Archive de la catégorie ‘Theatre’

L’Européenne : illusions comiques

Jeudi 1 octobre 2009

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L’Européenne © DR – Théâtre de la Ville.

Après l’émouvante « Commission centrale de l’enfance », on pensait assister à la naissance d’un auteur, David Lescot. Las, rien ne s’est passé comme imaginé et le spectacle proposé par l’auteur et metteur en scène au Théâtre des Abbesses en plus de la reprise de la « Commission » n’est pas à la hauteur nos espoirs. Commencée tambour battant sur une hilarante affaire de traduction, la pièce perd vite toute sa substance pour finir en une immense gesticulation. Il est, ensuite, question des arcanes de l’institution européenne vu par ses multiples interprètes, puis d’un hypothétique nouvel hymne pour la commission européenne en remplacement de la célébrissime « Ode à la Joie » de Beethoven. Les comédiens et musiciens s’agitent sans pouvoir donner corps à ces sujets et s’appuyer sur un texte digne d’intérêt. Ils ne sont pourtant pas mauvais, jeunes, généreux et pleins d’allant. Mais, sans texte, que faire si ce n’est tourner en rond jusqu’à ce final malheureux en forme de comédie musicale navrante ? Rien de convaincant, des bavardages, des images sans fondement… On oublie.

L’européenne, ms David Lescot, Théâtre de la Ville – Les Abbesses, jusqu’au 3 octobre 09.

Olivier Py : la Joie des poèmes amers ?

Samedi 19 septembre 2009

Qui aime, sans mesure, Olivier Py, ses spectacles baroques entre Joie et Poème, lui accorde volontiers son indulgence. Il en fallait beaucoup hier soir en sortant de la première de sa nouvelle pièce « Les enfants de Saturne » aux Ateliers-Berthier. Dans un décor comme un manège, il nous conte l’explosion d’une famille, soudée par l’argent d’un père, magnat de la presse vieillissant comme son journal menacé de disparition faute de lecteurs et de capitaux. Deux fils, encore un autre illégitime à la main broyée, une fille, un petit-fils comme le Messie de temps nouveaux…
En deux longues heures et demie, Olivier Py tricote et détricote ces atrides avec force hystérie. A ce jeu-là, la pauvre Amira Casar, doigt tendu et silhouette chiffonnée, est la plus convaincue. Les hommes, quand ils sont vieux, disent avec conviction le tragique Poème du monde, celui que désormais rabâche Olivier Py à chacun de ses spectacles. Les garçons, quand ils sont jeunes, beaux et vaillants, s’habillent, se déshabillent, se rhabillent, déclamant une Poésie de l’Amour encore possible comme l’Avènement d’une nouvelle Méditerranée… Malgré des fulgurances dignes des grandes heures d’Olivier Py, le spectacle s’enlise. Il faut la toute puissance des jeunes et des vieux acteurs (Frédéric Giroutru, Mathieu Dessertine, Pierre Vial) pour faire renaître, par instant, un intérêt pour ce spectacle faussement mythologique. Et, avec beaucoup d’indulgence, encore…

Les enfants de Saturne, texte et mise en scène d’Olivier Py, Odéon-Ateliers Berthier, jusqu’au 24 octobre.

Nuits noires au festival d’Avignon 2009

Mardi 11 août 2009

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La Menzogna de Pippo Delbono © DR / Festival d’Avignon

