Archive de la catégorie ‘Theatre’

L’Ecole des femmes : le petit charme est mort

Samedi 16 février 2008

Que diable allions-nous faire dans cette galère ? Vendredi soir à l’Odéon – Théâtre de l’Europe, la foule des familles en procession vers le bon théâtre de patrimoine s’est donnée rendez-vous en face du délicieux restaurant La Méditerranée. Pour y voir quoi ? Une « Ecole des femmes » bien terne, anémiée par un Jean-Pierre Vincent loin de ses grandes heures et un Daniel Auteuil désincarné qu’on se réjouissait pourtant de voir au théâtre après l’émotion toujours en mémoire de ses rôles dans les films d’André Téchiné (Ma saison préférée, Les voleurs)… Autour, un décor en manège insupportable et d’autres comédiens sans relief excepté une singulière Agnès. Mauvaise soirée !

Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 29 mars.

L’étincelle Pommerat

Samedi 16 février 2008

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Joël Pommerat © DR

Pour quelques jours encore, Joël Pommerat et la compagnie Louis Brouillard sont les invités de Pascal Rambert, successeur de Bernard Sobel au Théâtre de Gennevilliers. Désormais artiste associé du Théâtre des Bouffes du nord (Direction Peter Brook et Micheline Rozan), Joël Pommerat fait un détour par la banlieue ouest et propose de découvrir, pour la première fois dans son intégralité, la trilogie que forment trois de ses spectacles (Au monde, D’une seule main, Les marchands) « où les secrets de famille croisent le destin du monde ». Trois pièces majeures, en pénombre, qui éclairent magistralement le théâtre contemporain. Elégance des formes et des lumières, race du propos, troupe de comédiens au diapason de cette exigence, c’est à un enchantement de théâtre contemporain auquel Joël Pommerat nous convie.

Du samedi 19 janvier au dimanche 17 février 2008 / en alternance.
Théâtre 2 Gennevilliers, Centre dramatique national de création contemporaine.

Madame Raymonde au balcon

Samedi 16 février 2008

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Denis d’Arcangelo © DR

Il nous avait plu, le vibrionnant Denis d’Arcangelo dans le pourtant bien vulgaire « Cabaret des hommes perdus » l’an passé au Théâtre du Rond-Point. Il revient aujourd’hui au Vingtième Théâtre sous les traits de Mme Raymonde, mi-Arletty, mi-Mado la niçoise pour un récital décousu, mais sincère. Accompagné d’un accordéoniste au sympathique nom de Zèbre (Sébastien Mesnil), Mme Raymonde s’amuse, s’oublie et en rit encore devant un public de garçons pour partie acquis d’avance. Dommage seulement que le spectacle se disperse à l’excès en son milieu et qu’il faille attendre les saluts et le rappel pour renouer avec une émotion tout sardonique, où se mêlent les chansons d’Aznazour, Brassens et Ferré.

Mme Raymonde revient, par Denis d’Arcangelo et Philippe Bilheur, Vingtième Théâtre, (jusqu’au 2 mars 2008)

Kleist mode mineur

Vendredi 8 février 2008

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Anna Mouglalis © DR

La recette est imparable et peut permettre certains succès d’estime. A force, elle peut aussi marquer l’indéniable académisme et le perte totale d’imaginaire d’un metteur en scène. Prenez une troupe de comédiens chevronnés, avec des morceaux de belle prestance (Fred Ulysse, Julie-Marie Parmentier, Jérôme Kircher). Ajoutez-y des décors décalés en clin d’oeil SFP et une vedette à potentiel garanti en couvertures d’hebdo, de féminins et de suppléments culturels. Vous obtiendrez cette fade « Petite Catherine de Heilbronn » aux Ateliers Berthier de l’Odéon. André Engel est devenu en quelques années le spécialiste de ces casting de marketing qu’on imaginerait davantage dans le théâtre privé. Léger décalage temporel, acteurs certes bien dirigés autour d’Anna Mouglalis, très Mademoiselle Chanel® s’essaye au théâtre, ce n’est pas navrant, c’est juste sans intérêt…

