Archive de la catégorie ‘Chansons’

Au pays des merveilles de Juliette

Vendredi 24 juillet 2009

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Juliette Gréco © DR

Elle est au calme de sa maison de Ramatuelle. Du moins, c’est ce qu’elle disait il y a trois semaines au Journal du Dimanche dans le commentaire d’une photographie ancienne qui la voyait, jeune, audacieuse, à Saint-Tropez avec les disparus Jacques Chazot et Françoise Sagan. Désormais, loin du soleil, du bruit, des tapages et des fureurs des modes passées, elle se repose. Loin de tout ? Non, sa saison 2009 – 2010 fut à nouveau exceptionnelle : 60 ans de chansons, une collaboration avec Abd al Malik, un nouveau disque « Je me souviens de tout », riche des musiques de Gérard Jouannest et des mots d’Olivia Ruiz, Marie Nimier, Miossec, encore une tournée qui s’est arrêtée début juin au Théâtre des Champs Elysées à Paris. La Gréco, la plus émouvante, de moins en moins chantante, mais de plus en plus vivante par ce phrasé étonnant et ses gestes, en harmonie des piano et accordéon qui l’accompagnent. Un plaisir rare, comme en voie d’extinction, qui laisse les spectateurs en apesanteur. Elle reprend la route à l’automne, ne la ratez pas.

Juliette Gréco, Je me souviens de tout (Universal).

Gainsbourg 2008 : mi chèvre, mi chou

Mardi 3 février 2009

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Je t’aime moi non plus, le film © DR

D’un seul mot, dire la déception que procure l’exposition « Gainsbourg 2008″ à la Cité de la musique. Beaucoup de bruit pour rien et la sensation d’emprunter des chemins cent fois racontés. Le mystère Gainsbourg reste entier et c’est peut-être mieux ainsi. Quelques petites pépites tout de même : la sculpture de François-Xavier Lalanne « L’homme à la tête de choux », l’autoportrait de Gainsbourg le peintre et sa collection d’écussons de gendarmerie offerts par nombre de gardiens de la paix chargés de ramener le chanteur enivré chez lui après la tournée des grands ducs…

Gainsbourg 2008, Cité de la musique, jusqu’au 15 mars 2009

Natacha Atlas, rose gelée en la chapelle

Lundi 2 février 2009

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Natacha Atlas en concert © DR

Sait-on seulement seulement si elle est belle ? A-t-elle ce charme si rare et oriental qui mettrait d’emblée tous les spectateurs de son côté ? Ni belle, ni même charmante, Natacha Atlas donnait hier son seul concert londonien pour cause de pharyngite aiguë dans une chapelle désaffectée d’Islington et sans chauffage. Il fallait toute l’abnégation de ses fans et de ses musiciens enthousiastes pour trouver de la chaleur dans un concert qui en manquait singulièrement, elle, assise à son tabouret, ingurgitant toute sorte de potions entre deux belles et entêtantes chansons d’influence libano-égyptienne, parlant peu, remerciant à peine l’assistance de sa présence nombreuse. Pourtant, impossible de ne pas reconnaître que Natacha Atlas reste une voix magnifique, un bel oiseau de nuit à faire vivre de brûlantes nuits d’Egypte à même Londres enneigé…

Nouvel album : Ana Hina (Harmonia mundi, 2008)

Jane de tous les combats birmans

Samedi 22 novembre 2008

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Jane Birkin © Reuters

Birkin, encore une fois. Mercredi, à Paris, Jane donnait une petite fête dans les locaux de sa maison de disques pour le lancement de son nouvel album « Enfants d’hiver » dont on a dit ici tout le bien et l’émotion qu’il nous procure. On appelle désormais cela un « show-case » où, devant la profession, les amis et la famille, Jane Birkin a chanté avec ses musiciens quatre de ses nouvelles chansons dont elle a pour la première fois écrit les paroles et repris en éternel hommage « ex-fan des sixties » de Serge Gainsbourg. Une jolie demi-heure en chansons avec une Jane fragile, petit charlot timide dans ses vêtements amples, qui dès qu’il s’agit de reprendre le combat pour la Birmanie donne de la voix, porte fort son engagement pour les enfants, les moines, Aung San Suu Kyi et les militants de son parti. De plus en plus libre, de plus en plus vrai.

Dick Annegarn, le garçon dans la vallée

Dimanche 16 novembre 2008

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Dick Annegarn © Jan Welters

Il chante des chansons nouvelles, mais elles semblent déjà de son répertoire. Rien de nouveau sous le signe de Dick Annegarn. Rien n’est moins grave, elles rythment, à la manière des autres, nos dernières semaines. Il y est question de poule qui pond tant, de Théo et Vincent Van Gogh, de la vie qui va et vient et de l’amour, toujours. Une jolie pépite de ce « Soleil du soir » : un hommage, heureux, à un Jacques. Jacques Brel. Emouvant.

