Deep End : le garçon des Bains douches

20 juillet 2011

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John Moulder Brown dans Deep End.

Comme un vieux vinyl, laissé trop longtemps à l’arrière d’une bagnole, on redécouvre, à la faveur d’une reprise estival, le très beau Deep End de Jerzy Skolimowski, sorti en 1970. Sublime petite bulle pop, au délicieux parfum seventies, les fragments cocasses et tragiques des premiers émois de Mike, un garçon de bain amoureux de sa belle et rousse collègue Susan…

En salles depuis le 13 juillet.

Patxi est à Paris

28 septembre 2010

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Patxi, Amour Carabine © DR

Récréation : Patxi à la Boule noire hier soir, flambant baby-rocker, Billy Eliott de la pop française, présentait son nouvel album « Amour carabine ». Public des premiers jours, en total look The Kooples, voix de rocaille à l’unisson d’une bohème tranquille. Sur son tee-shirt, une autre impression néo-rimbaldienne : « lookin’ good but feelin’ sad »…

Wolfgang Tillmans : la beauté du geste

24 août 2010

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Dan, 2008 © Wolfgang Tillmans / Courtesy of the artist and Maureen Paley.

Une image, pour une fois sans commentaire, dans l’idéale beauté de ce geste. La force des photographies et du regard de Wolgang Tillmans, définitivement.

Wolfgang Tillmans à la Serpentine Gallery, Londres, jusqu’au 19 septembre 2010.

Feria 2010 : jours tranquilles à Béziers ?

24 août 2010

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Jose Maria Manzanares © DR

Béziers ! Toujours la même fièvre alors que vient le 15 août. La ville est transformée en kilomètres de bars et de buvettes, où il est de rigueur d’écouter chansons à boire et autres hymnes de ripailles dont le maître étalon semble être le petit bonhomme en mousse de l’animateur Patrick Sébastien.
Quitter la ville pour rejoindre les arènes ? Impossible. Le chemin des arènes sert de terrain de boisson à la population locale dont l’amour du toro semble indexé sur la formidable machine à cash que représente l’animation estivale – les courses de toro se doublant, à la nuit tombée, de spectacles de vedettes déchues ou déclinantes.
Si le climat ne vous semble pas propice, il faut alors arriver tard et repartir au plus vite, se glisser tant bien que mal dans l’arène. On crie, on pousse, on s’apostrophe avec force gueulantes et déglutition de bière bon marché. Dans l’arène, le silence vient avec peine, sans cesse interrompu par un gueulard qui réclame un peu de musique pour accompagner les passes plus ou moins heureuses du toréro. D’autres créatures, du genre cagole, string apparent, accent idoine, peau et chevelure brûlés de soleil, font causette, dans l’indifférence de la course qu’elles peinent sans doute à suivre… Se concentrer sur le paseo dans cette jungle alcoolisée et fardée relève de l’exploit. On suit cependant avec vaillance les belles manières de Sebastian Castella que l’on a connu plus glorieux. On s’ennuie avec Morante de la Puebla, définitivement inégal dans ses combats, tantôt brillant et inspiré, tantôt poussif et colérique sans qu’on parvienne à s’attacher à la figura. Enrique Ponce se maintient, imitant désormais l’intrépide Castella pour recueillir les faveurs du public. Et vient le dandyesque Jose Maria Manzanares, tout juste sorti des pages du Vogue italien. Figure délicieuse, cambrure d’ambitieux, il a fait des ravages sans pourtant véritablement triompher. Sa classe certaine vous faisait tout de même oublier les beuglants et les jacassantes…

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Jose Maria Manzanares © Bruce Weber

Peter Hujar : chambres séparées (1)