« La petite Catherine de Heilbronn », Ateliers Berthier – Odéon, Théâtre de l’Europe, jusqu’au 23 février 2008

Pippo Delbono : quelques jours en juin

Dimanche 20 janvier 2008

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Je vous ai dit la beauté du dernier spectacle de Pippo Delbono « Questo buio feroce » au Théâtre du Rond-Point. Il y jouera « Les récits de juin » les lundis 21 et 28 janvier à 21h00. Sa maison d’édition française (Actes Sud) présente ainsi ce texte : « Pippo Delbono fut un jour invité à intervenir en conférence à Rome pour parler de l’amour. De là sont nés ces récits, confidences et retours sur sa vie, ses rencontres et ses luttes, toujours un pied sur scène, l’autre en coulisses, qu’il délivre ici, entre pudeur et fureur, gravité et humour. Auteur, acteur et metteur en scène étonnant, un des chefs de file du théâtre populaire italien, Pippo Delbono offre ainsi, à travers des photographies personnelles, une des plus belles incarnations de son travail : un théâtre conçu en toute liberté et vécu comme acte d’amour.  »

Pippo Delbono, Récits de juin, Le Théâtre Actes Sud. Traduit de l’italien par Myriam Blœdé

La bible d’Olivier Py

Dimanche 13 janvier 2008

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Olivier Py © DR

C’est une plaquette, iconoclaste en diable, et une merveille pour tous ceux, qui, à la faveur des spectacles d’Olivier Py (La servante, Illusions comiques, Les vainqueurs, Le Soulier de satin) sont entrés en son « poème ».
En mars 2007, Olivier Py, comédien, auteur, metteur en scène, romancier, chanteur (Miss Knife) prenait ses fonctions de directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Accueilli par ses nouveaux collaborateurs et artistes associés, il tint, accompagné du comédien Michel Fau, ce discours fondateur et manifeste, consigné désormais dans cette quinzaine de pages et accompagné de photographies de la rénovation du Théâtre, dont son prédécesseur Georges Lavaudant n’aura guère profité.
Dans « notre temps qui est patrimoine plus que culture, mode plus que création, commentaire plus que littérature, image plus que promesse, spéculation plus que désir vrai, sondage plus désirs », le théâtre, pour lui, est « une catastrophe vécue comme une joie, je veux dire qu’un jour on découvre que l’on n’est rien, et aussi vaste que l’océan et plein de vents contraires et de monstres lumineux. Alors on cherche celui qui a vécu cette expérience et qui maladroitement appelle cet état d’exil et d’éblouissement l’art »… Convoquant tour à tour sa crémière, un critique d’art, un homme politique en campagne et sa « maman », il dit sa foi en un théâtre qui « nous apprend à vivre dans l’absence de sens. Et parfois, dans cette joie du poème, il est comme un sens mais au-delà de tout sens ».
Entre la Mort. Déplorant la disparition de jeunes poètes tels Lagarce ou Gabily, Olivier Py pourrait reprendre cette phrase d’Hervé Guibert, belle illustration de son Théâtre de la Parole : « c’est quand j’écris que je suis le plus vivant. Les mots sont beaux, les mots sont justes, les mots sont victorieux ». Lui écrit : « Non cela ne peut pas mourrir » car « quand la mort mourra, le théâtre mourra »…

« Le discours de nouveau directeur de l’Odéon », Olivier Py, Actes Sud 2007.

