Les nocturnes de Dick Annegarn

15 décembre 2007

Le label « Tôt ou tard » nous fait un formidable cadeau en cette fin d’année en rassemblant dans un beau coffret trois albums mal connus du grand Flamand au regard triste, édités entre 1985 et 1990. Il était réapparu un jour de mars 98, belle photo de Mondino en couverture, pour un album lumineux « Approche-toi » (Tôt ou tard), annonciateur d’une réjouissante série d’albums (« Adieu verdure », « Un ombre », « Plouc ») et de concerts sensibles. Un nouveau compagnon de routes et de chansons, un autre bel irrégulier : « Il y a de l’or aux arbres / il y a du bleu au ciel / il y a du gout au miel… / je te nomme chevalier de la feuille d’or / c’est tout comme gentil-homme…».
C’était encore le chanteur oublié de « Bruxelles », cette chanson collante comme le sparadrap du capitaine Haddock, qu’il n’en pouvait plus de s’entendre réclamer à chacun de ses concerts et qu’il abandonne souvent dès le deuxième couplet ! Un succès comme par inadvertance pour une chanson qu’il doit sans doute aimer un peu moins que d’autres que le public n’a pas entendu.
Fuyant cette « Bruxelles » maudite, Dick Annegarn avait largué les amarres et s’était installé sur une péniche-café-boulangerie-épicerie sur la Marne, continuant d’écrire et de composer, loin des « foules sentimentales ». Quinze années de poème, sans le sou, et de « résonances de bateau, d’eau et de banlieue » que l’on redécouvre étincelantes ou troubles ces jours-ci sous le titre « Les années nocturnes ». Il est vivement recommandé d’aller faire un tour par ces nuits-là… Beauté du verbe, sons extraordinaires, chansons-fleuves, la boîte à secrets de Dick Annegarn, révélée à nous…

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© Dick Annegarn / DR

Marseille, cité radieuse

7 décembre 2007

J’avais très envie de revenir à Marseille, voir le soleil d’hiver sur la Canebière, baignant l’Estaque et le fort Saint-Jean. Descendre les escaliers de la gare Saint-Charles en pensant à Montand dans « Trois places pour le 26 », le dernier film de Jacques Demy. Cette ville passionnante que Jean-Claude Izzo me fit découvrir peu de temps avant sa mort. Sa femme, Catherine, y vit toujours entre deux voyages qui la mène de par le monde.
Nous avions rendez-vous sans nous le dire à la très intrigante Cité radieuse – Le Corbusier, où elle expose une série de photographies à la galerie Imbernon. De très petits formats, à son habitude, comme un voyage hypnotique dans Marseille, qu’on croirait abandonné. Catherine Izzo nous fait découvrir, par ses photographies, un Marseille en « détails » qu’elle nomme « Traversée ». De très belles manières que confirme la parution ce mois-ci d’un livre « Vous toucher » co-signé avec l’écrivain-traducteur Claude Bleton. Je vous en livre ici les premières lignes : « Elle marchait sous les platanes de l’avenue. Il arrivait en sens inverse. Ils allaient se croiser quand soudain elle s’est approchée, a tendu le bras et dit : « Pardon monsieur, est-ce que je peux vous toucher ? »

Le site de Catherine Izzo : http://passevue.com
Claude Bleton (texte), Catherine Izzo (photographies), « Vous toucher », Collection Collatéral, Editions Le bec en l’air.
« Traversées. Marseille, 26 septembre 2003, 18h15 – 19h26 ». galerie Katia Imbernon. Unité d’habitation Le Corbusier, 3ème rue, Marseille.

Cuisine municipale

7 décembre 2007

Un courriel d’auto-justification de Pierre Aidenbaum, maire du 3e arrondissement et candidat PS à sa propre succession, très instructif sur la petite cuisine qui prévaut à la constitution des listes d’arrondissement. Il semble qu’elle ait donné lieu à une bataille rangée… Navrant.
On apprend par « Le Monde » que le camarade Emmanuel Pierrat se présente dans le VIe arrondissement et qu’Olivier Poivre d’Arvor aurait décliné la même proposition dans le Ve. On lui adresse ce message de félicitations : « Emmanuel, j’apprends que tu figures au titre de candidat dit « d’ouverture » sur les listes du PS parisien. J’ignorais que tu puisses être auparavant engagé à droite ! Un seul vœu pour ce début de campagne : que Bertrand Delanoë recommence à faire de la politique (= se préoccuper des attentes des Parisiens) au lieu de se laisser aller à cette fatuité toute jospinienne (mon beau bilan !) qui pourrait le mener à pareille bérézina… »

Le plaisir des Dieux

7 décembre 2007

Cela fait hurler certains, mais on ne se refait pas et on assume : j’adore Pierre Perret. Ce doit bien être le seul point commun avec Lionel Jospin, croisé en goguette avec Daniel Vaillant le soir de la première de ses « 50 ans de chansons » à l’Olympia, ratant comme eux la soirée d’investiture de Ségolène Royal ! Pierre Perret, après le vindicatif « Mélangez-vous », se fait plaisir et revisite une vingtaine de chansons gaillardes. Rabelaisien en diable et furieusement réjouissant !

