Portraits d’Ellis Island

27 décembre 2007

Ellis Island, cette petite île à l’entrée du port de New York. A quelques encablures de la Statue de la Liberté. Qui n’a pas visité ces bâtiments désormais fantômes, ces salles immenses mais aujourd’hui vides, ne peut, à mon sens, comprendre l’Amérique. Il y résonne encore les voix des migrants, épuisés par d’innombrables semaines de voyage. Pour ceux qui arrivèrent jusque là, entre 1892 et 1954, c’était l’épreuve de la dernière étape : les examens médicaux et administratifs pour valider leur entrée sur le territoire américain. Dans la foulée, la naturalisation. American citizen !
La Cité nationale de l’histoire de l’immigration accueille jusqu’au 13 janvier 2008 une exposition des portraits du photographe Augustus Frederick Sherman. Une occasion unique de découvrir ces clichés qui, d’ordinaire, ne quittent pas le musée d’Ellis Island. Des portraits, pris entre 1905 à 1920, d’hommes, de femmes, d’enfants, de famille, venus de Russie, de Hollande et même de Guadeloupe, se frotter au rêve américain, porteurs d’une idéale espérance…

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© Courtesy the Statue of Liberty National Monument, the Ellis Island Immigration Museum, and the Aperture Foundation.

Cité nationale de l’histoire de l’immigration : www.histoire-immigration.fr
Récits d’Ellis Island. Histoires d’errance et d’espoir de Georges Perec (en collaboration avec Robert Bober). POL / INA
Golden Door, un film d’Emmanuele Crialese, 2007 (en DVD)

La belle Tour de Babel

27 décembre 2007

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© La chute, Denis Darzacq.

On pénètre, intrigué, dans l’ancien temple des colonies d’outre-mer, entièrement restauré par les architectes Patrick Bouchain et Loïc Julienne. Accueilli par ce fameux bas relief d’Alfred Janniot, illustrant par la pierre l’apport des colonies à la prospérité française. Le Palais de la Porte Dorée, rare vestige de l’Exposition coloniale Internationale de 1931, est devenu, par les voeux tiers-mondistes de Président Jacques Chirac, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Inaugurée en catimini au lendemain de la création du Ministère de l’Identité nationale, cette Cité est pourtant une belle réussite et, par ces temps de rupture et d’inventaire, l’une des plus belles initiatives culturelles de Jacques Chirac, épaulé par son fidèle Jacques Toubon.
Faut-il y voir aussi la fin d’une époque – celle d’un gaullisme décolonisateur, puis d’un mitterrandisme assimilateur, capable de défendre l’idée d’une immigration nécessaire pour le développement national ? A parcourir, passionné, les vitrines de chacune de ces histoires en passe de devenir françaises, on mesure à quel point la conscience d’un universalisme français s’est éteint, laissant la place à un repli de plus en plus palpable de la majorité des Français sur eux-mêmes. Quel pauvre mythe que celui d’une seule immigration « choisie » défendue par l’enfant d’immigré hongrois Nicolas Sarkozy !
Au-delà des archives (objets, journaux, photographies de Jean-Philippe Charbonnier ou de Janine Niepce), la remarquable exposition permanente « Repères » vaut aussi par la part belle qu’elle offre aux artistes contemporains (Kader Attia, Denis Darzacq, Barthélémy Toguo, Hamid Debarrah, Malte Martin). Sortant de cette Cité ouverte comme la plus belle des tours de Babel, un vieil monsieur asiatique se réjouit : « ah, c’était vraiment bien ! « .

Cité nationale de l’histoire de l’immigration : www.histoire-immigration.fr

Alex Beaupain : pour la beauté du geste

27 décembre 2007

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© Naïve

Des affiches fraîchement scotchées en bas de chez moi… Je voudrais en récupérer une pas encore délavée par la pluie du soir. Je n’y parviens pas. Elles annoncent le concert prochain d’Alex Beaupain, auteur-compositeur des bandes originales des films de Christophe Honoré « Dans Paris » et « Les chansons d’amour ». Derrière ces deux musiques de films se cache aussi un album entêtant « Garçon d’honneur ». Pop d’époque, des textes d’une grande subtilité. Un de ces disques qu’on écoute en boucle des semaines durant et qu’on retrouve avec le même plaisir des mois plus tard. Rendez-vous donc le 5 avril au Café de la danse pour l’écouter !

Le 5 avril, à 20h00.
Café de la danse : 5, passage Louis-Philippe, Paris 11. Tél : 01 47 00 57 59

Alex Beaupain, Garçon d’honneur, Naïve 2005.

