Hedi Slimane : rock’n roll for ever

1 janvier 2008

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© Hedi Slimane

Etrange fascination des couturiers pour la photographie : Christian Lacroix créant l’habit du photographe Lucien Clergue accueilli en novembre à l’Académie, Karl Lagerfeld poursuivant une œuvre pompière à cent lieues de l’élégance Chanel et, enfin, le petit dernier, Hedi Slimane, en rupture de ban avec la maison Dior qu’il a pourtant révolutionnée rayon Homme, photographiant ses égéries rock (Pete Doherty, Amy Winehouse) et leurs fans…
A la galerie Almine Rech, Hedi Slimane s’essaye de nouveau à l’exposition, après l’excellent « Mapplethorpe by Slimane » de la galerie Thaddaeus Ropac en 2006. Ouverte sur trois faibles installations tout en rampe de lumières, lettres de néon « Perfect stranger » et scène rayée des talons de Miss Winehouse, l’exposition reprend heureusement le chemin de la photographie. Sous le signe d’un grand feu d’abord. Brûlé le maniérisme glam, Hedi Slimane poursuit sa seule obsession : les jeunes hommes. Loin des silhouettes efflanquées rock de ses défilés, il en photographie d’autres, buveurs de bière, hagards, peu soucieux de leur apparence, rendus fiévreux par la musique. Plus de discours sur l’art et la manière de « documenter ». A l’étage, Hedi Slimane peint un backroom de fumigènes et spotlights et rend les armes devant le portrait d’un garçon torse nu. Il le photographie de dos, bracelet de concert au poing. Tranquillement, il fume. Un clair duvet châtain court sur sa nuque.

« Perfect stranger », Hedi Slimane, Galerie Almine Rech (Paris), jusqu’au 5 janvier 2008.
www.hedislimane.com
www.myspace.com/hedislimaneofficial
www.galeriealminerech.com

La coleta de Denis Loré

1 janvier 2008

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Denis Loré dans les arènes d’Arles © Christophe Chay

Sur la mélancolie des férias 2007, il nous faut revenir. En couverture du Midi Libre, Denis Loré, torero nîmois désormais retiré, raconte l’émotion de sa dernière corrida. Nous étions 13 000 ce dimanche 16 septembre dans les arènes de Nîmes. La presse nous avait appris la mort de son père, l’avant-veille. Etait-ce cette indiscrétion mêlée de l’admiration des aficionados pour les vingt-deux années de carrière de l’homme du pays qui nous fit tous chavirer ?
Dans une arène fragile comme du cristal, on vit Denis Loré perdre sa coleta et s’offrir un ultime triomphe. La coleta ? Ce chignon, postiche, que les toreros portent près de la nuque et qu’un confrère leur coupe lors de leur dernière corrida. Magie de la tauromachie qui apprend les rituels et, plus encore, à les respecter.
Sur la piste, après l’embrassade des trois frères endeuillés et des compagnons de la cuadrilla, vint le salut du torero à la foule. A son passage, ce furent mille œillets blancs qui jaillirent, couvrant le sable de neige…
Dernier combat, un des plus redoutés, où l’idéal de bravoure rivalise avec une prudence compréhensible. Pourtant, Denis Loré torée au plus près du toro, frôlant de rien les cornes, au point de déchirer son costume et de terminer le combat dans un habit d’infortune. Blessé de ne pas conclure d’une belle estocade, sonné par l’émotion qui court le « callejon », il pleure.
Reviendra-t-il un jour comme tant d’autres incapables de quitter les cercles furieux de sable et de sang ? « Non, jamais… Parce que je ne peux trahir ce 16 septembre. Et puis parce que ma coleta… elle repose avec mon père ».

« Denis Loré : Je sais que je n’ai pas une saison à préparer », Midi Libre, 26 décembre 2007.

Arafat, connais pas !

