Archive de la catégorie ‘Mode’

Hedi Slimane : les enfants du rock

Samedi 26 juillet 2008

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© Hedi Slimane

C’est un coffret de carton simple, dans lequel se présentent trois brochures élégantes. L’une se distingue d’un grand rectangle noir, l’autre d’argent et la dernière jaune d’or. Hedi Slimane réunit ses travaux récents et publie à l’occasion de son exposition au Musac de Leon en Castille (Espagne) son « Rock Diary ». Rien de nouveau sous l’objectif, juste la confirmation des obsessions du fantôme élégant de la mode : des rock-stars en maintien trash (Pete Doherty, la chevelure hirsute d’Amy Winehouse), des amis effacés (Gus van Sant de dos), des natures mortes de guitare, quelques traces de fumigènes… Et des garçons, encore des garçons, toujours jeunes, quittant à peine l’adolescence. Enfants du rock qu’Hedi Slimane, troublé, photographie torse nu, glabre, nuque fraîche, buveurs de bière… Un style immédiatement reconnaissable, une esthétique moderne et obsédante.

« Rock Diary » (Editions Les Presses du réel). Photographies d’Hedi Slimane. Textes de Vince Aletti, Rafael Doctor Roncero, Alex Needham, Agustín Pérez Rubio, Jon Savage.

Stiletto Homme spécial Israël

Mardi 24 juin 2008

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Eytan Fox et Gal Uchovsky © DR

Au-delà du seul et multi-traduit guide Lonely Planet aux mains de tous les touristes, la dernière livraison de Stiletto Homme, le magazine upper posh de Laurence Benaïm, ancienne journaliste au Monde et biographe autorisée d’Yves Saint Laurent, propose une sélection pointue de lieux et d’artistes israéliens (Eytan Fox, Ron Arad, Amos Oz, Amos Gitaï, Adi Nes). Une excellente entrée en voyage et un guide alternatif pour tous ceux que les chawarma dégoulinants ne mettent guère en appétit…

www.stiletto.fr

Karl Lagerfeld, dame patronnesse

Vendredi 20 juin 2008

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© Prévention routière

On avait laissé Karl Lagerfeld flambant, inspiré et d’une délicieuse méchanceté dans le film bien trop sage de Rodolphe Marconi « Lagerfeld confidentiel » qui sort ces jours-ci en DVD. Voyage de jet entre Paris et New-York, garçons alanguis sous le faux prétexte de photographie de mode, donzelles enamourées du maître, prêtes à tous les sacrifices de personnalité pour se maintenir à ses ciseaux, homme inaccessible et volontairement seul, beau jeune homme de compagnie à qui l’on donne du monsieur, personnel attentif et intimidé, grimaces de la douairière de Monaco, blagues vulgaires juste admissibles dans la haute, il arrive même que le tailleur allemand dont les rêves ravissent les frères Wertheimer enlève ses lunettes… A longueur d’entretiens vachards, Karl Lagerfeld fustige le politiquement correct et les bonnes âmes. Un vrai sacerdoce, semble-t-il. Alors pourquoi se transformer le temps de cette campagne pour la Prévention routière en dame patronnesse ? A son tour, Karl, en pleine contradiction, rêverait-il d’être aimé ?

Lagerfeld Confidentiel, de Rodolphe Marconi, en DVD.

Pierre Bergé, le compagnon de longue date

Jeudi 19 juin 2008

Qu’on me pardonne d’y revenir encore, mais la photographie est ces jours-ci dans plusieurs magazines et me touche au point d’avoir envie de la signaler. Pierre Bergé, entouré de quelques intimes (Jack Lang, Claire Chazal) et proches collaborateurs d’Yves Saint Laurent venus en avion privé de Paris, a dispersé ses cendres dans le jardin Majorelle de leur villa de Marrakech. La sépulture est des plus simples : une colonne romaine, attaquée par le temps, au milieu des palmiers. Une inscription : Yves Saint Laurent / Couturier français / Oran 01 08 1936 / Paris 01 06 2008. Pour l’occasion, Pierre Bergé pose assis sur le bord de la stèle funéraire couverte de roses blanches. Il a le costume impeccable et les traits tirés. On devine la tristesse infinie du compagnon de longue date. Les mots de son discours d’adieu au grand couturier en l’Eglise Saint-Roch résonnent encore à nos oreilles. Avec lui, on pleurerait encore.