On revient de quelques jours au festival d’Avignon traînant des sentiments mitigés. Cette édition du festival s’est jouée en mode mineur avec des spectacles de qualité, des metteurs en scène et des comédiens engagés mais chacun jouait sa partition avec l’impression d’une lassitude : spectacle inabouti ici, excellence devenue répétition chez l’autre. Pas de choc esthétique, des émotions certes, mais pas de stupeur, ni de tremblement.
La faute, peut-être, à ce système de co-productions, devenu obligatoire par ces temps où les mécènes ne courent plus les théâtres, qui fait désormais d’Avignon un festival d’avant-premières pour quelques metteurs en scène reconnus des scènes françaises et européennes (Mouawad, Marthaler, Delbono, Marin, Kaegi, Colas, Fabre) avant d’être l’espace de défense d’une mouvance artistique. Le public est là, nombreux et disponible, mais son érudition comme son endurance aux longues traversées (jusqu’à onze heures trente pour la trilogie Mouawad !) manifeste une « distinction » certaine. Pour quelques enfants des écoles ou adolescents des collèges et lycées découvrant le festival et ainsi le théâtre, combien de profs, de professions supérieures et libérales, de professionnels de la profession remplissent les salles de spectacles du « in » ? La majorité bien sûr, qu’ils soient parisiens ou des régions, cela ne change rien. Les spectateurs cultivent un entre-soi évident qui contredit la volonté de Vilar. Le théâtre élitiste pour tous reste une « nouvelle frontière », un horizon que certains, plus cyniques, doivent penser inatteignable mais qui existe paradoxalement dans le spectacle proposé par le romancier-cinéaste Christophe Honoré. Son « ciné-théâtre », tiré d’ « Angelo, tyran de Padoue » de Victor Hugo a de jolis avantages (des acteurs surtout dont Emmanuelle Devos, Clotilde Hesme, Martial Di Fonzo Bo, une bande-son et un décor astucieux) sans qu’on ne crie non plus au génie…
Mais revenons au théâtre et que voyons-nous sur scène ? Des provocations, plus beaucoup. Des textes de nouveaux auteurs, pas davantage. L’époque est au montage, aux mille-feuilles de mots tirés de grands textes ou de simples faits-divers, compilés par le metteur en scène lui-même. Plus de confrontation directe à un auteur, le metteur en scène ou le chorégraphe, escorté par son scénographe sont rois, pétrissent les acteurs comme ils manipulent les textes au risque de les rendre obscurs. Le vertige, parfois incompréhensible, des mots fiévreux choisis par Krzysztof Warlikowski (« (A)ppolonia ») dans les textes d’Eschyle, Euripide, de Coetzee ou de Jonathan Littell ont une puissance que les déclamations laborieuses des spectacles de Maguy Marin (« Description d’un combat ») et Rachid Ouramdane (« Des témoins ordinaires ») n’ont pas : des spectacles dits « de danse » où le geste s’épuise au profit de la parole, assommant le public et le jetant dans une vaine perplexité. L’époque est peut-être ainsi bavarde, à défaut d’avoir des idées à défendre…
Pourtant dès que l’engagement – qu’il soit personnel ou politique – rencontre le texte et la mise en scène, cela donne de beaux spectacles : le polonais Warlikowski, naturellement en passe de devenir un maître, s’il réussit à sortir de ses tourments identitaires et qu’il s’ouvre davantage à l’universel, les libanais Lina Saneh et Rabih Mroué, aussi, qui avec « Photo romance » emportent l’adhésion par leurs seuls tempéraments et la simplicité de leur dispositif. A l’inverse, l’italien Pippo Delbono, à la manière d’un Rodrigo Garcia disparu aujourd’hui des scènes européennes, sombre avec « La Menzogna » dans une démonstration grotesque, qui ne trouve pas son ancrage. Des ombres errantes, massacrées par nos temps furieux, des monstres qui ne sont pas ceux que l’on croit et un metteur en scène, s’avouant peut-être lui-même vaincu, qui se met à nu aux dernières minutes de son spectacle frénétique. Où sont les mots, où est la transcendance ? Rien, des images purement mentales comme une nuit noire qui ne ferait que durer.

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(A)pollinia de Krzysztof Warlikowski © DR / Festival d’Avignon

A l’ombre de ce cher Oncle Vania

Jeudi 19 mars 2009

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© DR

Malgré ses ruptures de rythme, on aime cet « Oncle Vania », dans la version « modernisée » par les traducteurs André Markowicz et Françoise Morvan, et mise en scène par Rodolphe Dana et Katja Hunsinger pour le collectif les Possédés au Théâtre de la Bastille. L’histoire, on la connaît et par l’enchantement d’une table éclairée à la bougie et de comédiens en pleine forme et heureux d’être ensemble, on la redécouvre, merveilleuse, intrigante, malheureuse et fataliste. Etonnant Tchekhov qui résiste à tout, tant son théâtre est universel. Reste aux Possédés à veiller à ne pas sombrer dans la caricature de ce qui a fait à leurs débuts leur singularité : un certain non-jeu, le théâtre dans le prolongement de la vie. Cette manière, en effet, de faire open vodka-bar, à l’entrée du spectacle est assez ridicule et ne sert en rien le propos. Un truc bobo qui frise le peu de goût…

Oncle Vania, Anton Tchekhov, par le collectif les Possédés. Théâtre de la Bastille, du 23 février au 28 mars 2009.