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Le plaisir des dieux, Pierre Perret, CD Naïve / Adèle, avec une préface de Louis Mexandeau.

J’ai cru entendre « je t’aime »…

6 décembre 2007

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Jour de fête nationale en Finlande ! Sortant du train de Marseille, à quelques heures de l’avion pour Toulouse, je trouve le temps de passer à la FNAC Bastille pour acheter l’édition collector des « Chansons d’amour », le film de Christophe Honoré qui paraît en DVD. Sans conteste, son plus beau film, défait de ce maniérisme agaçant qui me faisait abandonner à mi-parcours ses précédents films (« Ma mère » surtout) ou ses livres « pour adultes » (« Scarborough », « Le livre pour enfants », Editions de l’Olivier) – alors que sa littérature pour enfants est un ravissement («Tout contre Léo », à découvrir de toute urgence à l’Ecole des Loisirs). Alors revoir une nouvelle fois ces « Chansons d’amour » dont je ne dirai jamais assez à quel point elles sont le reflet de ma génération, de nos amours, de la confusion voulue des genres et des solitudes, de notre confrontation mal-aisée avec la mort de nos proches. Film-chorale porté par la grâce de ses comédiens (Garrel, Hesme, Mastroianni, Sagnier, Roüan, et naturellement Leprince-Ringuet), un film est encore magnifié par les paroles et musique d’Alex Beaupain, écoutés en boucle depuis : « je suis beau, jeune et breton, je sens la pluie, l’océan et les crêpes au citron… »

A propos de samedi soir

6 décembre 2007

Guibert, toujours. Agathe Gaillard me précise ce matin par un message goguenard que c’est elle-même qui a rallumé la lumière samedi soir après l’écoute de la composition sonore de Matthieu Combetteg : « Serge, si vous avez vu une jeune femme rallumer les lumières, (moi) alors vous êtiez plus sous le charme que vous ne voulez le paraître… ». Je tiens aussi à préciser à Sarah Koné que je n’avais pas bu de champagne ce soir-là, filant derrière Philippe Mezescaze…
Toutes ces précisions me rappellent – toute modestie gardée – les péripéties d’un Guibert, envoyé spécial du Monde au festival de Venise, après une interview de Balthus, membre du jury cette année-là. Le peintre s’était laissé à des propos peu amènes sur les curateurs japonais d’une de ses récentes expositions, provoquant un véritable incident diplomatique. Il fallut publier dans le quotidien du soir plusieurs rectificatifs, du plus factuel au plus alambiqué, pour venir à bout de la susceptibilité japonaise… L’anecdote est à lire dans « L’homme au chapeau rouge » (Gallimard, 1992) – mais si vous vous plongez dans les « Monde » de l’époque, vous lirez avec gourmandise chacun des rectificatifs – donnant à l’affaire les ressorts d’un feuilleton assez cocasse !

Pour en savoir plus sur Matthieu Combetteg, le musicien a une page « myspace » très bien faite, où vous découvrirez son travail…

King Lear

6 décembre 2007

Un article du Monde lu il y a quelques jours me rappelle quelques souvenirs de Jean-Luc Godard. Fidèle au Centre André-Malraux de Francis Bueb, il participait aux Rencontres européennes du Livre de Sarajevo. Quelques années plus tard, il y tournera d’ailleurs un film « Notre musique ». Monologue du maître au fond d’un taxi dans Sarajevo, la nuit, le cigare légendaire aux lèvres. Présent comme perdu au milieu de ses contemporains, « mieux vaut toujours faire son devoir que son droit », disait-il, le sens de la formule toujours aussi aiguisé…
Aujourd’hui, Jean-Luc Godard se sent seul. « De plus en plus de films sortent en salles, mais il y a de moins en moins de cinéma ». Disparues l’atmosphère et l’émulation créatrice des années 50, finie la belle complicité avec les cinéastes, anciens des Cahiers du Cinéma, comme Rohmer ou Rivette, ratée la grande exposition rêvée par Dominique Païni à Beaubourg, plus que le tennis, un art qui se joue pourtant à deux, pour le réjouir… Il n’ira pas chercher à Berlin le Prix pour l’ensemble de son œuvre (« life achievement » en VO) de l’Académie du cinéma européen, présidée par Wim Wenders. « Les trois quarts des gens qui reçoivent aujourd’hui des Prix à Berlin n’utilisent la caméra que pour exister, et non pour voir quelque chose, que l’on verrait pas sans elle – de la même façon qu’un scientifique ne pourrait voir certaines choses sans son microscope, ou un astronome certaines étoiles sans son télescope », déclare-t-il dans l’hebdomadaire « Die Zeit », paru le 29 novembre.
Retour à Sarajevo… A l’aéroport, en attendant l’avion du retour, JLG s’isole, parcourt les livres que les écrivains invités n’ont pas manqué de lui dédicacer, se lève et disparaît sans mot dire. Philippe C., jeune journaliste à l’époque, retrouvera quelques minutes plus tard tous les livres dans la poubelle des toilettes de l’aéroport de Sarajevo…
De ces étonnantes journées à accompagner Jean-Luc Godard dans Sarajevo encore en ruines, je conserve tout de même une belle photographie de Sophie Bassouls et le scénario d’un film d’Anne-Marie Miéville, sa compagne, que je reçus de Suisse quelques jours après mon retour de Bosnie-Hervégovine…

