Archive de la catégorie ‘Cinema’

Julie & Julia : une affaire de goût

Dimanche 27 septembre 2009

julieetjulia2009162151498639664.jpg

Les celles qui f’saient florès / En robe de Dior et sac d’Hermès / Rangées dans l’musée Grévin / Du ciné-club ou de Sam Levin / Regrettent au temps joli / Du poivre et sel et du bigoudi / De ne pas avoir appris / La cuisine / Qui retient les petits maris / Qui s’débinent…

La chanson de Gréco va comme un gant (de cuisine ?) au petit film charmant de la scénariste Nora Ephron (« Quand harry rencontre Sally », « Le mystère Silkwood »). Deux femmes, deux couples en parallèle, deux histoires d’amour en temps incertains, les sombres années du maccarthysme et l’après 11 septembre. Des temps à se protéger au coeur de la vieille Europe gastronome et bourgeoise, des jours à se recroqueviller dans le nid familial, loin de Manhattan et de l’hystérie de ses anciennes copines de classe, devenues d’affreuses executive-women.
Julia, c’est Julia Child, la grand-prêtresse du « boeuf bourguignon » et auteur d’un classique de la littérature gastronomique américaine « Mastering the Art of French Cooking ». Femme de diplomate, sans enfant, Julia aime la bonne chère et le vin. Quand elle arrive à Paris, sur les marchés, c’est un ravissement des sens. L’ennui lui fait prendre des cours de cuisine et elle devient vite un drôle de marmiton, désossant un canard ici, ébouillantant des homards là, jusqu’à se lancer avec Simone Beck et Louisette Bertholle dans la rédaction d’un guide de cuisine française pour les femmes américaines, qui, après mille vicissitudes, deviendra un best-seller. A New-York, en 2002, Julie se bat avec elle dans une vie bien rangée. Fonctionnaire au service des victimes du 11 septembre, un mari aimant et journaliste à « Archéologie magazine », elle bovaryse un max et se lance, sous l’influence « télépathique » de Julia, dans l’écriture d’un blog culinaire. Un tour de force, digne de Phileas Fogg : les 524 recettes du guide de Julia Child en 365 jours, et autant de haut comme de bas dans sa vie quotidienne dans le Queens…
Tout ira qui finira bien, naturellement. Nora Ephron signe un film au scénario parfaitement huilé, sans doute même un trop. La mise en scène s’efface au profit des numéros des acteurs : Meryl Streep, too much, retrouve un Stanley Tucci impeccable. Amy Adams comme Chris Messina tiennent leurs rôles avec constance. Si on se laisse prendre jusqu’à la ronde des desserts, le film a son charme, mais d’autres, sans doute, le trouveront indigeste. Une affaire de goût…

julieetjulia2009162151949805528.jpg

Julie & Julia, un film de Nora Ephron (2h03). En salles.

Entrez dans la légendaire armée du crime

Dimanche 20 septembre 2009

h4ill11943883832cannesarmeecrime.jpg

C’est après deux belles heures un rien alanguies de film que Robert Guédiguian livre sa vérité. De ce groupe Manouchian à l’affiche de son nouveau film « L’armée du Crime », il a modifié le parcours et la chronologie pour que ses héros entrent dans la légende. Cette honnêteté emporte alors l’adhésion. C’est à une entrée en légende que nous convie donc Robert Guédiguian, réalisateur d’origine arménienne et longtemps compagnon de route du Parti communiste. Qu’importent alors les naïvetés, les trémolos de bravoure et d’amour mélangés, ce Paris de carton-pâte, les ciels lumineux d’une femme courage ou la beauté sauvage de quelques fougueux militants découvrant la lutte armée, Robert Guédiguian forme de ces fantômes fusillés au Mont Valérien en 1944 des héros rassemblés comme ils le peuvent autour d’un poète amoureux, Missak Manouchian, subtilement interprété par Simon Abkarian. Avec toujours le même cœur à l’ouvrage.

L’armée du crime, un film de Robert Guédiguian avec Simon Abkarian, Virginie Ledoyen, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Jean-Pierre Darroussin (2h19). En salles.

