Archive de la catégorie ‘Cinema’

Moi aussi je suis Catherine Deneuve…

Mercredi 2 janvier 2008

« Je vous aime » : un beau film vieilli. 1979, en haut de l’affiche, Catherine Deneuve, définitivement la femme la plus libre du cinéma français, et un casting masculin d’enfer : Jean-Louis Trintignant, Gérard Depardieu, Alain Souchon et… Serge Gainsbourg. Ils forment autour d’elle, un quatuor, les hommes de sa vie. Une nuit de Noël enneigée, des enfants gâtés, elle revoit le film de ses amours… Dans ses mémoires, pleins d’un besoin irrassasiable de consolation, Claude Berri raconte : « Quand j’ai proposé à Catherine Deneuve de faire un film avec elle qui s’inspirerait de sa propre vie, de ses amours, je n’avais pas compris que j’allais faire un film sur moi. A travers les amours de Catherine, j’ai cherché à comprendre comment on pouvait faire sa vie en plusieurs fois, moi qui avais toujours cru faire la mienne avec une seule femme… J’ai été très heureux et surpris que Catherine m’accorde sa confiance et me laisse s’inspirer de sa propre vie. Elle a vraiment joué le jeu, sans censure aucune. Dans cette auto-fiction, probablement cherchait-elle à se comprendre elle-même. Tout était implicite entre nous. »

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Catherine Deneuve, La Chamade © Alain Cavalier

Je vous aime, un film de Claude Berri (en DVD)
Autoportrait, Claude Berri. (Léo Scheer / Livre de poche n° 30324)
Moi aussi, je suis Catherine Deneuve, Pierre Notte (L’avant-scène, Théâtre)

La plage de Sète et quelques dames en noir

Mardi 1 janvier 2008

Quelques années que cette ville me fait ce bel effet. Venu de Villeneuve-les-Maguelone un jour d’été marcher sur cette plage où la supplique de Brassens veut qu’on y soit enterré, j’y suis revenu plusieurs fois avant de décider que ce serait là que les vacances, au coin du Mont-Saint-Clair et de la Méditerranée, rimeraient avec poissons grillés, heures passées sur le sable de la plage de la Vigie, dîner au Paris Méditerranée, tielles chaudes en déjeuner de soleil, verre de Picpoul de Pinet en apéro au Bistro du marché. Eté comme hiver. Cette fois-ci, à la Pointe courte, ce petit village de pêcheurs sur l’étang de Thau que filma Agnès Varda en 1954.
Nostalgique, elle est revenue à Sète cet automne, filmer les ports et les plages qui ont compté dans sa vie. Gageons que ce film aura la beauté de son installation présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, superbe variation sur le deuil d’une dizaine de veuves, jeunes ou âgées, habitant l’Ile de Noirmoutier…

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© Ciné-Tamaris

« Les veuves de Noirmoutier » (documentaire / Arte France), installation dans le cadre de l’exposition « L’ïle et elle » (été 2006)
Paris-Méditerranée, 47 rue Pierre Semard, Sète : 04 67 74 97 73
Le bistro du marché, rue Alsace-Lorraine, Sète.

Madame demande la lune

Samedi 29 décembre 2007

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© Fidélité

Danièle Dubroux a une petite sœur. Elle s’appelle Valeria Bruni-Tedeschi et son film « Actrices » est borderline. Bavard comme un film français, négligeant parfois dans sa mise en scène, Actrices vaut par les tribulations tragi-comiques d’une idéale famille de théâtre et de cinéma, rassemblée autour d’elle. Au scénario, la complice Noémie Lvovsky, devant la caméra Laurent Grévill, Marie Rivière, Pascal Rongard, Eric Elmosnino, sans oublier les très proches Marina Borini (ma maman) et Louis Garrel (mon chéri).
Marcelline peut alors revenir à Nanterre, là où la carrière de Valéria Bruni commença. Elle y joue Tourgueniev sous la férule d’un Mathieu Amalric hilarant (je veux des corps, pas de la psychologie !). Plus qu’un film sur les confusions d’une actrice entre réalité et comédie, Actrices est un film émouvant, arrosé de vodka, sur le passage du temps (Marie, Jésus, le curé, faites-moi un enfant et je renoncerai à la gloire et aux honneurs !), les fantômes (belle Valeria Golino) et le deuil – celui annoncé d’emblée de la mort du frère Virginio, celle du père suggéré par l’apparition de Maurice Garrel (tiens une autre famille).
Avec la même férocité qu’elle avait à filmer Carla – Chiara Mastroianni à la guitare et le cercueil du père immensément riche qui ne rentre pas dans son jet privé dans « Il est plus facile pour un chameau », Valeria Bruni-Tedeschi ne cache rien ici des hésitations et des failles qui pourraient la noyer : « vous n’avez qu’à dire que je suis folle ! ». Pourtant, dans une scène finale, époustouflante, Marcelline prend la fuite, court de Nanterre au Pont-Neuf et c’est Valéria qui nous révèle qu’elle est insubmersible !

