Archive de la catégorie ‘Cinema’

Le fil : la Tunisie sans alibi

Lundi 31 mai 2010

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© Pyramide Distribution

C’est un vilain petit film, maladroit, qu’on voudrait aimer, tant il est volontaire et généreux, mais qui quitte la route au bout de quelques images. L’affiche semblait prometteuse : le retour de la Cardinale, la Tunisie, les garçons. Et, au final, une comédie du retour au pays natal, avec hystérie de mère et copines idoines, angoisses de garçon bien nourri, Tadzio méditerranéen de second zone, sueur et petit marcel pour faire monter le thermomètre…

Le fil, un film de Medhi Ben Attia, avec Claude Cardinale, Antonin Stahly-Vishwanadan et Salim Kechiouche (1h33)

A single man : que mon cœur lâche !

Vendredi 19 mars 2010

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Colin Firth © Mars Distribution

Il y a de jolis instants, c’est vrai, dans le film glamour à mort de l’ancien couturier Tom Ford, mais aussi des manières pompières de marchand de lunettes qui rendent le film proprement indigeste. Dommage, on était bien parti pour suivre les variations mélancoliques de Colin Firth, gentil professeur tiré à quatre épingles, épagneul malheureux d’un amour ravissant mais accidenté, rouge sang sur la poudreuse au coin d’une route de campagne, jusqu’à l’entrée dans son appartement design, transparence de verre et de bois… Dès lors, plus rien ne va, Christopher Isherwood, dont est adapté le film, a déjà fichu le camp, il ne reste que chiffons mondains et falbalas homosensibles en guise de scénario : une soirée alcoolisée avec Julianne Moore, écrite à la truelle, la nuit qui tombe sur quelques jeunes hommes prêts à l’amour, une dangereuse baignade nocturne et, au final, la crucifixion d’un cœur bien fatigué.

A single man, un film de Tom Ford, 1h53 (En salles).

L’homme qui plantait des arbres

Mercredi 17 février 2010

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Françoise Fabien et Guy Marchand © Ad Vitam

L’argument est simple : Frédérick (Guy Marchand impeccable) fait pousser des arbres et, depuis près de soixante ans, cultive un secret. Autour de lui, seuls sa femme (Françoise Fabian, royale en bourgeoise digne de province) et son fils aîné (Pierre Loup Rajot, perdu de vue) savent la vérité sur son histoire. La mort de ce fils, avec qui il entretenait des rapports conflictuels, le conduit à révéler enfin à ses proches ce qu’il n’avait jamais pu dire. Le secret : l’homosexualité de Frédérick. Vient le temps, cet automne de la vie, où il faut que les secrets circulent, comme dirait Hervé Guibert. On pense d’emblée au terrible « Festen » de Thomas Vinterberg, mais le duo Ducastel / Martineau n’a pas cette violence. Le secret court, oui, mais comme l’eau lente d’une rivière en hiver, gelée en surface, tourmentée en son fond et les comédiens, formidables et attachants (n’oublions pas l’éclatante Catherine Mouchet), sont à ce diapason. En toute simplicité. Ce qui rend ce beau film fragile, solide comme un chêne.

L’arbre et la forêt, un film de Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Rix Jean Vigo 2009. (En salles)

Invictus : good morning Madiba !

Mercredi 20 janvier 2010

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Matt Damon © Warner Bros. France

C’est du cinéma américain, gonflé à l’hélium du « biopic » à la manière du torse body-buildé de Matt Damon, acteur bubble-gum du cinéma américain. Une histoire édifiante et édifiée par Clint Eastwood, que nous avons connu plus subtil et moins manichéen, à la gloire politique du stratège Nelson Mandela (Morgan Freeman, en attendant l’Oscar) qui s’emparant de la Coupe du monde de rugby en fit un « lieu » de réconciliation entre les sud africains noirs et blancs. Le film, pavé de bonnes intentions et de dépassement de soi, se regarde, la larme facile mais l’Histoire n’est pas vraiment celle-là.

