Archive de la catégorie ‘Culture’

Frédéric Mitterrand : la fin d’un exil romain

Mercredi 22 juillet 2009

Fini l’exil romain, voici le délicieux Frédéric dans la mêlée parlementaire. Sa nomination, au départ, il l’accueillait avec une ironie mordante et ce merveilleux et revanchard “ne serait-ce que pour voir la tête de Jack Lang devant son poste de télévision ». Un mois a passé et il y met désormais toutes ses convictions, son amour de l’art et des cultures. On ne saurait le lui reprocher mais à le voir au perchoir de l’Assemblée nationale, quelque chose ne sonne pas tout à fait juste. Il dit : « Je ne veux pas que l’on traîne dans le caniveau des pirates l’ »atmosphère, atmosphère » d’Arletty, le « c’est dégueulasse » de Jean Seberg dans « A bout de souffle », la biscotte de Michel Serrault dans « La cage aux folles » (sic). Arletty, le duo Poiret-Serrault et Hadopi font un drôle de ménage. L’homme qu’on aime est celui de la mélancolie, des tristesses amoureuses et des passions sauvages. Soyons indulgent pour le moment et laissons le fier neveu le temps de s’acclimater aux joutes politiciennes. L’ami Frédéric nous reviendra bien un jour…

Meeting Dita in Paris at Crazy Horse Saloon

Lundi 16 février 2009

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Dita von Teese © DR

Retour au Crazy Horse. On ne boude pas son plaisir malgré la longue demi-heure d’attente devant le célèbre cabaret de l’avenue Georges V. C’est la foule des grands soirs pour applaudir les trois numéros de la strip-teaseuse du Michigan et ex-girl-friend du gothique Marilyn Manson. L’étiquette lui colle à la guêpière comme le sparadrap au capitaine Haddock. Mais Dita, déshabillée chic par Elie Saab, est exceptionnelle dans ce numéro de charme et le Crazy, nostalgique d’Alain Bernardin, en impose encore à quelques jours de sa reprise en main et en jambes par le chorégraphe Philippe Decouflé. Pin up rose et rouge d’abord, entourée des girls, puis brune fatale en manière de Gilda, elle termine son tour par le très fameux « bain noir », lovée au creux d’une baignoire, se donnant de la fraîcheur entre deux beaux soupirs et clins d’œils qui nous ramèneraient à l’adolescence. Scandaleuse et merveilleuse créature, charmeuse Dita.

Librairie des Colonnes : retour à Tanger

Samedi 7 février 2009

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Charles Matton, Librairie des Colonnes (1998) © DR

Vive réaction de Simon-Pierre Hamelin, animateur de la librairie des Colonnes, à la lecture de ma note sur Tanger et réponse idoine, mais finalement nous finissons pour nous comprendre. L’écrivain, photographe, animateur de la revue « Nejma » me reproche dans des termes assez virulents ma vision de la librairie tangeroise sans connaître toutes les difficultés de la vie du livre au Maroc : « … Outre la mauvaise santé du marché du livre au Maroc, c’est ce qui rend la librairie « vide », mais c’est aussi le cas de la majeure partie des librairies marocaines. Aussi, il ne suffit pas de dire que la Librairie est vide, mais il serait peut-être plus judicieux de dénoncer ces fonctionnements structurels et conjoncturels, ou de parler de la gestion de la culture ici, au Maroc, de la diffusion du livre, des intérêts étrangers et notamment français qui rentrent en opposition avec une véritable et effective bonne santé en ce domaine… C’est pourquoi, je suis obligé de rétablir une vérité, qui est la réalité de ce lieu et de souligner l’existence de la Revue Nejma (ayant co-dirigé le dernier numéro de « La Pensée de Midi » sur Tanger, publiant Bowles, Borges, Meddeb, Taïa, Vergne…) dont j’aurais aimé vous parler; aussi des activités de la Librairie qui vont bien au-delà de la réception des « clients exotiques »… C’est aussi à la librairie, que vous auriez pu trouver les traces du Tanger légendaire, dont vous dites, qu’il ne reste rien. Et bien si, Mohamed Mrabet en est le meilleur exemple : premier écrivain marocain a avoir été publié chez Gallimard, traduit en 14 langues, ayant travaillé avec Bowles, ayant connu tous les écrivains que vous citez, travaillant encore (peinture et littérature), à tel point que nous allons sortir ensemble un roman, qui sera publié courant 2009, en Hollande, Allemagne et Italie… et que je suis en train de lui organiser des expositions à Madrid et à l’Alambra de Grenade en mai. Il est effectivement difficile d’avoir accès à ces informations, si je ne suis pas à la librairie… Mais il y a des moyens, toujours, de savoir ce qui se passe ici. Notre réalité et celle de ce pays, nous pousse à être quelque peu susceptibles sur certains sujets, aussi vous voudrez bien m’excusez du ton enlevé de mon dernier courrier. Chacun est le bienvenu à la librairie des colonnes, et je serai ravi de vous y voir. »
Alors, si vous passez par Tanger, poussez la porte de la librairie des Colonnes à la rencontre de Simon-Pierre Hamelin, il sera votre meilleur guide pour découvrir cette ville étonnante…