Le grand retour d’Hervé Guibert

Samedi 19 septembre 2009

guib5.jpg
Santa Caterina © Hervé Guibert

Octobre sera guibertien ou ne sera pas ! Après le projet « rien autre que radiophonique » de Vincent Josse, les éditions Gallimard annoncent pour le début du mois la réédition du premier texte d’Hervé Guibert paru aux Editions Régine Deforges « La mort propagande », augmenté d’une préface de Thomas Simonnet, éditeur si attentif à l’œuvre de l’auteur du « Mausolée des amants » à qui l’on doit aussi les dernières rééditions (« Zouc par Zouc », « Suzanne et Louise », « Les articles intrépides »). Le 4 octobre, le distributeur BHQL proposera à la vente le film mythique et terrible d’Hervé Guibert « La pudeur ou l’impudeur », une docu-fiction tournée dans les dernières semaines de la vie de l’écrivain entre Paris et l’Ile d’Elbe. Ses deux éditions vont de pair tant elles permettent en reflet l’une de l’autre de mieux comprendre l’oeuvre « barbare et délicate » d’Hervé Guibert…

Hervé Guibert, La mort propagande et autres textes de jeunesse, Editions Gallimard.

La pudeur ou l’impudeur, un film d’Hervé Guibert, Editions BHQL. En bonus, un commentaire de l’écrivain Christophe Donner et les deux émissions télévisées « Apostrophes » et « Ex-Libris » auxquelles participa Hervé Guibert.

Jacques Audiard, prophète en sa prison

Samedi 19 septembre 2009

19138473.jpg
Tahar Rahim © DR

On a tout dit sur « Le prophète » de Jacques Audiard depuis sa présentation triomphale au Festival de Cannes 2009. Le film est sur les écrans et rencontre son public. Il le mérite. Un grand film, bien sûr, mais ce sont avant tout les belles manières et l’intelligence de Jacques Audiard à construire ce sombre roman d’initiation qui emportent l’adhésion. Un maniérisme « pasolinien », en somme, qui fait respirer son film et l’élever à son meilleur.

Un prophète, un film de Jacques Audiard (2h30). En salles.

Non ma fille… : un film breton

Samedi 19 septembre 2009

000338.jpg
Chiara Mastroianni © DR

Il y a au cœur du film de Christophe Honoré un court métrage maladroit et breton. Ce conte rappelle l’attachement du cinéaste à ses origines bretonnes. Il y est revenu filmer cette belle histoire en famille, portée avec talent par Chiara Mastroianni, Marie-Christine Barrault, Fred Ulysse, Jean-Marc Barr et Marina Foïs. Le film est tranquille et sa beauté lente vient de cet apaisement au regard des dangers que recèle la vie de famille. Aidée au scénario par la romancière Geneviève Brisac, Christophe Honoré filme sec et juste les tourments d’une jeune mère divorcée, enfermée dans une vie qu’elle ne veut plus, dont elle ne peut plus. Cette force tranquille et souvent triste, Chiara Mastroianni, s’en empare et fait du personnage de Léna une fière héroïne.

Non, ma fille, tu n’iras pas danser, un film de Christophe Honoré. En salles.

Les regrets : une histoire (trop) simple

Samedi 19 septembre 2009

19086654.jpg
Yvan Attal et Valeria Bruni Tedeschi © DR

Les regrets, le nouveau film de Cédric Kahn, réalisateur de l’indépassable « Roberto Succo » avec le volcanique Stefano Castelli. Les regrets, Yvan Attal face à Valeria Bruni-Tedeschi. Les regrets, une passion amoureuse, avec ses hauts et ses bas, ses cris, ses hystéries, ses allers sans retours et ses retours quand même. Un film français. Pas mal fait, mais mou. En sortant, on pense à Claude Sautet, à son exigence, sa rigueur, son souci du détail sociologique et son art des situations. Avec le même argument, il aura fait de grands films : « César et Rosalie », « Max et les ferrailleurs », sans oublier « Mado », et l’un des plus beaux : « Une histoire simple »… Ici, on en est loin.

Les regrets, un film de Cédric Kahn. En salles.

Le ravissement « Chéri »

Vendredi 28 août 2009

19052926.jpg
Michelle Pfeiffer © DR

Y aller et y revenir. Revu l’autre dimanche le très beau film de Stephen Frears, tiré de « Chéri » et « La fin de Chéri », deux romans de Colette. Il n’y a rien à dire, sinon que c’est un film impeccable, en pleine grâce et intelligence, porté par Michelle Pfeiffer et Kathy Bates, qui s’affrontent en un sémillant jeu de dames. Encore un film à costumes, où Stephen Frears s’enivre d’organza, de taffetas et autres crinolines ? Non, Frears se saisit d’un siècle naissant, d’un homme et de quelques femmes décadents dans un monde qui bientôt ne sera plus le leur. Il faut un générique et quelques photographies pour que le cinéaste et son formidable scénariste Christopher Hampton placent leurs regards narquois sur ces personnages d’un autre temps pour que le film démarre, brillant, et ne s’arrête plus. Chéri, Nounoune, les cocottes, défilent. Bientôt Maxim’s ouvre ses portes à l’heure de souper, on s’endort à l’hôtel Régina aux Tuileries, on se réveille, en mal d’amour, à l’Hôtel du Palais à Biarritz. L’amour, la fantaisie, vieillir sans jamais mourir. Un ravissement.

