Archive de la catégorie ‘Mode’

L’esprit Tokio Hotel sur Kamppi Station

Dimanche 6 janvier 2008

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© didier@picasaweb.google.com

Je sors de la station Kamppi pour rejoindre l’immense shopping hall du même nom. Dans les escalators, une foule de drôles de jeunes iroquois. Je ne reconnais les garçons des filles. Eye-liner pour tout le monde ! Jeans arrangés d’épingles à nourrice, de tartans ou de rubans satin, cheveux colorés en catastrophe atomique, casquette over-size, keffieh de toutes couleurs, tennis vans ou talons vernis, elle va ainsi la belle adolescence finlandaise, pleine de maladresse « no future », de tendresse et d’espoir candide… Dans cet underground très aseptisé, elle se donne rendez-vous. Un ravissement d’élégance néo-gothique. Je rêverais d’avoir, de nouveau, leur âge, leur invention. Seul compte alors d’avoir un style et de partager ce bel idéal avec quelques amis compréhensifs. Les idées viendront, c’est sûr, mais plus tard, s’il vous plaît…

These european boots are made for walking

Dimanche 6 janvier 2008

Faut-il soutenir encore la construction européenne ? Absolument. C’est mon idée, à courir les capitales d’Europe du nord, à me réjouir des tendances nouvelles, à voir cette Europe vivre du même diapason que celle, mieux connue, d’Italie ou d’Espagne, sans qu’aucuns ne perdent sa singularité. Pourquoi, alors, tous ces traités sans reliefs, manipulés par des hommes politiques, peu conscients de la chance offerte et faisant semblant d’être responsables ? Non, l’Europe n’est plus une utopie mais la plus belle des ouvertures culturelles, politiques, économiques, sociales qu’il faut qu’on se batte sans état d’âmes pour elle.
Je n’ai pas trouvé ces boots du designer finlandais Aki Chocklat à Helsinki. Elles m’attendent chez Harvey Nichols à Londres. Si elles n’y sont plus, je me consolerai d’un pull de la suédoise Filippa K, d’une chemise du Bruuns Bazaar danois. Futilité, oui, mais ce qui vaut pour les fringues, tient aussi pour l’art contemporain, la gastronomie, la philosophie, la jeunesse et l’amour !

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© Aki Choklat

www.akichoklat.com (London Harveys Nichols / Helsinki work of art)

Quelques adresses à Helsinki :
Work of art, Uudenmaankatu 7, Helsinki.www.woa.fi
Seven, Eerikinkatu, 5, Helsinki. www.seven-helsinki.com
Helsinki10, Eerikinkatu 3, Helsinki. www.helsinki10.fi

Jean-Claude Ellena : l’homme de Cabris

Vendredi 4 janvier 2008

Par la magie du podcast, j’écoute dans la nuit froide d’Helsinki, Jean-Claude Ellena, au micro d’Yves Calvi. Reclus dans sa maison-atelier-jardin de Cabris (Alpes maritimes), l’homme est « compositeur de fragrances » pour Hermès. Son talent se cache derrière les créations récentes de la maison – qu’il s’agisse des parfums largement diffusés (Terre, Jardins de Méditerranée, Jardins du Nil) ou de ses créations personnelles (la collection Hermessence dont le subtil Poivre Samarkande) que l’on trouve exclusivement en boutique.
Mieux qu’un « nez », cet homme est un alchimiste, doublé d’un passeur. Il dit les senteurs, crée des parfums, comme certains rêvent des histoires, écrivent des romans. A la suite de l’exigeant Edmond Roudnitska (créateur d’Eau Sauvage, de l’Eau fraîche de Dior, de l’Eau d’Hermès, des classieux Diorissimo, Diorella), il cherche la note juste « en associant des matériaux d’origine végétale… Cela ne m’intéresse pas de dupliquer la nature, je cherche à en donner ma vision. Le parfum est un mensonge qui dit la vérité. »
Sa démarche unique, parallèle à celle de quelques-uns comme Serge Lutens, Frédéric Malle et ses amis des Editions de parfums, les new-Yorkais du Labo ou les très branchés de l’ »Etat libre d’Orange », est à découvrir dans un « Que sais-je ? » pour « pénétrer les coulisses de mon travail, celui de pilleur, de voleur, de maraudeur d’odeurs ».

