Archive de la catégorie ‘Photographie’

Le petit mineur de Marin Karmitz

Vendredi 30 juillet 2010

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Gotthard Schuh, Mineur, Winterslag, Belgique, 1937 © Fotostiftung Schweiz

« La première photo que j’ai achetée et qui me suit de bureau en bureau. C’est une vision de résistance. Ce gamin sort de la mine, il est tout noir, mène une vie de chien et en même temps, il est magnifique, rayonnant d’énergie. Gotthard Schuh, photographe malheureusement sous-estimé, me touche, me bouleverse, me fait rêver… Chacune de ses images, et c’est ce que j’aime de la photographie, est un point de départ, le début d’un scénario, d’un mystère à résoudre. »
Marin Karmitz, Point de vue, n°3236.

« Traverses : un parcours dans la collection de Marin Karmitz » aux Rencontres d’Arles jusqu’au 19 septembre. Catalogue dirigée par (l’omniprésent) Christian Caujolle, Actes Sud, 300 p., 39 euros.

Une présentation de Gotthard Schuh par le Musée Niepce.

Choses vues et appréciées à Arles

Vendredi 30 juillet 2010

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© Dieter Appelt

Comme à son habitude, les rencontres de la photographie à Arles mélangent et c’est dans ce joyeux pêle-mêle qu’il faut trouver et chercher son bonheur. Sans queue, ni tête, mais du lourd et du piquant comme le proclame le rhinocéros rose et vert en couverture du programme. Alors, à sa manière, on fait son programme : l’exposition Regeneration 2, la formidable mais un rien esseulée Lea Golda Holtermann, lauréate du Photofolio Review 2009 avec ses portraits saisissants de jeunes juifs orthodoxes, un peu de la collection Marin Karmitz avec ses Dieter Appelt, Anders Petersen, Christer Strömholm, Antoine d’Agata qu’on peut trouver un peu trop sous l’influence de Christian Caujolle et des photographes de l’agence VU ; un rien de l’exposition d’Emma Lavigne « I’m a cliché » dont on cherche encore la cohérence avec, tout de même, de très beaux morceaux comme la collection d’Alain Dister, Robert Mapplethorpe, Wolfgang Tillmans, David Wojnarowicz ou Peter Hujar, la facétieuse exposition « Shoot ! ». Mais, quand même une question : que viennent faire, au milieu de ceux-là, faire Jean Pigozzi, les unes de Télérama, l’anniversaire de la maison Picto, et Claude Gassian ? C’est sans doute la rançon du succès de cette manifestation essentielle qui fait désormais d’Arles la « capitale mondiale de la photographie »…

Les Rencontres d’Arles, jusqu’au 19 septembre 2010.

Henri Cartier-Bresson, le photographe-monde

Jeudi 29 juillet 2010

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Truman Capote © Henri Cartier-Bresson

On le sait. Il y a une élégance rare dans le travail photographique d’Henri Cartier-Bresson. Et c’est ce qu’on a démontré magistralement l’exposition proposée par le MOMA de New-York jusqu’au 28 juin dernier. Un tour du monde en plus d’une centaine de photographies de haute tenue, connues ou pas, mais définitivement indélébiles au regard.

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© Henri Cartier-Bresson

Le site de l’exposition.

M’as-tu vu ? Episode 52

Mercredi 28 juillet 2010

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Samuel Beckett, Tanger, août 1978 © François-Marie Banier

Je m’étais juré de ne plus dire un mot de cette lamentable affaire Banier-Bettencourt-Woerth. Voyez que je n’y résiste pas. Le feuilleton, vous le connaissez. Ce qui est un formidable pied de nez à toute cette rocambole est la réapparition, dans de nombreuses librairies, des beaux albums de photographies signés François-Marie Banier. Un bien étrange réassort ! Et si cette affaire abracadabrantesque permettait de redécouvrir le scintillant photographe qu’il a été avant de développer un goût moins sûr et discutable pour le dessin et le peinturlurage de ses propres photographies ?
Ces derniers jours, de Paris à Arles en passant par Bâle et Düsseldorf, ses livres refleurissent au soleil d’été. Le plus beau, sans conteste, est un lourd album édité en 2003 par Gallimard et aimablement soutenu par L’Oréal. En forme de propagande, en quatrième de couverture, on peut lire, de la plume de Patrick Roegiers : « La biographie de l’œuvre est plus profonde que celle de la vie et la véritable biographie de François-Marie Banier est celle de son œuvre. Qui le reconnaît dans cette icône bariolée de terroriste farceur et cagoulé, aux yeux luisants, rivés vers l’avenir, autoportrait frontal d’avril 1998 ? L’œuvre de François-Marie Banier est une fiction faite de réalités ; la vie des autres qu’il regarde avec tant d’attention, de fougue et de passion, est devenue son histoire. Après trois décennies de pratique, le moment est venu de faire la synthèse du travail accompli et de voir comme une œuvre aboutie la création photographique et plastique de François-Marie Banier. Inscrite dans l’histoire de la photographie française, amorcée dans l’ombre avec l’aide à ses débuts du tireur Daniel Risset, admirable de prodigalité, de rigueur et de beauté, elle est celle d’un classique de la modernité, artiste à l’univers singulier, qui soumet le regard à l’épreuve de sa lecture, et use des mots, des images, des formes, et des couleurs, non pour expliquer mais pour aimer et mieux comprendre la vie. »