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© Films Alain Sarde / DR

Notre musique, Jean-Luc Godard, 2004, (DVD Cahiers du Cinéma)
Après la réconciliation (scénario), Anne-Marie Miéville, Editions du Cahiers du Cinéma

Les cabines de bain

6 décembre 2007

Ce soir-là, Frédérique C. préféra la proximité du Théâtre de la Ville et l’élégance de Merce Cunningham à une virée dans les Hauts-de-Seine. Que c’est parfois loin, Nanterre, pour les « intellectuels artistiques » comme deux clochards pas bien célestes nous surnommèrent un soir de jubilation, bras dessus bras dessous, à la sortie d’un théâtre… Au téléphone, elle me racontera dans la nuit que le spectacle était très beau et qu’il lui fallut échanger son téléphone portable contre un i-Pod nano pour avoir la bande-son du spectacle dans les oreilles…
Aux Amandiers, on donnait donc « La seconde surprise de l’amour » de Marivaux (1727) dans une mise en scène de Luc Bondy. Plaisir de retrouver au bar ce cher Arnaud Laporte et sa bande de chroniqueurs de « Tout arrive », que l’on avait un peu perdu de vue. Arnaud aime son métier, l’antenne de France Culture à midi pétantes pour ce que Guibert appelait des « variétés culturelles » et ne s’en plaint jamais !
Sur scène, – on y arrive -, on annonçait avant l’été le duo enchanteur des « Chansons d’amour » de Christophe Honoré et des « Amants réguliers » de Philippe Garrel : Louis Garrel et Clotilde Hesme. Finalement, elle se présente seule aux côtés d’une distribution impeccable (Pascal Bongard, Roch Leibovici). Le spectacle, un marivaudage exquis, se déguste et vaut particulièrement pour la performance tout empruntée du Chevalier, interprété par Micha Lescot. C’est l’amour à la plage comme une charmante valse–hésitation de sentiments un soir d’été…

« La seconde surprise de l’amour » de Marivaux, par Luc Bondy, Théâtre des Amandiers, Nanterre (jusqu’au 21 décembre, puis en tournée en France).
« Tout arrive », par Arnaud Laporte, France Culture, du lundi au vendredi, à 12h00.

François Mitterrand : le chêne et l’olivier

4 décembre 2007

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© Institut François Mitterrand

Sans anniversaire apparent – ou est-ce une manière souterraine du fabiusien Jérôme Clément, président d’Arte France, d’accompagner la publication du livre de mémoire de Danièle Mitterrand ? -, Arte programmait hier une soirée « Mitterrand » avec la diffusion du film de Robert Guédiguian « Le promeneur du Champs de Mars » (2005) et la rediffusion d’un documentaire de Serge Moati et Eric Guéret « Les Mitterrand(s) » (2005). Du film, on en pense toujours autant de mal : face à un Michel Bouquet magistral, le sympathique Jalil Lespert fait pâle figure, la mise en scène est à l’avenant, illustrative et poussive. Bref, on a toujours préféré le marseillais Guédiguian sur les bords de la Méditerranée, entre l’Estaque et Notre-Dame de la Garde que sur les quais de Seine… Vient ensuite le documentaire de Moati. Quel que soit le réalisateur, c’est encore et toujours François Mitterrand qui triomphe, terrassant Edwy Plenel ; mettant au pas, loin des inventaires, Lionel Jospin ou Jacques Attali et faisant glisser une ombre de grande tristesse sur le visage de Robert Badinter qui clôt les témoignages de ces quelques phrases : « Oui il me manque. Parce que, comme je vous l’ai dit, j’aimais beaucoup Mitterrand et que c‘étaient des jours heureux. Je l’ai vu partir avec chagrin. C’est comme ça, c’est la vie… ». Encore un plan sur les larmes d’Helmut Kohl à Notre-Dame, à faire chavirer David Dessaigne, rencontré il y a quelques semaines à Bordeaux, fou de Mitterrand au point d’acheter aux enchères à Drouot sa cave et de dire ensuite la vérité d’un Mitterrand, malade, qui ne buvait que très rarement du vin…

Le livre de ma mémoire, Danièle Mitterrand, Jean-Claude Gawsewitch, 2007
A la vie, à la mort, Robert Guédiguian (1995)
La ville est tranquille, Robert Guédiguian (2001)

Droit de nuance

4 décembre 2007

Etonnement. On s’imagine donner ce blog pour soi seul ou quelques aimables proches qui vous y encouragent. Et soudain, la personne qui vous a ému un soir de « composition sonore » et que vous racontez en quelques mots vous écrit. Suite au billet « Le survivant », Philippe Mezescaze m’envoie ce message que je me permets de publier : « … j’ai été un peu estomaqué et touché bien sûr de me voir mis en scène comme ça… Cependant, je n’avais pas les yeux embués. » Don’t acte.

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