Archive de la catégorie ‘Musique’

Amadou et Mariam : cet amour-là

Samedi 21 mars 2009

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Amadou et Mariam © DR

Une petite femme, comme un astre noir, s’avance sur la scène du Bikini à Toulouse. Un homme en tee-shirt noir l’aide à s’installer, lui tente un micro. Un autre aide son compagnon de la même manière. Ils sont en tenue traditionnelle africaine, lui en boubou, elle dans un ensemble « 2 pièces » entre bleu, vert et touches de rose, couverte de bijoux or comme on en trouve sur les marchés de l’ouest africain. Boucles d’oreilles, pendentifs en presque forme de coquille Saint-Jacques et d’innombrables et longues bagues qui couvrent ses doigts. On les a attendus plus d’une heure, mais ils sont maintenant là, lunettes de soleil cerclées encore d’or pour elle, bleu pétrole pour lui. Amadou et Mariam sont sur les routes de France pour présenter leur nouveau album « Welcome to Mali ». La chanson ouvre le concert, mais se sent-on à Bamako ? Pas vraiment, les musiciens y vont à la truelle, le batteur bat comme un sourd, les percussions sont fades, les instruments traditionnels remplacés par un synthétiseur. Pour moins, on aurait déjà quitté la salle. Mais hypnotise la présence lunaire, astrale de Mariam. Maladroite et heureuse, innocente comme enfantine, elle accompagne son mari musicien, mieux qu’elle ne chante. Et cet amour-là sur scène émeut. Petite femme africaine, dame des dimanches de Bamako, elle est là près de lui, chante ses comptines pour leur seul amour et nous entraîne finalement avec elle : « Chéri, je te fais un gros bisou, je t’embrasse fort…. »

Amadou et Mariam, Welcome to Mali (CD). En tournée mondiale.

Mes nuits sans Alain Bashung

Samedi 14 mars 2009

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Alain Bashung © DR

Il y a sur ce bureau un billet. Un billet pour un concert annulé. Celui que devait donner Alain Bashung en février dernier au Bikini à Toulouse. Un billet pour un concert reporté en avril. Un billet pour un concert désormais sans voix. Adieu et merci, Alain Bashung, pour toute cette belle poésie sombre.

Parachute doré : la crise selon Souchon

Jeudi 23 octobre 2008

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© DR

Aux dernières nouvelles, la chanson-slogan d’Alain Souchon « Parachute doré » a été téléchargée gratuitement près de 60 000 fois. Loin d’être sa plus belle chanson, mais il faut reconnaître que cette petite musique sucrée sur un thème d’actualité touche au but, avec la drôlerie bien connue d’un Souchon, plus « allo-maman-bobo » que jamais. Alors, on l’écoute en boucle en attendant l’album reporté finalement au mois de décembre, en espérant que les temps soient alors moins critiques. Il a un titre magnifique : « Ecoutez, d’où ma peine vient »

Le site d’Alain Souchon pour télécharger « Parachute doré »

Gérard Manset en liberté

Samedi 27 septembre 2008

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La photo retrouvée d’un Gérard Manset jeune © DR

Il est un compagnon de route. Un des rares dont j’achète le jour même de la parution les albums. Pas besoin de critique ou de la moindre promotion. J’y vais les yeux fermés, je les ouvre en poésie à la première note de la première chanson. Un album tous les deux ans, un rendez-vous régulier avec un bohémien désabusé qui sème de plus en plus de chansons chez les autres (Jane Birkin, Raphaël, Julien Clerc, Florent Pagny, Juliette Gréco, Indochine), des perles rares que certains comme Bashung transforme en diamant (« Comme un Légo » sur l’album « Bleu pétrole »)…
Ses chansons-fleuves sont des repères : « Royaume de Siam », « Les Iles de la Sonde » et « Territoire de l’Inini » de mon adolescence, « Entrez dans le rêve », « Matrice » d’années plus récentes et encore « Obok », « la Vallée de la paix », « Jadis et naguère » d’aujourd’hui. Et maintenant ce « Manitoba ne répond plus », titre étrange, hérité de Hergé : même univers, même ambiance rock un peu désuète et cette voix bizarre, aiguë qui chante l’Amazonie, la route, les femmes et les rencontres de tristesse. Elégant comme la prose d’un poète maudit, contemporain dans le mal des cités, et toujours aérien…

Gérard Manset, Manitoba ne répond plus, CD EMI. Sortie le 15 septembre 2008.