Les ténèbres sauvages de Pippo Delbono

Dimanche 13 janvier 2008

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Questo buio feroce, Pippo Delbono © Gianluigi Di Napoli

« Je regarde la mort et la mort me regarde ». C’est le choc de cette rentrée théâtrale. Au Rond Point, l’italien Pippo Delbono présente pour la première fois en France « Questo buio feroce » (Cette obscurité féroce). Dans la bible du spectacle, le metteur en scène prévient : « Jamais je ne pourrais faire un spectacle qui ne soit pas contaminé par ma vie. Je n’en serais pas capable. » écrivait Antonin Artaud. Dans les pays occidentaux, la pensée de la mort a été « bannie ». La mort apparaît avec peur, comme une perte, une douleur, rarement comme une conscience lucide, profonde de la vie. »
Ce spectacle, violent, blessant et pourtant solaire, j’aurais pu dire pasolinien, tire argument de la lecture d’ »Histoire de ma mort » d’Harold Brodskey. Pippo Delbono, séropositif, s’est sans doute reconnu dans l’autobiographie du romancier américain (né en 1930 dans une famille juive du Middlewest, mort en janvier 1996) pour qui avoir le sida fut « un affront ».
Sur scène, l’engagement de Delbono, très influencé par Pina Bausch, et de sa compagnie est total. Aveuglé dès le début de la performance par la cruauté de la lumière sur un corps décharné, traumatisé par la déformation des visages emplis de douleur, on est à d’autres instants saisi de douceurs : celle du menuet d’une Cendrillon de pantomine, celle, plus irradiante encore, de la danse de mort du comédien-metteur en scène, nu, entouré de ses acteurs en costume et maquillage noir gothique. Simplicité des moyens, beauté des gestes, du décor et des costumes, au final, Pippo Delbono nous emmène, la chanson d’Aznavour en fond sonore, au pays de son soleil noir…

Histoire de ma mort (Ces ténèbres sauvages), Harold Brodkey, Grasset, 1998.
Compagnia Pippo Delbono
Théâtre du Rond-Point

Rodrigo Garcia : le pire des malentendus

Mercredi 2 janvier 2008

En six portraits, Le Monde proposait la semaine dernière la rencontre de six « sentinelles » de la culture contemporaine. Parmi ceux-là (Emmanuel de Buretel, Rudy Ricciotti, Henri Loyrette), Rodrigo Garcia, le maestro argentin.
Après deux spectacles en berne, Rodrigo Garcia est revenu avec deux pièces fortes : « Et balancez mes cendres sur Mickey » vue au festival « Mettre en scène » 2006 à Rennes (TNB) et « Bleue, saignante, à point, carbonisée » au festival d’Avignon 2007. Des critiques de mauvaise humeur, un scandale injuste – autour d’une femme rasée au cours du spectacle – l’ont placé de nouveau au cœur des controverses. On devrait, à la place, saluer la renaissance de Rodrigo Garcia tant il s’est renouvelé et a réussi à renouer avec la poésie de ses premiers textes (After sun, Jardineria Humana)
Son drame est, il le répète souvent, que cette poésie de combat, née d’une grande amertume politique et sociale, se heurte aujourd’hui à son propre public : « Je n’aime pas mon public, parce que je ne me reconnais pas en lui. On vit tous surprotégés, à l’intérieur d’une bulle de faux bien-être. Je ne peux pas faire du théâtre dans leur bulle… ». Il faut le sentir, dans les théâtres, ce public, bourgeois et affreusement « culturel », applaudir aux provocations et ne rien discerner de l’engagement « philosophique » de Rodrigo Garcia – des conceptions certes contestables, mais empreintes d’une grande sincérité et sans compromis. Le pire des malentendus.

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After sun, Rodrigo Garcia, 2003 © Sofia Menendez

« Rodrigo Garcia ou les limites de la provocation sur scène » Par Brigitte Salino, Le Monde, Samedi 29 décembre 2007, p.18.

Krzysztof Warlikowski : « violemment moi »

