Archive de la catégorie ‘Art’

De quelques expositions d’un ennui mortel !

Jeudi 17 juin 2010

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© Andy Warhol Foundation

Elles n’ont pas passé l’été, elles ne laisseront pas de grands souvenirs. Alors, évacuons-les d’une pichenette, ces expositions-événements qui ne débouchent que sur un vague ennui. Des considérations et variations sur la mort, ici pour « Les vanités, art vivant » au Musée Maillol, une longue dissertation sur le crime, pardon « la douleur, le supplice, la mort », pour la très chic « Crime et châtiment » au Musée d’Orsay curatée, noblesse obligée, par les retraités ou académisés Robert Badinter et Jean Clair. D’une part comme de l’autre, rien à dire, rien à voir, des oeuvres placées les unes derrières les autres, au seul service de l’illustration d’un propos, sans considération de l’œuvre et du parcours des artistes. On pioche ici une tête de mort, là encore une chaise électrique et on sort même d’un musée de société la célèbre « veuve » du bon docteur Guillotin… Médecin, humaniste et homme politique français, on lui attribue à tort la machine à décapiter, lui qui pourtant ne se borna qu’à demander à l’Assemblée un instrument qui diminuerait l’horreur de l’action du bourreau…

Monumenta Boltanski : le coeur en écho

Mercredi 17 février 2010

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© DR / Boltanski

Un souvenir assourdissant. Des allées de vêtements sur le sol dessinent une ville-fantôme, une cité industrielle qui bruit d’un coeur battant et de l’enfer d’un engin mécanique, machine de mort infernale à broyer des destins. Des silhouettes s’élèvent et se fracassent, inlassablement, par milliers de minutes et d’individus. Il n’y a rien à dire qu’à sentir. Christian Boltanski, à son projet monumental, ne le rend que plus intime. On traverse en quelques minutes cet ensemble tragique qui porte la mémoire de la Shoah au plus près du coeur : c’est un travail remarquable.

Barcelo avant Barcelo

Lundi 15 février 2010

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Miquel Barcelo © Musée des Abattoirs

Ce n’était pas une exposition bien intéressante, mais l’image, insolente et belle, du jeune Barcelo sur les murs de Toulouse faisait plaisir à voir. A l’intérieur du très beau Musée des Abattoirs, un pèle-mêle de toiles, d’installations morbides, quelques vidéos tentaient de nous rappeler, sans beaucoup de perspectives, les premières heures de la trajectoire Barcelo.

Bloomsbury sans follies à la Piscine de Roubaix

Mardi 9 février 2010

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© DR / Gallimard

Ce qu’on s’ennuie à la Piscine de Roubaix au milieu des folies du Bloomsbury, le célèbre mouvement anglais du début du siècle dernier, dont Virginie Woolf et Lytton Strachey furent deux éminents représentants. Ils firent feu de tout bois, au service de l’art, de la littérature, de la peinture, du design, lors de mille et une conversations brillantes, happenings joyeux et transgressifs. Des maîtres rigoureux en fantaisie mais c’est fou ce que cette exposition en manque !

Le site du Musée La Piscine à Roubaix.

Art contemporain 2009 : animal, on est mal !

Lundi 21 décembre 2009

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© Marc Dantan

Des cabinets de curiosités en tout genre ! On en aura couru des villes, des pays et des galeries pour l’amour de l’art contemporain. Des artistes en création qu’on suit, qu’on découvre, qu’on oublie aussi. Alors, pour terminer l’année, une rapide rétrospective de ces derniers mois et de nos plaisirs. D’abord, une petite déception, Simon Starling au Mac / Val de Vitry-sur-Seine. Dans un établissement désert, on découvre les récentes œuvres du britannique, fondu de fusions et de transformations techno-industrielles. Est-ce le lieu ou la froideur des installations ? On emprunte, volontaire, la trajectoire Starling mais rien ne prend. On s’ennuie terriblement. Même sensation au Musée d’art moderne de la Ville de Paris avec les expositions Deadline, rassemblant les derniers travaux de plusieurs artistes (Martin Kippenberger, Felix Gonzalez-Torres, Robert Mapplethorpe) et Primitive, l’installation du démiurge thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, qui met en scène les préparatifs de son prochain film dont une belle vidéo de jeunes footballers au ballon en boule de feu. Laissons-là les déceptions et rappelons-nous de vidéos saisissantes comme celle de Mark Wallinger (Threshold to the Kingdom, 2000) à Saint-Eustache, de Jesper Just (A voyage in Dwelling, 2008) au 104 lors de la Nuit blanche, et du collectif Berlin (idéal docu-reportage Moscou, 2009) au très bobo festival « Temps d’Images » de la Ferme-du-Buisson (Noisiel). Comme toujours, Londres offre son lot de belles manières : la remarquable exposition Anish Kapoor à la Royal Academy of arts, le Turner Prize et son lauréat Richard Wright à la Tate Britain. Mais Paris affiche tout de même de bonnes couleurs : les colliers de verre Murano de Jean-Michel Othoniel et les univers très « pop-life » de Takashi Murakami chez Emmanuel Perrotin, l’enfance au noir dans les filets d’Annette Messager chez Marian Goodman, la rousseur des belles photographiées ou filmées par Guy Bourdin au Bon Marché Rive Gauche. Et des ravissements, encore : le Self portrait de Louise Bourgeois à la galerie Pièce unique et surtout la Maison Deyrolle, l’un des plus fascinants cabinets d’histoire naturelle d’Europe, temple parisien des entomologistes, dévasté par un incendie en février 2008, qui a fêté sa belle renaissance par plusieurs expositions dont l’une en association avec le galeriste Kamel Mennour et le plasticien chinois Huang Yong Ping. Une merveilleuse arche de Noë au coeur la Chapelle de l’Ecole nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris !

Une biennale de Lyon sans humanité

Mercredi 30 septembre 2009

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Theorists © Fikret Atay

Retour à Lyon pour la Biennale d’art contemporain. Sans attendre les commentaires des uns et des autres pour se donner, sans a priori, la possibilité de découvrir les propositions de Hou Hanru, commissaire express d’une Biennale abandonnée par son commissaire titulaire il y a à peine six mois.
A l’heure où de Toulouse à Bordeaux en passant par Reims et Nantes se dessinent une nouvelle géographie « urbaine » de l’art contemporain, Lyon, toujours en tête par la fermeté et l’intérêt de ses choix, semble déshumanisée. Il est ici question du « spectacle du quotidien » mais cela ne veut rien dire. Et toutes les définitions se valent dans l’éprouvante solitude commune à la centaine d’installations venus du monde entier, avec une forte et intéressante représentation des pays du Sud. Têtes, sans doute fort savantes, penchées sur l’art et ses manières, pour une absence de sentiments et des émotions en fuite…
De l’homme, dans ce sévère constat du quotidien, il ne reste rien ou très peu – ultra-industrialisation (Michael Lin), violence animale (Abdel Abdessemed), brûlure théocratique (Fikret Atay), ossements humains en porcelaine d’exportation (Yang Jiechang), baisers sur le sable avant le chaos d’un tsunami (Agnès Varda), bataillon d’une armée mécanique (Jompet Kuswidananto), décharge pleine à ras bord (Barry Mc Gee, Sarkis), dégâts de VHS et de bandes magnétiques copiées à l’infini (Mounir Fatmi), facéties de geek éprouvantes (Alan Bulfin, HeHe), addictions post-modernes (Yangjang Group). Des restes humains que concurrencent des notions – liberté, de circulation (Société réaliste), démocratie (Un nous, Carlos Motta, Robert Milin) – qui semblent fragiles et dégradées (Lin Yilin, Thierry Fontaine, Bani Abidi, Wong Hoy Cheng). De temps à autre, quelques fleurs soulagent (Bik van der Pol, Lei Mingwei). On nous propose de les accueillir à deux conditions : de changer de chemin pour rentrer chez soi et de les offrir à un(e) inconnu(e) dont on bouleverserait, qui sait, le quotidien…

Biennale de Lyon, jusqu’au 3 janvier 2010.

Les métamorphoses du génial Simon Starling

Samedi 19 septembre 2009

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© Simon Starling

Le communiqué du Mac Val l’annonce comme « l’un des artistes britanniques les plus audacieux de la scène internationale ». Le rendez-vous avec Simon Starling ne peut se manquer sous aucune prétexte. « Avec un double projet, qui s’étend du MAC/VAL à Vitry-sur-Seine au centre d’art du Parc Saint- Léger, le lauréat 2005 du Turner Prize conçoit, en deux volets, sa première grande exposition monographique en France. Profitant des deux espaces, il poursuit un travail centré sur les transformations, les métamorphoses, créant de nouvelles circulations, du matériau à l’objet et de la substance à la forme, ou encore d’un lieu à l’autre. Simon Starling, passé maître dans l’art de la ré-interprétation, livre en toile de fond une nouvelle analyse de notre société, en pointant les conséquences écologiques, économiques et culturelles des phénomènes de déplacements induits par la mondialisation. » On y revient vite, une fois l’expo vue !