Soleil du soir, Dick Annegarn. Tôt au Tard. Sortie le 3 novembre.

Jane Birkin, bel enfant de l’hiver

Vendredi 24 octobre 2008

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Jane Birkin dans son film « Boxes » © DR

Ses chansons semblent s’être échappées de son film « Boxes », des journées sombres de ciel de crachin dans son petit village de l’Aber-wrac’h, pas loin de la retraite de son cher Christophe Miossec – le chanteur brestois qui lui rappelle tellement Serge. Jane Birkin a écrit toutes les paroles de son nouvel album « Enfants de l’hiver » et confié les mélodies à Edith Fambuena, Alain Lanty et quelques autres. Et c’est une réussite. Des chansons tristes et mélancoliques, piano-voix, accompagnées de quelques instruments pour sertir des textes très intimes. L’album sortira le 17 novembre, il signera le vrai retour de Jane Birkin à la chanson, après deux ou trois albums de contributions diverses, charmants mais impersonnels. Gainsbourg a cesse d’être son double, Jane B. s’avance seule sur ce disque. Elle est magnifique.

« 2001 je suis parti à Brest avec Dora… J’ai embarqué une douzaine de mélodies pour m’encourager… Je me suis mise immédiatement à écrire pendant dix jours, tempête dehors et dedans, je crois qu’il y avait une accalmie, et j’ai écris sur le sable, sur la plage Ste Marguerite, les pages volaient avec le vent…sur les dunes, je parlai dans mon dictaphone…c’était période bleue… pause… Avignon. Je pars pour une carte blanche offerte par Laure Adler en direct sur France Culture, Philippe Lerichomme me suggère les chansons de Gainsbourg réorchestrées par Djamel Benyelles…Djam & Fam…paroles de Serge, mistral, magie…Arabesque était né…l’Odéon, le public était là, un « Visiteur du Soir » aussi… Olivier Gluzman ! Nous voilà parti pour l’Algérie, avec Serge en Arabesque.
2008, sept ans et quarante et un pays plus tard… Je reprends mes textes et les mélodies après la sortie de « Boxes », retrouvés dans des tiroirs. Avec Philippe, mon complice de toujours, on a travaillé et corrigé mes fautes… J’ajoute des pages griffonnées sur ma table de nuit, sur une enveloppe, sur un menu, dans un avion, une plainte, une blague, un regret… Puis Eulry, Fambuena et Grill ajoutent leurs mélodies à celles du début : Souchon, Lanty, Richard, Sivadier, Workman, Rodde, Louis…J’y colle mes colères nocturnes, des nostalgies, des histoires…
Dans le studio d’Edith et Annika, j’étais en paix, accompagnée, bercée, aimée…les musiciens sont arrivés, doux, touchés, …un mois de bonheur, au revoir la solitude, mixage avec Mako, une semaine de parfum en plus… Je donne une photo de moi à douze ans, on me reconnaît…. Avec une infinie délicatesse, Jorge Fernandez m’emmène au bout… J’écris ceci sur la même table devant la mer, il pleut comme il y a sept ans, ma voix me chante à travers les haut-parleurs et je n’ai pas honte…
Je reçois les photos retouchées par Emilie, chronopost… « Enfants d’Hiver » part au jugement des autres…l’hivernage est terminé » Jane Birkin

Jane Birkin, Enfants d’hiver. Sortie le 17 novembre.

Alex Beaupain, ouragan de mélancolie

Vendredi 17 octobre 2008

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Alex Beaupain © Fred Stuczin

Son nouvel album « 33 tours » est sorti au début du mois d’octobre et aux mêmes dates il donnait ses premiers concerts à la Boule noire. Nous y étions. Impossible de ne pas venir soutenir celui que nous tenonspour le meilleur auteur français de notre génération. Sa ciné-family avait aussi fait le déplacement et nous reconnaissions dans la salle Clotilde Hesme, Christophe Honoré et Grégoire Leprince-Ringuet venir applaudir les nouvelles pop-song de l’auteur des « Chansons d’amour ». Ce fut un moment rare, encore d’une grande timidité – c’est peu dire qu’Alex Beaupain n’est pas une bête de scène – mais le garçon a tellement d’humour qu’on en oublie les quelques couacs de cette première. De l’humour jusqu’à oser une version très détonante de « Comme un ouragan » et des chansons de sentiments tristes et mélancoliques qui nous tiennent le cœur.

