Archive de la catégorie ‘Cinema’

Benjamin Button : Brad Pitt à contre-temps

Lundi 9 février 2009

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Brad Pitt et Cate Blanchett © DR

Pas besoin de raconter l’étrange histoire de Benjamin Button, tant la campagne de communication autour du film de David Fincher bat ces jours-ci son plein. Adapté d’une nouvelle de Fitzgerald, le film raconte donc toute la vie de Benjamin Button (Brad Pitt), à contre temps de sa belle Daisy (Cate Blanchett) et de quelques femmes, amies, amantes, aimées et d’autres hommes au fier caractère qui font de ce film édifiant une aventure un peu longuette. Etrangement, à la manière du retour de Tom Cruise dans « Walkyrie », c’est Brad Pitt qui emporte l’adhésion. Après avoir été longtemps si neutre et parfaitement lisse dans des films sans consistance, le comédien, déjà de belle prestance dans « Babel » d’Alejandro González Inárritu offre sa plastique à ce rôle, pour le coup, protéiforme. Et il est tout bonnement épatant. Séduisant !

L’étrange histoire de Benjamin Button, un film de David Fincher (2h44). En salles.

L’autre, cette femme occupée…

Lundi 9 février 2009

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Dominique Blanc et Peter Bonke © Ad Vitam

Un film, habité, qui commence comme une hypnose. Des feux de voitures dans la nuit dessinent un ballet lumineux sur l’autoroute, et autant de vie qui défilent, d’anonymes en course. Au milieu d’eux, une folie cavale : celle d’Anne-Marie Meier. Elle a aimé un homme plus jeune qu’elle, beau jeune homme noir, à peine trentenaire, alors qu’on la soupçonne dans les affres de la cinquantaine. L’a-t-elle abandonné, est-ce lui qui est parti ? On ne le saura pas. Perdue, Anne-Marie Meier, elle, sombre dans la jalousie et la paranoïa. Ses amis la protègent mais ne peuvent rien. Elle quitte la réalité pour ses fantômes, pour ses angoisses. Après « Ceci est une pipe » et le stupéfiant « Dancing », le duo Trividic-Bernard signe un nouveau film d’art cinématographique et sonore. Ce film est une œuvre d’art plastique, sensuelle et démente. Tapis de musique diabolique, angoisse sévère de vidéo de surveillance, présence incandescente de Dominique Blanc au plus haut de sa folie d’actrice, une heure et demi passe dans cette étrangeté dont on émerge dans un drôle d’état…

L’autre, un film de Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard (1h37). En salles.

Walkyrie : Tom Cruise en preux chevalier

Jeudi 5 février 2009

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Tom Cruise © DR

Tom Cruise est de retour ! On disait sa cote en chute libre, son public rendu perplexe par son prosélytisme scientologue et voici que l’acteur subtile de « Magnolia » réapparaît dans un film qui, par sa froideur et sa pesanteur, ne restera pas dans les mémoires. Malgré les réserves de sa secte, Tom Cruise a accepté d’incarner pour Bryan Singer, le cinéaste inspiré d’ »Usual suspects », le comte Claus von Stauffenberg qui ourdit en juillet 1944 un complot pour liquider Hitler. En fait d’attentat, il s’agit plutôt d’une tentative de coup d’État – sous le nom de code « Walkyrie » – par une coalition d’opposants au régime nazi, alors que l’armée allemande était attaquée sur ses deux fronts. Sobre, juste et souvent émouvant dans ce rôle-courage, Tom Cruise revient par une performance toute en délicatesse qui passerait presque pour un engagement artistique. Dommage que le film ne soit pas plus brillant, mais le plaisir de retrouver Tom Cruise en bonne forme et intelligence nous rend indulgent.

Walkyrie, un film de Bryan Singer (1h58). En salles.

Winslet / Di Caprio : l’ennui de noces

Lundi 26 janvier 2009

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Leonardo Di Caprio et Kate Winslet © DR

Il y a des semaines comme cela. Des semaines où le cinéma vous tombe des bras. Des yeux il serait mieux de dire. Deux heures de crise conjugale en pavillon de banlieue chic et voisinage idoine, vue par Sam Mendes, tout heureux de réunir le couple légendaire de « Titanic », soit un Leonardo Di Caprio vieillisant mal et une Kate Winslet, déjà toute auréolée d’un Golden Globe, attendant de pied ferme l’Oscar. Du début à la fin, le film sent la performance et procure un ennui colossal. L’un baise, l’autre pas, puis c’est soudain l’inverse. L’un rêve, l’autre pas et à nouveau l’inverse. Les dernières scènes du film, astucieuses, voudraient sauver l’ensemble, mais rien n’y fait. L’émotion est restée à la porte du garage.

Les noces rebelles (Revolutionary Road), un film de Sam Mendes. En salles

M’as-tu vu ? Episode 21

Lundi 26 janvier 2009

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Jeanne Moreau © DR

Il faut croire que la connivence des médias est sans limite. Sinon, comment comprendre l’unanimisme autour du film médiocre d’Amos Gitaï tiré du livre de l’éternel président d’Arte France, Jérôme Clément ? Le patron fabiusien, ayant survécu à tous les régimes, reçoit encore pour l’adaptation de son livre « Plus tard, tu comprendras » (Le Seuil) des assauts de louanges, des tresses d’adjectifs admiratifs, tandis que dans la même semaine, sa soeur, Catherine, pareillement concernée par le drame familial, publie opportunément ses « Mémoires » aux éditions Stock. Que le film soit sans grande qualité, peu importe : le plan marketing est de première main, les réseaux tournent à plein régime pour fourguer au plus grand nombre cette histoire familiale édifiante. On voudrait un peu plus de décence…

« Plus tard, tu comprendras », un film d’Amos Gitaï, avec Jeanne Moreau, Hippolyte Girardot, Emmanuelle Devos, Dominique Blanc. En salles.