8 août 2010

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David © Peter Hujar

Peter Hujar (1934 – 1987), une résurrection. Après la rétrospective à l’ICA de Londres, la couverture de l’album « I’m a bird now » d’Antony And The Johnsons, quelques images aux Rencontres d’Arles font revivre ce somptueux fantôme. Peut-on imaginer alors une plus large audience à son travail ? Il est vrai que sa photographie de « Candy Darling sur son lit de mort » fait encore écran à une part importante de son œuvre. Car, si Peter Hujar tutoie volontiers la mort, présentant pour sa seule grande exposition new-yorkaise en 1977 des images des corps momifiés des catacombes de Palerme qu’il associe à certains de ses portraits, où les modèles semblent, pensifs, arrêtés dans un autre monde, un demi-monde où la réalité est grave, la nuit new-yorkaise, photographiée avec un semblant de formalisme noir et blanc, sans le sensationnalisme d’un Weegee, est plus encore son terrain de prédilection.
La nuit, Peter Hujar photographie des ruelles sombres, à peine éclairées par les néons publicitaires, des no-man’s land au coin de Leroy Street, des terrains vagues de drague homo près de Meatpacking District, des jeunes filles en marge dormant dans un hall d’immeuble. Le jour, il tire le portrait de ses proches, faisant encore figure d’outsiders mais en passe de devenir d’autres lumières de cette ville-monde. New-York est pauvre mais riche de talents (Susan Sontag, Divine, Jackie Curtis, John Waters, Diana Vreeland, Robert Wilson, Fran Lebowitz) que Peter Hujar croise et photographie. Son oeuvre – notamment ses nus (Bruce de Saint-Croix) ou ses portraits d’animaux – qui influencera Robert Mapplethorpe et plus tard Nan Goldin, reste largement à connaître. Comme celle, d’ailleurs, de son compagnon David Wojnarowicz. Elles sont réunies, de manière laconique, dans l’exposition « I’m a cliché » d’Emma Lavigne, consacrée à l’histoire photographique du mouvement punk aux Rencontres d’Arles. Pourquoi dans ce cadre ? Va savoir mais ne boudons pas notre plaisir de pouvoir découvrir ces images.

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© Peter Hujar

Peter Hujar, in « I’m a cliché, échos de l’esthétique punk », exposition aux Rencontres d’Arles, ateliers SNCF, jusqu’au 19 septembre.

Le site de la galerie Matthews Marks

David Wojnarowicz : chambres séparées (2)

8 août 2010

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© David Wojnarowicz

David Wojnarowicz (1954-1992), de bruit comme de fureur. De lui, que sait-on vraiment ? Deux livres dont l’important « Au bord du gouffre » ont été réédités en 2004 aux Editions Laurence Viallet.
Enfant battu et maltraité, David Wojnarowicz s’enfuit à New York, découvre son homosexualité, vit dans la rue, subsiste grâce à la prostitution occasionnelle. Il traverse les États-Unis en auto-stop. Dans les années 80, il est de ces figures de l’East Village new-yorkais, reconnues pour ses talents multiples (photographe, vidéaste, peintre, sculpteur et écrivain, performer) mais si difficiles à définir. Touche-à-tout inspiré, son cri de rage et d’outrage contre le sida fera date.
On le découvre aussi dans les tableaux photographiques éblouissants de beauté de son compagnon Peter Hujar. Avec lui, il partage le goût de l’image et de la littérature… avec un engagement politique beaucoup plus fort, contestant les fondements de la société américaine. Le philosophe Félix Guattari le présentait ainsi : « C’est parce que l’œuvre créatrice de David Wojnarowicz procède de toute sa vie qu’elle a acquis une pareille puissance. Alors que tout semble dit et redit, quelque chose émerge du chaos de David Wojnarowicz qui nous place devant notre responsabilité d’être pour quelque chose dans le cours du mouvement du monde. » En écho, à cette pensée, son attachement à la figure et à la poésie d’Arthur Rimbaud, qu’il figure dans une série photographique que l’on peut voir à Arles dans l’exposition « I’m a cliché » : une balade comme une fuite dans un New-York d’amour et de désolation, où l’artiste a pour la performance les traits grimés du poète français.

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Untitled (Buffalo), 1988-89 © David Wojnarowicz

David Wojnarowicz, in « I’m a cliché, échos de l’esthétique punk », exposition aux Rencontres d’Arles, ateliers SNCF, jusqu’au 19 septembre.