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Jean-Claude Ellena @ DR

Le parfum, Jean-Claude Ellena, Que sais-je, PUF, 2007

www.editionsdeparfums.com
www.art-et-parfum.com
www.lelabofragrances.com
www.etatlibredorange.com
www.salons-shiseido.com

Hedi Slimane : rock’n roll for ever

Mardi 1 janvier 2008

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© Hedi Slimane

Etrange fascination des couturiers pour la photographie : Christian Lacroix créant l’habit du photographe Lucien Clergue accueilli en novembre à l’Académie, Karl Lagerfeld poursuivant une œuvre pompière à cent lieues de l’élégance Chanel et, enfin, le petit dernier, Hedi Slimane, en rupture de ban avec la maison Dior qu’il a pourtant révolutionnée rayon Homme, photographiant ses égéries rock (Pete Doherty, Amy Winehouse) et leurs fans…
A la galerie Almine Rech, Hedi Slimane s’essaye de nouveau à l’exposition, après l’excellent « Mapplethorpe by Slimane » de la galerie Thaddaeus Ropac en 2006. Ouverte sur trois faibles installations tout en rampe de lumières, lettres de néon « Perfect stranger » et scène rayée des talons de Miss Winehouse, l’exposition reprend heureusement le chemin de la photographie. Sous le signe d’un grand feu d’abord. Brûlé le maniérisme glam, Hedi Slimane poursuit sa seule obsession : les jeunes hommes. Loin des silhouettes efflanquées rock de ses défilés, il en photographie d’autres, buveurs de bière, hagards, peu soucieux de leur apparence, rendus fiévreux par la musique. Plus de discours sur l’art et la manière de « documenter ». A l’étage, Hedi Slimane peint un backroom de fumigènes et spotlights et rend les armes devant le portrait d’un garçon torse nu. Il le photographie de dos, bracelet de concert au poing. Tranquillement, il fume. Un clair duvet châtain court sur sa nuque.

« Perfect stranger », Hedi Slimane, Galerie Almine Rech (Paris), jusqu’au 5 janvier 2008.
www.hedislimane.com
www.myspace.com/hedislimaneofficial
www.galeriealminerech.com

Arafat, connais pas !

Mardi 1 janvier 2008

Des marches du Palais de Chaillot à Brest, en arpentant les ruelles de Lyon, les garçons et les filles d’aujourd’hui ajoutent à leurs jeans slim et blousons cintrés, un keffieh… Fulgurante prise de conscience politique alors que le conflit israëlo-palestinien reste sans solution durable ?
Comment, toutefois, ne pas en douter ? Se souviennent-ils tous des luttes palestiniennes, de l’OLP et de Yasser Arafat ? Ou comme leurs mères en rêve de soieries Hermès, ils portent un joli carré de coton noir et blanc, rouge et blanc… Les plus aisés s’offrent le Balenciaga by Nicolas Ghesquière pour 1500€ ! La mode la mode la mode…

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Yasser Arafat © Frédéric de La Mure

Yves Saint-Laurent et les faiseurs de feu

Samedi 22 décembre 2007

7 janvier 2002. Midi pile… Yves Saint-Laurent, né à Oran en 1936, annonçait lors d’une conférence de presse dans les salons vert et or du 5, avenue Marceau – devenu depuis le siège de la Fondation Yves Saint-Laurent / Pierre Bergé – qu’il ferait ses adieux le 22 janvier lors d’un dernier défilé-rétrospective à Paris (photo). Il allait fêter le quarantième anniversaire de sa maison de haute couture. Je n’y étais pas, mais Marc V. m’avait raconté la foule, l’atmosphère poignante et l’émotion du couturier disant « adieu à ce métier qu’il aimait tant »… J’ai retrouvé hier le dossier de presse et le texte lu par Yves Saint-Laurent : « Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués. Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. De tout cela, un jour je suis sorti, ébloui mais dégrisé. Marcel Proust m’avait appris que « la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre ». J’ai, sans le savoir, fait partie de cette famille. C’est la mienne. Je n’ai pas choisi cette lignée fatale, pourtant c’est grâce à elle que je me suis élevé dans le ciel de la création, que j’ai côtoyé les faiseurs de feu dont parle Rimbaud, que je me suis trouvé, que j’ai compris que la rencontre la plus importante de la vie est la rencontre avec soi-même »

