Archive de la catégorie ‘Chansons’

Danielle Darrieux : ma baronne bien-aimée

Samedi 12 juillet 2008

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Danielle Darrieux dans « Une chambre en ville » © DR

Dans son journal de la semaine dans Libération, le critique Michel Boujut rend visite à Agnès Varda qui termine ces jours-ci le montage de son autobiographie « Les plages d’Agnès » (sortie décembre 2008). On y apprend également que Rosalie Varda, sa fille, travaille à l’édition intégrale des films de Jacques Demy en DVD. Un grand bonheur en perspective : enfin, retrouvée, Danielle Darrieux en Mme Langlois, baronne déchue, portée sur la bouteille d’ »Une chambre en ville », Dominique Sanda, nue sous son manteau de fourrure et d’autres films encore : « Parking », japonaiserie fragile complètement oubliée avec Marie-France Pisier, Jean Marais, Laurent Malet et Francis Huster, « Trois places pour le 26″ Mathilda May bondissante et Montand dansant sur les marches de la gare Saint-Charles à Marseille, Jeanne Moreau tout en Cardin dérivant sur la « Baie des Anges », Anouk Aimée dans un « Model shop » seventies à Los Angeles et « Lola » à Nantes…

Intégrale Jacques Demy, novembre 2008, Ciné-Tamaris, Arte.

Jacques Demy ou les racines du rêve, Jean-Pierre Berthomé, Editions de l’Atalante (réédition, 1996).

Julien Doré, l’erstaz de convoitise

Jeudi 3 juillet 2008

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Julien Doré © L’Express Style

Qu’y a-t-il à retenir de l’album tant attendu de Julien Doré ? Pas grand chose. Beaucoup de bruit, de pose et d’encre pour rien. Un peu de talent, encore de l’humour pour emballer une production à la hauteur des enjeux économiques, bien sûr. Pourtant, les chansons se fanent les unes derrières les autres. Des notes de déjà entendu, tellement désinvoltes, calculées au millimètre près du bon goût qu’on en reste sur sa faim. Désolé, le garçon a du charme, une race et de jolis refrains mais tout cela tourne à vide comme ses portraits de papiers glacés où il sert de porte-manteau à tout ce que la France compte de créateurs mode…

Singing with Arthur H

Jeudi 3 juillet 2008

Naturellement il est un homme du monde. Je l’avais quelque peu abandonné ces dernières années à sa « Négresse blanche » et voilà qu’il revient avec un album magnifique intitulé « L’homme du monde » qui le place parmi les meilleurs éléments de la nouvelle chanson française. Je ne reviendrai pas sur sa lignée (à laquelle il rend un subtil hommage sur le titre « Cosmonautes père et fils »), juste marquer d’un court signe la sortie de ce bel album. Bien sûr, « Dancing with Madonna », hilarante parodie de la dame qui a quatre minutes pour sauver le monde, que l’on entend sur quelques radios mais surtout les chansons « Si tu m’aimes », « Naissance d’un soleil », « Mon nom est Kevin B. ». Elégance des compositions et orchestrations, texte à la malice déroutante, voix de crooner en harmonie : une réussite jusque dans la pochette du disque réalisée par Laurent Seroussi !

L’homme du monde, Arthur H (Polydor)
En tournée dans toute la France cet été et à l’automne.

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Arthur H © DR

Les belles mécaniques de Mathias Malzieu

Jeudi 3 juillet 2008

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© DR

Je suis passé à côté cet automne et je le découvre avec un retard qui n’a d’égal que le plaisir à le passer en boucle. Le disque a traîné parmi tant d’autres et, par le plus simple des hasards, est réapparu sur la pile. Impossible d’en décoller l’oreille désormais. Un travail remarquable où toute une troupe donne le meilleur d’elle-même emmenée par la maestria de Mathias Malzieu et son groupe Dionysos : Emilie Loizeau, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Arthur H et, excusez du peu, Jean Rochefort, Rossy de Palma et Eric Cantona en guest-stars. L’histoire à vous de la découvrir : il est, entre autres, question d’un coeur fragile amoureux de la délicieuse Miss Acacias, défié par le dangereux Joe, bientôt borgne mais pas pour autant moins amoureux. Et encore d’un singulier hamster prénommé Cunnilingus qui semble faire le bonheur des dames !
Aux dernières nouvelles, Mathias Malzieu travaille avec Luc Besson à l’animation de ses beaux personnages enchantés pour un film à venir en 2009 ou 2010. Déjà, une pointe d’impatience !

