Archive de la catégorie ‘Art’

La révélation Luc Tuymans

Dimanche 9 août 2009

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Still life, 2002© Luc Tuymans

Cette nature morte, splendide. On découvre les œuvres de Luc Tuymans dans les collections de François Pinault présentées à Dinard et Venise. Un article du Monde nous annonce une première exposition bruxelloise. Heureux Thalys qui nous mène jusqu’au Wiels, haut-fourneau désaffecté devenu centre d’art branché proposant expositions, résidence et son incontournable café-bookshop. 4 étages et nous voici dans l’exposition. Ce sont 22 toiles exposées en « première mondiale » nous annonce le programme trilingue et rassemblées sous le titre « Against the day » qu’il faut traduire en français, jeu de mots compris, par « Contre-jour ». La question de la lumière est primordiale chez Tuymans. Ces toiles, nimbées d’un blanc feutré, semblent volontairement floues. La longue exposition des sujets devant nos yeux révèle peu à peu les motifs du combat visuel engagé par Luc Tuymans. Guerre virtuelle par écran vidéo interposé, intimité dévoyée par la réalité devenue jeu télévisuel, vulgarité et cruauté des déballages médiatiques, le peintre belge interroge son temps et la fascination des images, lui qui n’a que pinceau, couleurs et toiles pour se défendre. Sa réponse mélancolique et modeste touche mais n’émeut pas. Dommage. Pourtant quelques toiles, souvent hors sujet, ramènent à la douceur des travaux vu ailleurs. La nuque d’un vieil homme, la calvitie naissante. Et, en fin de parcours, deux toiles juxtaposées d’un pauvre homme bêchant un jardin intérieur, puis plaqué contre le mur en fond de cour. Sa solitude, splendide.

Luc Tuymans, Against the Day, Wiels, Bruxelles (exposition terminée).

La reine Sophie de Belgique

Dimanche 9 août 2009

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Douleur exquise © Sophie Calle

Les « soucis » de Sophie, c’était le titre d’un billet consacré à l’installation de Sophie Calle « Prenez soin de vous » à la Biennale de Venise 2007. Une prémonition ? Le mot est au cœur de la très belle rétrospective que lui consacre le musée des beaux-Arts de Bruxelles. De Sophie Calle, tout a été dit et, mieux encore, inventé par elle au travers de ses vraies « histoires fausses » à la manière dont Michel Foucault décrivait les aventures singulières de leur ami commun, l’écrivain et photographe Hervé Guibert.
Depuis sa première tentation d’épuisement d’elle-même sous forme de filature en 1981, Sophie Calle n’a pas son pareil pour se lancer dans des aventures personnelles où le hasard tient lieu de constance ou la rencontre est une tentative d’échapper à un quotidien qu’elle craint routinier. Rangée dès lors du côté des extravagantes, elle peut alors tout se permettre : envoyer son lit à un admirateur éconduit, installer un lit (encore) au sommet de Tour Eiffel pour qu’on lui raconte des histoires, décorer une cabine téléphonique à New-York, s’en remettre à la voyante Maud Kristen pour des cavales à Lourdes ou Berck, filmer les derniers instants de sa mère – dont, tiens, le dernier mot sera aussi « souci », mot qui revient sans cesse sur les murs du musée bruxellois. La perte de la mère comme la fin de l’insouciance et soudain le travail de Sophie Calle prend une dimension beaucoup plus grave. Obsessionnelle. Le mot fantôme court l’exposition. Sophie Calle s’ingénie, certes, à donner du fil à retordre à sa propre biographie mais le réel la rattrape. La mère, espiègle et joueuse, est morte. Elle ne reviendra pas. Sophie Calle file au pôle Nord pour enfouir ses bijoux préférés dans la glace. Le mot « Souci » revient comme une pierre tombale, comme un faire-part de deuil carabiné à se colter. La voix de Frédéric Mitterrand, en commentaire off, ne dit rien d’autre que : je t’accompagne. Un autre protocole compassionnel, en somme.

Calle Sophie, Bozar Expo, Bruxelles, jusqu’au 13 septembre 2009.

Warhol au Grand Palais : Bergé avait raison

Dimanche 12 juillet 2009

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Yves Saint Laurent © Andy Warhol / Collection Pierre Bergé / YSL

En photo, les fameux portraits d’Yves Saint Laurent que Pierre Bergé, dans un accès de colère, a fait retirer de la rétrospective Warhol au grand Palais. A visiter l’exposition, ce dernier dimanche de présentation, on salue sa perspicacité. Qu’avaient-ils à faire dans cette galère, ce fatras besogneux de tableaux, vidéos et autres polaroïds, mille fois vus et encore revus, accrochés sans perspectives, jetés là sans la moindre étincelle… La seule ambition d’Alain Cueff, commissaire de l’exposition, était-elle de faire un inventaire de tout ce qui était passé sous les presses de la Factory warholienne ? Pour le coup, l’entreprise est réussie : on passe de salle en salle comme dans un immense catalogue : les stars, les fleurs, les hommes d’affaires. Chacun sa niche et le public défile, l’oeil sur son appareil photo numérique, l’oreille collée à son « audioguide ». On a « fait » Warhol et se fera rançonner à la boutique en sortant. Les royalties sont pour les bonnes oeuvres de Warhol Foundation for the visual arts, dont la mission est d’aider les jeunes artistes innovants. Les vrais.

Les garçons, regard triste, de Djamel Tatah

Dimanche 25 janvier 2009

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© Djamel Tatah / Galerie Kamel Mennour

Je n’ai rien dit, manque de temps, de la très belle exposition de Djamel Tatah à la galerie Kamel Mennour en décembre dernier. Un catalogue à découvrir et à acheter à la galerie de la rue Saint-André-des-Arts, permet de se faire une belle idée de ce travail si intense, si particulier. Des silhouettes errantes, suspendues dans des atmosphères de couleurs éteintes, le visage souvent triste comme happé par un quotidien sans éclat. Des garçons, en une salle magnifique, mains dans les poches, tête baissée. Uniques.