M’as-tu vu ? Episode 9

Jeudi 11 septembre 2008

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Mme Nicolas Sarkozy et « Michel » © Frédéric Dugit / MAXPPP

« Reste que, pour le moment, le résultat est médiocre venant d’une chanteuse dont le premier album a totalisé plus de deux millions de ventes. Les raisons sont analysables à loisir : trop de presse people, trop de proximité politique avec le président de la République, baisse générale du marché (plus de 10 % pour le premier semestre 2008), mauvaise date de lancement… Mais Naïve prévoit 200 000 ventes d’ici à Noël de Comme si de rien n’était, aidées par une vague de promotion télévisée à la rentrée. La chanteuse était chez Michel Drucker, dimanche 7 septembre, sur France 2. Elle est annoncée chez Nagui dans son émission « Taratata » (France 4) et sur Canal+. »

Querelles de chiffre pour Carla Bruni, par Véronique Mortaigne, Le Monde, 8/09/08.
La première dame vers le bac à soldes, par Gilles Renaud, Libération, 6/09/08.
Carla Bruni : droit de réponse de Naïve, par Patrick Zelnik, Libération, 11/09/08.

Son excellence monsieur mon voisin

Jeudi 3 juillet 2008

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André Manoukian © Paris Première

Combien connaissons-nous d’André Manoukian ? L’homme de divertissement à la télévision ? Le pianiste pédagogue ? Le ping-pongiste amusant de Libération ? Le mélodiste astucieux des rares et belles chansons de Liane Foly avant qu’elle ne sombre dans la variété de baloche ? L’auteur d’une maladroite « Mécanique des fluides » aux Editions Michel Lafon ? Mon voisin, admirateur secret de Christian Oster, Gilles Deleuze et Jean-Philippe Toussaint ? Il en apparaît aujourd’hui un nouveau. Ou est-ce simplement une bienheureuse réapparition ? André Manoukian sort ces jours-ci un album instrumental, classé dans les bacs au rayon jazz. Son titre ? Inkala. Douze variations mélodieuses et easy listening sur des thèmes arméniens traditionnels arrangés par Manoukian qui retrouve ici ses premières amours de pianiste. Cela sonne juste, cela sonne bien dans la simplicité d’une soirée d’été.

Inkala, André Manoukian, 2008 (EMI)

Ivri Lider : une pop star israélienne

Samedi 28 juin 2008

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Ivri Lider en concert @ DR

Il est une star en Israël, a vendu plus de 200 000 disques, remplissant les plus grandes scènes, attirant un public nombreux à chacune de ses performances. Il vit à Tel-Aviv dans cette bulle gay et frénétique si souvent exagérée par les médias.
Né en 1974 dans un kibboutz, Ivri Lider crée un premier groupe à 17 ans et écrit plusieurs pièces musicales pour des spectacles chorégraphiques qui lui permettent de signer un contrat avec le prestigieux label israélien Helicon Records. Son premier album « Caressing and lying » sort en 1997, le second album « Better nothing than almost » en 1999 : le succès de ces deux disques fait de Lider plus qu’un simple chanteur-compositeur, mais la voix d’une nouvelle génération d’ artistes israéliens. Ivri signe également – avec un succès considérable – dans les bandes originales des films d’Eytan Fox (« Yossi and Jagger », « Tu marcheras sur l’eau » et « The bubble »).
En janvier 2002, avec la sortie de « The New People » au son plus électronique, Ivri Lider prend la décision de parler ouvertement de son homosexualité dans une interview accordée à Gal Uchovsky pour le quotidien à large audience « Ma’ariv ». Année après année, son succès ne se dément pas et il continue une carrière qui peu à peu s’internationalise. Son prochain album est actuellement en production, on peut découvrir son premier single sur son site Internet. Ecoute-le : sa pop, chantée en hébreu, est des plus entêtantes.

Ecouter le dernier titre d’Ivri Lider.

Sommes-nous esclaves de Madonna ?