The estate of David Wojnarowicz / Gallery PPOW

Lea Golda Holterman : passions orthodoxes

7 août 2010

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© Lea Golda Holterman

Avant-dernière station de notre virée arlésienne. Si vous avez vu le film « Tu n’aimeras point » de Haim Tabakman, vous y êtes. Jérusalem. Un monde d’hommes, entièrement tournée vers la religion, dont les rites s’ancrent dans une réalité quasi-millénaire. De jeunes juifs orthodoxes se baignent. Lea Golda Holterman, lauréate du Photo Folio Review and Gallery 2009, les saisit avant ou après le bain, au moment où ils ôtent ou retrouvent leurs sévères costumes et chapeaux noirs. Des garçons, adolescents ou jeunes adultes pour la plupart, en pareils situation et appareil, c’est déjà une gageure, pour une femme, qu’ils acceptent de poser devant son objectif mais la photographe, né à Tel Aviv en 1976, va plus loin. Elle parvient à pénétrer dans les maisons et dans les chambres pour photographier ces mêmes garçons dans un état d’abandon et de langueur qu’on imagine impossible pour eux. Ce sont alors des corps vibrants, sensibles qui se dessinent dans le creux d’une chemise entrouverte. Une exquise attitude, à la lisière du plaisir et plus encore du charme, que Lea Golda Holterman vole à ses monstres de rigueur. La pudeur demeure dans les regards, mais les corps, d’un geste, se libèrent. A peine croyable, car à peine crédible, mais pourtant réel, et partant bouleversant.

Lea Golda Holterman, Orthodox eros, Rencontres d’Arles, Espace Van Gogh, jusqu’au 19 septembre 2010.

Un nom à retenir : la photographe Jen Davis

7 août 2010

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Mike, Del Rio, TX © Jen Davis / Lee Marks Fine Art (2008)

De tous les regards, jeunes mais pas toujours nouveaux, qui composent la nouvelle exposition « reGeneration 2 », produite par le Musée de l’Elysée à Lausanne et qui se baladera dans le monde entier cette année. Parmi tous ces regards, il y a bien sûr, une maîtrise certaine de la technologie : les participants sont pour la plupart issus d’écoles d’art ou de photographies. Du talent donc, mais aussi des répétitions, une absence totale et étonnante de toute provocation : pas de cri pas de révolte – ou alors, très low-profile –comme pour éviter tous les mirages des idéologies et des certitudes. Des têtes tournées, aussi loin, des réalités sociales, culturelles et politiques. Pas de tête brûlée, ni d’explorations sensibles ou outragées des corps et de la chair. Et vient l’émotion, la seule réelle, pour le travail de Jen Davis. Un cow-boy Malboro, stetson et chemise brokeback mountain, tatouage à l’avant-bras, la fumée de son clope en léger brouillard autour du menton. Fringuant comme un beau diable. D’instinct trompeur, on penserait une photographie prise par un homme, mais c’est pourtant bien le regard d’une femme. Une femme de désir – et qui le revendique. Jen Davis souffre d’obésité. Elle trimballe son corps et son cœur trop gros tout au long de sa courte activité photographique dans une série d’autoportraits pas commodes. Pour cette série « Exchange », traduit par « Je demande en échange », elle a photographié des hommes qu’elle désire et qu’elle n’oserait pas côtoyer en d’autres circonstances. La photographie devient alors arme de séduction et la possibilité fantasmée d’un échange « intime ». Et cette seule photographie de ce fameux cowboy dit beaucoup de la démarche puissante de Jen Devis. Un pas de côté sur le monde, une position d’outsider : comment ne pas être alors une artiste à part entière ?

Jen Davis est par ailleurs sélectionnée avec 10 autres « photographes de demain » pour le « Lacoste Elysée Prize », doté par la marque au crocodile de CHF 20 000.

Le site de la photographe Jen Davis.

Le site de l’exposition Regeneration 2 au Musée de l’Elysée et aux Rencontres d’Arles.