Mardi 25 décembre 2007

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Krzysztof Warlikowski © DR

« Qu’on peigne un paysage ou une nature morte, on fait toujours son portrait ». L’aphorisme de Cocteau colle aux créations du polonais Krzysztof Warlikowski. Ses « Angels in America », sept heures intenses d’un théâtre splendide, brûlant par l’engagement du metteur en scène et de ses acteurs (dont le formidable Jacek Poniedzialek) pour le texte de Tony Kushner (1991), ont retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel d’Avignon cet été. Un garçon timide s’avançait alors sur scène, fourbu, perdu, l’air embarrassé de l’émotion que son spectacle provoquait.…
Né en 1962, il étudie l‘histoire et la philosophie, puis la mise en scène à Cracovie. De ses premiers spectacles à la fin des années 1990 jusqu’à ses récentes mises en scène d’opéras (« Iphigénie en Tauride », « L’affaire Makropoulos »), il s’affirme, par l’originalité de ses choix et de son travail, dans la lignée de ceux qui « affirment leur identité non pas grâce à un univers formel constitué… mais grâce à une expérience subjective. Ce sont de romantiques du théâtre moderne, qui imposent leurs « théâtres du moi » comme Grüber ou Chéreau », comme dit Georges Banu dans la postface de « Théâtre écorché » qui rassemble des entretiens donnés par Warlikowski.
Fou de Shakespeare, affrontant Koltès, Kane, Mishima, son itinéraire théâtral est stupéfiant, offrant aux auteurs des perspectives actuelles sans jamais tenter d’«actualiser» leurs propos : « Koltès, avant Shakespeare, m’a tenu la main au moment où je commençais à faire du théâtre . avec lui, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie d’abord de me comprendre, de comprendre ma sexualité, de comprendre pourquoi j’ai quitté mon pays, pourquoi je suis revenu dans mon pays… Il m’a aidé à faire un travail artistique qui me ressemblait sans avoir peur de m’exposer. Ce fut un soulèvement pour moi, et j’ai pu utiliser mon énergie profonde, l’accepter, la respecter. Il fallait que je sois violemment moi, passionnément moi dans ma pratique artistique…. »

Théâtre écorché, ouvrage conçu et réalisé par Piotr Gruszczynski. Postface de Georges Banu, Actes Sud, le temps du théâtre, 2007

Angels in America, Tony Kushner, Krzysztof Warlikowski, en tournée en France (Paris, Toulouse).

Parsifal, Wagner, Opéra Paris Bastille, 4 – 23 mars 2008.

Robert Lepage l’illusionniste

Mardi 25 décembre 2007

A quoi reconnaît-on un metteur en scène international ? Sans doute à ses invités. Vendredi soir, au Théâtre national de Chaillot, à quelques mois de sa transformation en temple parisien de la danse contemporaine sur injonction spéciale de Mme Albanel, James Thierrée, petit-fils de l’illustre Charles Chaplin, metteur en scène de talent (somptueuse « Symphonie du hanneton ») et acteur sympathique (« 18 ans après », « Ce que mes yeux ont vu »), profil de famille et allure d’éternel étudiant, lacets défaits, chaussures de gavroche, malgré le cheveu en début de poivre et sel, et un peu plus loin, la délicate Laura Morante (« La chambre du fils » de Nanni Moretti), manteau d’un beau bronze et pantalon navy oversize, attendaient leurs invitations au contrôle…
C’est que Robert Lepage, homme de théâtre québécois à la réputation mondiale, présentait son « Projet Andersen ». Un événement à déplacer les foules. Le spectacle, aux prodigieux effets scéniques, était pourtant loin de mériter les enthousiasmes que j’avais entendus ou lus ces derniers jours – à croire que les critiques n’avaient pas vu le spectacle et s’en tenaient à sa renommée…
Ce « projet Andersen », alors ? Une comédie boulevardière suivant un librettiste québécois, compliqué en amour, venu en France écrire le livret d’un opéra adapté d’un conte du danois Andersen… Moquerie basse sur les institutions culturelles franco-européennes, peep-show et blagues de comptoir sur qui promène son chien au bois de Boulogne font le lot de ce long spectacle (2h10). La magie Lepage ? Elle opère dix minutes lorsqu’elle se met au service d’un autre conte d’Andersen qu’un des personnages, interprétés par Yves Jacques, raconte à sa petite fille. Il y est question d’ombre, de lumière et d’illusion… Tout en subtilité et finesse.

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© Théâtre national de Chaillot

Le projet Andersen, Robert Lepage, Théâtre national de Chaillot (jusqu’au 28 décembre)

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