Lire le texte intégral de l’hommage de Pierre Bergé à Yves Saint Laurent.

Un extrait vidéo de l’hommage de Pierre Bergé sur LCI

YSL : « C’est la mer allée avec le soleil… »

Vendredi 6 juin 2008

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Catherine Deneuve © Reuters

« Voilà, Yves, ce que je voulais te dire. Il va falloir se quitter maintenant et je ne sais comment le faire. Parce que je ne te quitterai jamais – nous sommes nous jamais quittés? – même si je sais que nous ne regarderons plus le soleil se coucher derrière les jardins de l’Aguedal, que nous ne partagerons plus d’émotion devant un tableau ou un objet d’art. Oui, tout cela je le sais, mais je sais aussi que je n’oublierai jamais ce que je te dois et qu’un jour, j’irai te rejoindre sous les palmiers marocains. Pour te quitter, Yves, je veux te dire mon admiration, mon profond respect et mon amour. » Pierre Bergé

Je le confesse volontiers. Entre mille choses à faire, j’ai passé la journée le nez collé aux photographies des obsèques d’Yves Saint Laurent hier en l’église Saint-Roch. Happé par le défilé des personnalités en couverture de nombreux journaux : imposante tribune en une du Herald Tribune, abandon total de Pierre Bergé à la tristesse, dignité de Mme Sarkozy tandis que Mme Chirac tenait, à la tradition, son rang. La mère et la soeur de Monsieur ; les muses, les académiciens, les financiers, les ministres de la Culture rangés par deux Betty Catroux, Loulou de la Falaise, Inès de la Fressange, Laetitia Casta, Farah Diba, Farida Kelfa, Angelo Rinaldi, Erik Orsenna, François Pinault, Bernard Arnault, Renaud Donnedieu de Vabres, Christine Albanel, les gens de couture Rykiel mère et fille, Valentino, Givenchy, Kenzo, les héritiers Gaultier, Galliano, Lacroix, Pilati, Elbaz et quelques amis encore, de proche ou de longue date, Claire Chazal, M. et Mme Bernard-Henri Lévy…
De la « Chanson des vieux amants », du parfum des lys et des jasmins à la présence des autorités du Maroc – djellabah de nacre et petit chapeau rouge – où les cendres d’Yves Saint Laurent seront jetés en jardins de Majorelle, rien ne nous fut caché de la cérémonie. Sauf peut-être l’émotion éperdue de Catherine Deneuve. Arrivée les bras chargés de verts épis de blés, le visage des temps sévères et de la tristesse, elle s’avançait, seule, parmi les premiers invités et gagnait une place tout près du cercueil du couturier recouvert d’un tissu jaune piqué lui aussi d’épis, laissant la rue et son brouhaha d’anonymes massés en foule sentimentale au pied de l’Eglise.
Pour lui, elle dit quelques lignes de Walt Whitman, tirées de « Feuilles d’herbe » que beaucoup d’articles retiennent en serment d’amitié éternelle : « Quant à toi, mort, il est vain d’essayer de m’effrayer »… Je pensais, moi, davantage aux mots de Rimbaud : « Elle est retrouvée / Quoi ? L’Eternité / C’est la mer allée avec le soleil ».

Un extrait vidéo de l’hommage de Pierre Bergé sur LCI

Yves Saint Laurent : bonjour, tristesse

Lundi 2 juin 2008

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Yves Saint Laurent © Jeanloup Sieff / DR

« Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués. Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. De tout cela, un jour je suis sorti, ébloui mais dégrisé. Marcel Proust m’avait appris que « la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre ». J’ai, sans le savoir, fait partie de cette famille. C’est la mienne. Je n’ai pas choisi cette lignée fatale, pourtant c’est grâce à elle que je me suis élevé dans le ciel de la création, que j’ai côtoyé les faiseurs de feu dont parle Rimbaud, que je me suis trouvé, que j’ai compris que la rencontre la plus importante de la vie est la rencontre avec soi-même » Yves Saint Laurent, 7 janvier 2002

