Archive de la catégorie ‘Carnets de ville’

Saint-Sépulcre : Jerusalem’s Bazaar

Samedi 21 juin 2008

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La basilique du saint-Sépulcre, Jérusalem © Le Routard.com

C’est un immense capharnaüm de ruelles enchevêtrées les unes aux autres, où les marchands du temple jadis chassés par une colère christique se sont sédentarisés au point que leurs échoppes ont fait disparaître la lumière du jour. Des kippas, des kheffiehs, des oranges pour le jus, de l’encens, des cartes postales, des crucifix, des tableaux byzantins, des fraises Tagada, des chandeliers à sept branches, des montres, du parfum, des pains, des pâtisseries orientales, des culottes, des mains de Fatma… Ici, dans la vieille ville de Jérusalem, il n’est pas sûr que la prière et le recueillement soient des plus intenses. Non, le pèlerin vient voir, touche et peu importe que l’histoire que le guide lui raconte en mondovision soit des plus approximatives. La présence de la foule balaie les siècles d’incendies, de destructions, de batailles, les changements de chefs religieux ou les révisions historiques et géographiques. Le doute n’est pas permis : le prophète est passé par ici, il repassera par là. Tête baissée, pénétré d’histoire sainte, le pénitent se recueille en prenant des photos et touche la moindre roche en espérant du réconfort dans ses tracas domestiques. Loin du sang et de la haine qui tuent à quelques mètres à l’Est de Jérusalem, les tiroirs-caisses chantent dans toutes les langues les louanges de ces trois religions rassemblées sur ce divin rocher…

Auschwitz : la nuit juste après les forêts

Samedi 12 avril 2008

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Le camp Auschwitz – Birkenau © DR

« Je cherche la région cruciale de l’âme où le mal absolu s’oppose à la fraternité » André Malraux.

Rien. Il n’y a rien à ajouter à tout ce qui a été dit, écrit ou filmé. Je rentre épuisé de cette journée dans le vent glacé d’Auschwitz et de Birkenau. Cracovie – Auschwitz – Birkenau : un voyage au travers de forêts et de villages lugubres qui n’a finalement rien d’une aventure. Tout arrive, pas après pas, de l’horreur connue par les livres et les films : les bâtiments de briques rouges, l’inscription « arbeit macht frei » à l’entrée du camp, les montagnes de chaussures, lunettes et valises abandonnées par les déportés juifs, tziganes, homosexuels, résistants, le remarquable « pavillon » français inauguré en novembre 2005 par le Président Jacques Chirac et Mme Simone Veil, retraçant les heures les plus sombres de la collaboration française, la tour d’observation de Birkenau et ses rails du chemin sans retour. A Birkenau, dans les heures suivant la défaite, les SS ont détruit les chambres à gaz. Leurs ruines sont restées en l’état autour du monument commémoratif où vient se recueillir le monde tout entier. A Auschwitz, il reste une de ces chambres d’extermination, adossée à un four crématoire. Une pièce vide aux murs lépreux, quelques bougies et des bouquets de fleurs, la terreur de l’humanité perdue est ici. Dans le silence, on entend encore les cris de plus d’un million et demi d’hommes et femmes dans la nuit du monde.

L’ordre des choses : Cracovie si je t’oublie

Samedi 12 avril 2008

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Le vieux quartier juif de Cracovie © Office Tourisme Krakow

