants, c’est vrai, dans le film glamour à mort de l’ancien couturier Tom Ford, mais aussi des manières pompières de marchand de lunettes qui rendent le film proprement indigeste. Dommage, on était bien parti pour suivre les variations mélancoliques de Colin Firth, gentil professeur tiré à quatre épingles, épagneul malheureux d’un amour ravissant mais accidenté, rouge sang sur la poudreuse au coin d’une route de campagne, jusqu’à l’entrée dans son appartement design, transparence de verre et de bois… Dès lors, plus rien ne va, Christopher Isherwood, dont est adapté le film, a déjà fichu le camp, il ne reste que chiffons mondains et falbalas homosensibles en guise de scénario : une soirée alcoolisée avec Julianne Moore, écrite à la truelle, la nuit qui tombe sur quelques jeunes hommes prêts à l’amour, une dangereuse baignade nocturne et, au final, la crucifixion d’un cœur bien fatigué.

A single man, un film de Tom Ford, 1h53 (En salles).

Deux comédiens, seuls en scène

18 mars 2010

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Jonathan Capdevielle © DR

Il est des comédiens qui, le pied à peine posé sur le plateau, font comme partie de votre famille. Nicolas Bouchaud, depuis ses aventures rocambolesques avec Jean-François Sivadier, et Jonathan Capdevielle, plus récemment, sont de ceux-là. Deux bêtes de scène, deux forces timides. Le temps de sentir la salle, de tenir le public, et ils donnent tout et le meilleur d’eux-même. Jonathan Capdevielle fut ainsi porté en triomphe il y a quelques jours aux Antipodes de Brest, présentant « Adishatz », une performance chantée et bouleversante sur l’adolescence d’un garçon d’aujourd’hui. Il était pourtant bien tard dans cette nuit brestoise mais le public, secoué pour certains de rires trop veules pour ne pas masquer leur gêne, était à l’unisson de cette folie barbare et délicate. Quelques jours plus tard, à Toulouse, Nicolas Bouchaud, les mots dans ceux du critique ciné Serge Daney, partageait sa cinéphilie avec le public du Théâtre national. Fringuant, moqueur et heureux, parfois féroce avec le public, il emportait tout, John Wayne en fond d’écran n’avait qu’à bien se tenir.

Adishatz, une performance de Jonathan Capdevielle.
Showroomdummies, un spectacle d’Etienne Bideau-Rey et Gisèle Vienne.
La loi du marcheur, ms Eric Didry, avec Nicolas Bouchaud (En tournée en France)

Est-ce Saint Laurent qu’on ressuscite ?

17 mars 2010

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Yves Saint Laurent © DR

On ne sait plus où donner du Saint Laurent ! Une exposition au Petit Palais, orchestrée par le fidèle Pierre Bergé qui publie chez Gallimard ses « Lettres à Yves », un album photo de Jeanloup Sieff dont la fameuse image de « Saint Laurent naked », des documentaires plus ou moins visibles (le désormais célèbre mais invisible Célébration d’Olivier Meyrou, qui a le tort, entre autres, d’être le compagnon de Christophe Girard, ennemi intime de M. Bergé), une biographie de Marie-Dominique Lelièvre (« Saint Laurent mauvais garçon », Flammarion) qu’elle revendique de ne pas avoir écrit « sous la dictée de Pierre Bergé », un petit livre mode et mal ficelé de Laurence Benaïm (« Requiem pour Saint Laurent », Grasset). Sans oublier le livre disque d’Alain Chamfort et Pierre-Dominique Burgaud (« Une vie Saint Laurent », Albin Michel), qui est sans conteste le travail de création le plus éloquent, le plus sûr de cette déferlante Saint-Laurent. C’est dit justement, chanté délicatement : tout est subtilité et distance heureuse avec la mythologie en cours de construction.