Les trésors d’un siècle Saint Laurent

Vendredi 14 novembre 2008

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Pierre Bergé devant le portrait d’Y. Saint Laurent par A. Warhol © F. de Serres

Juste pour mémoire et dans l’émotion toujours vive de la mort d’Yves Saint Laurent, ravivée ces jours-ci par la parution de la biographie croisée de Saint Laurent et de Lagerfeld chez Denoël, signaler la publication de l’enquête d’Annick Cojean sur la vente dite « du siècle », celle de la collection de Pierre Bergé et d’Yves Saint Laurent en février 2009 chez Sotheby’s. Elle s’annonce exceptionnelle et unique comme le créateur disparu et le couple que les deux hommes formaient.

La vente du siècle, par Annick Cojean, Le Monde, 27 septembre 2008.

Alicia Drake, Beautiful people, splendeurs et misères de la mode, Denoël.

Pierre Bergé, L’art de la préface, Gallimard.

Arles, idéale cité de la photographie

Mardi 15 juillet 2008

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Le projet de Frank Gehry © DR

N’en déplaise à certains, pointant avec talent un certain classicisme, l’édition 2008 des Rencontres internationales de la photographie d’Arles était un cru élégant. Dirigées par Christian Lacroix, elles offraient la part belle aux plaisirs esthétiques et à la diversité faisant se côtoyer pêle-mêle photographie vestimentaire et regards acérés sur le monde. Et comme, il est heureux de ne pas être un monolithe, nous pouvions naviguer de Françoise Huguier à Charles Fréger, passer ensuite de Patrick Swirc à John Demos, du caméléon Samuel Fosso à Richard Avedon ou Grégoire Korganow. Nous saluions au passage d’attrayantes Cocottes du siècle passé en oubliant quelques ennuyeux (Paolo Roversi, Guido Mocafico version nature très morte, Jean-Christian Bourcart sans intérêt) et fâcheux (Grégoire Alexandre, Georges Tony Stoll) pour ne retenir que le meilleur (Tim Walker, Pierre Gonnord, Pieter Hugo, Paul Facchetti).
Arles a la photographie au cœur : à preuve, ce projet grandiose de la Fondation Luma imaginé avec l’architecte Frank O. Gehry pour réhabiliter les anciens ateliers désertés par la SNCF en une immense cité de l’image rassemblant lieux culturels et commerciaux, espaces d’expositions et d’archives, le bureau et les ateliers des Rencontres d’Arles, les éditions Actes Sud, l’Ecole nationale supérieure de la photographie, un cinéma et une nouvelle gare ! Des voix se font déjà entendre contre le projet. Espérons que tous réussiront à s’entendre tant le projet a de l’ambition et un geste architectural peu commun à une ville dont beaucoup se demandent chaque printemps si elle réussira à sortir de son hibernage – c’est que c’est triste, Arles, l’hiver, par temps gris, de pluie ou de violent mistral !

