Archive de la catégorie ‘Cinema’

Deux bons soldats dans un film de plomb

Vendredi 14 août 2009

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Vincent Perez et Jérémie Rénier © DR

Deux frères. Deux grands nerveux. Une mère, malade, qui « livre un combat honorable contre elle-même ». Ses deux garçons, l’un pianiste émérite, l’autre modeste employé, se retrouvent devant son lit de maladie. Les tourments de l’un, vie sentimentale en point d’interrogation, carrière musicale menacée d’abandon, rejoignent bientôt la vie rêvée de l’autre, addict des jeux de rôles et de parties napoléoniennes qui le conduisent de « bivouac » en « soirées », où se retrouvent, en un monde parallèle, hussards, dames et demoiselles en robe Empire et dangereux chirurgien-chef. La partie de soldats de plomb avance et le pianiste finit embringué dans une fichue affaire de vengeance et de duel sanglant.
Il y avait dans le scénario de Denis Dercourt (La tourneuse de pages), motifs à un grand film baroque, un délice noir d’étrangeté et d’attraction-fascination. Un beau sujet pour Stanley Kubrick comme un parcours initiatique vers une douce folie devenant vénéneuse. Malheureusement le scénariste et réalisateur semble s’être arrêté au seuil de cette magie borderline pour s’ancrer dans un réalisme plombant, tentant vainement le polar plus que le roman psychologique. Le film en sort dévitalisé, seulement porté par la liberté et la justesse des acteurs (Vincent Perez, Jérémie Rénier, Gérald Laroche et dans une moindre mesure, Aurélien Recoing). Dommage, un vrai film sur la confusion des « rôles » reste à faire.

Demain dès l’aube, un film de Denis Dercourt (1h38). En salles.

Films d’été, cinéma en liberté ?

Samedi 8 août 2009

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Xavier Dolan dans « J’ai tué ma mère » © Rezo Films

En été, le cinéma s’affranchit des normes et des genres. Séances de rattrapage, blockbusters, petites comédies fines, jeunes talents prometteurs, reprises, tout sort un peu pêle-mêle, mais l’envie de cinéma est forte, alors on y court et un matin, on en vient au bilan. Une merveille, « Adieu Gary », avec Yasmine Belmadi, Jean-Pierre Bacri et Dominique Reymond, un étrange film de famille, tout en atmosphère et en fantaisie. A ne pas rater, c’est avec « Là-haut », le film de l’été. Le dessin animé Pixar est une splendeur. Affranchi de tout code, il offre en ouverture une petite symphonie, la vie du couple Fredericksen retracée en scènes dessinées d’une émotion cinématographique pure et un bijou de narration. Rayon famille, il y en a de tout goût : une saga familiale en beauté, « Le temps qu’il reste », du palestinien Elia Suleiman, la prostitution de mère en fille de « Mon Trésor » de Yedaya avec une Ronit Elkabetz trop appliquée, répondant à « Jaffa », petite histoire shakespearienne (une israëlienne, un palestinien, ils s’aiment) dans la ville éponyme, l’étonnant « Ce cher mois d’août », docu-fiction portugaise de Miguel Gomes sur les orchestres de bal qui se termine en drame à la Demy, la comédie française falote « Deux semaines et la moitié des vacances » qui mérite l’oubli malgré la composition de Bernard Campan et Grégori Derangère, le film arty « J’ai tué ma mère » de Xavier Dolan surestimé. La révélation du dernier festival de Cannes, ratant de peu la Caméra d’Or, doit beaucoup à son joli minois qui semble-t-il a fait des ravages sur les garçons assez sensibles de la critique française. Le film démarre avec talent puis s’enlise. Question sensibilité, préférer le duo éternel Sophia Loren / Marcello Mastroianni dont « La journée particulière », filmée par Ettore Scola, n’a pas pris une ride ; beau, touchant, élégant. Ou celui en cavale du film rocambolesque et rêveur d’Alain Guiraudie dans « Le roi de l’évasion ». Autre couple épatant sur un mode mineur, celui de Paul Rudd et Jason Segel dans « I love you, man », pas un film gay, mais un estimable divertimento sur l’amitié entre hommes. Le film vaut pour ses deux acteurs, ses mauvaises manières, le reste est à l’avenant. Au rayon de la mort, souvenons-nous de la fin tragique du truand Dillinger, joliment mis en scène par Michael Mann dans « Public Enemies », l’élégiaque « Fenêtre » de Carlos Sorin et du très sanglant « Midnight meat train », film d’horreur sensible du japonais Kitamura. Entre mort et vie, le sympathique et italien « Déjeuner du 15 août », assemblée de vieilles dames romaines, malicieuses et laissées à l’abandon par leur grand fils. Et encore « Whatever works » d’un Woody Allen à nouveau réveillé, « Jeux de pouvoir » avec Russel Crow et Ben Affleck en assez bonne forme, Et des bêtises encore : « Anges et démons », efficace et minable, et encore, « Brüno », farce trop vulgaire pour marquer des points mais reconnaissons le talent de la méthode Baron Cohen. Pour finir, la mauvaise note d’un film raté : « The reader », grande attente, petit film et des scènes ambiguës qui disqualifient le film de Stephen Daldry, réalisateur pourtant de l’adoré « Billy Eliott » et du respectable « The Hours ». A suivre…