De la Pologne, je ne savais pas grand chose. Peut-on dire que j’en sache davantage après une journée à faire le piéton dans les rues de Cracovie ? Karol Wojtyla, Lech Walesa, le ghetto de Varsovie, les chantiers de Gdansk et Solidarinosc, Kantor, Mère Térésa, le malheureux père Popielusko, le génial Warlikowski, le général Jaruzelski et les affreux jumeaux populistes, voilà en quelques lieux communs résumée ma culture polonaise. Alors, pourquoi Cracovie ? La réponse est simple : la compagnie low-cost Easy Jet dessert la ville, à une heure de voiture d’Auschwitz. Sans cela, il n’est pas sur qu’elle eut fait partie de mes priorités.
Alors ? Cracovie n’est plus belle, Cracovie n’est pas libre. Elle se donne à la nuit tombée. Pas une ville fantôme, plutôt une ville martyre de l’histoire de l’Europe et de ses errements : la splendeur des temps passés – en témoignent toutes ces Eglises que peuple un défilé de cornettes -, la guerre – tristesse des ruelles abandonnées du quartier juif -, l’enfer ensuite du communisme, la chute de la maison Russie, le retour à la démocratie et bientôt l’Europe comme possible communauté d’avenir, rêve de croissance et de libéralisme.
Ainsi, Cracovie ressemble à tant d’autres villes des Balkans, du nord ou de l’Est de l’Europe… Comme ailleurs, ce qui la déride est cette jeunesse éprise de modernité, fière de son indépendance aux dogmes politiques ou religieux, cultivant sa liberté dans un absolu que la belle Europe occidentale a perdue. Ici, au soir, on s’offre une fleur, tulipe ou jonquille, en manière de bouquet, on mange une glace en famille en faisant le tour des « planty », cet immense parc circulaire autour de la vieille ville. Après, on rentre ou on sort danser dans des boîtes techno. L’alcool – vodka que certains sirotent en douce dans des canettes de coca – fait encore des ravages, mais au matin, le pays se lève tôt. Filles et garçons s’habillent comme ils peuvent à la mode d’aujourd’hui. Dans les magasins, peu de belles choses à acheter, les enseignes connues (Lacoste, Benetton, Puma, Diesel, Adidas) proposent une marchandise qui ne trouverait preneur qu’à Guingamp ou Vierzon… La jeunesse s’en fout, nouant une cravate rose sur un costume noir pour aller consulter ses mails au McDo du coin ; laissant passer quelques nonnes et trois garçons dans le vent, soutane marron et sourire de belle amitié aux lèvres ; se retrouvant sur les bords de la Vistula quand celle-ci, à la tombée de la nuit, se fait Garonne majestueuse accueillant au pied de la Cathédrale les amours débutantes, les parties d’échec et les pique-nique improvisés… En ville, la dame aux petits pains a déjà rangé son étalage clandestin. Femme de tristesse et d’exode, elle rejoint, à petits pas, la gare pour prendre un train vers une banlieue de terrain vague…

L’ordre des choses : le piéton de Milan

Samedi 23 février 2008

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© DR

Milano fashion week ! Ce séjour, je l’avais programmé par hasard, trouvant vite une date libre dans un agenda que je m’évertue à surcharger, sans imaginer dans quelques états de frénésie la ville se trouverait… Longtemps que je voulais revenir à Milan faire un salut à l’ami Simon Olmetti, les boutiques de la via Monte Napoleone – acheter des Tod’s via Spiga, des T-shirts chez Intimissimi…
A s’y promener, la sensation que la ville a changé, tournant le dos au tourisme culturel, celui du Palais des Sforza et des aiguilles de son étincelant Duomo, théâtre des amours impossibles d’Alain Delon et Annie Girardot dans le superbe « Rocco et ses frères » pour s’employer à l’explosion de son commerce de luxe. Milan, en quelques années, est devenue la plaque tournante de la mode européenne, illustrant la fameuse chanson d’Alain Souchon « Putain, ça penche ». Gucci, Prada, Etro, Viktor and Rolf, Jil Sander, Alexander McQueen, Canali, Allegri, Salvatore Ferragamo, Hermès, Juicy Couture, Martin Margiela, Dolce&Gabbana, Armani et tant d’autres effacent en toute conscience la beauté des palazzi.
Alors, bien sûr, la ville est gracieuse de cette humanité vêtue créateurs : femmes élancées, en défilés de cuissarde, fourrures et tailles serrées, hommes en pantalon de velours jaune, cravate club ajustée, borsalino, fashionitas en délire Dsquared2, adolescents de belle lignée, cheveux remis en tempête d’un spray de laque dans les reflets d’une boutique. Ailleurs, ce couple en sa superbe harmonie amoureuse, milanais à ne pas connaître le mauvais goût : monsieur, manteau bronze, écharpe écossaise campagne; madame, manteau tulipe, flanelle imitant le bleu caserne de Verdun, lunettes de soleil de circonstance, lèvres rouge carmin. Pour elle, il a un bouquet de tulipes blanches, enveloppé de kraft, noué d’un délicat ruban marron. Pour lui, elle promène leur enfant, en landau vintage…
A l’entrée du cimetière « Monumentale », dont j’avais lu la description chez Guibert, dans la chapelle des Illustres milanais (Callas, Pavarotti, Stendhal, Visconti, entre autres), le dernier nom gravé est celui de Gianni Versace…