Sarah Lucas : Car crash

27 décembre 2007

Pour elle, qui hésiterait à faire le tour d’Europe, le tour du monde ? Les installations de Sarah Lucas, figure de proue des Young Brits, vous portent loin, hors la connaissance du monde commun, dans une confrontation inédite des sexes et une affirmation contrastée des genres. L’an passé, la Tate Liverpool lui consacrait déjà une rétrospective, s’y mêlaient matelas sordides, baignoires frigides, oeufs au plat en lieu et place de poitrine, bidets translucides, poulet cru en sorte d’origine du monde et encore d’autres autoportraits en artiste tourmenté. Un choc ? La révélation d’un autre féminisme, proche, sans doute, de celui d’une Virginie Despentes.
Au Palais de Tokyo, à Paris, Sarah Lucas, propose un « Car park » de sensation, assemblage de deux de ses oeuvres « Concrete void » et « Islington diamonds » (1997). Une Renault 21 blanche, étrangement immatriculée mais venue de Saint-Malo à lire les autocollants sur sa plage arrière, dont les vitres ont été brisées de mille éclats de verre, entourée de photographies grands formats noir et blanc de tristes parkings d’Islington, banlieue de Londres où vit Sarah Lucas. La poésie naît de ces petits diamants d’Islington, comme le fracas du monde de consommation courante, loin de toute possibilité de dépassement de soi. Un monde où l’art se serait échappé, rattrapé par la fureur de créer de Sarah Lucas. Fin de partie, cauchemar…

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© Car park, Sarah Lucas / Sadie Coles HQ / Photo : Marc Domage.

Relax, relax, relaxez-vous

27 décembre 2007

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Line Renaud © Site officiel / DR.

Elle a beau être ultrachiraquienne, pilier d’un réseau d’amies stupéfiantes qui court de Michèle Laroque, à Liane Foly en passant par Claude Chirac et Muriel Robin, à revoir le portrait très documenté de Philippe Kohly retraçant les grandes heures de sa carrière et de ses engagements, difficile de ne pas saluer le talent de Line Renaud… Les capitales du monde entier défilent, les escaliers de music-hall, les revues à Las Vegas, la cabale d’Edith Piaf, les amis américains (Cary Grant, Dean Martin, Gregory Peck, Elvis Presley), sa manière de s’effacer ensuite pour laisser la place aux yéyés, puis le cinéma (formidable dans « J’ai pas sommeil » de Claire Denis) et encore la télévision : quelle vie ! Line Renaud, rire fracassant, la larme prompte à l’oeil, demeure, à près de 80 ans, entreprenante, n’oubliant rien d’Armentières d’où elle vient, se souvenant de tous ses proches et amis (Maman, Lou Gasté et tant d’autres malades du sida) accompagnés jusqu’aux derniers instants…

Line Renaud : une histoire de France, Philippe Kohly (France, 2005).

Beau travail

26 décembre 2007

Un film touché par la grâce de son acteur principal. A croire que dès que Casey Affleck apparaît dans un film, son jeu imprègne irrémédiablement la pellicule, allant jusqu’à en modifier le scénario et le montage. C’était déjà mon sentiment en sortant de l’hypnotique « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », où le duo qu’il formait avec Brad Pitt, au mieux de sa forme, rendait le film hors norme.
A nouveau, Casey Affleck porte un film sur ses épaules. Le premier film de son frère, Ben, « Gone Baby gone », adapté de Dennis Lehane qui offrit avec son roman « Mystic River » l’argument d’un des meilleurs films de Clint Eastwood, magnifié par la présence de Sean Penn. Dommage que Ben Affleck ne soit pas Clint Eastwood, en quête de l’indicible frontière entre le Bien et le Mal. Il s’emmêle un rien dans cette histoire sombre de rapt d’enfant, mais le jeu inspiré de Casey Affleck, entouré par Morgan Freeman et Ed Harris, pousse le film au plus loin de ses tourments.

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© Miramax Films

« Gone Baby gone », Ben Affleck (sortie le 26 décembre 200è)
« L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », Andrew Dominik (encore en salles)

Mélancolie d’or, de sable et de sang

26 décembre 2007

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© José Tomas / Juan Pelegrín Corbacho, Galerie Camposy Ruedos

Pourquoi est-ce la mélancolie le sentiment dominant à l’évocation de la temporada 2007 ? De Béziers à Nîmes, en passant par les arènes d’Arles, il y eut pourtant de beaux moments. Des temps de fièvre à l’attente des toros dans le soleil de l’arène et des beaux gestes des fougueux El Juli, Miguel Angel Perrera et Enrique Ponce. Des polémiques avec les militants anti-corrida provoquant les couvertures estivales des grands quotidiens : on attend toujours que le Grenelle de l’Environnement accouche de décisions – protégés, que nous sommes, par le Président Sarkozy, les ministres Fillon, Bachelot, fervents aficionados. L’année des adieux, nécessaires, de Cesar Rincon et, déchirants, de Denis Loré dans des arènes de Nîmes bondées, pleines de larmes. Celle des forfaits de Sébastien Castella, anémié, et de Morante de la Puebla, déprimé. Enfin, le retour du divin José Tomas. Mais est-ce lui, alors, qui donne le ton de ces semaines à courir d’une course l’autre, de Pentecôte à Riz en passant par les Vendanges ? Dans le mouvement de son courage étincelant à la charge du toro, me reste, aussi, le regard sans cesse triste d’un homme qui partit un jour mais revint irrésistiblement aux toros. Hanté par la légende de ses trophées anciens, narrés avec émotion et respect par Jacky Durand dans un petit livre essentiel à l’aficion…

José Tomas Roman, Jacky Durand, Actes Sud, 2007.