Souvenirs de l’Académie espagnole

Dimanche 30 mars 2008

Tant de convoitises autour de l’Académie de France à Rome ! Après le hold-up manqué de Georges-Marc Benamou et l’opération de résistance menée tambour battant par Olivier Poivre d’Arvor et une ligue de pétitionnaires de haut vol, le bal des prétendants a rouvert. Sur injonction présidentielle, c’est au sarkozien Hugues Gall, ancien président de l’Opéra de Paris, entouré d’une commission ad hoc qu’il reviendra d’auditionner les candidats et de faire des propositions à la ministre de la Culture, ranimée rue de Valois depuis l’échec de la droite aux municipales. L’affaire a été commentée dans de nombreux médias et particulièrement bien par Le Figaro qui y consacrait ce samedi une enquête intéressante dans son supplément culturel. Pour en savoir davantage, je ne saurai trop vous recommander la lecture de « L’Incognito » d’Hervé Guibert (Gallimard), un roman à clés facétieux, tiré de ses deux années passées aux côtés du poète belge Eugène Savitzkaya à la Villa Médicis, rebaptisée avec humour « l’Académie espagnole ». Vous aurez, entre les mains, un témoignage de première main – de première méchanceté ? – sur la vie de quelques heureux pensionnaires sur les hauteurs de Rome au temps de Jean-Marie Drot…

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La Villa Médicis sous le soleil romain © DR

Pour saluer Edouard Levé

Lundi 24 mars 2008

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La Blessure (série Transferts), Edouard Levé, 2004 © Galerie Loevenbruck

Il était à coup sûr l’un des photographes les plus intéressants de sa génération, doublé d’un écrivain et d’un plasticien doué. Il s’est donné la mort en janvier dernier, laissant quelques jours plus tôt un livre nommé « Suicide » à son éditeur, POL. Cette mort voulue, j’allais dire orchestrée, a sans doute à voir avec une infinie tristesse à vivre, mais la manière de signer ce geste témoigne d’une exigence désespérée qui nous fera longtemps regretter le plaisir de ne plus être transporté par les nouvelles créations d’Edouard Levé. Ses amis de la galerie Loevenbruck lui rendent ces jours-ci hommage en proposant une rétrospective, semaine après semaine, de ses principales séries (Quotidien, Pornographie, Homonymes, Fictions). Il faut s’y précipiter et découvrir avec respect ce talent rongé par ses propres « Angoisse »…

Hommage à Edouard Levé, Galerie Loevenbruck, jusqu’au 10 mai 2008.

Parsifal : Warlikowski année zéro

Mercredi 12 mars 2008

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L’affiche du « Parsifal » de Warlikowski © Duane Michals

« Les idéologies délaissant les lois morales évoluent en folie criminelle. Même l’enfant est entraîné d’un crime atroce à un autre, par lequel il croit avec candeur se libérer de la faute. Ce film, tourné à Berlin l’été 1947, ne veut qu’être un tableau objectif et fidèle de cette ville immense à demi détruite où 3 millions et demi de personnes vivent une vie désespérée sans presque s’en rendre compte. La tragédie leur est naturelle non pas par grandeur d’âme, par lassitude. Ce n’est pas un acte d’accusation contre le peuple allemand, ni sa défense. C’est un constat. Mais si quelqu’un après avoir vu l’histoire d’Edmund pense qu’il faut apprendre aux enfants allemands à re-aimer la vie, l’auteur de ce film aura sa récompense. »