La mécanique du coeur, Dionysos, 2007 (CD Barclay)
La mécanique du coeur, un roman de Mathias Malzieu, (Flammarion, 2007)

Les 33 tours d’Alex Beaupain

Lundi 23 juin 2008

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© DR

J’ai déjà dit ici mon admiration pour les « pop-song » d’Alex Beaupain, le compositeur des « Chansons d’amour » de Christophe Honoré. Faut-il qu’il garde encore longtemps ce sparadrap avant que le public lui reconnaisse sa propre légitimité ? Gageons que son prochain « 33 tours » à paraître le 7 octobre prochain lui permettra d’élargir son public et de dépasser les seuls aficionados des films de Christophe Honoré. A l’entendre la semaine passée à Toulouse au Cloître des Jacobins, face à un public de jeunes filles et femmes pleines d’amour pour ses chansons, le pari serait en passe d’être gagné.
Des premières chansons de ce nouvel album entendues en avant-première, j’en retiens deux : « Au travers », joyeux méli-mélo d’amour dans la continuité de « Garçon d’honneur » et « Je veux », délicieuse gourmandise pop, héritière du Daho des premières années : « Je veux de l’alcool / je veux du sexe / je veux de la drogue / Je veux de la nuit / mais pas d’amour, pas de baisers, pas d’être aimé, pas d’alentour ». Le tube de l’automne !

« 33 tours » d’Alex Beaupain, Naïve, Le 7 octobre. En tournée, cet automne.

Les histoires d’amour de Catherine Ringer

Mercredi 30 avril 2008

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Catherine Ringer © DR

C’était le soir de la mort de Farid Chopel. Encore un troublion des années 80 qui disparaissait dans la cinquantaine. Oubliée, la folie Goude, le temps était celui du deuil. Alors, Catherine Ringer arriva sur scène, petite, le cheveu en chignon de construction savante, les mains traqueuses. Tout de suite, elle dit sa tristesse à se produire seule en scène. A la Cigale. Sans Fred Chichin, sur ce qui s’apparentait à un long chemin de croix en solitude. Contre cela nous ne pouvions rien, elle se mit à chanter des extraits du dernier album composé ensemble, rempli de prémonitions du drame qui devait arriver. Elle chantait, elle chantait, folle à lier de musique et de danse… Plus tard, après cinq ou six chansons, le spectacle s’est arrêté et soudain est apparue la nouvelle Catherine Ringer, celle peut-être du temps d’après, offrant au public des reprises de Bowie, du Velvet underground, de Mira. Des chansons proches de ses préférences musicales, mais qui tranchaient singulièrement avec le répertoire des « Rita » que les fans étaient venus, en fidèles, entendre, par crainte de ne bientôt plus pouvoir l’entendre en concert. Dans ce long couloir de métamorphose, on s’ennuyait malgré l’énergie de la Ringer. Avec les rappels, revenaient les légendaires Rita Mitsouko d’un « Andy » ressassé à une « Marcia Baïla » explosive. Catherine Ringer quittait alors la scène d’un prometteur : « merci, merci, grâce à vous, maintenant, je ne suis plus triste »… On se demandait en sortant quelle Catherine Ringer nous allions (re)découvrir dans quelques mois…

Les belles promesses d’Alex Beaupain

Dimanche 6 avril 2008

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Alex Beaupain © DR

Le patron de sa maison de disques, Naïve, dit de lui qu’il est timide et qu’en cela, il lui rappelle Etienne Daho à ses débuts. A voir les photographies de Daho dans l’exposition « Des jeunes gens mödernes » à Paris, on se dit qu’Alex Beaupain, l’auteur des musiques des films de Christophe Honoré (17 fois Cécile Cassard, Dans Paris, Les chansons d’amour – César de la bande originale 2007) et d’un album personnel (Garçon d’honneur), a de beaux jours devant lui…
Timide, il est. Et c’est sans assurance aucune, qu’il arrive sur la scène du Café de la danse ce samedi et se glisse, tendu, derrière son piano. Première chanson, la voix un rien froide mais déjà le poil qui se dresse. De delicieuses chansons tristes, à la couleur du ciel, chantées pendant tout l’automne, l’hiver aussi. Et maintenant le printemps, elles se fredonnent encore comme la météo changeante de nos sentiments en milieu tempéré.
Il est émouvant, le garçon Beaupain face à cette foule des plus sentimentales. Des garçons, beaucoup, des couples attendris aussi, et des bandes de fiers adolescents heureusement mélancoliques. Veste noire cintrée, chemise blanche col ouvert, cravate noire oversize, blue-jeans et basket converse, il donne des chansons connues et d’autres à venir d’un album prometteur. Des bonheurs d’amour simple, des dépressions d’amours abandonnées et surtout des perles de poésie enfilées, magnifiques, les unes aux autres. Une reprise, en pied de nez, de Richard Anthony (« A présent tu peux t’en aller ») et le clou du spectacle : la présence, tout en trac, de Grégoire Leprince-Ringuet, le fameux Erwann des « Chansons d’amour », le garçon sentant bon « la pluie, l’océan et les crêpes au citron ». Au troisième rappel, Alex Beaupain s’en va, nous laissant le cœur battant la chamade…

Catalogue Alex Beaupain, chez Naïve.