Monocle : le talentueux Tyler Brûlé

7 août 2010

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Tyler Brûlé © Mikael Jansson

Est-ce l’arrivée en triomphe du trio BNP (Bergé – Niel –Pigasse) à la tête du groupe Le Monde et de l’annonce de la nouvelle formule des Inrockupstibles le 15 septembre prochaine par Mathieu Pigasse, le nouveau maverick de la presse française, qui fait Télérama se réveiller de son éternel torpeur ? On en doute mais l’idée est séduisante après la lecture du portrait du talentueux monsieur Brûlé dans un récent numéro.
Tyler Brûlé, le merveilleux dandy, créateur de Wallpaper* (1996, vendu en 2002 à AOL Time Warner pour 2,3 millions de dollars) et du chicissime Monocle (2007) que l’on s’arrache dans toutes les bonnes maisons de presse et « offices » de l’Europe easy jet-laggée. T.B., gardien du temple du nouveau bon goût et du « Beau-Monde », comme l’écrivait autrefois Dominic Dunne, un de ces maîtres chez Vanity Fair. Des vies et des vanités, le canadien, né à Toronto en a eu plusieurs : créateur de journaux ultra-tendance, journaliste blessé en Afghanistan (1994), pigiste ou éditorialiste de luxe pour la BBC, Stern, Sunday Times, ABC News, lauréat du « British Society of Magazine Editors Lifetime achievement award », porte-manteau accessoire pour la marque J. Crew. Il émarge aujourd’hui comme « columnist » au très sélect Financial Times et dirige avec un entregent certain un consortium d’agences de design, de luxe et de cabinets d’architecture et de tendance (Winkreative / Winkmedia). Pas un article où il n’est question de sa belle personne, de son look « jean-baskets, veste col relevé et barbe de deux jours » et d’un « lifestyle » rêvé pour les CSP XXL. Le garçon, reconnu comme l’une des personnalités gays les plus influentes au monde, a indéniablement de l’allure. Dans cette vie d’aéroport, dont on devine qu’elle est menée à fuir l’ennui, journalisme et communication font bon ménage. Les clients de l’agence sont naturellement les annonceurs du mensuel Monocle, qui, entre ces reportages bien troussés sur l’état du monde et de ses affaires vu par la lorgnette des hôtels quatre étoiles et des restaurants slow food, ouvre de charmants concept-store où trouver les produits dérivés au monogramme de la marque à Los Angeles, Londres, Tokyo et Hong-Kong. Les dits produits (horlogerie, parfumerie, maroquinerie) étant heureusement conçus par les clients de l’agence et même annonceurs (Comme des garçons, Tretorn). Un monde global, on vous avez bien prévenu !

Le site de Monocle

Sam Wagstaff, un portrait d’or et d’argent

7 août 2010

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Sam Wagstaff © DR

Un homme, un portrait. Sam Wagstaff, un collectionneur. Si le portrait documentaire que lui a consacré James Crump en 2007 associe, marketing oblige, le nom de Robert Mapplethorpe, Sam Wagstaff (1921 – 1987) se défend très bien tout seul. Un homme, élevé dans les meilleurs cercles new-yorkais, un de ces « mad men » de la publicité, qui envoie tout valser pour reprendre des études d’arts à New-York et devenir, avec l’aide de sa famille, l’un des tout premiers collectionneurs de photographies au monde (Carroll, Le Gray, Weston), formant ainsi un des premiers « goûts » pour ce nouvel art. D’homme sérieux, ancien combattant sur les plages d’Omaha Beach en 1944, Sam Wagstaff, au contact des artistes et des photographes qu’il admire, en devient extravagant, assumant ses choix artistiques (Agnes Martin, Tony Smith et les tenants de l’art minimal) autant que sexuels. Avec Robert Mapplethorpe, rencontré en 1972, il formera l’un des couples les plus en vue de l’art contemporain, le premier manipulant l’autre pour leur plus grand plaisir mutuel, avant que la vie, d’abord, puis la maladie ne les séparent. Sexe, drogue, toutes les libertés sont admises dans ces insolentes années 70. En 1984, Sam Wagstaff cède sa collection de plus de 30 000 images au J. Paul Getty Museum pour 5 millions de dollars et se consacre à une nouvelle collection d’argenterie. Tout le profit, contesté par la sœur du collectionneur, sera à sa mort en 1987 pour Robert Mapplethorpe et quelques années plus tard pour la Robert Mapplethorpe Foundation. Une vie de dévotion aux artistes.

« Black White + Gray, a portrait of Sam Wagstaff + Robert Mapplethorpe », un film documentaire de James Crump, 76 mn, 2007. Avec les témoignages de Patti Smith, Dominic Dunne et Ralph Gibson. En DVD (VO non sous titrée).

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Sam Wagstaff © DR

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