Archive de la catégorie ‘Danse’

Blanche-Neige, reine des pommes

Vendredi 10 octobre 2008

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Blanche-neige © DR

Il y avait sur le parvis de Chaillot la foule des grands soirs à la première parisienne de « Blanche-Neige », revisitée par l’élégant Angelin Preljocaj et rhabillée par le sémillant Jean-Paul Gaultier qui, pour l’occasion, avait entraîné sa copine Mylène Farmer, en ahurissant micro-short de satin blanc sur veste noire, peau boursouflée de quinquagénaire voulant encore séduire son gamin de compagnon… Le parterre fleurissait d’autres créatures inoubliables tel Marie-Christine Marek (remember Paris Modes !) dont on avait oublié jusqu’à l’existence. Pourquoi parler autant de l’audience et si peu du spectacle ? Parce qu’il était fâcheusement ennuyant, passé les premières minutes d’éblouissement sur les costumes du maître. Une blanche-neige asiatique, un prince charmant en matador, des nains en plombiers, et une sorcière très catwoman, c’était saisissant. Ce qui l’était moins, c’est cette chorégraphie appliquée, épuisante à force de moulinets de bras et de petits sauts qui faisaient regretter le mariage dernier de Preljocaj et de Stockhausen, d’une toute autre tenue. Angelin Preljocaj ne semblait pas lui-même très convaincu, déclarant quelques jours auparavant dans la presse qu’il avait voulu suspendre un temps ses recherches pour en revenir à la simple illustration d’un conte enfantin. Pour le coup, je dois dire qu’il avait réussi.

En tournée dans toute la France.

Le site des Ballets Preljocaj

Olivier Dubois, faune de scène et de sexe

Mardi 15 juillet 2008

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Olivier Dubois © Pascal Gely CDDS Bernand

C’est un échec total et pourtant nous étions quelques-uns prêts à le soutenir, à l’acclamer presque, je dois dire, tant son talent était irradiant dans le « Péplum » de Nasser Martin-Gousset ou dans son précédent spectacle « Tout l’or du monde ». Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont accueilli les bras grands ouverts le danseur Olivier Dubois au festival d’Avignon, lui a choisi de se confronter à l’immense et éruptif Njinski, cherchant sans cesse dans l’histoire de la danse, matière à création. En un court-métrage et trois courts spectacles, collés les uns aux autres, il tente donc de réveiller le « Faune » mais aucune émotion ne passe : grandiloquence, maladresse, vulgarité, disons-le, font sombrer le spectacle rapidement dans le néant.
Reste une pépite diablement « Nouvelle Vague » : un film de Christophe Honoré dans lequel le réalisateur de « Dans Paris » revisite avec le concours d’Olivier Dubois ce fameux « Faune » : quatre garçons, en été, jouent au tennis entre les gares de Lyon et d’Austerlitz, espionnés par un homme encore jeune mais trop gros pour rentrer dans leur cercle immature. L’un d’eux s’enhardit et accompagne le voyeur dans un hôtel minable. Pas de sexe, mais un t-shirt de sueur payé très cher feront le bonheur mastubatoire et l’extase du Faune !

En tournée dans la France et en Europe la saison prochaine.

Robyn Orlin et les sapeurs de Jo’burg

Vendredi 21 mars 2008

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© DR

Connaissez les swankas de Johannesbourg ? Si ce n’est pas le cas, renseignez-vous avant le spectacle décousu de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin « Dressed to kill… Killed to dress » au Théâtre de la Ville. A cet effet, Libération ouvrait lundi ses pages « Grand Angle » aux adeptes du « sweanking » (de to swank, soit en mettre plein la vue). Dommage, en effet, que Robyn Orlin ne donne d’ailleurs pas davantage de clés sur ceux que l’on comparerait aux sapeurs de l’Afrique de l’Ouest. Gucci, Prada et autre Vuitton de contrefaçon, ils s’affrontent le samedi soir en concours d’élégance bling bling. Chemise et cravate rutilantes, bagues, épingle de cravate et montres en or très plaqué, costume blanc et chapeau assorti, ils forment un défilé-témoin d’une Afrique du Sud complexe dont Robyn Orlin échoue finalement à nous faire découvrir… Black ou colored, la semaine, ils sont ouvriers, employés, gardiens, vivent dans la violence des townships. Le week-end, ils partagent comme une philosophie le goût du luxe et rêvent d’évasion et d’une vie meilleure. Un underground militant, perverti ? Sans doute. Des aspirations de parvenus post-apartheid ? Peut-être. Une charge contre ceux qui devaient être les fers de lance d’une nouvelle Afrique du Sud, désormais plus occupés à leur embourgeoisement ? Bien sûr mais cela ne suffit à rendre la proposition de Robyn Orlin complètement intéressante. Ne nions pas son grand talent à habiller-déshabiller les quatre danseurs et cinq swenkas qu’elle a conviés sur la scène du Théâtre de la Ville, mais force est de constater que la dénonciation tourne court, sans cesse perturbée par l’inutile hystérie filmée en coulisses. On voudrait comprendre mieux, partager sa vision de l’évolution de son pays, on reste sur le seuil, joliment intrigué mais pas emballé…

