Archive de la catégorie ‘Voyages’

Robben Island pour mémoires

Samedi 2 février 2008

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Nelson Mandela, Robben Island, 1994 © Photographers gallery za

Zurayah Abass, Amina Desai, Haroun Gunn, Andile Ma-Afrika, Zuko Siko, Ivan Toms, Joyce Mashamba… Non, bien sûr, ils n’ont pas connu la même gloire que lui. Nelson Rolihlahla Mandela. Ils clament encore son nom avec fierté. Anonymes, matricule de cinq chiffres, emprisonnés, violentés pour avoir pris fait et cause pour l’ANC. Beaucoup ont disparu. Mandela fêtera cette année ses 90 ans. Ils se sont aujourd’hui transformés en sentinelle, gardiens ultimes de cette mémoire collective qu’ils transmettent avec émotion et sans revanche.
Robben Island, une île au large de Cape Town, une léproserie devenue une prison de haute-sécurité pour les militants anti-apartheid. Le prisonnier le plus célèbre fut Nelson Mandela pendant 18 de ses 27 années d’enfermement, mais ce sont plus de 2000 prisonniers qui y connurent des conditions de détention extrêmes : cellules exiguës, travail épuisant dans une carrière de pierres en plein soleil, régimes alimentaires déplorables, isolement ou partage des espaces communs avec des prisonniers de droits communs qui finirent par s’engager aux côtés des ANC !
Lors des débats « Vérité et réconciliation », les anciens prisonniers politiques et leurs gardiens ont décidé de transformer l’île entière en un lieu de mémoire « Robben Island Museum ». Avant de rejoindre l’embarcadère, il faut s’arrêter dans les salles de la « Nelson Mandela Gateway », où plusieurs expositions racontent leurs histoires. Une installation «  »Political prisonners and detainees message video mural » est magnifique : elle montre trente-huit anciens détenus – hommes, femmes et enfants nés en captivité – dans un large panorama, témoignant de leur résistance, chantant un gospel à la mémoire de leur lutte. A la fin de la chanson, l’un d’entre eux en appelle à la paix, à la liberté et au développement de la démocratie. L’image disparaît, le noir se fait et c’est le bruit de clés ouvrant les serrures d’une prison que l’on entend…

Le site du Robben Island Museum
A voir : Goodbye bafana, Bille August, 2006 (en DVD).

Dans les vapeurs d’Helsinki

Dimanche 6 janvier 2008

Comment ne pas sacrifier à la tradition ? A succomber à l’appel de la vapeur, autant choisir le véritable sauna « finlandais ». A cela rien est comparable, selon les habitués. Me voici donc au Kotiharjun Sauna Oy, le plus vieux sauna d’Helsinki. Les femmes en haut, les hommes au rez-de-chaussée. L’endroit ne paye vraiment pas de mine. Un vestiaire de bric et de broc, étagères bois d’origine (1955), table familiale à nappe de campagne et promiscuité de tous les instants. La serviette autour de la taille, je passe sous la douche, tandis que d’autres, pleins de tatouages, se font déjà frotter le dos par une créature tout droit sortie d’un film de Fellini. Arrivées d’airs chauds et humides, le sauna est un gradin de ciment noir. On s’assoit de fortune sur des caillebotis qu’on veille à nettoyer d’un peu d’eau. La chaleur est à discrétion des entrants et sortants qui actionnent une manette jetant de l’eau sur des pierres rougies au feu de bois de bouleau. Elle pique le nez, la gorge au point de vous étourdir. Groggy, j’en sors, me rafraîchis d’une douche d’eau fraîche. Les plus gaillards vont fumer et boire une bière sur le trottoir. A moitié nus par – 5°. Cinq fois, je recommence. La tradition veut qu’on se fouette, enfin, de branches de bouleau. La crainte de marques de flagellation trop criantes sur mon torse et dos, déjà couleur d’écrevisse, m’a fait renoncer… Retour au vestiaire, où se tiennent de vraies bacchanales de bière pour les plus anciens ou de diet coke pour les étudiants en bande. Dehors, l’atmosphère est douce, ouateuse. Un plaisir rare…

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© Seppo Pukkila. The Finnish Sauna Society

www.kotiharjunsauna.fi
www.sauna.fi/englanti/

Son nom de Tallinn dans Helsinki glacée

Vendredi 4 janvier 2008

A lire les brochures touristiques vantant les mérites de la Nordic Jet Line, compagnie reliant Tallin à Helsinki, je pense à une scène du film de Patrice Chéreau « Son frère ». Les deux frères (Eric Caravaca, Bruno Todeschini) sont assis sur un banc en Bretagne. Survient un vieil homme fatigué, joué par le lunaire Maurice Garrel. Ensemble, ils parlent de tous ces bateaux pris pour découvrir d’autres terres, d’autres îles – et particulièrement la navette entre les ports de Piombino (Toscane) et de Portoferraio sur l’île d’Elbe, chère à Hervé Guibert.
Pourquoi ne pas prendre celle-ci ? Elle met la capitale estonienne à 1h30 d’Helsinki. A Copenhague (Danemark), on a construit un pont sur la Baltique pour rejoindre Malmö, en Suède. 20 minutes de train et vous changez de monnaie. Bonheur de la géographie qui continue de rétrécir…

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Son frère, de Patrice Chéreau © DR

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