1 janvier 2008

Des marches du Palais de Chaillot à Brest, en arpentant les ruelles de Lyon, les garçons et les filles d’aujourd’hui ajoutent à leurs jeans slim et blousons cintrés, un keffieh… Fulgurante prise de conscience politique alors que le conflit israëlo-palestinien reste sans solution durable ?
Comment, toutefois, ne pas en douter ? Se souviennent-ils tous des luttes palestiniennes, de l’OLP et de Yasser Arafat ? Ou comme leurs mères en rêve de soieries Hermès, ils portent un joli carré de coton noir et blanc, rouge et blanc… Les plus aisés s’offrent le Balenciaga by Nicolas Ghesquière pour 1500€ ! La mode la mode la mode…

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Yasser Arafat © Frédéric de La Mure

La plage de Sète et quelques dames en noir

1 janvier 2008

Quelques années que cette ville me fait ce bel effet. Venu de Villeneuve-les-Maguelone un jour d’été marcher sur cette plage où la supplique de Brassens veut qu’on y soit enterré, j’y suis revenu plusieurs fois avant de décider que ce serait là que les vacances, au coin du Mont-Saint-Clair et de la Méditerranée, rimeraient avec poissons grillés, heures passées sur le sable de la plage de la Vigie, dîner au Paris Méditerranée, tielles chaudes en déjeuner de soleil, verre de Picpoul de Pinet en apéro au Bistro du marché. Eté comme hiver. Cette fois-ci, à la Pointe courte, ce petit village de pêcheurs sur l’étang de Thau que filma Agnès Varda en 1954.
Nostalgique, elle est revenue à Sète cet automne, filmer les ports et les plages qui ont compté dans sa vie. Gageons que ce film aura la beauté de son installation présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, superbe variation sur le deuil d’une dizaine de veuves, jeunes ou âgées, habitant l’Ile de Noirmoutier…

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© Ciné-Tamaris

« Les veuves de Noirmoutier » (documentaire / Arte France), installation dans le cadre de l’exposition « L’ïle et elle » (été 2006)
Paris-Méditerranée, 47 rue Pierre Semard, Sète : 04 67 74 97 73
Le bistro du marché, rue Alsace-Lorraine, Sète.

Liu Wei : le sel de la terre

1 janvier 2008

Connaissez-vous Napoléon Bullukian ? Industriel arménien, rescapé du « génocide » de 1915, il fait fortune à Lyon et lègue, à sa mort en 1984, à la Fondation de France les moyens de créer une Fondation pour « favoriser le développement culturel et artistique ». Rendons hommage au mécène : il accueille l’installation-sensation de cette 9e Biennale. Invité par Pi Li, patron du Contemporary Art magazine, Liu Wei, artiste (Pékin, 1972) issu du mouvement de l’art monumental chinois de la fin des années 90, présente une œuvre majeure « Outcast » (« ce qui est banni », 2007). Dans le jardin de la Fondation Bullukian, illuminé la nuit par quatre projecteurs, une construction de vitres et de verre. A l’intérieur, on aperçoit, éclairés aux néons, deux énormes ventilateurs métalliques et un réfectoire de tables, de chaises, en bois, couvertes de cendres. Un paysage de désolation comme la métaphore d’un régime communiste en fin de vie, abandonné et étouffé par la pollution de la révolution industrielle et capitaliste. En 2008, Pékin accueille les Jeux Olympiques, mais la mue sera-t-elle complète ?

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© Pauline J. Yao

www.bullukian.com

L’homme sans habit vert

1 janvier 2008

Les aventures d’un « malgré-lui » dans les arcanes de la République des lettres. Dans un livre drôlement troussé, Jean Cau, écrivain de droite (Prix Goncourt 1961 pour « La pitié de Dieu »), journaliste, disparu en 1993, fait le récit de ses quelques semaines de candidat à l’Académie Française en 1989. Des sollicitations d’amis emmenés par Jean Dutourd à son échec de quinze croix, il dit ses angoisses de postulant, sonne une charge féroce contre le louvoyant Edgar Faure dont il brigue pourtant le fauteuil.
On y croise quantités de personnalités pour beaucoup tombées en désuétude auxquelles il rend visite ou téléphone : Maurice Druon, secrétaire perpétuel, Jean Hamburger, Jacques Soustelle, Maurice Rheims, Alain Peyrefitte, Jean-Louis Curtis, Bertrand Poirot-Delpech, Jean d’Ormesson, Jean Raspail, Alain Decaux, Etienne Wolff, René Huyghe, Henri Troyat, Jean Guitton, Jacques Laurent – immortels le temps de leur passage sur terre… Un petit livre, idéal comme un insolent petit jeu de massacre, s’il n’était bourré de coquilles, ni préfacé de manière exagérément égotique par l’ami Alain Delon…