Dressed to kill… killed to dress, de Robyn Orlin, Théâtre de la Ville, jusqu’au 20 mars.

Olivier Dubois : Billy Elliot, c’est lui !

Vendredi 21 mars 2008

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Billy Elliot, the musical © DR

Temps gris sur la capitale qui finalement n’offrira pas à Bertrand Delanoë le triomphe de nouveaux arrondissements conquis sur l’UMP, juste la courtoisie d’une réélection sans tractations de couloirs avec les Verts et le Mouvement démocrate. Une ligne de démarcation – imaginaire ? – paraît s’instaurer entre les quartiers Est et Ouest. Au Centre Pompidou, la foule des week-end grisaille semble indifférente aux aléas de la vie politique. Elle est diablement mondiale. Pour peu, on se croirait un dimanche de pluie au Lincoln Center de New-York. La nouvelle équipe de Delanoë saura-t-elle s’emparer de ce mouvement pour restaurer l’éternité culturelle de Paris ?
J’attendais le spectacle d’Olivier Dubois, alerté par un papier enthousiaste de Rosita Boisseau dans Télérama. Il fallut d’abord subir les gesticulations graphiques du japonais Hiroaki Umeda. Rien de bien convaincant. Vient alors le délicieux Olivier Dubois, découvert une première fois dans le superbe spectacle « Péplum » de Nasser Martin-Gousset. Olivier Dubois se raconte comme il danse. « Penser l’interprète, déconstruire puis construire à nouveau ses fondations… « Pour tout l’or du monde… », je l’ai voulu comme une chronique d’un martyr, un précis de guerre ». Il est gros mais il dansera. Il ne répond pas aux canons de la beauté chorégraphique mais il séduira. Et ce feu-follet enveloppé tient son pari, s’amuse et rit comme un beau diable de toutes les conventions. A lui, le lac des cygnes et tant pis ! A lui, la barre des filles légères du Hustler Club et tant mieux ! Se moquant des afféteries des chorégraphes contemporains, il termine entouré d’une ronde de godemichés et c’est heureux d’oser dire ainsi son désir des corps des garçons ! Au final, Olivier Dubois danse encore, Billy Elliot pasolinien au visage bientôt couvert de tout l’or de son monde…

Pour tout l’or du monde, Olivier Dubois. En tournée en France.

D’Eldorado en pasodoble…

Mercredi 12 mars 2008

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© Théâtre de la Ville

Pour mémoire et de quelques mots, dire pour ceux qui pourront le découvrir puisque le Ballet Preljocaj entame une grande tournée en France, puis sans doute à l’étranger, le ravissement de son dernier spectacle, fait de trois très belles pièces courtes. Une « Annonciation » d’abord, où deux danseuses évoquent à la perfection une idée dansée de ce « classique » de la peinture italienne, deux fiers « Centaures » ensuite qui s’ébrouent en un combat singulier sur la scène du Théâtre de la Ville, corps tendus des gladiateurs, virilité sensible, ils occupent l’espace et captive le public qui les plébiscite. Vient ensuite une pure merveille, la nouvelle création du chorégraphe, désormais installé au Pavillon noir d’Aix-en-Provence, « Eldorado », le sommet de l’art de Preljocaj sublimé encore par la musique originale de Karlheinz Stockhausen (Sonntags-Abschied), douze danseurs touchés par la grâce dans un ballet captivant. Un triomphe saluera la fin de la soirée.
Quelques jours plus tard, il fallut affronter le grand froid dès la gare Part-Dieu pour trouver la Maison de la Danse de Lyon où Michel Kelemenis reprenait le spectacle « Pasodoble » crée en juin 2007 lors de l’impeccable festival de Marseille (Direction Appoline Quintrand). Notre enthousiasme fut de courte durée. Une heure de danse comme essouflée où la corrida devait être le maître mot du travail du chorégraphe marseillais mais qui fit finalement long feu emporté par les errements de la musique de Philippe Fénelon qui se piquait de revisiter les « pasodoble » de nos arènes. Déçu de n’avoir pas été convaincu, on reprenait un train vers Toulouse, en espérant d’autres « Eldorado »…