François-Marie Banier, Photographies, 2003, Gallimard

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Silvana Mangano © François-Marie Banier

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Yves Saint Laurent © François-Marie Banier

Jeff Wall : vue sur une Amérique en déclin

Dimanche 4 avril 2010

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Perquisition / Search of premises (2008) © Jeff Wall / Courtesy Marian Goodman

La lecture du « Monde » peut dans ses pages culturelles révéler de petites merveilles. C’était le cas l’autre semaine sous la plume de Michel Guerrin et Claire Guillot à propos de l’exposition du Canadien Jeff Wall à la galerie Marian Goodman. Un papier exemplaire sur l’approche d’un grand photographe actuel, un outil précieux dans la compréhension d’une œuvre, en pleine réinvention. A lire pour mieux appréhender ces huit photographies saisissantes qui replacent le photographe au coeur des problématiques du monde contemporain, alors que Jeff Wall commençait à nous lasser de ses natures urbaines grand format, éblouissantes de précision et de technicité, placées avantageusement dans des caissons lumineux à la manière des publicités d’Abribus, mais terriblement aseptisées. Le photographe, toute à son exigence, revient aujourd’hui à ses intentions premières : documenter d’un « nouveau réalisme » artistique le monde sous nos yeux, une Amérique en crise, en imposant une distance poétique qui distinguerait la photographie du photojournalisme. Et les sujets, désormais photographiés, en sont comme revitalisés, portés par une énergie neuve et proprement passionnante. Le déclin photographié de l’Empire américain par le plus minutieux des photographes.

« Jeff Wall », galerie Marian Goodman, jusqu’au 24 avril.

Le nouveau réalisme selon l’artiste Jeff Wall, par Michel Guerrin et Claire Guillot, Le Monde, 19 mars 2010.

Une journée avec Patrick Messina

Vendredi 19 mars 2010

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Le Cap © Patrick Messina

Un mot, une image du Cap, pour saluer le talent du photographe Patrick Messina, qui présente à la galerie Philippe Chaume, ses très belles images d’Afrique du Sud et aux autres immensités maritimes ou urbaines dans lesquelles il nous plonge avec une poésie rare du flou et de l’émerveillement. Ne les manquez pas !

Patrick Messina, A journey, Galerie Philippe Chaume, jusqu’au 20 mars.

Les cavernes de Ryan Mc Ginley

Dimanche 27 septembre 2009

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Wes(Falling), 2009 © Ryan Mc Ginley

Il vous reste une bonne semaine pour prendre l’Eurostar et découvrir le travail du photographe Ryan McGinley. Le jeune photographe américain, qui fit sensation à Paris à la Galerie du Jour à Paris en 2006, expose de nouvelles images à l’Alison Jacques Gallery. Après ses chevauchées dénudées et juvéniles à travers champs, Ryan Mc Ginley a enfermé ses modèles dans des cavernes où stalactites et stalagmites créent un paysage post-lunaire. Dans ces grottes, les corps entrent en matière et deviennent des sculptures minérales, ensuite saturéés de rouge, d’orange, de bleu et de vert par le photographe. Un monde souterrain et charnel s’offre à nous, voyageur inquiété et troublé.

Ryan McGinley, Moonmilk, Alison Jacques Gallery, Londres, jusqu’au 8 octobre 09.

Duane Michals inéluctablement

Vendredi 14 août 2009

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Duane Michals, Renaissance © DR

Comme le songe d’une nuit d’été mais ce peut-être un conte de toutes les saisons. Le photographe américain Duane Michals fait l’objet d’une rétrospective aux Rencontres d’Arles. L’exposition est de toute beauté et vous embarque, en deux images, dans le monde bien singulier de Duane Michals, 78 ans, connu comme portraitiste – il a travaillé pour le « New York Times », « Vogue », « Esquire » – de Magritte, Warhol, Clouzot, Robert Duvall, Jeanne Moreau, et surtout le « virtuose de la narration séquentielle ». Au Palais de l’Archevêché à Arles, en quatre salles, ses meilleures séquences (« La condition humaine », « Le voyage de l’esprit après la mort », « Le paradis retrouvé », « L’ange déchu », « Le rêve de la jeune fille », « Prends-en une et vois le Fujiyama », « La mort vient à la vieille dame ») ravissent. Elles disent un monde peuplé d’anges, d’esprits et de revenants. Entre songe et réalité, sans doute inspiré du surréalisme. Elles racontent aussi un homme, Duane Michals, fils d’immigrés, élevé par sa grand-mère – sa mère domestique, vivant chez ses maîtres – qui prend son destin artistique en main, découvre la photographie et en fait un art majeur. Chacun de ces éléments biographiques a sa part et devient un matériau dans la pratique photographique de Duane Michals.
Au-delà des images, il y encore les textes de Duane Michals, réunis aujourd’hui dans un livre aux Editions Delpire. Ses mots libres, ses poèmes accompagnent peu à peu ses séries ou instantanés photographiques, accentuant leur poésie ou marquant un engagement très clair pour les minorités, qu’elles soient sexuelles ou raciales (« Salvation »). C’est que le photographe n’a pas ses mots dans sa poche, qu’il s’agisse de la défense des noirs et des gays, de sa détestation de nombreux artistes contemporains (Tillmans, Sherman, Serrano, Prince, Wall, Weigman), Michals cogne. Ses aphorismes sur l’art et son texte « Ce qui confond art et mode », même s’il est d’une belle mauvaise foi, méritent d’être médités. On peut ainsi lire « Ne faites jamais confiance à une photographie de si grand format qu’elle ne peut trouver place que dans un musée »…