Cape Town : terre de belles espérances

Vendredi 1 février 2008

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Cap de Bonne Espérance © DR

I love Cape Town. Cette phrase court les tee-shirts à vendre sur Long Street et dans les boutiques de souvenirs de Waterfront, marina de grand standing où se côtoient touristes de passage, glaces et fried chicken en bandoulière, belles fortunes du Cap faisant ses emplettes chez Vuitton ou consciencieux au départ de la visite de Robben Island, où furent emprisonnés Nelson Mandela et des milliers de militants de l’ANC. En arrière-plan, des montagnes : Head Lion, Sea Point, Table mountain, qui forment l’enclave de la métropole sud-africaine. C’est ici que vit une nation dite « arc-en-ciel » chérie de Mandela, Desmond Tutu, Frederick de Klerk et, plus récemment, de Thabo M’Beki. Un pays en paradoxe : noirs, blancs, coloured, témoins d’une longue histoire d’amours, de haines, de dominations et de meurtrissures, pour vivre et se développer. Hier, à  la fin de l’apartheid, un dogme unique « vérité et réconciliation » les a rassemblés. Une réussite invraisemblable sur le papier : cela donne bon espoir pour la suite, malgré les dérives démagogiques du nouvel homme fort de l’ANC, Jacob Zuma…
Plus loin, le Cap de Bonne Espérance (Point Cape). Vertige de l’infini, plage de sable lunaire, océan en majesté, végétation rase, lumière douce et irradiante, comme au premier matin du monde. A la pointe du Cap, les distances de plusieurs capitales du monde sur un poteau de bois : Paris, Rio de Janeiro, New York, Jérusalem, Singapore, Londres, le Pôle Sud. Partir, encore…

L’ordre des choses : une Bruxelles de mikado

Lundi 21 janvier 2008

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Cityscape, by Arno Quinze © Thierry Van Dort

De fashion en travel magazine, toujours la tentation, au moment des soldes, de Londres, Milan ou Berlin. Cette année, je vais à Bruxelles ! Direction le quartier Sainte-Catherine, autour de la rue Antoine Dansaert : petites rues charmantes et places au clocher, on trouve vite son bonheur entre Filippa K, Olivier Strelli et pour ceux que cela tente, des friperies customisées comme le hypissime Colette du faubourg Saint-Honoré. Une boutique retient notre attention : Stijl, royaume de la mode belge : on y trouve les dernières créations de Dries Van Noten, Kriss van Assche à des prix intéressants. A Bruxelles, même sous la pluie et le gris de la ville, des galeries royales à la librairie Tropismes, de la grand place au quartier gay autour de la rue du Marché-au-charbon, il règne une douce atmosphère de grande petite ville européenne, ouverte, moderne et sans complexe. A peine plus loin, il faut découvrir, avenue Louise, l’installation d’Arno Quinze, « Cityscape » une sculpture monumentale (18 m de hauteur) de bois entremêlés, comme un immense nuage – mixado sous lequel s’amusent les rayons du soleil. Elle est présentée pour un an dans le cadre des événements de « Design Septembre 2007 », avec le mécénat intelligent de la firme automobile Mini. Courez-y !

Le site de Cityscape
Boutique Stijl

Helsinki Kaapeli : le mal court…

Vendredi 11 janvier 2008

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© DR

Une ancienne usine de câbles, à quelques pas de la station de métro Ruoholahti, cachée derrière une galerie marchande, les bureaux flambants verre de Publicis Helsinki et un restaurant trendy (Acqua). Cinq hectares de friches industrielles reconverties en un étonnant « Lieu unique » finlandais au service des artistes et de la culture. S’y côtoient un studio de répétition, le Centre culturel Français, neuf galeries d’art, des écoles d’arts, (et des clubs de sport !), un café chaleureux dont les baies vitrées s’ouvrent sur les quais et la Baltique. Sans oublier le Musée national de la photographie qui propose chaque trimestre une ou plusieurs expositions thématiques. Jusqu’au 6 janvier 2008 : « The nature of evil », très beau travail sur la guerre avec les photographies de Leena Saraste et les installations d’Adel Abidin, Randa Mirza et de Jari Silomäki.

The Finnish Museum of Photography

L’ordre des choses : Helsinki, extérieur jour

Vendredi 4 janvier 2008

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Quand on arrive à Helsinki, début janvier, prendre une courte journée, la plus froide, pour visiter les « seesights » obligatoires (le parlement, le marché couvert, le design district) et courir les galeries marchandes qui sont légions. Le froid interdit de flâner en ville : ces cathédrales d’acier et de verre (Stockmann, Forum, Kamppi) permettent un shopping à l’abri de la bise. Les obligations rendues au tourisme culturel et commercial, l’idéal est ensuite de sauter dans un tramway pour visiter les quartiers. Kallio, par exemple : à dix minutes du centre historique, ce quartier se la coule doucement bobo au pied d’une gigantesque église Art nouveau. Patinoire à ciel ouvert, bistrots minuscules mais bondés, coiffeurs tendance, bar gay, sauna au feu de bois, famille et titis finlandais, masseuses thaï, rockers de saloon et russes en désertion vivent ici en famille. Et en harmonie… La ballade peut se prolonger par le tour du lac Töölönlahti, un rien gâché par l’horizon des chemins de fer de la gare centrale. Ne vous y trompez pas l’écume au bord de l’eau n’en est pas mais… de la glace qui emprisonne les roseaux et refroidit les canards. Autour de l’étang gelé, de belles maisons de bois, à tourner des « Psychose » en Finlande, l’Opéra et l’élégant Palais Finlandia, conçu par l’illustre Alvar Aalto.

Photographies Helsinki : www.ylitalot.net

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