L’ami Vincent J. nous réveille de cette sombre nouvelle. Yves Saint Laurent est mort.
Les rumeurs couraient. Une maladresse journalistique avait même fait il y a quelques jours diffuser sa nécrologie sur LCI. Aujourd’hui la tristesse est de mise. On pense à cette photographie parue dans « Point de vue », la seule visible, montrant le couturier très affaibli, Catherine Deneuve et le président Sarkozy à ses côtés pour la remise de la Croix de Grand Officier de la Légion d’honneur…
Yves Saint Laurent, ce splendide vieux lion croisé un soir de première au Théâtre de Nanterre, le compagnon subtil de Catherine Deneuve dans ses plus belles extravagances vestimentaires, les sahariennes en jardins de Majorelle, la femme-smoking par Helmut Newton, le portrait de Warhol, la robe de scène d’Ingrid Caven, et cette photographie sublime de lui nu par Jeanloup Sieff.
Yves Mathieu, Monsieur Saint Laurent rejoignent l’éternel, eux qui vivaient d’absolu et d’extrême. Vie de timidité et de grande tension artistique, blessure d’enfance et règne absolu de la beauté, Oran de poésie, jamais abandonnée, race divinement proustienne, et cette dépression dominée tant que cela fut possible par la création. A jamais, notre maître, merci.

Tête freundienne

Samedi 23 février 2008

Milan est ainsi faite. C’est au moment où vous vous y attendez le moins que vous tombez sur une belle exposition de photographies. Les portraits de Gisèle Freund. Au deuxième étage du très hype 10 Corso Como où la plus belle élégance milanaise se rêve en Colette du faubourg Saint-Honoré, la Galleria Carla Sozzani expose les photographies d’un autre temps de Gisèle Freund. La photographe du premier portrait officiel de Président Mitterrand (1908 – 2000), a saisi son siècle de littérature, mais aussi de politique et plus généralement de culture. On rencontre parmi une centaine d’artistes et auteurs d’avant et d’après-guerre, Bonnard et Matisse affairés à leur palette, Eva Peron en pleine mythification, faisant miroiter son pouvoir dans ses bagues de pierres précieuses, le duo Sartre-Beauvoir, de Gaulle-Malraux, Beckett, Yourcenar, Duras, Walter Benjamin, Gide, Cocteau bien sûr, mais Frida Kahlo, Diego Rivera et des écrivains dont on imaginerait presque qu’ils n’ont pas connu la photographie : T.S. Eliot, Virginia Woolf, Julio Cortazar. Au milieu de ce siècle, un éternel jeune homme intrépide, cheveux au vent, clope au bec. Ce portrait, c’est Malraux. Immortellement.

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André Malraux © Gisèle Freund

Galleria Carla Sozzani, 10 corso Como, Milano.

L’ordre des choses : le piéton de Milan

Samedi 23 février 2008

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© DR

Milano fashion week ! Ce séjour, je l’avais programmé par hasard, trouvant vite une date libre dans un agenda que je m’évertue à surcharger, sans imaginer dans quelques états de frénésie la ville se trouverait… Longtemps que je voulais revenir à Milan faire un salut à l’ami Simon Olmetti, les boutiques de la via Monte Napoleone – acheter des Tod’s via Spiga, des T-shirts chez Intimissimi…
A s’y promener, la sensation que la ville a changé, tournant le dos au tourisme culturel, celui du Palais des Sforza et des aiguilles de son étincelant Duomo, théâtre des amours impossibles d’Alain Delon et Annie Girardot dans le superbe « Rocco et ses frères » pour s’employer à l’explosion de son commerce de luxe. Milan, en quelques années, est devenue la plaque tournante de la mode européenne, illustrant la fameuse chanson d’Alain Souchon « Putain, ça penche ». Gucci, Prada, Etro, Viktor and Rolf, Jil Sander, Alexander McQueen, Canali, Allegri, Salvatore Ferragamo, Hermès, Juicy Couture, Martin Margiela, Dolce&Gabbana, Armani et tant d’autres effacent en toute conscience la beauté des palazzi.
Alors, bien sûr, la ville est gracieuse de cette humanité vêtue créateurs : femmes élancées, en défilés de cuissarde, fourrures et tailles serrées, hommes en pantalon de velours jaune, cravate club ajustée, borsalino, fashionitas en délire Dsquared2, adolescents de belle lignée, cheveux remis en tempête d’un spray de laque dans les reflets d’une boutique. Ailleurs, ce couple en sa superbe harmonie amoureuse, milanais à ne pas connaître le mauvais goût : monsieur, manteau bronze, écharpe écossaise campagne; madame, manteau tulipe, flanelle imitant le bleu caserne de Verdun, lunettes de soleil de circonstance, lèvres rouge carmin. Pour elle, il a un bouquet de tulipes blanches, enveloppé de kraft, noué d’un délicat ruban marron. Pour lui, elle promène leur enfant, en landau vintage…
A l’entrée du cimetière « Monumentale », dont j’avais lu la description chez Guibert, dans la chapelle des Illustres milanais (Callas, Pavarotti, Stendhal, Visconti, entre autres), le dernier nom gravé est celui de Gianni Versace…