« Des jeunes gens mödernes, 1978 – 1983″
Exposition collective à la galerie du jour agnès b du 3 avril au 17 mai 2008
Catalogue de l’exposition et compilation audio en coédition agnès b. / Naïve

Bashung, le dernier des solitaires

Samedi 29 mars 2008

Que se passe-t-il, M. Bashung ? Il ne peut être seulement question de marketing viral ! Comment cette presse de dithyrambe, exultante, à vos genoux… Du Monde – ce portrait proprement « stupéfiant » de Véronique Mortaigne – à France Inter, en passant par Le Figaro, Libération et les Inrockuptibles ? La couverture de Télérama étant momentanément occupée par les élucubrations de Daniel Cohn-Bendit, vous reviendrez sans doute en deuxième semaine – métaphore de ce qu’est devenu ce journal, suiviste et incapable de la moindre prescription, en un mot, un journal mort malgré les excellents journalistes réunis autour du cercueil.
Sans doute, parce que bien vivant, vous l’êtes, M. Bashung dans cet album qui vibre d’un sombre éclat. Des mélodies qui accrochent d’instinct l’oreille, des textes de sombre mélopée qui serrent le coeur. Ainsi les textes hauts d’Himalaya de Gérard Manset vous cintrent avec une élégance sans pareille. « L’imprudence », le titre de votre disque précédent, colle comme une prémonition à cet album nouveau. Vous nous terrassez de votre voix incandescente, de l’interprétation fulgurante des textes de ceux qui vous donnent le meilleur d’eux. Ab libitum, ce voyage en solitaire du plus beau bleu pétrole…

« On dirait qu’on sait lire sur les lèvres / Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze / On dirait que sans les points on est toujours aussi balèzes / Et que les fenêtres nous apaisent / On dirait que l’on soufflerait sur les braises / On dirait que les pirates nous assiègent / Et que notre amour c’est le trésor / On dirait que l’on serait toujours d’accord… »

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Bleu pétrole, Alain Bashung © DR

Madonna : 4 minutes, 50 ans

Dimanche 23 mars 2008

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Madonna © Pizello / AP

« Time is waiting / No hesitating »… « Vieillir, quel naufrage » doit parfois se dire Madonna, 50 ans en août prochain, à la manière du Président de Gaulle. Même si un triomphe dans les charts semble assuré pour son album « Hard candy » à paraître le 28 avril, on se demande qu’est ce qui fait courir Louise Veronica Ciccone, encore Mrs Ritchie pour quelques semaines selon les tabloïds et lestée d’un contrat en or avec Live Nation, derrière Timbaland et Justin Timberlake et chanter « Tick tock tick tock » ou encore « the road to heaven is paved with good intentions » sur son dernier titre « 4 minutes ».
Déjà, à la sortie de « Frozen » en 1998, Neil Tennant des Pet shop Boys avait pointé l’une des nombreuses contradictions de la mégastar : tout ce déferlement de moyens et d’intelligence marketing pour chanter « Love is a bird, she needs to fly »… Mais, à quoi bon s’en formaliser, on a déjà téléchargé et écouté en boucle le fameux morceau instantanément devenu tube planétaire. Et demain, en panurge, on ira se faire rançonner de 200 euros pour la voir danser et chanter en play-back au Stade de France, comme hier à Bercy dans son déplorable Confessions Tour (photo)… Je ne suis pas non plus à la première contradiction près !

Keith Haring : Happy Valentine, New-York !

Dimanche 23 mars 2008

C’est un temps que nous ne connaîtrons jamais, une époque révolue, une atmosphère disparue. Pour ceux qui n’en sont pas morts, elle est une nostalgie définitive. Au-delà de la performance, la vaste exposition des œuvres de Keith Haring au Musée d’art contemporain de Lyon, la plus importante jamais organisée en France, vaut pour ce qu’elle ne parvient pas du tout à montrer parce que bien trop timide et surtout trop occupée à démontrer que le talent de Keith Haring renvoie aux plus grands (Picasso, Pollock) ou à la mythologie ancienne. Ce qui manque ? L’extraordinaire et incessante vitalité créatrice du New York 1980 qui a fait de Keith Haring ou de Jean-Michel Basquiat deux de ses plus beaux enfants. Avant eux, il y avait eu Andy Warhol et sa Factory. Il sera leur parrain, les encouragera face à un monde de l’art effrayé par ces garçons des rues. Le sida, la drogue les emportent très tôt, leurs œuvres comme des comètes sont des plus populaires aujourd’hui. Et ce n’est que justice. Alors, leur ancienne amie de galère, Madonna, peut continuer de chanter pour eux : « No other city ever made me glad except New York / I love New-York »…

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Keith Haring et Jean-Michel Basquiat, au Club 57 © Estate of Keith Haring.

The Keith Haring Foundation
Rétrospective Keith Haring, Musée d’art contemporain de Lyon, jusqu’au 29 juin 2008.

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