Je me souviendrai de Joe Brainard

26 décembre 2007

Il est l’inspirateur du « Je me souviens » de Georges Perec. On le découvre, au Palais de Tokyo, à la faveur de l’exposition « The third mind » – carte blanche à Ugo Rondinone – aux côtés des crucifix monumentaux de Valentin Carron, des femmes alanguies d’Hans Josephsohn (sa belle obsession !), d’installations plus imposantes de Ronald Bladen et de Rebecca Warren, des collages de Brion Gysin et William S. Burroughs qui donnent leur titre à cette exposition intéressante. Plus loin, un espace est aussi dédié à Andy Warhol et à ses « screen tests » – un labyrinthe de téléviseurs diffusant les portraits filmés de quelques visiteurs réguliers de la Factory : Lucinda Childs, Lou Reed, Susan Sontag, Edie Sedgwick, Nico, Gérard Malanga, Allen Ginsberg et… Joe Brainard.
Oui, revenons à lui et à la dizaine de dessins et collages qui donnent un bel aperçu d’une oeuvre baroque et kitsch, où se côtoient cendriers Cinzano, pensées, tulipes et marguerites, madones tout en fils de coton et perles, dés à jouer, corps de beaux garçons désirés comme une carte du Tendre très très pop ! De son œuvre abandonnée pour se consacrer à la lecture, un journaliste du Village Voice dira : « Un effet de magnificence modeste semblable à ce que pourrait être « L’Ode à la joie » de Beethoven joué sur un piano-jouet »

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© Tattoo, 1972. Estate of Joe Brainard, New York

I remember, Joe Brainard, préface de Marie Chaix, Actes Sud Babel, 1997

www.joebrainard.org
« The third mind », Palais de Tokyo, Paris (jusqu’au 3 janvier)

M’as-tu vu ?

26 décembre 2007

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© AP

Storytelling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Christian Salmon, La Découverte, 2007.

Krzysztof Warlikowski : « violemment moi »

25 décembre 2007

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Krzysztof Warlikowski © DR

« Qu’on peigne un paysage ou une nature morte, on fait toujours son portrait ». L’aphorisme de Cocteau colle aux créations du polonais Krzysztof Warlikowski. Ses « Angels in America », sept heures intenses d’un théâtre splendide, brûlant par l’engagement du metteur en scène et de ses acteurs (dont le formidable Jacek Poniedzialek) pour le texte de Tony Kushner (1991), ont retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel d’Avignon cet été. Un garçon timide s’avançait alors sur scène, fourbu, perdu, l’air embarrassé de l’émotion que son spectacle provoquait.…
Né en 1962, il étudie l‘histoire et la philosophie, puis la mise en scène à Cracovie. De ses premiers spectacles à la fin des années 1990 jusqu’à ses récentes mises en scène d’opéras (« Iphigénie en Tauride », « L’affaire Makropoulos »), il s’affirme, par l’originalité de ses choix et de son travail, dans la lignée de ceux qui « affirment leur identité non pas grâce à un univers formel constitué… mais grâce à une expérience subjective. Ce sont de romantiques du théâtre moderne, qui imposent leurs « théâtres du moi » comme Grüber ou Chéreau », comme dit Georges Banu dans la postface de « Théâtre écorché » qui rassemble des entretiens donnés par Warlikowski.
Fou de Shakespeare, affrontant Koltès, Kane, Mishima, son itinéraire théâtral est stupéfiant, offrant aux auteurs des perspectives actuelles sans jamais tenter d’«actualiser» leurs propos : « Koltès, avant Shakespeare, m’a tenu la main au moment où je commençais à faire du théâtre . avec lui, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie d’abord de me comprendre, de comprendre ma sexualité, de comprendre pourquoi j’ai quitté mon pays, pourquoi je suis revenu dans mon pays… Il m’a aidé à faire un travail artistique qui me ressemblait sans avoir peur de m’exposer. Ce fut un soulèvement pour moi, et j’ai pu utiliser mon énergie profonde, l’accepter, la respecter. Il fallait que je sois violemment moi, passionnément moi dans ma pratique artistique…. »

Théâtre écorché, ouvrage conçu et réalisé par Piotr Gruszczynski. Postface de Georges Banu, Actes Sud, le temps du théâtre, 2007

Angels in America, Tony Kushner, Krzysztof Warlikowski, en tournée en France (Paris, Toulouse).

Parsifal, Wagner, Opéra Paris Bastille, 4 – 23 mars 2008.

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