Hedi Slimane au Musac : l’image d’attente

Mardi 19 février 2008

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© Hedi Slimane / Musac

Une première image. Une image d’attente. Avant de découvrir à partir du 17 mai 2008 l’exposition-événement d’Hedi Slimane au Musac, musée « pour le 21e siècle » de Léon en Castille (Espagne). Sur le site Internet du musée d’art contemporain, on n’en apprend guère davantage. Sont également annoncées aux mêmes dates, avec la même économie d’informations, les expositions de Dominique Gonzalez-Foerster
, Ana Laura Aláez
 et Carmela García
.
Pour l’ancien révolutionnaire du vestiaire masculin de la maison Dior, dans une interview récente à « Playboy », il s’agit de « documenter » le Benicassim Festival de juillet 2007 où brillaient la fine fleur rock du moment : Iggy & The Stooges, Nouvelle Vague, Dinosaur Jr, Amy Winehouse, Cassius, Muse, Unklle.
« Documenter » ? Le mot est à la mode. Il accompagne la démarche de nouveaux artistes « multimédias », cherchant à rassembler divers « documents » artistiques pour épuiser une idée, un sujet en un parcours vidéo, sonore et photographique… L’exposition d’Hedi Slimane « Perfect Stranger » à la galerie Almine Rech cet hiver à Paris, passionnante sur le plan photographique, plus faible sur les installations en dressaient les contours. Cette nouvelle image – tranquille garçon de jeunesse, nu sous son pull capuche – est de cette veine-là. Espérons alors qu’au Musac nos grandes espérances seront comblées…

Musac, Musée pour le 21e siècle, Léon (Castille, Espagne).

Jean-Paul Gaultier : communiqueur d’amour

Samedi 19 janvier 2008

Des nouvelles de Catherine Ringer ce matin dans « Libération » sous la plume d’Olivier Wicker. Le défilé du fidèle Jean-Paul Gaultier était un hommage à Fred Chichin, le guitariste des Rita Mitsouko, ami du créateur mort en novembre 2007 : « En coulisses, après le défilé, le couturier tentait d’expliquer à une télé américaine à quel point Fred Chichin avait été important pour lui. Dans un «frenglish» à la Maurice Chevalier, il insistait devant le reporter ébahi : «You know, this guy was a popular dandy, Fred was a man qui avait la gouaille. He was perfectionist et popular at the same time.»
« C’est comme ça » en bande son et Catherine Ringer, toute vêtue de motif écossais, au premier rang, pour un défilé d’hommes en ton marron, fine moustache pour certains et coiffés de petits chapeaux melons noirs, pareils à ceux d’ »Orange Mécanique ». Des pantalons oversize, des perfectos à manches de fourrure, d’autres manteaux et blousons en cuir et fourrure, des jodhpurs glissés dans les bottes, des tweed à chevrons et, enfin, de sublimes pull-overs shetlands. Un ravissement…
A cela rajouter encore ces quelques mots émouvants d’Olivier Wicker : « Quand tout fut terminé et que le personnel commença à remballer les chaises et à ramasser les cartons d’invitation, Catherine Ringer s’éclipsa discrètement par une porte dérobée après avoir salué le couturier d’un regard. »

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© Jean-Paul Gaultier

Défilé Gaultier Hommes Automne-Hiver 08-09

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