Raimund Hoghe habite la Callas

Mercredi 12 mars 2008

Nous avions laissé, ébloui, Raimund Hoghe au Centre Pompidou un soir de novembre dernier. Il est ces jours-ci, à peu près seul sur la scène du Théâtre de la Bastille à Paris. Dès l’entrée dans la salle, le spectacle a commencé et Raimund dort sous une couverture de l’Armée du Salut. En quelques pas, il change d’adresse. Nous sommes maintenant au 36 avenue Georges Mandel, dernier domicile parisien de Maria Callas. Pendant une heure et demie, le chorégraphe allemand, ancien dramaturge de Pina Bausch, nous fait revivre ses dernières années dans un Paris qui semble l’avoir abandonnée.
Tout au long du spectacle, en bande son, Maria Callas chante des airs de Bellini, Donizetti, Verdi, Giordani, Gluck, Massenet, Saint-Saëns et Bizet et répond, péremptoire, à des interviews de journalistes qu’elle ne cesse de moquer. Raimund Hoghe, lui, nous fait visiter cet appartement légendaire et comme un voleur, s’empare des reliques de la cantatrice, ses chaussures, un étui à cigarettes, un imperméable. Economie de mouvements, zen absolu et hystérie rentrée, Raimund Hoghe pousse à son paroxysme la geste hoghienne qui le fait acclamer dans toute l’Europe. Aux derniers instants, un homme jeune le rejoint et prend possession de cet héritage d’amour. ll est danseur, élégant, il porte une orchidée des plus noires à la ceinture. Raimund Hoghe retrouve alors la rue et ses cartons de misère…

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Raimund Hoghe © DR

Dazy, Ruby, Nooka et quelques autres…

Mardi 18 décembre 2007

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« You and I / both seventeen / sparkling, bubbling / king and queen » nous serine Arielle Dombasle en promotion de son nouveau DVD « Arielle au Crazy Horse ». La ravissante idiote sait faire son intéressante. Peut-être une des seules artistes françaises à pratiquer avec succès l’ « entertainment », touche-à-tout inspirée, bien épaulée par les réseaux de son philosophe de mari…
Arielle a désormais quitté l’affiche du Crazy Horse, après moults rappels et s’en retourne sur les plateaux de télévisions vendre ses charmes abandonnant à leur anonymat ses amies Dazy Blu, Ruby Chromatic, Nooka Karamel, Alexa Phocea et la délicate Douchka Opaline qui en profitent pour se dévoiler en couverture et dans les pages du magazine « Danser ». On y apprend sous la plume d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre que les « Crazy girls ont la tête bien pleine, des diplômes, et pour beaucoup, une formation ultra pointue en danse classique ».
A se souvenir du show vu il y a quelques années dans le célèbre cabaret de l’avenue Georges V, on n’en doute pas une seconde. Elégance des poses, numéros intemporels de balançoire et de cage, uniformes et bijoux de pacotille, vertiges des lumières caressant les peaux, plastique impeccable et sévèrement calibrée, voix off porno-chic un rien languide, tintement de coupes de champagne dans la pénombre du petit théâtre aux fauteuils rouges… Pour que Paris reste à jamais Paris !

Danser, décembre 2007 (en kiosque).