Invictus, un film de Clint Eastwood, avec Morgan Freeman et Matt Damon (2h13). En salles.

Souvenirs d’un joli conte d’été en Bretagne

Mardi 12 janvier 2010

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Melvil Poupaud dans « Conte d’été » (1996) © Les Films du Losange

Eric Rohmer (1920 -2010)

Bright Star : d’un papillon à une étoile filante

Lundi 11 janvier 2010

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© Greig Fraser

Jane Campion aime les marges et plus encore celles qui naissent des plus fortes conventions. Souvenez-vous de la déjà lourde en crinoline « Leçon de piano ». A l’époque, le sirop Nyman dans les oreilles, on avait adoré le film. Alors comment se fait-il que le charme cette fois n’opère pas ? Un ennui profond et quelques scènes émouvantes pour un film qu’on était prêt à chérir… Les amours du jeune poète Keats, sa poésie incandescente d’amour et d’eau fraîche, tout tombe à plat malgré de bons acteurs. Un scénario alangui et notre intérêt vacille. D’autres en sortiront les yeux rougis.

Bright Star, un film de Jane Campion (1h59). En salles.

Plein Sud : un coeur qu’on croirait en hiver

Jeudi 7 janvier 2010

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Yannick Rénier et Théo Frilet © Ad Vitam

Ce sont des corps d’abord. Des corps agités, de soleil, de musique et de danse. Des corps et des cœurs meurtris qui sans qu’on nous l’explique se sont retrouvés là, au bord d’une route de Normandie. Cap au sud, vers le sud, celui d’abord de l’Atlantique, puis courir le Pays Basque, traverser les Pyrénées et rejoindre Tuleda, loin, plus loin que Saragosse. En chemin, certains rencontrent d’autres corps, solides de vie et de désirs. Se rencontreront-ils eux-mêmes ? La partie n’est pas facile, quand le cœur se mêle aux corps, tout devient plus difficile. En quelques motifs, en trois phrases étouffées par l’éclat d’un coup de feu ou la fureur d’un jembé une nuit d’été et autant de flashbacks, Sébastien Lifshitz, dont on aime à suivre la piste depuis son solaire « Presque rien », risque un film qui à chacun instant menace de sombrer dans la mièvrerie.
Un frère, une sœur, elle est enceinte, il aime les garçons. Ils ont la beauté du diable. Ils rencontrent Sam, joli garçon triste. Ensemble, ils roulent dans une vieille américaine. C’est presque l’été, ils n’ont rien d’autre à faire que fuir. Fuir pour mieux se trouver. La règle du jeu est simple, donnée dès le début du film. Très court pour un film d’une heure trente, vous me direz… Pourtant, il se passe quelque chose dans ce film fragile et timide qui trouve peu à peu sa puissance dans un monologue avec Samuel (Yannick Rénier) : son mutisme, la recherche d’un dialogue perdu avec la mère, l’impossibilité d’un partage avec le frère, la mort du père impossible à venger et le désir de revenir à la vie auprès d’une famille qu’on se serait choisie. Au final, il faudra à Samuel la solitude pour renaître. Et cette renaissance est belle à vivre au regard de Sébastien Lifshitz. Plein sud, comme un plein soleil sur un être rare et élégant en quête de lui-même. Un « faible cœur», le titre choisi par Lifshitz pour son film avant que ses producteurs ne lui conseillent ce « Plein sud » pour une sortie en plein cœur de l’hiver…

Plein sud, un film de Sébastien Lifshitz, avec Yannick Rénier, Léa Seydoux, Nicole Garcia (1h30). En salles.