Alex Beaupain, 33 tours, Naïve. En tournée en France cet hiver.

Gérard Manset en liberté

Samedi 27 septembre 2008

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La photo retrouvée d’un Gérard Manset jeune © DR

Il est un compagnon de route. Un des rares dont j’achète le jour même de la parution les albums. Pas besoin de critique ou de la moindre promotion. J’y vais les yeux fermés, je les ouvre en poésie à la première note de la première chanson. Un album tous les deux ans, un rendez-vous régulier avec un bohémien désabusé qui sème de plus en plus de chansons chez les autres (Jane Birkin, Raphaël, Julien Clerc, Florent Pagny, Juliette Gréco, Indochine), des perles rares que certains comme Bashung transforme en diamant (« Comme un Légo » sur l’album « Bleu pétrole »)…
Ses chansons-fleuves sont des repères : « Royaume de Siam », « Les Iles de la Sonde » et « Territoire de l’Inini » de mon adolescence, « Entrez dans le rêve », « Matrice » d’années plus récentes et encore « Obok », « la Vallée de la paix », « Jadis et naguère » d’aujourd’hui. Et maintenant ce « Manitoba ne répond plus », titre étrange, hérité de Hergé : même univers, même ambiance rock un peu désuète et cette voix bizarre, aiguë qui chante l’Amazonie, la route, les femmes et les rencontres de tristesse. Elégant comme la prose d’un poète maudit, contemporain dans le mal des cités, et toujours aérien…

Gérard Manset, Manitoba ne répond plus, CD EMI. Sortie le 15 septembre 2008.

Julien Clerc : le bruit de l’ennui

Samedi 27 septembre 2008

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Julien Clerc © DR

Pourquoi pas Julien Clerc ? Je peux encore écouter à plein volume « La cavalerie » ou « La Californie » et toutes ses autres chansons en majesté signé Roda-Gil ou Dabadie, jusqu’à l’épuisante « Mélissa ». Alors comment caler à l’écoute de ce nouvel opus « Où s’en vont les avions ? » ? Tout simplement parce que, dirigé par Benjamin Biolay et Bénédicte Schmitt, épaulé par Gérard Manset, David McNeil, Jean-Loup Dabadie et Maxime Leforestier, Julien Clerc semble quand même s’y ennuyer ferme. L’ensemble est de bonne tenue, bien sûr, mais aucune chanson n’accroche vraiment l’oreille si ce n’est vaguement « La jupe en laine » et surtout « Déranger les pierres » que nous connaissions à deux voix avec Carla Bruni. Pour le reste, le bruit pas terrible de la rengaine déjà usée…

Julien Clerc, Où s’en vont les avions ?, Virgin Music. Sortie le 15 septembre.

Frère animal : le combat ordinaire

Dimanche 13 juillet 2008

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© F2F Music

D’ordinaire, je dois l’avouer, je fuis ce genre de ce spectacle, toujours désolé par le manque d’humour de ces jeunes créateurs qui se veulent touche-à-tout de génie et d’emblée démiurges sans distance sur leur travail, portés par quelques journalistes négligents qui pensent tirer bénéfice de leur pavillon de complaisance…
Alors, quand il s’en présente un, de belle facture, idéal d’intelligence et d’humour, j’applaudis. C’était le cas, l’autre soir, au Théâtre des Bouffes du nord, dans le cadre du festival « Fragile » (19 juin – 5 juillet), où se produisaient l’étincelant Florent Marchet et sa troupe (l’écrivain timide Arnaud Cathrine, la chanteuse Valérie Leulliot, déjà repérée avec son groupe « Autour de Lucie » et le performiste Nicolas Martel, classieux de perversion) pour le roman chanté « Frère animal ». L’argument ? La vie sans mouvement et tout en dépression, bientôt libératrice de Thibault, petit mec du tertiaire dans une entreprise d’une ville de province. Rien de nouveau, rien de terriblement passionnant, mais ce déjà-vu, déjà-dénoncé est porté par la grâce de Florent Marchet (Gargilesse, Rio Baril) dont la présence sur scène tient d’une certaine magie. Voix en velours, mauvaise humeur engageante et drôlement vacharde, texte de qualité : ne serait-ce cet horrible t-shirt blanc et ce jean rouge mal taillé, on le porterait au pinacle. Mais cela n’est pas important : ce qui compte, c’est cette énergie incroyable qui emporte tout, ses complices et une salle toute entière à lui faire un triomphe. Il revient à l’automne à l’Européen, ne le manquez pas !

Frère animal, Florent Marchet / Arnaud Cathrine, Verticales.
Rio Baril, Florent Marchet, CD Universal-Barclay, 2007

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