Les cercles nocturnes de Joël Pommerat

3 mars 2010

Notre estime pour Joël Pommerat est grande. La singularité de sa recherche dans son théâtre d’ombres mérite qu’on passe vite sur les réserves que nous inspirent son nouveau spectacle « Cercles / Fictions » présenté le mois dernier dans un dispositif scénique bouleversant l’aménagement des Bouffes du Nord. Les spectateurs sont tout autour de la scène et se font miroir. Les comédiens, au milieu du cercle, dans la pénombre, raconte des histoires de quelques hommes et femmes en prise avec la guerre, l’économie, l’ambition dans une société humaine déclinante. Des histoires qui se mêlent les unes aux autres au risque d’une grande confusion. On se perd souvent dans cette pièce, on bute sur une piste qui soudain devient un non-sens. On s’épuise dans cet excès de noirceur, le jeu parfois trop subtil de lumière et de nocturne. On abandonne du regard ces comédiens dans une humilité de moyens et de gestes qui les rend d’une sobriété si sombre… Alors la pièce semble se jouer sans nous et nous laisser un peu en plan, loin de ce spectacle pourtant gracieux et porté par un texte d’une très belle beauté inquiète…

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Cercles / Frictions © Elisabeth Carecchio

Cercles / Fictions, texte et création de Joël Pommerat, en tournée française.

L’homme qui plantait des arbres

17 février 2010

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Françoise Fabien et Guy Marchand © Ad Vitam

L’argument est simple : Frédérick (Guy Marchand impeccable) fait pousser des arbres et, depuis près de soixante ans, cultive un secret. Autour de lui, seuls sa femme (Françoise Fabian, royale en bourgeoise digne de province) et son fils aîné (Pierre Loup Rajot, perdu de vue) savent la vérité sur son histoire. La mort de ce fils, avec qui il entretenait des rapports conflictuels, le conduit à révéler enfin à ses proches ce qu’il n’avait jamais pu dire. Le secret : l’homosexualité de Frédérick. Vient le temps, cet automne de la vie, où il faut que les secrets circulent, comme dirait Hervé Guibert. On pense d’emblée au terrible « Festen » de Thomas Vinterberg, mais le duo Ducastel / Martineau n’a pas cette violence. Le secret court, oui, mais comme l’eau lente d’une rivière en hiver, gelée en surface, tourmentée en son fond et les comédiens, formidables et attachants (n’oublions pas l’éclatante Catherine Mouchet), sont à ce diapason. En toute simplicité. Ce qui rend ce beau film fragile, solide comme un chêne.

L’arbre et la forêt, un film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Rix Jean Vigo 2009. (En salles)

Monumenta Boltanski : le coeur en écho

17 février 2010

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© DR / Boltanski

Un souvenir assourdissant. Des allées de vêtements sur le sol dessinent une ville-fantôme, une cité industrielle qui bruit d’un coeur battant et de l’enfer d’un engin mécanique, machine de mort infernale à broyer des destins. Des silhouettes s’élèvent et se fracassent, inlassablement, par milliers de minutes et d’individus. Il n’y a rien à dire qu’à sentir. Christian Boltanski, à son projet monumental, ne le rend que plus intime. On traverse en quelques minutes cet ensemble tragique qui porte la mémoire de la Shoah au plus près du coeur : c’est un travail remarquable.

Barcelo avant Barcelo

15 février 2010

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Miquel Barcelo © Musée des Abattoirs

Ce n’était pas une exposition bien intéressante, mais l’image, insolente et belle, du jeune Barcelo sur les murs de Toulouse faisait plaisir à voir. A l’intérieur du très beau Musée des Abattoirs, un pèle-mêle de toiles, d’installations morbides, quelques vidéos tentaient de nous rappeler, sans beaucoup de perspectives, les premières heures de la trajectoire Barcelo.

Bloomsbury sans follies à la Piscine de Roubaix

9 février 2010

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© DR / Gallimard

Ce qu’on s’ennuie à la Piscine de Roubaix au milieu des folies du Bloomsbury, le célèbre mouvement anglais du début du siècle dernier, dont Virginie Woolf et Lytton Strachey furent deux éminents représentants. Ils firent feu de tout bois, au service de l’art, de la littérature, de la peinture, du design, lors de mille et une conversations brillantes, happenings joyeux et transgressifs. Des maîtres rigoureux en fantaisie mais c’est fou ce que cette exposition en manque !

Le site du Musée La Piscine à Roubaix.

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