Francis Bacon, période bleue

Dimanche 25 janvier 2009

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Francis Bacon © DR

D’un mot, revenir sur la si belle exposition Bacon de la Tate Britain de Londres. L’exposition a fermé ses portes, elle sera bientôt visible en Italie. S’il vous est possible de passer les Alpes, courrez-y. Injustement décriée par certains spécialistes auto-proclamés de Bacon, cette exposition offre une belle perspective : celle d’un Francis Bacon amoureux, qui de tableau en tableau, n’a de cesse d’inscrire sur la toile, les méandres de sa vie sentimental. Du bleu tendre au noir le plus sombre, de Georges Dyer, l’ami-amant adoré, au visage démultiplié d’œuvre en œuvre, suicidé à Paris quelques heures avant sa première grande rétrospective, jusqu’au dernier garçon, Bacon cavale, fleur bleue, coeur noir.

DGF : un désespoir de Turbine Hall

Mercredi 10 décembre 2008

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TH. 2058 © Loz Flowers / www.flickr.com

La française Dominique Gonzalez-Foerster a les honneurs de la bientôt mythique Turbine Hall de la Tate Modern de Londres. Elle y crée, en un aimable éveil anticipateur – nous sommes en 2058 – un hommage en désordre à plusieurs créateurs contemporains dont Henry Moore, Jean-Luc Godard, Chris Marker ou Louise Bourgeois venue avec son araignée géante et pondeuse. Subtil, précieux et un rien ennuyeux, loin de la maestria d’un Eliasson ou d’une Salcedo.

Th 2058, by Dominique Gonzalez-Foerster, Turbine Hall, Tate Modern, jusqu’au 13 avril 2009.

Cathy Wilkes et Runa Islam au Turner Prize

Mardi 9 décembre 2008

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« I Give You All My Money » © Getty Images

Le prix Turner 08 est allé le 1er décembre dernier à Mark Leckey pour une exposition assommante que l’on peut voir à la Tate Britain pour quelques jours encore à Londres. Il y avait parmi les finalistes deux femmes au talent impressionnant : Cathy Wilkes et Runa Islam. Le première proposait une installation féroce contre le consumérisme ambiant : une accumulation de mannequins, caisse enregistreuse de grande surface et autres nourritures matérialistes, la seconde plusieurs vidéos très en beauté : le passage lent des choses sur des êtres fragiles, goût de pluie, odeur du temps, bris de vaisselle. Leurs oeuvres méritaient le prix. Mais gageons que, même sans cette distinction, elle seraient les grandes de demain.

Turner Prize 2008, Tate Britain, Londres, jusqu’au 18 janvier 2009.

Mark Rothko : rouille et tristesse

Vendredi 5 décembre 2008

Comme une exposition peut sembler triste parfois. Il y avait pourtant foule à la Tate Modern de Londres à circuler devant les tableaux de Mark Rothko. Des oeuvres de la dernière partie de sa vie, des commandes et des tableaux rouge rouille d’un ennui mortel. Je n’ai fait que passer. En témoigne la minceur de ce billet.

Mark Rothko, Tate Modern, Londres, jusqu’au 1er février 2009.

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Mark Rothko Mural for End Wall (Untitled) [Seagram Mural] 1959 National Gallery of Art, Washington Gift of the Mark Rothko Foundation Inc.

M. Bourouissa : des images sous tension

Dimanche 16 novembre 2008

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© Mohamed Bourouissa

La galerie du Château d’Eau à Toulouse l’a découvert au printemps dernier. Ses images de banlieues, et surtout de leurs habitants, font l’événement du Mois de la photo à Paris. Mohamed Bourouissa « documente » les quartiers dits « sensibles » (La Courneuve, Pantin, Argenteuil) avec un oeil acéré. Descente de policiers dans un appartement, sculptures de télévisions fracassées, confrontations de garçons et de filles d’aujourd’hui : toutes ses images semblent sous haute tension et cette électricité nous plaît. Un regard nouveau apparaît sans misérabilisme, au plus près d’un quotidien souvent fantasmé par les médias, au plus brut de codes inconnus.

Périphéries, Mohamed Bourouissa, Galerie Les Filles du calvaire, Paris 3, jusqu’au 22 novembre 2008.

Derek Jarman, le bleu de la nuit

Dimanche 16 novembre 2008

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Derek Jarman © Steve Pyke

Quelques semaines après la rétrospective londonienne « curatée » par Isaac Julien, le festival de cinéma gay de Paris lui ouvrait les portes du Grand Rex pour la présentation de son film-hommage au cinéaste Derek Jarman. Cinéaste ? Oui, bien sûr, mais aussi metteur en scène de théâtre, jardinier, peintre et réalisateur d’un clip pour les Pet Shop Boys (It’s a sin) ! Et plus encore activiste de la cause homosexuelle. C’est ce beau parcours que retrace son fidèle ami Isaac Julien avec le concours d’une autre amie de coeur, la comédienne Tilda Swinton. Ensemble, ils revisitent l’œuvre de Derek Jarman sans trop d’hagiographie, s’attachant à l’influence de son œuvre sur ses contemporains. Une heure durant, on vit dans la fièvre punk du Londres des années 70-80, des premières boites gay aux années Thatcher et à l’épidémie de sida contre lesquels luttera vaillamment Derek Jarman. La mort saisit Jarman en son jardin d’Ecosse, terrassant le génie créateur.

Le site du festival de films gays et lesbiens de Paris
Le site du film.

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