La vie Zizi

Lundi 17 décembre 2007

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© Francis Giacobetti / HFA

Le « Truc en plumes » ? Mais qui se souvient d’elle, souvent confondue avec Line Renaud ou l’amie Régine, même gueule de nuit et d’escalier descendu, toutes en plumes, Gainsbourg en chansons. Ou la postérité viendra-t-elle des Repetto « Zizi », inventés par Rose Repetto, mère du chorégraphe Roland Petit, que les fashionistas s’arrachent aujourd’hui ?
Drôle de manière de rappeler le talent de Zizi Jeanmaire, délicieux oiseau de paradis. Pourtant, avant, il y eut la danse, les revues, le music-hall et de magnifiques chansons cousues-main (« Les bleus », «Il nous faut des chansons », « La croqueuse de diamants », « Tout le monde est musicien », « Frankie et Johnny », « Ah, quelle journée ! »). Dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille, pour faire, sans le dire, ses adieux à la scène en novembre 2000, reconnaissons qu’elle était frêle à danser, soutenue, portée par ses « dancers », le pied parfois hésitant.
Ne pouvant plus chanter, ne pouvant plus danser, elle offre ses souvenirs de scène dans un DVD-testament « Plumes et diamants ». Vincent Josse l’interroge sur France Inter : elle dit les belles années de danse et d’effort, les shows de Roland Petit, l’amitié des auteurs Dimey, Vian, Queneau. Un Paris oublié, comme une carte postale de Doisneau. Elle a résisté longtemps à la vieillesse, aujourd’hui, à 83 ans, l’âge a pris sa revanche. Elle souffre de ne plus vivre le frisson de la scène, de ne plus endurer à la barre, discipline sévère des belles jambes. Ces derniers mots, étranglés, seront à l’adresse de son compagnon fidèle, rencontré dès 9 ans à l’Opéra et de sa fille : « que cela ne se termine pas trop mal ».

« Plumes et diamants », DVD, Bel Air / INA.

Jeter son corps dans la bataille

Mardi 27 novembre 2007

C’est un monde d’hommes. On reconnaît, à sa bosse et sa petite taille, l’étrange Raimund Hoghe. Son complice du « Swan Lake » et du « Sacre », Lorenzo De Brabandere, est fidèle à ses côtés – le visage de plus en plus cabossé, les cheveux en bataille. On découvre de nouveaux danseurs élégants, aux traits d’ici et d’ailleurs. Une femme, Ornella Balestra, rousse aux gestes amples, vient parfois interrompre leur jeu. Elle, aussi, on l’a déjà vue danser.
Raimund Hoghe donne ses « Bolero Variations » au Centre Pompidou. Public d’aficionados qui, de Paris au festival d’Avignon, court les spectacles de l’ancien dramaturge de Pina Bausch. De la magie de ses premiers spectacles applaudis au Théâtre de la Bastille, il reste moins de choses. Ses pas, sa gestuelle, ses manières d’objets sont désormais connus. Communs. Certains y trouvent beaucoup moins de force, des redites, pointent même un certain maniérisme…
Mais, revenons à ce samedi : on aurait pu, lassé, quitter la salle à l’entracte, atmosphère lourde et lente, mêlée d’ennui face à ce lancinant boléro et ces quelques airs (« variations ») trop entendus. Un dîner prévu à la sortie du spectacle nous a fait rester. Et le miracle est venu. En un instant, la maestria de Raimund Hoghe s’est déployée. Comme s’il avait fallu auparavant éprouver avant de renouer avec l’essentiel. Une danse complètement folle, légère, entraînante réveille alors la scène du Centre Pompidou. Une nappe à même le sol, Hoghe défait sa chemise noire, prêt de nous montrer la déformation de son dos. On s’apprête à fuir – refusant la vision de cette monstruosité devenue un passage obligé de ses spectacles. Sauf que Raimund Hoghe, génial, transforme ce dénuement en un éblouissant sacre d’amour pour Lorenzo. Une coupe japonaise de laque noire remplie d’eau, des bandes pour un cataplasme, Lorenzo panse l’épaule blessée de Raimund en quelques gestes d’amour et de précaution. Les yeux éperdus de tendresse et d’admiration mutuelles. Beauté sauvage de l’un, génie de l’autre. L’amour et son impossibilité sont devant nos yeux. L’instant d’après, Lorenzo défera le cataplasme et s’en servira, à son tour, de protection. Revient à la suite de ce pur moment de grâce la rengaine de Ravel (créée à l’Opéra de Paris en novembre 1928). De petits tas de graviers colorés déposés à l’avant-scène, plus loin, des hommes cygnes, torses nus, tentent de s’ébattre et de s’envoler au rythme des tambours. En vain.

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« Jeter son corps dans la bataille, a écrit Pier Paolo Pasolini Ce sont ces mots qui m’ont inspiré pour monter sur scène ». Raimund Hoghe

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