La voix off de Barack Obama

Lundi 16 février 2009

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Vincent Byrd Le Sage © Eric Gouyenon

C’est une petite salle, remplie de militants du MRAP et d’autres collectifs encore, dans une petite rue de la Goutte d’Or ou pas loin de là. Des femmes âgées discutent entre elles de leurs dernières manifestations. Ici on prend parti ou on accompagne, en parrain, une famille d’immigrés au théâtre. Lavoir moderne parisien, maison du peuple. Vincent Byrd Le Sage y donne tous les dimanches le texte de la conférence de Barack Obama à Philadelphie sur les races en Amérique. Le comédien métis refuse de pousser au-delà des apparences le mimétisme, dit avec peu de relief le texte du futur président des Etats-Unis. On est d’abord étonné par cette diction, puis le texte d’une belle intelligence s’impose et la manière qu’a le comédien de rester derrière les mots amène l’émotion et toute la puissance de l’esprit d’Obama. Ensuite, il y a un débat mais on a vite fait de le quitter. Les mots d’Obama sonnent bien plus forts que ceux de quelques commentateurs politisés qui tentent de les interpréter à leur avantage.

De la race en Amérique, ms José Pliya avec Vincent Byrd Le Sage, Lavoir moderne parisien, le dimanche à 15h30.

Europeana : l’écho sombre des temps

Samedi 7 février 2009

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© TNT / DR

Une brève histoire du XXe siècle pour ce spectacle plaisant, grand public et intelligent comme un petit manuel d’histoire à consulter tous les jours. 2000. Le millenium et la crainte du grand bug. Pour éviter la perte des mémoires et des repères, le Groupe Merci ressuscite une ancienne attraction foraine, le « Mur de la mort ». Ce « théâtre-cylindre » de quatre mètres de hauteur et neuf de diamètre peut rassembler une centaine de spectateurs. Au creux de cette centrifugeuse de l’Histoire, des comédiens, en forme, racontent l’évolution des sociétés et des moeurs européennes, les faits de la grande et de la petite histoire, et reviennent, sans cesse, au mal absolu. Le XXe siècle, imaginé sans limite, explose à Auschwitz et Hiroshima. La Shoah et la bombe atomique. Comme un écho sombre aux temps présents, comme l’heureuse impossibilité de la fin de l’Histoire.

Europeana, une brève histoire du XXe siècle, Patrick Ourednik, au Théâtre national de Toulouse, jusqu’au 7 février 2009.

Edouard II : déchéance d’un roi amoureux

Jeudi 5 février 2009

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Vincent Dissez en Edouard II © Christian Berthelot

C’était la dernière au Théâtre Paris-Villette et rétrospectivement je suis ravi d’avoir pu apprécier le beau spectacle de Cédric Gourmelon « Edouard II », d’après le texte de Philip Marlowe. Une épopée théâtrale de près de trois heures qui vous emporte et ne vous lâche plus jusqu’à la mort du roi, perdu par l’amour des garçons. Son sous-titre vaut argument : « Le règne troublé et la mort pitoyable d’Edouard II, roi d’Angleterre, et la chute tragique de l’orgueilleux Mortimer ». Au départ, la mise en scène étonne : des costumes naviguant pas toujours astucieusement de l’ancien au contemporain, un plateau quasiment nu. Peu à peu, ce choix radical suscite l’adhésion tant les acteurs sont de haut niveau. Cédric Gourmelon se défend : « Avec les acteurs, nous avons choisi d’accompagner le texte au présent. Privilégiant la simplicité de la mise en scène et l’évidence du plateau nu ». Et il a raison : le conte cruel et baroque de Marlowe, traduit par André Markowicz, tend alors à l’universel, passant d’une anecdotique pièce sur l’homosexualité d’un roi à un texte d’amour et de passion, sombre et tragique. Au centre de ce tumulte, des hommes s’aiment et se battent, pleurent et disparaissent, des femmes les entraînent, les trahissent du même amour. Trois heures d’une beauté rare, d’une poésie d’acteurs – citons Vincent Dissez, Guillaume Cantillon, Nathalie Elain, Loïc Le Roux, Bruno Pesenti, Julien Storini – au diapason de ce terrible récit…

Edouard II, ms Cédric Gourmelon. Une création dans le cadre du festival « Mettre en scène » de Rennes (Théâtre national de Bretagne).