Mercredi 30 avril 2008

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Madonna à la cravache © DR

Alors, il est comment ? Oui, la pochette est hideuse. Sortie ultra-médiatisée du « Hard candy » de Madonna. Pas le meilleur cru, bien sûr, loin des expérimentations de Mirwais sur « American Life » ou de la légèreté dance des « Confessions on the dancefloor ». Si, à la première écoute, le disque semble anodin, il se révèle progressivement, entraînant, un rien pute avec cet humour vachard qui rend la Ciccone supportable. Au sommet, « Give it to me », « She’s not me », « Heartbeat », « Incredible » et la ballade « Devil wouldnt recognize you ». Qu’importe Justin Timberlake, Pharrell William ou les Neptunes, le reste est plus incertain, mais Madonna, liftée à quatre épingles pour fêter son cinquantième anniversaire, s’en fout. Sa maison de disques, Warner, annonce déjà la vente 38 000 albums en deux jours en France. Un record !

Les histoires d’amour de Catherine Ringer

Mercredi 30 avril 2008

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Catherine Ringer © DR

C’était le soir de la mort de Farid Chopel. Encore un troublion des années 80 qui disparaissait dans la cinquantaine. Oubliée, la folie Goude, le temps était celui du deuil. Alors, Catherine Ringer arriva sur scène, petite, le cheveu en chignon de construction savante, les mains traqueuses. Tout de suite, elle dit sa tristesse à se produire seule en scène. A la Cigale. Sans Fred Chichin, sur ce qui s’apparentait à un long chemin de croix en solitude. Contre cela nous ne pouvions rien, elle se mit à chanter des extraits du dernier album composé ensemble, rempli de prémonitions du drame qui devait arriver. Elle chantait, elle chantait, folle à lier de musique et de danse… Plus tard, après cinq ou six chansons, le spectacle s’est arrêté et soudain est apparue la nouvelle Catherine Ringer, celle peut-être du temps d’après, offrant au public des reprises de Bowie, du Velvet underground, de Mira. Des chansons proches de ses préférences musicales, mais qui tranchaient singulièrement avec le répertoire des « Rita » que les fans étaient venus, en fidèles, entendre, par crainte de ne bientôt plus pouvoir l’entendre en concert. Dans ce long couloir de métamorphose, on s’ennuyait malgré l’énergie de la Ringer. Avec les rappels, revenaient les légendaires Rita Mitsouko d’un « Andy » ressassé à une « Marcia Baïla » explosive. Catherine Ringer quittait alors la scène d’un prometteur : « merci, merci, grâce à vous, maintenant, je ne suis plus triste »… On se demandait en sortant quelle Catherine Ringer nous allions (re)découvrir dans quelques mois…

Bashung, le dernier des solitaires

Samedi 29 mars 2008

Que se passe-t-il, M. Bashung ? Il ne peut être seulement question de marketing viral ! Comment cette presse de dithyrambe, exultante, à vos genoux… Du Monde – ce portrait proprement « stupéfiant » de Véronique Mortaigne – à France Inter, en passant par Le Figaro, Libération et les Inrockuptibles ? La couverture de Télérama étant momentanément occupée par les élucubrations de Daniel Cohn-Bendit, vous reviendrez sans doute en deuxième semaine – métaphore de ce qu’est devenu ce journal, suiviste et incapable de la moindre prescription, en un mot, un journal mort malgré les excellents journalistes réunis autour du cercueil.
Sans doute, parce que bien vivant, vous l’êtes, M. Bashung dans cet album qui vibre d’un sombre éclat. Des mélodies qui accrochent d’instinct l’oreille, des textes de sombre mélopée qui serrent le coeur. Ainsi les textes hauts d’Himalaya de Gérard Manset vous cintrent avec une élégance sans pareille. « L’imprudence », le titre de votre disque précédent, colle comme une prémonition à cet album nouveau. Vous nous terrassez de votre voix incandescente, de l’interprétation fulgurante des textes de ceux qui vous donnent le meilleur d’eux. Ab libitum, ce voyage en solitaire du plus beau bleu pétrole…

« On dirait qu’on sait lire sur les lèvres / Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze / On dirait que sans les points on est toujours aussi balèzes / Et que les fenêtres nous apaisent / On dirait que l’on soufflerait sur les braises / On dirait que les pirates nous assiègent / Et que notre amour c’est le trésor / On dirait que l’on serait toujours d’accord… »

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Bleu pétrole, Alain Bashung © DR

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