Actrices, un film de Valeria Bruni-Tedeschi (en salles). Durée : 1h47.
Borderline, un film de Danièle Dubroux, 1990

Dans tes cheveux

Samedi 29 décembre 2007

Cinéma national populaire de Lyon. Avec tous ces adjectifs, le CNP doit être un cinéma d’art et d’essai. Beau et tentant cinéma de quartier. Dès l’entrée, on s’emmêle les pinceaux dans la programmation – bel inventaire à la Prévert… On voulait voir « Control », raté à Paris, on verra finalement « Actrices ». 7,50 euros pour une salle riquiqui, un écran minuscule et un tombereau de publicités SFR, Parfums Gaultier à vous faire regretter votre UGC Ciné-Cité Bercy, les oreilles dans les craquements de pop-corn des teen-agers. Vient l’instant magique. Alors que le film commence, la salle entière, dans une danse digne d’un feu de Saint-Jean, se déplace. C’est qu’ils sont nombreux, les cheveux en bataille ou les chevelus tout court, à fréquenter cette salle et à pratiquement vous empêcher de voir le film !

Beau travail

Mercredi 26 décembre 2007

Un film touché par la grâce de son acteur principal. A croire que dès que Casey Affleck apparaît dans un film, son jeu imprègne irrémédiablement la pellicule, allant jusqu’à en modifier le scénario et le montage. C’était déjà mon sentiment en sortant de l’hypnotique « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », où le duo qu’il formait avec Brad Pitt, au mieux de sa forme, rendait le film hors norme.
A nouveau, Casey Affleck porte un film sur ses épaules. Le premier film de son frère, Ben, « Gone Baby gone », adapté de Dennis Lehane qui offrit avec son roman « Mystic River » l’argument d’un des meilleurs films de Clint Eastwood, magnifié par la présence de Sean Penn. Dommage que Ben Affleck ne soit pas Clint Eastwood, en quête de l’indicible frontière entre le Bien et le Mal. Il s’emmêle un rien dans cette histoire sombre de rapt d’enfant, mais le jeu inspiré de Casey Affleck, entouré par Morgan Freeman et Ed Harris, pousse le film au plus loin de ses tourments.

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© Miramax Films

« Gone Baby gone », Ben Affleck (sortie le 26 décembre 200è)
« L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », Andrew Dominik (encore en salles)

J’ai cru entendre « je t’aime »…

Jeudi 6 décembre 2007

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Jour de fête nationale en Finlande ! Sortant du train de Marseille, à quelques heures de l’avion pour Toulouse, je trouve le temps de passer à la FNAC Bastille pour acheter l’édition collector des « Chansons d’amour », le film de Christophe Honoré qui paraît en DVD. Sans conteste, son plus beau film, défait de ce maniérisme agaçant qui me faisait abandonner à mi-parcours ses précédents films (« Ma mère » surtout) ou ses livres « pour adultes » (« Scarborough », « Le livre pour enfants », Editions de l’Olivier) – alors que sa littérature pour enfants est un ravissement («Tout contre Léo », à découvrir de toute urgence à l’Ecole des Loisirs). Alors revoir une nouvelle fois ces « Chansons d’amour » dont je ne dirai jamais assez à quel point elles sont le reflet de ma génération, de nos amours, de la confusion voulue des genres et des solitudes, de notre confrontation mal-aisée avec la mort de nos proches. Film-chorale porté par la grâce de ses comédiens (Garrel, Hesme, Mastroianni, Sagnier, Roüan, et naturellement Leprince-Ringuet), un film est encore magnifié par les paroles et musique d’Alex Beaupain, écoutés en boucle depuis : « je suis beau, jeune et breton, je sens la pluie, l’océan et les crêpes au citron… »