Duane Michals, The once and always now, Rencontres internationales de la photographie d’Arles (Palais de l’Archevêché), jusqu’au 13 septembre 2009.

Duane Michals, Ce que j’ai écrit, Delpire.

Duane Michals, Photo Poche (Actes Sud), avec une préface de Renaud Camus.

Lire aussi les textes d’Hervé Guibert sur Duane Michals dans « La photo inéluctablement » (Gallimard), recueil des articles de l’écrivain sur la photographie, parus dans « Le Monde. » L’écrivain photographe s’est beaucoup inspiré dans ses sujets et ses mises en scène du travail de Duane Michals.

La photo à Arles : soleils brillants

Vendredi 14 août 2009

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Jean-Christian Bourcart, Camden NJ © DR

C’est injuste. On court au festival d’Avignon, on s’y installe plusieurs jours et on passe quelques heures à Arles pour les Rencontres internationales de la photographie. Ce devrait être l’inverse. 40 ans de rencontres, 40 ans de ruptures : les expositions des Rencontres d’Arles valaient cette année le déplacement. « Parrainée » par Nan Goldin qui présente sa belle collection (dominée par Diane Arbus), ses classiques (une « Ballad of sexual dependency » rajeunie, « Sœurs, saintes et sybille »), accueille certains de ses amis pour le meilleur (Antoine d’Agata, JH Engström, Anders Petersen, Leigh Ledare) et pour le pire (David Amstrong), elles s’ouvraient aux Ateliers SNCF sur une rétrospective des années Arles. L’avantage avec les photographes est qu’ils immortalisent année après année leurs beaux moments. Quel plaisir de voir les éditions et les photographes défiler. Ils vont venus, ils sont tous jusqu’à cette photographie irradiante d’Hervé Guibert, journaliste au Monde, aux côtés des ministres Jack Lang et Gaston Deferre. Mais laissons-la nostalgie, pour entrer au vif du sujet. La photographie, celle d’aujourd’hui, avec un œil léger sur celle d’hier. Willy Ronis à Sainte-Anne, on peut s’intéresser au formidable Jean-Christian Bourcart et sa virée à Camden (New Jersey), la ville la plus violente des Etats-Unis. Drogues, vie perdues, pauvreté photographiés avec la peur au ventre et l’envie de se colter à l’ordinaire sans trahir ce monde malade. C’est incontestable l’exposition la plus forte de cette édition avec « Without Sanctuary », exposition de photographies et de cartes postales éditées par les grands fermiers blancs des états du Sud pour se vanter du lynchage de noirs afro-américains. Ailleurs, la ville est une exposition permanente, il y a encore le fantômatique Eugène Richards (« The blue rooms »), Bernard Faucon en toute légèreté bouddhique, l’impeccable Denis Darzacq (« Hyper » vu à Toulouse) et naturellement, le maître : Duane Michals. La journée a passé, on s’en retourne à Avignon des images plein les yeux, des histoires et des rêves noir et blanc en couleur plein la tête.

Rencontres internationales de la photographie, jusqu’au 13 septembre, de 10h00 à 19h00. Attention, certaines expositions ferment le 30 août.

Les profils urbains de Denis Darzacq

Mardi 24 mars 2009

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Hyper © Denis Darzacq

Comme un uppercut. Jusqu’à la semaine dernière, le Château d’Eau à Toulouse présentait plusieurs séries du photographe Denis Darzacq. La série « Chutes » (2006) dont j’ai déjà parlé ici, mais aussi des séries plus anciennes de foules urbaines (« Ensemble »), d’hommes et de femmes nus dans des paysages pavillonnaires, dans l’herbe verte des banlieues (« Nu », 2003). Et une nouvelle série « Hyper » (2007) où les personnages de « Chutes » semble avoir quitté le macadam de leur cité pour les rayons et néons d’un supermarché Casino. Même mouvement aérien, lévitation identique, temps arrêté sur des corps tendus par une déflagration imaginaire. L’univers a changé : il est tout coloré des produits de grande consommation, d’une lumière froide mais commune des hypermarchés. Les hommes et les femmes qui s’y perdent sont, une nouvelle fois, sous l’œil du photographe, intrigants et plus que séduisants…

Denis Darzacq, Le corps sculpture, Le Château d’Eau, Toulouse, jusqu’au 22 mars 09 (catalogue).

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