Chéri, un film de Stephen Frears. Sortie DVD en octobre 2009.

Quentin Tarantino fait de la résistance

Dimanche 23 août 2009

19085289.jpg
Quentin Tarantino et ses « Inglorious Basterds » © Universal

« Il est permis de violer l’histoire, à condition de lui faire de beaux enfants » disait Alexandre Dumas. Une phrase qu’a du méditer Quentin Tarantino ! De beaux enfants, ces bâtards sans gloire ? Pas vraiment, mais un farce sympathique comme une lettre d’amour au cinéma de série B avec la vitalité furieuse dont Tarantino sait faire la démonstration. Bien sûr, c’est bien trop long, bien trop bavard, lourdingue, mais quel esprit donne le cinéaste à ces comédiens. Christoph Waltz en haut de l’affiche, les égéries françaises Kruger et Laurent au mieux de leur talent, Brad Pitt ridicule à souhait mais heureux de l’être et une mine de seconds rôles épatants (Daniel Brühl, Michael Fassbender). C’est un festival de cinéma et il ne faut rien lui demander d’autre !

Inglorious Basterds, un film de Quentin Tarantino (2h28). En salles.

Partir, revenir

Jeudi 20 août 2009

19112459.jpg
Kristin Scott Thomas © DR

Une jolie maison dans le Gard, cigales chantantes, baies vitrées sur le jardin, tableaux et mobiliers confortables. Deux adolescents, une femme anglaise pour un mari chirurgien. Les ouvriers travaillent dans l’atelier. Suzanne. Une femme s’ennuie, une femme s’enflamme pour le plus « brave » de ses ouvriers. Un catalan replet, poilu de dos comme de face, ancien taulard. Un diable de l’amour. Catherine Corsini, que l’on avait connu nettement moins inspirée, filme son actrice Kristin Scott-Thomas. Elle est de tous les plans, par tous les temps. Une femme et deux hommes. Rosalie, César, David, comme avant eux, Jules et Jim. L’histoire commence et finit d’un coup de fusil. D’emblée, Catherine Corsini prend la voie Truffaut jusqu’à utiliser en bande originale les musiques composées par Georges Delerue pour ses films. Son récit cavale. Il ne s’arrêtera pratiquement pas. Le scénario est sans relief mais Catherine en pince pour Kristin et c’est avec la performance nerveuse d’Yvan Attal, enfin, revenu devant la caméra, le meilleur de ce film aux situations attendues comme la ritournelle connue, perdue de vue, reconnue. Celle de la passion d’une femme amoureuse.

Partir, un film de Catherine Corsini (1h25). En salles.

Maman, j’ai rétréci le scénario

Jeudi 20 août 2009

19112537.jpg
Le choc Neuilly / Châlon © TFM Distribution

Voici donc la petite sensation cinématographique du moment. 300 000 entrées Paris en une semaine, le meilleur démarrage pour un film français depuis l’indigent OSS 117 : Rio ne répond plus. Circulez, il n’y a rien à voir, sinon un emballement médiatique par semaine d’août sans actualité culturelle évidente. On regarde les chiffres à la loupe, on tend son micro aux producteurs et on guette les spectateurs à la sortie des séances climatisées. Phénomène garanti pour un scénario bien mince, un happy-end courtois et une « pléiade » d’acteurs de comédie faisant des apparitions astucieuses (Valérie Lemercier, Josiane Balasko, Olivier sans Kad, Ramzy sans Eric, François-Xavier Demaison, Armelle) dans une comédie mollassonne opposant Neuilly et la banlieue au temps du sarkozysme triomphant. Un film pas méchant, sans gros rire qui tâche mais quel dommage de ne s’être pas offert un scénario plus épais quand on a la possibilité de rassembler une telle brochette d’acteurs dont les talentueux Denis Podalydès et Rachida Brakni !

12345...10