Archive de la catégorie ‘Art’

Les trésors d’un siècle Saint Laurent

Vendredi 14 novembre 2008

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Pierre Bergé devant le portrait d’Y. Saint Laurent par A. Warhol © F. de Serres

Juste pour mémoire et dans l’émotion toujours vive de la mort d’Yves Saint Laurent, ravivée ces jours-ci par la parution de la biographie croisée de Saint Laurent et de Lagerfeld chez Denoël, signaler la publication de l’enquête d’Annick Cojean sur la vente dite « du siècle », celle de la collection de Pierre Bergé et d’Yves Saint Laurent en février 2009 chez Sotheby’s. Elle s’annonce exceptionnelle et unique comme le créateur disparu et le couple que les deux hommes formaient.

La vente du siècle, par Annick Cojean, Le Monde, 27 septembre 2008.

Alicia Drake, Beautiful people, splendeurs et misères de la mode, Denoël.

Pierre Bergé, L’art de la préface, Gallimard.

Le cri de Tracey Emin à Edimbourg

Vendredi 31 octobre 2008

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Tracey Emin © Scott Douglas

On quitte l’après-midi Oleg Kulik, un chien fou, à Paris pour découvrir une autre enragée à Edimbourg. Tracey Emin ! Cet automne, l’artiste anglaise d’origine chypriote, complice de Sarah Lucas et de la bande des Young British Artists (YBA) qui affolèrent la scène artistique londonienne au début des années 90, a les honneurs de la National Scottish Gallery of Modern Art pour la première rétrospective de ses créations.
20 ans, déjà ! Comme le temps semble passer furieusement vite avec Tracey Emin. De ses premiers dessins ou installations, plus rien. Tracey Emin a par deux fois détruit la totalité de son travail. Il ne reste aujourd’hui qu’une installation en forme de pirouette à l’entrée du musée : sur des étagères sont posés de petits canevas recouverts de photographies des oeuvres détruites. Cette liquidation fait l’effet d’une bombe et vous catapulte directement dans son univers trash et poétique. Echos d’une enfance difficile, amour de grand-mère et admiration du père propriétaire d’un hôtel « International », douleurs de l’avortement, passion d’amour destructrice, Tracey Emin donne la part la plus intime d’elle-même dans une débauche de couleurs, de patchworks et de sexe. Elle est la fille du quartier par qui le scandale arrive, mais il n’est que le reflet d’une vie de dureté. Et, merveille du sordide, Tracey Emin transforme ses blessures, ses dépressions en un art incontrôlé, totalement affranchi, lit ouvert sur ses névroses, sang et pisse compris. Parfois, aussi, Tracey Emin danse. Sur une musique des Bronski Beat, elle semble heureuse, virevolte. Parfois, encore, Tracey Emin hurle. Hommage à Munch, elle crie, sur un ponton de Norvège, nue face à la mer, la tristesse de tous ses enfants morts. Son hurlement court les couloirs de la Gallery et résonne encore à l’heure d’écrire ces quelques lignes. Magnifique engagement de soi pour la création, éblouissante domination de soi pour l’art. Alors le soufre qui entoure son œuvre s’estompe et c’est une remarquable artiste qui, année après année, dépression après controverse, force le respect.

« Tracey Emin. 20 years », National Scottish Gallery of Modern Art, jusqu’au 9 novembre

Oleg Kulik : la FIAC mordue par un chien

Mercredi 29 octobre 2008

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© Oleg Kulik

L’affaire Kulik a d’abord couru les allées de la FIAC avant de s’offrir deux colonnes dans « Le Monde » lundi, puis l’ouverture des pages « culture » de « Libération » ce matin. Samedi, à la FIAC, les photographies du russe Oleg Kulik ont été décrochées par des policiers en civil sur instruction du Parquet de Paris en raison du caractère « violent ou pornographique » des images « susceptibles d’être vues par des mineurs » montrées sur le stand de la galerie moscovite XL. Images saisies et galeristes gardés à vue.
Difficile de savoir s’il s’agit d’une péripétie due au zèle de quelques fonctionnaires des douanes ou la confirmation d’une censure carabinée qui s’abattrait sur la création artistique en France… Mais, surtout, qui est cet avant-gardiste d’Oleg Kulik, dont je découvre seulement aujourd’hui qu’il est exposé dans le monde entier, que les images de ses performances ont été achetées par le Ministère de la Culture et qu’en janvier prochain, au Théâtre du Châtelet, il signera une mise en scène des « Vêpres de la Vierge » de Monteverdi ?
Voulant juger sur pièces, je me précipite à l’heure du déjeuner à la galerie Rabouan-Moussion qui expose en même que la FIAC plusieurs de ses travaux récents. « Libération » a encore des lecteurs et la galerie comptait à mon arrivée une affluence inhabituelle de curieux et de journalistes venus flairer, caméra au poing, l’odeur du scandale. derrière les micros, se murmurent les mots de « zoophilie » et de « pornographie ». De scandale, pourtant, il n’y en a point dans les images d’Oleg Kulik – ou alors vous n’êtes jamais entré dans une galerie d’art contemporain. De la puissance et de la rage, en revanche, des tonnes.
Le performer, né à Kiev en 1961, se met en scène sur des tirages grand format. La nudité n’est jamais frontale, mais d’emblée, vous êtes saisi par la force et la beauté du bonhomme, une belle gueule de russe énervé, corps épais et musclé. Il est tour à tour chien méchant, politicien nourricier, Jésus d’un calvaire de boucherie moscovite. Et encore, la tête dans le cul d’une vache (« Deep into Russia » !), ami d’une chèvre nommé Charles, député aux pattes d’ovin, de nouveau chien en laisse et muselière, puis lâché face à des hommes politiques sans doute véreux et, pour terminer le parcours par une vidéo, gourou barbu. Son idéologie ? La « zoophrénie », soit une nouvelle façon d’aborder les rapports entre l’homme et l’animal dont le principe tient, nous indique un cartel, en ces quelques mots : « Je n’ai jamais été un homme. En effet être un homme exige l’exclusion de tout ce qui est non humain, que ce soit animal ou divin ». Instructif. Finalement, ce petit scandale a du bon : il nous découvrir un artiste, un vrai !