Simon Starling, Thereherethenthere, (1997 – 2009), Mac Val, Vitry-sur-Seine, jusqu’au 27 décembre 2009

La Douane de mer à Venise : bigger than life

Lundi 10 août 2009

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Charles Ray © Orch / Orsenigo Chemollo

Epoustouflante, cette Punta della Dogana (Pointe de la Douane de mer) revue et corrigée par François Pinault et son architecte japonais Tadao Ando. Oublier Boulogne et les tracas franco-administratifs de l’île Seguin. Il est loin, désormais, le temps des expositions itinérantes (le beau « Passage du temps » au Tri postal de Lille) ou balbutiantes au Palazzo Grassi. L’inauguration de la 53e Biennale d’art contemporain a été occultée par l’ouverture de cette monumentale cathédrale de l’art qui semble aujourd’hui indépassable par la sûreté des choix de l’ancien patron du groupe PPR et la qualité muséale de cet ensemble.
A la Pointe de la Sérénissime, cette Douane de mer, véritable porte d’entrée de Venise dès le XVe siècle, prend le cœur du projet pharaonique que Pinault entend léguer à ses contemporains amateurs d’art à sa mort. L’homme est bâtisseur, visionnaire, le musée – provocant drapeau breton au matin de l’inauguration compris – porte son sceau. Les structures des anciens entrepôts de commerce ont été conservées, séparées par des cloisons de béton lisse pour créer de larges espaces épurés permettant d’isoler les salles et les atmosphères.
La collection Pinault ? Un accomplissement. Une vie tout entière à courir les expositions, les ateliers d’artistes et biennales du monde entier pour aiguiser un œil et collectionner les œuvres des artistes les plus intenses de ces vingt dernières années : les guerres en vitrine des frères Chapmann, l’arc-en-ciel de cubes plexi de Rachel Whiteread, le cheval passe-muraille et les gisants de Maurizio Cattelan… Oublions peut-être la facilité de Cindy Sherman, la vulgarité anti-Bush de Paul Mc Carthy et le buste daté de Jeff Koons mais retenons encore les peintres Luc Tuymans, Richard Prince, Marlène Dumas et Rudolf Stingel, les squelettes de Matthew Day Jackson et même Takashi Murakami dans une mise en scène très inspirée de deux sculptures manga. On dit du collectionneur Pinault qui fait désormais partie des rares « taste maker » de la planète, baromètre symbolique du goût actuel, signe de sa curiosité intrépide, permis encore par sa fortune personnelle et la propriété de la Maison Christie’s : « Mes choix reflètent mon regard, ma curiosité, mes engagements et les risques que je prends. Ce n’est pas une collection construite selon un propos systématique. L’idée n’est pas de modérer la force de mes choix par d’impossibles nuances d’équilibre, ni d’être mû par l’obsession de l’acquisition. Ce qui me passionne, c’est de découvrir des horizons différents… Ce que je trouve choquant, c’est quand des chefs-d’œuvre, quel que soit leur prix, sont jalousement gardés par leur propriétaire et définitivement cachés des yeux du public. » (1)
En son nouveau palais vénitien, à quelques encablures de la triste piazza San Marco, bâchée à tenter de se refaire une beauté, saccagée en toute saison par les hordes de touristes et les cruelles acqua alta, la terre tremble, l’émotion est partout. Le coffre aux trésors de François Pinault accueille les œuvres d’artistes d’aujourd’hui, vivants, essentiels, idéalement mis en espace et en lumière. On quitte le bâtiment pour la proue du navire. La statue d’un jeune adolescent, d’un blanc inoxydable, claque au soleil. Nu comme un ver, ventre arrondi, il tient d’une patte une vilaine grenouille et contemple Venise. Une commande de François Pinault à l’artiste Charles Ray. L’enfant-roi d’un monde moderne, précieuse vigie d’une éternité spectaculaire et curieuse.

(1) Entretien de François Pinault avec Elisabeth Couturier, Paris Match, 29 mai 09.

Mapping the studio, Palazzo Grassi, Punta della Dogana, Venise. Commissaires : Alison Gingeras et Francesco Bonami.