King Lear

Jeudi 6 décembre 2007

Un article du Monde lu il y a quelques jours me rappelle quelques souvenirs de Jean-Luc Godard. Fidèle au Centre André-Malraux de Francis Bueb, il participait aux Rencontres européennes du Livre de Sarajevo. Quelques années plus tard, il y tournera d’ailleurs un film « Notre musique ». Monologue du maître au fond d’un taxi dans Sarajevo, la nuit, le cigare légendaire aux lèvres. Présent comme perdu au milieu de ses contemporains, « mieux vaut toujours faire son devoir que son droit », disait-il, le sens de la formule toujours aussi aiguisé…
Aujourd’hui, Jean-Luc Godard se sent seul. « De plus en plus de films sortent en salles, mais il y a de moins en moins de cinéma ». Disparues l’atmosphère et l’émulation créatrice des années 50, finie la belle complicité avec les cinéastes, anciens des Cahiers du Cinéma, comme Rohmer ou Rivette, ratée la grande exposition rêvée par Dominique Païni à Beaubourg, plus que le tennis, un art qui se joue pourtant à deux, pour le réjouir… Il n’ira pas chercher à Berlin le Prix pour l’ensemble de son œuvre (« life achievement » en VO) de l’Académie du cinéma européen, présidée par Wim Wenders. « Les trois quarts des gens qui reçoivent aujourd’hui des Prix à Berlin n’utilisent la caméra que pour exister, et non pour voir quelque chose, que l’on verrait pas sans elle – de la même façon qu’un scientifique ne pourrait voir certaines choses sans son microscope, ou un astronome certaines étoiles sans son télescope », déclare-t-il dans l’hebdomadaire « Die Zeit », paru le 29 novembre.
Retour à Sarajevo… A l’aéroport, en attendant l’avion du retour, JLG s’isole, parcourt les livres que les écrivains invités n’ont pas manqué de lui dédicacer, se lève et disparaît sans mot dire. Philippe C., jeune journaliste à l’époque, retrouvera quelques minutes plus tard tous les livres dans la poubelle des toilettes de l’aéroport de Sarajevo…
De ces étonnantes journées à accompagner Jean-Luc Godard dans Sarajevo encore en ruines, je conserve tout de même une belle photographie de Sophie Bassouls et le scénario d’un film d’Anne-Marie Miéville, sa compagne, que je reçus de Suisse quelques jours après mon retour de Bosnie-Hervégovine…

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© Films Alain Sarde / DR

Notre musique, Jean-Luc Godard, 2004, (DVD Cahiers du Cinéma)
Après la réconciliation (scénario), Anne-Marie Miéville, Editions du Cahiers du Cinéma

Les tricheurs

Mardi 4 décembre 2007

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Pendant que les banlieues se consument, que Béjart tire sa révérence en sautillant sur nos écrans et que le Président Sarkozy voit la Chine s’éveiller, Florence Foresti, comique de deuxième zone, fait la couverture de Match avec sa toute nouvelle progéniture… Drôle d’époque ! Au même moment, Paris Match reçoit quelques happy-fews à la Cinémathèque Française autour de l’exposition Sacha Guitry. Champagne et petits fours sur la mezzanine, suivis de la projection du « Roman d’un tricheur » (1936) salle Henri Langlois. Le film d’esprit français par excellence. Cette voix off inimitable. D’éminents spécialistes rappellent qu’Orson Welles imita le procédé pour son « Citizen Kane » (1941).
Ce « Roman d’un tricheur » donne l’envie de se plonger dans les textes de Guitry qui souffrent tellement d’avoir été saucissonnés en petites phrases et servis ad nauseam aux Grosses Têtes de Philippe Bouvard. On court à la librairie pour s’emparer du dernier Folio racorni des « Mémoires d’un tricheur ». Et on lit : « Il y a cent façons de tricher, mais il n’y a guère que trois sortes de tricheurs.
Tout d’abord, il y a le joueur qui triche – qui ne triche que parce qu’il joue. Qui le fait sans méthode, sans préméditation, d’une manière presque inconsciente, involontaire, et dont on sent très bien qu’il est parfaitement honnête en dehors du jeu.
Il y a l’homme qui joue incorrectement parce qu’il est incorrect d’un bout à l’autre de la vie – et qui doit penser que ce n’est vraiment pas le moment de l’être.
Enfin, il y a le tricheur de profession, conscient et organisé. ». On y reviendra !

Sacha Guitry, une vie d’artiste. Exposition à la Cinémathèque française, Paris, jusqu’au 18 février 2008
Sacha Guitry, Mémoires d’un tricheur, Folio Gallimard
Sacha Guitry, Une vie de merveilles, André Bernard, Préface de Jean Piat, Editions Omnibus, 2006

Becs de lièvre…

Mardi 27 novembre 2007

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Cinéma anglo-saxon encore et toujours. On projetait hier en avant-première à l’UGC Ciné-Cité Bercy devant un public de cheveux gras, manga dans la poche de baggys usés, rongeurs de pop-corn king size arrosés de minute maid en demi-litre, le nouveau film de James Gray « La nuit nous appartient ». Quelques jours après le polar splendide et vénéneux de David Cronenberg « Les promesses de l’ombre » – un film à vous empêcher de vous asseoir tranquillement sur le fauteuil de votre coiffeur de quartier (Garçon coiffeur, 19 rue Clauzel, Paris 9 : 01 42 82 00 72. Demandez Patrick. Drôle et silencieux, adepte d’Acqua di Parma), la mafia russe est décidément partout et dit une nouvelle idée de la guerre froide. Mais le plus singulier est certainement ces deux acteurs idéaux aux becs de lièvre : Joaquin Phoenix et Viggo Mortensen (photo), jumeaux de rédemption, qui portent la vérité et la puissance de ces deux films. James Gray et David Cronenberg n’ont pas peur de leur faire incarner la part la plus violente de notre imaginaire et la plus sentimentale de nos émois. Avec Tommy Lee Jones, remarquable en père « lost in translation » dans le film de Paul Haggis « Dans la vallée d‘Elah », ils forment le trio de tête de notre novembre au cinéma.

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