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L’habit vert © DR

Le candidat, Jean Cau, Xenia Editions, Collection Franchises, 2007
La pitié de Dieu, Jean Cau, Gallimard, 1961

Madame demande la lune

29 décembre 2007

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© Fidélité

Danièle Dubroux a une petite sœur. Elle s’appelle Valeria Bruni-Tedeschi et son film « Actrices » est borderline. Bavard comme un film français, négligeant parfois dans sa mise en scène, Actrices vaut par les tribulations tragi-comiques d’une idéale famille de théâtre et de cinéma, rassemblée autour d’elle. Au scénario, la complice Noémie Lvovsky, devant la caméra Laurent Grévill, Marie Rivière, Pascal Rongard, Eric Elmosnino, sans oublier les très proches Marina Borini (ma maman) et Louis Garrel (mon chéri).
Marcelline peut alors revenir à Nanterre, là où la carrière de Valéria Bruni commença. Elle y joue Tourgueniev sous la férule d’un Mathieu Amalric hilarant (je veux des corps, pas de la psychologie !). Plus qu’un film sur les confusions d’une actrice entre réalité et comédie, Actrices est un film émouvant, arrosé de vodka, sur le passage du temps (Marie, Jésus, le curé, faites-moi un enfant et je renoncerai à la gloire et aux honneurs !), les fantômes (belle Valeria Golino) et le deuil – celui annoncé d’emblée de la mort du frère Virginio, celle du père suggéré par l’apparition de Maurice Garrel (tiens une autre famille).
Avec la même férocité qu’elle avait à filmer Carla – Chiara Mastroianni à la guitare et le cercueil du père immensément riche qui ne rentre pas dans son jet privé dans « Il est plus facile pour un chameau », Valeria Bruni-Tedeschi ne cache rien ici des hésitations et des failles qui pourraient la noyer : « vous n’avez qu’à dire que je suis folle ! ». Pourtant, dans une scène finale, époustouflante, Marcelline prend la fuite, court de Nanterre au Pont-Neuf et c’est Valéria qui nous révèle qu’elle est insubmersible !

Actrices, un film de Valeria Bruni-Tedeschi (en salles). Durée : 1h47.
Borderline, un film de Danièle Dubroux, 1990

Dans tes cheveux

29 décembre 2007

Cinéma national populaire de Lyon. Avec tous ces adjectifs, le CNP doit être un cinéma d’art et d’essai. Beau et tentant cinéma de quartier. Dès l’entrée, on s’emmêle les pinceaux dans la programmation – bel inventaire à la Prévert… On voulait voir « Control », raté à Paris, on verra finalement « Actrices ». 7,50 euros pour une salle riquiqui, un écran minuscule et un tombereau de publicités SFR, Parfums Gaultier à vous faire regretter votre UGC Ciné-Cité Bercy, les oreilles dans les craquements de pop-corn des teen-agers. Vient l’instant magique. Alors que le film commence, la salle entière, dans une danse digne d’un feu de Saint-Jean, se déplace. C’est qu’ils sont nombreux, les cheveux en bataille ou les chevelus tout court, à fréquenter cette salle et à pratiquement vous empêcher de voir le film !