« New Sermon. Photos et vidéos de performances 1993-2003″, Oleg Kulik, Galerie Rabouan Moussion, Paris 3, jusqu’au 1er novembre.

Les passages secrets de Jesper Just

Dimanche 28 septembre 2008

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It will all end in tears, 2006 © Jesper Just

Un des meilleurs vidéastes européens se produit dans l’incorfort du hall d’entrée d’une galerie parisienne – celle d’Emmanuel Perrotin, protecteur de Calle, Cattelan, Delvoye, Murakami, Oppel, Trouvé, Veilhan – et les médias français n’en ont cure. Le danois Jesper Just propose pourtant trois vidéos admirables à Paris avant d’aller se faire acclamer à la Liverpool Triennal, à New-York, après Londres, Mimami, Amsterdam, Los Angeles et Copenhague où il est né en 1974.
Que voyons-nous ? Trois fascinations : une vieille femme à l’agonie; un homme perdu dans un jardin japonais, passant de la vie à la mort dans un New-York de feu d’artifices et de hurlements de chanteurs finlandais; Udo Kier, acteur fétiche de l’underground (Paul Morissey, puis Gus van Sant et Lars von Trier), en créature mi-homme, mi-femme, perdu dans un décor rococo roumain. Image stylisée, épure étrange, merveilleuses lumières nocturnes, pétales de rose et nature effrayante, Jesper Just offre des rêveries perturbantes, hypnotiques comme le passage de la foudre.

www.jesperjust.com

Jesper Just, Romantic delusions, Galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, Paris 3, jusqu’au 14 octobre 2008.

Sophie Calle, la miraculée de Berck

Samedi 27 septembre 2008

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© Sophie Calle

Quel plaisir à retrouver l’espièglerie de Sophie Calle, embarquée dans deux voyages abracadabrants à Berck et à Lourdes ! Nous sommes en 2005, Sophie s’ennuie sans doute et consulte sa voyante Maud Kristen. Il faut lui arranger quelque chose, demander aux cartes de lui trouver de nouvelles aventures à vivre. La voyante est réticente, mais finalement accepte une première tentative qui conduit Sophie Calle à Berck, chemin sur lequel elle croise Jack Lang qui lui lance un prémonitoire « Prenez soin de vous », puis arrivée dans cette ville connue pour ses soins aux grands accidentés, une incroyable mémé, cinglée à lui faire prendre le frais aux extrémités d’un panneau de signalisation. Sophie cherche des signes, elle les trouve dans sa rocambolesque virée ! Ravie de cette excursion, Sophie réclame à sa voyante une nouvelle destination. Ce sera Lourdes mais là, Sophie fait un très mauvais trip. Elle le raconte dans l’émotion de l’agonie de sa mère, Monique, éternelle douleur de ce chemin en croix.
On avait perdu Sophie Calle dans les méandres de son exposition vénitienne, où elle faisait interpréter par une troupe disparate de femmes une lettre de rupture. On la retrouve ici plus saisissante, moins bavarde, plus grave mais fidèle à elle. On pense alors à cette phrase de Michel Foucault pour décrire l’œuvre d’Hervé Guibert, grand ami de la Calle : « il lui arrive toujours des histoires fausses. » Et c’est ainsi qu’on les aime !

Sophie Calle, Où ? Quand ?, Galerie Emmanuel Perrotin, 10 impasse Saint-Claude, Paris 3, jusqu’au 14 octobre 2008.