Le texte du carton d’ouverture, puis les images du petit Edmund, suicidaire, du film de Roberto Rossellini « Allemagne année zéro ». Alors, des cris et des hurlements d’un public chauffé à blanc, prêt à la bronca, à sacrifier le talent de ce jeune Polonais, autrefois assistant de Peter Brook et de Gorgio Strehler, protégé par le grand intendant Gérard Mortier. Il y avait une ambiance électrique ce vendredi dans la salle de l’Opéra Bastille. Le vent d’une bataille entre les anciens et les modernes, entre les puristes de la grandeur wagnérienne et les tenants d’une liberté nouvelle offerte aux metteurs en scène, capables d’offrir une esthétique inédite aux grandes œuvres du répertoire mondial. Pourtant, à se balader pendant les longs entractes de ce spectacle de cinq heures et quart dans les coursives de Bastille, on pensait à François Mitterrand et à sa volonté de démocratiser l’art lyrique en créant ce bâtiment phare de son second septennat. Krzysztof Warlikowski ne dit pas le contraire : « L’opéra, c’est d’un côté un public très riche et bourgeois, de l’autre, de plus en plus de spectateurs jeunes, prêts de piétiner des heures pour trouver une place à la sauvette, qui veulent de la nouveauté, des choses qui leur parlent. Moi, je veux leur montrer des morceaux de vie. Pourquoi l’Opéra devrait-il être un art conservateur avec des mises en scène figées dans les dorures ? ». Alors, bien sûr, si ce Parsifal démarre dans le trouble avant de trouver son attraction, impossible de ne pas soutenir l’exigence de Krzysztof Warlikowski sans la moindre réserve, parce que c’est là, à coup sûr, que se joue le tumulte renouvelé du monde, de l’Europe. Et l’envie d’en découdre, toujours, avec les démons de nos temps obscurs pour vivre plus fort encore. Intensément.

Parsifal, Richard Wagner – Warlikowski, Opéra Bastille, en alternance jusqu’au 23 mars.

Olafur Eliasson sous le pont de New-York

Mercredi 12 mars 2008

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© Olafur Eliasson

La nouvelle a paru dans les Inrockuptibles, on la trouve également sur le site « Next » de Libération. Olafur Eliasson, le célèbre artiste danois (Copenhague, 1947), prend ses quartiers d’été sous le célèbre Brooklyn Bridge à New-York pour une installation monumentale intitulée « Waterfalls », soit quatre chutes d’eau spectaculaires sur les berges de l’East River, entre Manhattan, Brooklyn et Governors Island. En 2005, le danois avait embrasé la Turbine Hall de la Tate Modern d’un soleil d’éclipse et d’un brouillard hypnotique à vous faire passer la journée dans cette ambiance d’apocalypse. A découvrir les premiers croquis du projet financé par le Public Art Fund, la Ville de New-York et la compagnie Tishaman, je me dis qu’il faudra ce septembre aller faire un tour à New-York. On y revient !

Waterfalls project, by Olafur Eliasson

Malaise dans les musées

Jeudi 24 janvier 2008

Toujours étonné, à fréquenter les grandes expositions « événement » du Grand Palais, du Musée d’Orsay, la FIAC, Paris Photo du manque d’enthousiasme du public qui « circule » devant les tableaux ou les installations. Pas de partage, aucune agitation, pas de cœur battant d’émotion… Un tour dans chacune des salles, un magnet et deux cartes postales à la « boutique », par ici la sortie ! Les uns ont l’oreille visée à leur audio-guide, les autres photographient les œuvres avant même de les avoir observées, certains y promènent les enfants considérant sans doute que les biennales d’art contemporain valent les toboggans et balançoires du square du coin de la rue. Des gens émus, on n’en trouve plus ou alors, ils ont des manières curieuses de le manifester – sans doute épuisés de l’heure et demie de queue à défaut d’avoir réservé leur billet « coupe-file »…

Malaise dans les musées, Jean Clair, Flammarion (Café Voltaire)
Journal atrabilaire, Jean Clair, Folio.

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Anselm Kiefer, Monumenta 2007 © Jean-Jacques Birgé / DR

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