Catherine Deneuve avec vue sur le Liban

Dimanche 25 janvier 2009

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Rabih Mroué et Catherine Deneuve © DR

Elle est intrépide et définitivement la plus grande actrice française. La plus intriguante aussi, loin des minauderies de ses consœurs : Moreau, Ardant, Huppert, Adjani ou Béart. Elle a dit oui à deux jeunes cinéastes, venus de l’art contemporain. Oui pour partir avec eux, malgré son statut encombrant de reine du cinéma français, pour témoigner, route faisant, de la situation du Liban. Le prétexte d’un gala de charité à Beyrouth, et là voilà, déjà, dans la voiture de l’artiste Rabih Mroué, sans même le connaître, à sillonner son Liban natal. Vers le Sud et la frontière israélienne. Il ne se passe que peu de choses dans ce film : des secousses et des inquiétudes face à des terrains minés, des ciels changeants, des bâtiments en ruines, une maison familiale que l’on ne retrouve plus, quelques voisins, et encore des ruines comme un désert qui avance. Catherine Deneuve se promène à peine, regarde et s’en dort comme pour fuir le réel. Quelques heures plus tard, quand elle s’installe à la table de l’ambassadeur de France, elle guette à tout instant l’arrivée d’un homme : Rabih Mroué, devenu un guide, un ami.

« Je veux voir », un film de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige . En salles.

Two lovers : un homme pour deux femmes

Dimanche 25 janvier 2009

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Joaquin Phoenix dans Two lovers © Wild Bunch

Il est avec Paul Thomas Anderson un des meilleurs cinéastes de sa génération. Après un long purgatoire suite aux difficultés pour réaliser « The Yard », James Gray, revient à peine un an après « La nuit nous appartient » avec un nouveau film et toujours Joaquin Phoenix en alter-ego dans un mélo urbain de la meilleure facture. Un homme, deux femmes, des êtres fragiles, bousculés par leur famille et finalement grandis trop vite, qui s’essaient à leur propre destin. Au centre, balbutiant dans sa vie d’adulte, Joaquin Phoenix, immensément perdu, doublement amoureux, donne le plus émouvant de lui-même.

Two lovers, un film de James Gray (1h50). En salles.

La soif de l’or noir, péché du nouveau monde

Dimanche 25 janvier 2009

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© DR

Un grand héros de cinéma est né. Daniel Plainview, un chercheur d’or noir, magnifiquement interprêté par Daniel Day Lewis. Pour ce rôle, il a obtenu fort justement l’Oscar du Meilleur Acteur, retrouvant le rang qu’il n’aurait jamais du quitter depuis « My left foot ». Acteur immense pour un film-monde, « There will be blood », quête insensée pour des gisements de pétrole, fable familiale de violence et de tristesse, se voit et se revoit avec un plaisir toujours renouvelé. Paul Thomas Anderson, à qui l’on doit aussi le très beau « Magnolia », y promène la même mélancolie. Essentiel.

There will be blood, de Paul Thomas Anderson. En DVD.

L’échange : la dame dans le tram

Dimanche 25 janvier 2009

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Angelina Jolie dans « L’échange » © DR

Merveille encore de ce cinéma américain, qui résiste à tout et refuse l’ennui. Même quand il joue en mode mineur, un film de Clint Eastwood est un plaisir de cinéma. C’est encore le cas de cet « Echange », bâti sur le récit d’une histoire vraie, celle d’une femme ayant perdu son enfant à qui la police corrompue mais inquiète de ses résultats en ramène un autre. Angelina Jolie – dont on peut souvent douter qu’elle soit une actrice accomplie – livre avec justesse ce combat, l’acharnement de toute une vie, au plus de près de la folie, au plus proche de sa conviction que cet enfant, le sien, n’est peut-être pas mort, sous les coups d’un maniaque. Eastwood, à son habitude, prend parti et son film, sans pardon, est une réussite.

Il divo : la religion du pouvoir

Dimanche 25 janvier 2009

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Il divo © Studio Canal

Un film d’Italie qui nous perd dans les errements de la vie politique italienne et nous revient cependant, jour après jour, comme un boomerang. Il est pourtant fragile, le film de Paolo Sorrentino. Fragile parce que la farce politique tourne court par une mise en scène inutilement hystérique, heureusement fragile par le portrait qu’il offre du couple Andreotti, métaphore des silences et des basses œuvres de la Démocratie Chrétienne italienne. Au meilleur du film, cet instant de solitude édifiante qui montre Andreotti, migraineux, quitter le domicile conjugal aux premières heures du jour, marcher à confesse, une armée de carabinieri autour de lui, s’arrêter pour lire sur un mur romain une inscription le conspuant. Faut-il faire tant de mal pour le bien commun ? Le film de Paolo Sorrentino dénonce mais ne trouve pas d’autre solution que le grand-guignol… Décevant.

Il divo, un film de Paolo Sorrentino (1h50). En salles.

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