L’instant Persécution

Jeudi 31 décembre 2009

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S’il ne doit rester qu’un film de cet automne-hiver, ce sera celui de Patrice Chéreau. Persécution. Encore un grand film malade, bien sûr, Patrice Chéreau ne saura jamais décider s’il est un cinéaste, un romancier, un metteur en scène de théâtre ou un scénariste. Ce refus d’entrer en une seule religion est pour certains, une faiblesse, pour d’autres, une force ou plus précisément un tremblement. Persécution est donc une nouvelle œuvre au noir, mal aimable, âpre et difficile dans un chatoiement de sentiments humains et dévastateurs. Ouverture : un SDF frappe une femme, la miséricorde aux yeux. Un homme (admirable Romain Duris) et une femme (Charlotte Gainsbourg impeccable) s’aiment, un autre, le fou (émouvant Jean-Hughes Anglade) voudrait l’aimer, lui, Daniel, le garçon désagréable, celui qui « prend la tête » de ses amis, de sa fiancée au point qu’elle a besoin de distance avec lui pour le supporter, inventant ensemble une scène sublime d’amour au téléphone. Daniel, qui se frappe la tête contre les murs de ses contemporains, sur les chantiers qu’il dirige, au bistrot, dans la maison de retraite où il visite les petits vieux. Daniel, encore, a un secret. Celui d’un grand garçon seul. Seul, parce que, soudain ou peut-être trop vite, devenu adulte. Une persécution, pour tous.

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Persécution, un film de Patrice Chéreau, avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg et Jean-Hughes Anglade (1h30).

Cinéma 2009 : petites conversations familiales

Jeudi 24 décembre 2009

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Le père de mes enfants, un film de Mia Hansen-Love© DR

Le cinéma nous aura créé des familles cet automne. De belles familles en chairs et parfois en larmes. Elles auront couru comme autant de cantates et autres petites conversations lumineuses, heureuses, puis malheureuses et encore heureuses. Comme d’habitude, peut-être ? Mieux que d’habitude, sans doute, puisque leurs étoiles continuent de briller longtemps. On pense à la solitude de Mme Chambon (Sandrine Kiberlain) et la famille de son amant (Vincent Lindon). On a les larmes aux yeux d’Alain Cavalier qui pleure son Irène, sa fière aimée. Irène, sa reine. Et puis ces Mère et fille, Marie-José Croze et Marina Hands, rassemblées autour de la figure butée de Catherine Deneuve et du débonnaire Michel Duchaussoy, quatuor talentueux pour un film fragile. Une père et sa fille. Un père et ses filles. Un père et sa femme. Un père de famille. Pouvait-on imaginer plus beau tombeau pour un père, Humbert Balsan, que celui subtil et lumineux de Mia Hansen-Love ? Son film Le père de mes enfants est un bijou sombre, le film de jolis coeurs en hiver qui connaîtront, c’est sûr, à nouveau le printemps…

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Mère et fille, un film de Julie Lopes-Curval © DR

Drôle d’aubergistes à Woodstock

Jeudi 1 octobre 2009

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Demetri Martin dans « Hotel Woodstock » © DR

On avait laissé Ang Lee à Brokeback Mountain, deux cowboys éperdus d’amour l’un pour l’autre. On le retrouve à Woodstock, sur les pas d’un drôle d’Eliott, garçon sensible s’ennuyant à Bethel, écrasé par une mère ashkénaze, jamais remise de la guerre et de son exil, un père falot et taiseux, naviguant entre le motel familial et New York où il tente une laborieuse carrière artistique. En quelques jours, sa verte vallée deviendra, par son entregent libertaire, le mythique « Woodstock », et son hôtel vétuste le carrefour de toutes les expériences hippies. Eliott, lui, embrassera et couchera avec un solide garçon au regard triste, se laissera aller à un trip flower-power, protégé par un body-guard transgenre (excellent Liev Schreiber). Vivre, vivre enfin : c’est le credo d’Ang Lee depuis ses premiers films. A Woodstock, la démonstration est intéressante mais tourne un peu court tant la reconstitution est caricaturale et les personnages campés grossièrement. On aurait aimé une part documentaire plus grande, moins légendaire pour que le film sonne plus juste. Il n’empêche, cet Eliott, sa famille, ses nouveaux amis, sont attachants et portent le film de toutes leurs maladresses.

Hôtel Woodstock, un film d’Ang Lee. En salles.

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