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Le Roi de l’évasion © Les Films du Losange

Eyes wide open : le regard des autres

Lundi 13 juillet 2009

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© Haut et court

Un film a découvrir dès qu’il sortira cet automne en salles. Un film âpre, fragile et d’une belle intelligence sur les rapports entre deux hommes dans un quartier juif orthodoxe de Jérusalem. Aaron prend Ezri, jeune homme perdu, comme commis dans sa boucherie dont la clientèle est contrôlée par les chefs religieux. Une attirance les rapproche l’un de l’autre, l’un mettant l’autre à distance pour ne pas succomber au désir, mais le désir est plus grand, devient très vite plus fort que les règles du dogme. Un amour naît, brisé par la dure loi des hommes. Eyes wide open, c’est le titre du troisième film de l’israélien Haim Tabakman, qui a fait les beaux jours de la section « Un certain regard » au dernier festival de Cannes. Une belle histoire, un film tragique sur la culpabilité et les pressions subies par les individus face à leur communauté. A ne pas manquer.

Eyes wide open (Tu n’aimeras point), un film de Haim Tabakman (Israël, 1h31). En salles le 2 septembre 2009.

Séraphine, la femme des bois

Dimanche 21 juin 2009

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Quelques mots pour revenir sur le talent merveilleux de Martin Provost. 2008 aura été son année : un récit « Léger, humain, pardonnable », paru au Seuil, finaliste du Prix Fémina et ce film, juste et sensible, Séraphine, multi-récompensé aux César. Martin Provost mène ainsi une double vie. Cinéaste et écrivain. Son récit a la même puissance que son film. Des mots pour une famille entre tourments et bonheurs d’être ensemble, un film sur une femme qui parle aux arbres, fait des bontés de la nature les couleurs de ses toiles. Aujourd’hui, on l’attaque. Irène Frain, plume de fiel, donne la charge dans Match : Alain Vircondelet, premier biographe de Séraphine de Senlis, dénonce un plagiat et sous-entend que Provost aurait repris des passages entiers de son travail pour le scénario. Le succès suscite toujours d’amères jalousies mais Martin Provost travaille déjà à son prochain film, une adaptation d’un livre magnifique : « Mauvaise pente » de l’irlandais Keith Ridgeway, avec toujours, Yolande Moreau…

Séraphine, un film de Martin Provost. (En DVD)

« Léger, humain, pardonnable » de Martin Provost (Editions du Seuil)

La fille du RER : cherchez le garçon…

Mardi 24 mars 2009

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Nicolas Duvauchelle : le garçon du RER © DR

Un nouveau film d’André Téchiné, comme un nouveau rêve à soi, à peine partageable. S’y embarque la ciné-famille d’André Téchiné : Catherine Deneuve, Michel Blanc, des nouveaux venus – Emilie Dequenne, Mathieu Demy, Ronit Elkabetz – magnifiquement dirigés et un acteur irradiant : Nicolas Duvauchelle. On vous parle d’une fille, mais c’est d’un jeune homme dont il s’agit. De ce garçon-là, Franck, Jeanne tombe follement amoureuse. Il la libère du joug familial. Alors, oui, à cause d’un garçon, Jeanne, jeune fille dérangée, ment et malmène l’existence de ses quelques proches qui ne savent pas comment la considérer. Mi-enfant, mi-femme, seul Nathan, l’enfant-témoin, figure rituelle des films de Téchiné, saura entendre le chaos qui sourd en elle. Une nuit, celle du chasseur, entre le bien et le mal, entre l’amour et la haine, entre l’enfance et l’adolescence, il saura la réconcilier avec cette chienne d’existence : père-courage mort trop tôt, mère libre mais sans amour… Le film d’André Téchiné est taiseux, taciturne : il ne dit pas grand chose. A quoi bon ? Tout opère dans la nuance de ces plans qui s’effacent les uns après les autres et dressent avec beauté le portrait d’une jeune femme sans qualité…

La fille du RER, un film d’André Téchiné, avec Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc, Mathieu Demy, Ronit Elkabetz (1h45). En salles.