Jari Silomäki : un paradis de bohème

Mercredi 24 septembre 2008

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Jari Silomaki, My weather diary © DR

« Il n’y a pas pire nomade que les rationalistes » Kant.

Jari Silomäki faisait les beaux jours d’une très belle exposition du PS1 MoMA de New-York, joliment intitulée « Arctic Hysteria ». Le finlandais que l’on avait découvert au Kiasma d’Helsinki en janvier dernier y présentait de pièces magnifiques, son journal photographique et un travail sur le deuil de sa grand-mère. La compagnie de Jari Silomäki est savoureuse, il vous emporte sur ses routes de doutes, d’introspection et de mille petites observations du quotidien, dont il tire une vraie philosophie de l’existence. Le travail est impeccable, les perceptions contemporaines, on est avec lui, on est lui. Idéale profession de foi.

Arctic Hysteria, P.S.1 Moma, New-York, jusqu’au 21 septembre.

La beauté des mondes d’Eliasson

Mercredi 24 septembre 2008

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Beauty, Olafur Eliasson, 1993 © DR

Un instant de paradis au PS1 MoMA de New-York. Trois créations plus anciennes d’Olafur Eliasson en écho à son projet « Waterfalls ». Une émotion de feu ardent, portée par un crachin fin d’arc-en-ciel ; un ciel de miroir qui tourne à la ronde, et une fontaine inversée, trois projets, trois belles idées qui marquent l’incandescence de l’Islandais, sa proximité avec les éléments et l’infinie poésie de son travail.

Olafur Elisson, PS1 Moma, New-York, jusqu’au 19 octobre.

Louise Bourgeois, la sorcière couturière

Mercredi 24 septembre 2008

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Louise Bourgeois, 1970 © Raimon Ramis

J’avais des a-priori nombreux. J’avais raté ses expositions à Paris et à Londres. La même rétrospective terminait sa course à New-York au Guggenheim comme un docile retour au bercail d’une femme maintenant vieille qui a vécu sa vie entre New-York et l’Europe. Il n’en était absolument rien, j’ai vu là une des plus belles expositions qui soient. Toute sa vie d’artiste, de plasticienne, de sculpteur qui déroule dans l’immense spirale du Guggenheim. Sa vie, son oeuvre et cette présence si forte, si féminine qui court d’une pièce à l’autre. Louise Bourgeois nous provoque, hurle sa condition de femme, d’artiste, brandit ses convictions, livre son travail, le reprend et le retravaille encore dans des obsessions de corps, de contraintes et de souvenirs. Apre et fulgurante, elle n’offre pas l’échappatoire du beau pour nous distraire. Ses oeuvres sont violentes et signifiantes : elles se donnent et vous compliquent la perception du monde, parce qu’elle ne lâchent rien des détails qui assombrissent nos existences que nous rêverions pourtant joyeuses à défaut d’être exceptionnelle.

Histoires d’O. à New-York

Mercredi 24 septembre 2008

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© DR

Le blog du New-York Times est en surchauffe ! Plus de 40 pages de commentaires et contributions assez en pétard contre les installations du plasticien islandais Olafur Eliasson. L’homme par qui le scandale arrive ! 15,5 millions de dollars pour implanter quatre gigantesques cascades sous les ponts de New-York entre les berges de l’East River, Brooklyn et Governor Island. Le résultat est, il est vrai, un peu décevant quand on a connu la magie des soleils dans la Turbine Hall de la Tate Modern à Londres. Sans doute parce que Eliasson a vu trop grand et que ce gigantisme sied mal à ses créations… Reste tout de même une vision, un engagement au service de l’environnement et de la qualité de vie que portent ses « phénomènes » géants qui soufflent une poésie de paysage dans un enfer de verre et d’acier…

Lire les commentaires sur le site du New-York Times.

Robert Mapplethorpe polaroïds

Mercredi 24 septembre 2008

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Charles and Jim (1973) © Robert Mapplethorpe Foundation

C’est une petite salle du Whitney Museum de New-York. On y accède par la mezzanine du 4ème étage après avoir croisé de beaux Edward Hopper, un Jackson Pollock et deux ou trois autres toiles de prestige. Plus loin, Robert Mapplethorpe offre en une courte exposition ses polaroïds. Bien avant ses fleurs vénéneuses et ses figures érotiques cuir vêtues, Robert Mapplethorpe a débuté sa carrière en photographiant au polaroïd ses amis et parfois leur amant, sa muse Patti Smith, ses compagnons de route new-yorkais (Candy darling, Andy Warhol, Marianne Faithfull), son compagnon Sam Wagstaff et encore d’étonnantes natures mortes qui sont déjà la préfiguration de ses chefs d’oeuvres. Ainsi, sobrement, en noir et blanc, le Whitney nous les donne à voir, comme les premiers moments d’une œuvre incroyablement « new-yorkaise ».

Robert Mapplethorpe, Polaroids, Whitney Museum, New-York, jusqu’au 14 septembre 2008.

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