Pavillon noir sur la Biennale de Venise

Lundi 10 août 2009

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© Claude Lévêque / Courtesy Kamel Mennour

Il est ainsi de Venise et de sa Biennale d’art contemporain. Des succès attendus qui se confirment en échecs, des petites messes qui deviennent concerts de louanges, des temples privés qui deviennent des cathédrales. La 53. Esposizione Internationale d’Arte, de l’avis général, ne restera pas comme un bon cru : incohérence de l’exposition « Fare Mondi / Making worlds » du commissaire Daniel Birnbaum qu’on traverse sans s’arrêter malgré la présence d’ouvres de Simon Starling, Wolfgang Tillmans, Dominique Gonzalez-Foerster, , faiblesse des pavillons nationaux présentant pour beaucoup des vaches déjà sacrées du circuit international. Des travaux pas mauvais bien sûr, mais attendus, froids alors que l’attention de la Biennale vénitienne va à la nouveauté ou du moins l’étonnement. Ainsi, l’américain Bruce Nauman, l’anglais Steve McQueen, l’espagnol Miquel Barcelo jouent sans passion une partition déjà connue. Ainsi le pavillon cintré de noir et d’argent du français Claude Lévêque, appelé pompeusement « grand soir » intrigue une minute par sa folie carcérale et s’épuise aussitôt. Ce sont alors des artistes plus modestes qui emportent l’enthousiasme. Partons ainsi en Pologne (« Guests » de Krzystof Wodiczko et son théâtre de travailleurs de l’ombre), au Japon (l’hystérie des femmes éléphants de Mina Yanagi), au Chili (la vie matérielle d’Ivan Navarro), au Brésil (les images colorées de Luiz Braga), au Canada (les visions urbaines du photographe Mark Lewis) et terminons par le Pavillon très réussi des pays nordiques (Finlande, Norvège, Suède), transformé par les artistes Elmgreen et Dragset en vaste garçonnière. Son propriétaire gît, près de là, à la surface d’une piscine à la manière du cadavre de « Sunset Boulevard ». Un homme certainement sensible, amateur de design et des dessins corsés de Tom of Finland, collectionneur d’aventures masculines (impeccables « Butterflies » de Han&Him, étonnant tableau – de slips et shorts – de chasse comme on punaise des papillons), dont on visite l’appartement comme un voyeur. Enfin, un dernier mot pour le camerounais Pascale-Marthine Tayou qui crée, lui, de quelques caisses de bois, mille-fils de laine et sacs de farine stupéfiante, un drôle de monde, africain, tropical, étrange et fascinant.

L’empire de la beauté sauvage à Dinard

Lundi 10 août 2009

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Pieta, Paul Fryer © DR

Si vous connaissez Dinard et que la ville vous inspire des sentiments mitigés, vous en reviendrez étonné. La cité balnéaire, si joliment filmée par Rohmer le temps d’un Conté d’été, a beaucoup pour se faire détester : une plage et des parasols, des restaurants de front de mer à la cuisine déplorable, un maire à deux têtes, M. et Mme Marius Mallet, qui à lire la presse municipale, remporte haut la main le célèbre concours du Canard enchaîné « Ma binette, partout ! ». Cela dit, il faut reconnaître à ces deux-là le talent d’avoir convaincu François Pinault de présenter une partie de sa collection dans leur horrible Palais des arts, à quelques mètres de la plage de Dinard. Le milliardaire est originaire des Côtes d’Armor mais possède une maison à Dinard (Ille-et-Vilaine). L’argument est mince, il nous fait pourtant prendre le train et découvrir, assez bluffé, une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation, qui marque avec le même talent qu’à Venise – celui, aussi, de la commissaire Caroline Bourgeois –, l’œil très sur du collectionneur. Avec l’insolence qui doit le caractériser, François Pinault, demande, goguenard, à sa Bretagne natale, qui a peur des artistes.
Dans ce lieu incongru et face à des visiteurs souvent désarmés, la réponse est magistrale : le sacré-cœur de Damien Hirst, Maurizio Cattelan et son pape sous météorite, Paul Fryer et son Christ en chaise électrique, la beauté de Giacometti peint par Yan Pei-Ming, la vision de l’enfer d’Adel Abdessemed par la terreur d’animaux se dévorant les uns les autres. N’oublions pas les œuvres de Dan Flavin, Lucio Fontana, Charles Matton, Pierre Soulages, qui font avec les photographes Jeff Wall et Cindy Sherman déjà figure de classiques. On découvre encore Luc Tuymans ou Martial Raysse et on sort de l’exposition, un brin agacé par les espaces thématiques imposés et artificiels, mais admiratif de la cohérence et la précision de cette collection qui permet même de parler d’art contemporain à un large public, sans qu’il ne se détourne, amusé, ignorant ou démuni. La collection traverse les années, les obsessions des artistes et met alors leur travail en heureuses perspectives. François Pinault, définitivement guetteur du siècle.

Qui a peur des artistes, une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation, Palais des arts de Dinard, jusqu’au 13 septembre 2009.

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