Welcome : étranger au paradis

Samedi 21 mars 2009

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© Mars Distribution

Il y a dans le cinéma de Philippe Lioret quelque chose de désarmant qui vous fait totalement l’aimer en sortant de la projection sans pour autant vous détacher de l’idée qu’il en fait toujours un peu trop dans le romantisme, dans le tragique ou ici dans le politique. A preuve, cette polémique avec le désolant Eric Besson qui s’est pris les pieds dans le tapis de ses contradictions idéologiques en dénonçant des propos du réalisateur et en lui offrant soudain une polémique dont on peut se demander si le film la méritait vraiment.

Alors, bon, ne boudons pas notre plaisir : le film est beau et attachant. L’écrivain Olivier Adam, coscénariste, semble l’avoir vampirisé, tant le récit s’écoule proche de ses romans et belles nouvelles. Oui, Vincent Lindon donne le meilleur de lui-même, tout en nerf et en tristesse rentrée face à sa femme qui le quitte pour un militant plus politique que lui, face à ce jeune kurde voulant traverser la Manche pour rejoindre sa belle et la liberté au Royaume-Uni, face à cette belle qui pleure bientôt son ami disparu. Alors pourquoi ce sentiment de beaucoup trop de grands sentiments, d’entrer dans un rêve plutôt que de se colter la réalité ? On n’en saura pas plus…

Welcome, un film de Philippe Lioret (1h50) avec Vincent Lindon, Audrey Dana, Yannick Rénier. En salles

Harvey Milk, naissance d’une nation

Jeudi 19 mars 2009

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James Franco et Sean Penn © Focus Pictures

Il est beau, le film de Gus van Sant. Il est engageant, l’Harvey Milk de Sean Penn. On salue l’oscar du meilleur acteur, plus encore celui du scénario de ce film-tract. Un film simple, avec, c’est vrai, des défauts mais de belles manières aussi. Comme cette façon proprement voluptueuse de filmer un baiser comme un éveil. Celui d’une brusque libération à toute aliénation politique, sociale, culturelle. Le new-yorkais Harvey Milk vient d’ouvrir le magasin de photographie qui deviendra bientôt célèbre et le QG de toutes ses campagnes électorales dans Castro, le quartier gay de San Francisco. Le temps d’installer un petit écriteau dans la vitrine, qu’assis sur la devanture, il embrasse Scott, son compagnon comme d’autres ont planté des drapeaux en terre inconnue. En quelques plans, tout est là pour le meilleur et bientôt le pire…

Harvey Milk, un film de Gus van Sant, avec James Franco, Sean Penn. En salles (2h05).

Boy A : le jeune homme de peines

Mardi 17 mars 2009

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© DR

Pourquoi seuls les réalisateurs britanniques savent s’emparer avec un talent évident de faits divers et traiter du quotidien, justice comprise, avec autant de netteté. Le film « Boy A » avec ses quelques erreurs de premier film – un casting en partie défaillant – est malgré tout un modèle du genre. A 24 ans, Jack (Andrew Garfield) sort de prison où il a passé toute son adolescence pour un meurtre qu’il a commis enfant. Changeant de nom, suivi par un travailleur social (Peter Mullan), il apprend à se reconstruire. Non sans difficulté mais avec une volonté touchante jusqu’à ce que sa véritable identité soit révélée… Forme aboutie, récit maîtrisé, le film vous saisit et cette histoire malheureuse d’un pardon social impossible vous tient une heure trente durant sans pour autant vous assommer de certitudes. On salue la performance du réalisateur John Crowley.

Boy A, un film de John Crowley. En salles (1h35)

Slumdog millionaire : l’arnaque aux 8 oscars

Mercredi 11 mars 2009

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© DR

C’est une vilaine histoire à dormir debout et on n’y croit guère une seconde. Bien sûr, il est décevant de crier avec les loups surtout quand il s’appelle Salman Rushdie, mais convenons qu’il n’a pas tort : « Ce film empile invraisemblance sur invraisemblance ». Répondant à une interview à l’Université d’Atlanta, l’auteur des « Versets sataniques » poursuit et s’en donne à coeur joie : « Feel good movie » (film pour se sentir bien), Slumdog est une adaptation mièvre et chevaleresque de la réalité indienne, frisant l’autocensure et truffée de détails irrecevables. Comment les personnages du film font-ils pour se procurer une arme dans ce pays ? Comment les héros se retrouvent-ils pour la scène finale au Taj Mahal, alors que dans la séquence précédente ils étaient à mille kilomètres de là ? ».

Slumdog millionaire, un film de Danny Boyle, 2008, (1h58). En salles.

Gran Torino : immensément Clint

Mardi 3 mars 2009

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Clint Eastwood © DR

Rien à dire. Simplement saisissant. « Gran Torino » est le plus important succès de fréquentation du vétéran Eastwood. Mieux encore que la magnifique « Route de Madison ». Dramaturgie idéale et résolution en forme de rédemption éblouissante. Que d’adjectifs !

Gran Torino, un film de Clint Eastwood. En salles (1h55)

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