Hamlet, fou de sang et de boue

Jeudi 5 février 2009

Dès les premières scènes, dans ce décor d’enterrement, il y a une beauté inouïe au Hamlet mis en scène par Thomas Ostermeier. Un chaos total, feu de pluie, de boue, bientôt de larmes, de fureur et de sang. Le spectacle fut mal accueilli lors de sa présentation au dernier festival d’Avignon, il semble aujourd’hui que Thomas Ostermeier l’ait retravaillé pour atteindre cette brutalité magnifique. Hamlet, héros dépressif et violent, voulant venger la mort de son père et les libertés prises par sa mère, et d’autres trahisons encore, est proprement hallucinant. Il court en scène, titube et se blesse dans un fracas monumental que le directeur de la Schaubuhne berlinoise agite, déploie avec énergie. Le texte a sans doute été chahuté, repris, remonté, n’en déplaisent aux shakespeariens. Le talent de Thomas Ostermeier emporte tout, parfois peut-être même le sens de la pièce, mais ses visions sont superbes…

Hamlet, ms Thomas Ostermeier, Les Gémeaux – Sceaux, jusqu’au 8 février 2009

Un grand garçon pour une pièce impossible

Lundi 2 février 2009

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L’affiche © Théâtre du Rond Point

Il y avait tout pour un grand spectacle : des comédiens haut en couleurs – Eric Berger, Micha Lescot, Jean-Yves Châtelais, Isabelle Carré – et un texte en folie, mais c’était en oubliant Jean-Michel Ribes à la mise en scène. Et ici le bât blesse : la subtilité d’un texte au cordeau se transforme en farce grossière et outrageante, ce qui nécessitait de la finesse d’esprit et un peu d’a-propos se déploie avec force démonstration. Décors, mise en scène, direction d’acteurs, le spectacle est pour ainsi dire à l’avenant jusqu’à ces dernières images d’une cour d’école, où, dans la continuité de son spectacle, Jean-Michel Ribes donne des leçons de bonne conscience en ces temps ultra-sécuritaires. On aurait aimé plus d’agilité à la mise en scène et moins d’imprécation. Si le théâtre se veut politique, alors il faut faire confiance aux mots et aux situations inventés par les auteurs. Pour le coup, l’idée semble avoir échappé au tonitruant patron du Théâtre du Rond-point…

Un garçon impossible, Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 28 février 2009

Music hall : Fanny Ardant n’est pas « la Fille »

Lundi 26 janvier 2009

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Fanny Ardant © DR

Lambert Wilson la voulait. Il l’a eue et pourtant Fanny Ardant ne sera jamais « la Fille ». Celle, tragique, vulgaire et désabusée de la pièce de Jean-Luc Lagarce qu’il met en scène au Théâtre des Bouffes du Nord que le vaniteux Peter Brook a préféré céder à deux entrepreneurs de spectacles plutôt qu’au prometteur Joël Pommerat.
Le comédien-chanteur, désormais metteur en scène, le dit dans toutes les interviews : monter cette pièce avec Fanny Ardant dans le décor pompéien des Bouffes du nord était proprement « casse-gueule ». Et c’est finalement ce qui arrive, à jouer les boulevardières, les femmes déchues d’un théâtre misérable de salle des fêtes, Fanny Ardant trébuche et ne tient pas la rampe. « La Fille », non, ce n’est pas elle, elle n’y arrive pas. Elle, c’est définitivement Fanny Ardant qui débite du Lagarce comme elle livrerait, nature, quelques fulgurances de Duras. Et les mots résistent et rien ne va : ni ses deux acolytes en faire-valoir qui n’y peuvent pas grand chose, encore moins ce décor de planches faussement crasseux que Fanny Ardant n’arrive pas à arpenter, ni cette musique légère, la chanson de Joséphine Baker, qui ne sort jamais juste de sa bouche… Vers la fin, Ardant jette sa perruque blonde, elle parle encore, les yeux au bord des larmes. Qui arriverait à cet instant, se croirait dans la « Maladie de la mort »… En sortant, on repense à Hervé Pierre, oui, Hervé Pierre, dans le rôle de « la Fille ». Epoustouflant, superbe – lui ne craignait pas le ridicule, et jouait, jouait, encore jouait avec un plaisir rare et engageant. J’aurai peut-être dû rester sur cette belle impression.

Music-hall, de Jean-Luc Lagarce, ms Lambert Wilson, Théâtres des Bouffes du nord, jusqu’au 12 février 2009.

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