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Archive pour 8 août 2010

Peter Hujar : chambres séparées (1)

Dimanche 8 août 2010

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David © Peter Hujar

Peter Hujar (1934 – 1987), une résurrection. Après la rétrospective à l’ICA de Londres, la couverture de l’album « I’m a bird now » d’Antony And The Johnsons, quelques images aux Rencontres d’Arles font revivre ce somptueux fantôme. Peut-on imaginer alors une plus large audience à son travail ? Il est vrai que sa photographie de « Candy Darling sur son lit de mort » fait encore écran à une part importante de son œuvre. Car, si Peter Hujar tutoie volontiers la mort, présentant pour sa seule grande exposition new-yorkaise en 1977 des images des corps momifiés des catacombes de Palerme qu’il associe à certains de ses portraits, où les modèles semblent, pensifs, arrêtés dans un autre monde, un demi-monde où la réalité est grave, la nuit new-yorkaise, photographiée avec un semblant de formalisme noir et blanc, sans le sensationnalisme d’un Weegee, est plus encore son terrain de prédilection.
La nuit, Peter Hujar photographie des ruelles sombres, à peine éclairées par les néons publicitaires, des no-man’s land au coin de Leroy Street, des terrains vagues de drague homo près de Meatpacking District, des jeunes filles en marge dormant dans un hall d’immeuble. Le jour, il tire le portrait de ses proches, faisant encore figure d’outsiders mais en passe de devenir d’autres lumières de cette ville-monde. New-York est pauvre mais riche de talents (Susan Sontag, Divine, Jackie Curtis, John Waters, Diana Vreeland, Robert Wilson, Fran Lebowitz) que Peter Hujar croise et photographie. Son oeuvre – notamment ses nus (Bruce de Saint-Croix) ou ses portraits d’animaux – qui influencera Robert Mapplethorpe et plus tard Nan Goldin, reste largement à connaître. Comme celle, d’ailleurs, de son compagnon David Wojnarowicz. Elles sont réunies, de manière laconique, dans l’exposition « I’m a cliché » d’Emma Lavigne, consacrée à l’histoire photographique du mouvement punk aux Rencontres d’Arles. Pourquoi dans ce cadre ? Va savoir mais ne boudons pas notre plaisir de pouvoir découvrir ces images.

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© Peter Hujar

Peter Hujar, in « I’m a cliché, échos de l’esthétique punk », exposition aux Rencontres d’Arles, ateliers SNCF, jusqu’au 19 septembre.

Le site de la galerie Matthews Marks

David Wojnarowicz : chambres séparées (2)

Dimanche 8 août 2010

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© David Wojnarowicz

David Wojnarowicz (1954-1992), de bruit comme de fureur. De lui, que sait-on vraiment ? Deux livres dont l’important « Au bord du gouffre » ont été réédités en 2004 aux Editions Laurence Viallet.
Enfant battu et maltraité, David Wojnarowicz s’enfuit à New York, découvre son homosexualité, vit dans la rue, subsiste grâce à la prostitution occasionnelle. Il traverse les États-Unis en auto-stop. Dans les années 80, il est de ces figures de l’East Village new-yorkais, reconnues pour ses talents multiples (photographe, vidéaste, peintre, sculpteur et écrivain, performer) mais si difficiles à définir. Touche-à-tout inspiré, son cri de rage et d’outrage contre le sida fera date.
On le découvre aussi dans les tableaux photographiques éblouissants de beauté de son compagnon Peter Hujar. Avec lui, il partage le goût de l’image et de la littérature… avec un engagement politique beaucoup plus fort, contestant les fondements de la société américaine. Le philosophe Félix Guattari le présentait ainsi : « C’est parce que l’œuvre créatrice de David Wojnarowicz procède de toute sa vie qu’elle a acquis une pareille puissance. Alors que tout semble dit et redit, quelque chose émerge du chaos de David Wojnarowicz qui nous place devant notre responsabilité d’être pour quelque chose dans le cours du mouvement du monde. » En écho, à cette pensée, son attachement à la figure et à la poésie d’Arthur Rimbaud, qu’il figure dans une série photographique que l’on peut voir à Arles dans l’exposition « I’m a cliché » : une balade comme une fuite dans un New-York d’amour et de désolation, où l’artiste a pour la performance les traits grimés du poète français.

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Untitled (Buffalo), 1988-89 © David Wojnarowicz

David Wojnarowicz, in « I’m a cliché, échos de l’esthétique punk », exposition aux Rencontres d’Arles, ateliers SNCF, jusqu’au 19 septembre.

The estate of David Wojnarowicz / Gallery PPOW