Octobre 2005… Je patiente sur l’esplanade du Théâtre Amandiers de Nanterre. C’est une des premières de Richard III, mise en scène par Philippe Calvario. Son manager, Olivier G., m’a gentiment invité. Une berline imposante s’arrête sur le parking. Les portières claquent, deux beaux garçons, très endimanchés, en sortent. A l’arrière, Monsieur Saint-Laurent s’extraie un peu péniblement de l’auto. Je suis tétanisé de le voir ainsi, à quelques mètres de moi. Un vieux lion, massif, un peu voûté que je ne peux quitter des yeux. Ils disparaissent bientôt dans le hall du théâtre et rejoignent les coulisses. Dans la salle, je cherche Saint-Laurent des yeux. Invisible. A l’entracte, je me rends compte qu’il se tient à plusieurs rangs au-dessus de moi. Il ne quitte pas la salle, posant son regard sur les gens qui vont et viennent, tandis que Claire Chazal, radieuse et raide amoureuse de son Torreton, salue ses nombreux amis…

Décembre 2007… Cette photographie dans « Point de vue » qui me fait penser au dernier autoportrait de Robert Mapplethorpe, émacié par le sida, brandissant une canne, ornée d’un pommeau en forme de crâne. Ma peine, aussi, à ne pas retrouver la trace d’une très belle interview entendue à la radio. De sa voix étrange, dans mon souvenir, Saint-Laurent lâchait en fin d’émission sa devise, héritée des Noailles : « plus d’honneur au singulier que d’honneurs au pluriel ».…

Les jours s’en vont je demeure

Lundi 22 janvier 2007

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© Yves Saint-Laurent, Les chants de Maldoror, 1962 / DR

La photo, inéluctablement. Celle d’Yves Saint-Laurent, visiblement très affaibli, dans un récent numéro de « Point de vue ». Auprès du créateur, assis, le visage comme déformé, le Président Sarkozy affiche un sourire crispé. Catherine Deneuve est là aussi, silhouette noire sur veste rouge vermillon, éclatante pareille à ce fameux manteau fuchsia qu’elle portait à l’enterrement de Jacques Demy.
Je cherchais, presque en vain, ces photographies après que l’Elysée a annoncé, début décembre, la remise des insignes de Grand officier de la Légion d’honneur à Yves Saint-Laurent pour « son œuvre artistique autant que sociale ». La cérémonie avait eu lieu au domicile parisien du couturier, en présence de quelques rares amis (Pierre Bergé, Charlotte Aillaud). « Dans la plus stricte intimité » précisait la présidence de la République. La même formule que pour les nécrologies : « les obsèques ont été célébrées dans la plus stricte intimité ».
Il y a quelques semaines, de sombres rumeurs couraient dans les rédactions et donnaient Saint-Laurent, 71 ans, à l’agonie. Dînant à la Méditerranée, avec Vincent J., on apercevait pourtant Pierre Bergé entouré de la rédaction de « Têtu ». Nous nous rassurions alors de cette présence dans « le monde ». Ce soir, feuilletant un livre de Pierre Bergé, dédié par ailleurs à Yves Saint-Laurent, je tombe sur cette dernière phrase : « Je sais bien qu’hier n’était pas mieux qu’aujourd’hui, que ce serait une erreur de le croire, mais si j’ai de la peine à me séparer de cette époque, c’est tout simplement parce que c’était la mienne ».

Les jours s’en vont, je demeure, Pierre Bergé, Gallimard, 2003, Folio 4087

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