Biennale 2007 : l’expérience de l’inutilité

29 décembre 2007

Pluie d’automne / Sur les hommes / Comme Rhône à la Saône / Tu te mêles à moi. La chanson de Murat en tête en arrivant à la gare Lyon-Part Dieu. Me voici, sur le chemin de Sète, dans la cité des Canuts pour découvrir la 9e Biennale d’art contemporain.
Disons-le tout de suite : c’est une grande déception. Autant la huitième édition « L’expérience de la durée » était réjouissante, autant ce neuvième opus est vain. A l’essence du projet « L’histoire d’une décennie qui n’est pas encore nommée », initié par Thierry Raspail et mis en œuvre par Stéphanie Moisdon et Hans-Ulrich Obrist, un « truc » : inviter 49 commissaires et critiques d’art internationaux (joueurs dans un premier cercle) à répondre à cette question inutile : « Quel est, selon vous, l’artiste essentiel de cette décennie ? ».
Et c’est finalement ce truc qui ne marche pas du tout, juxtaposition malheureuse d’œuvres de 111 artistes sans prescription ni dimension critique, que nous découvrons à la Sucrière. Pourquoi ceux-là ? Comment cette œuvre-là ? restent des interrogations auxquelles rien, ni personne ne vient répondre, nous laissant naviguer du pire au meilleur. On se passionne alors pour Norma Jeane et son carré luxuriant de végétation, pour Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla et leur bunker pétaradant de musiques militaires, pour les performances des cinq danseurs à l’extrême d’Annie Vigier et Franck Apertet. Le préféré Simon Starling est présent avec une œuvre « One ton, II » et un film « Particle projection » (photo), tandis que le retour en grâce de David Hamilton – avec un milliard de précautions de cartels puritains interdisant l’accès aux mineurs ! — nous indiffère. Découragé, on abandonne la partie, sans faire cas des 14 joueurs du second cercle – artistes, écrivains, chorégraphes, architectes dont Jérôme Bel et Michel Houellebecq – invités à « définir la décennie à partir d’une séquence d’exposition »…

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© Simon Starling, Particle Projection (Loop), 2007

www.biennale-de-lyon.org (jusqu’au 6 janvier 2008)
Pluie d’automne, Jean-Louis Murat in « Cheyenn Autumn », 1989.

Motif d’hiver bois de Boulogne

28 décembre 2007

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© Edward Steichen

Le parcours est remarquable et le Jeu de Paume le met en scène avec une élégante sobriété. Edward Steichen en 450 photographies ! C’est dire si la rétrospective est exceptionnelle. L’exposition commence à l’enfance de l’art, par des photographies à la délicatesse de pastel : paysage paisible, rivière, fleurs, sœur bien aimée sont les motifs de ses premières années, où, ailleurs, d’autres se battent pour faire entrer la photographie au nombre des beaux arts. Edward Steichen sera de ce combat avec son maître Alfred Stieglitz – trouvant son apothéose dans la revue « Camera work », la galerie Photo-Secession et le compagnonnage d’artistes français comme Rodin dont il fera des portraits d’une intensité incroyable.
La seconde partie de la carrière de Steichen, celle à la direction de la photographie des publications Condé Nast (Vogue, Vanity Fair) se révèle, dans l’exposition, nettement moins intéressante. Si les personnalités les plus illustres d’avant-guerre – de Colette à Churchill, en passant par Greta Garbo, Lilian Gish, Marlène Dietrich, Gary Cooper ou Noël Coward s’offrent à son objectif dans des poses très étudiées, inspirées Art déco, leur accumulation finit par lasser comme elle fera perdre à Steichen une part de son crédit auprès des grands photographes de l’époque.
La dernière salle du Jeu de Paume marque une dernière et stimulante rupture. Son engagement militaire l’amène à la fin de la guerre à prendre la direction du Département « photographie » du Museum of Modern Art (Moma) où il avait auparavant monté deux grandes expositions « patriotiques » : « Road to victory » en 1942, « Power in Pacific » en 1942. En 1955, il y présente « The family of man » – tour de force photographique, resté comme une référence dans le domaine de la scénographie. L’exposition réunit 273 photographes, mis au service d’une conception « humaniste » de la photographie. Inscrite au Registre de la mémoire du monde de l’UNESCO en 2004, elle a été reconstituée au Château de Clervaux (Luxembourg) où elle est visible de manière permanente. Edward Steichen à jamais, dans l’histoire mondiale de la photographie…

« Steichen, une épopée photographique », Jeu de Paume, site Concorde, Paris (jusqu’au 30 décembre).

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