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Archive pour 4 août 2010

Intensément Basquiat

Mercredi 4 août 2010

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Riding with death, 1988 © Collection privée / 2010, Prolitteris, Zürich.

Basquiat comme jamais. Intensément servi par la Fondation Beyeler de Bâle. Dans ce musée de verdure, à quelques encablures de la frontière allemande, un trésor est à la portée de tous les yeux, celui, total de Jean-Michel Basquiat (1960-1988). En plus de cent cinquante toiles, dessins, assiettes et autres portes ou châssis tendus de toiles – tout, des premières grafs jusqu’à la complicité artistique avec Keith Haring et Andy Warhol, trouve son ordonnance éclatante dans cette exposition qui fera date. Intelligence de la scénographie, précision d’expert sur les engagements (le rejet de la société de consommation, la lutte contre les inégalités et le racisme, les hérauts de la cause noire qu’ils soient hommes ou femmes politiques, sportifs ou artistes) mais aussi la technique du plasticien, compréhension et analyse de ses multiples repentis qui font de la peinture de Basquiat un art extrêmement précis et raisonné. Une belle exposition qui fait son chemin et ne vous perd pas en route. On croit connaître Basquiat, on le découvre, en fait. Tout en subtilité et en poésie, lui le grand admirateur des poètes beat, William Burroughs et Brion Gysin en tête. Et l’exposition vous laisse en une dernière station devant les ultimes travaux de l’artiste haïtien, mort d’overdose en 1988, à 27 ans, laissant derrière lui une œuvre de près de 1000 tableaux et de 2000 tableaux. Basquiat voit la mort en face, la guette, la sait en embuscade, l’écrit en une obsession de métaphores (« MAN DIES ») et la dessine, tentant de la terrasser. Une image sainte.

Basquiat, Fondation Beyeler, Bâle, jusqu’au 5 septembre 2010. Exposition présentée en France au Musée d’art moderne de la Ville de Paris à partir du 15 octobre.

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© Basquiat Estate

Felix Gonzalez-Torres : recouvrez-le de lumière

Mercredi 4 août 2010

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Untitled (Perfect Lovers), 1991 © FGT Foundation / Courtesy Andrea Rosen Gallery.

Naissance d’une vision. Tremblement de beauté, ivresse de la découverte d’un artiste dont les signes autant que les oeuvres bouleversent. Felix Gonzalez-Torres. Cubain, on pourrait commencer par cela. Né en 1957 à Guaimaro. Exilé en Espagne, puis à Puerto Rico et aux Etats-Unis, poursuivant des études de photographie avant d’enseigner à New-York. Artiste, plasticien, concepteur d’installations minimales dont la beauté, la radicalité, l’intelligence et osons-le, une forme délicate de romantisme soulignent plus encore la tristesse de le savoir mort des suites du SIDA en janvier 1996. Force de la lumière, plaisir du jeu. De lui, au hasard de la collection Beyeler, flambante de ses Picasso, Giacometti, Bacon, Richter, nous découvrirons deux ou trois tas de bonbons, emballages transparents ou arc en ciel de couleurs métalliques, des horloges jumelles qui finiront bien à un moment par perdre le même tempo. Un secret : celui d’un petit mouchoir paternel, posé à même le sol et recouvert, encore, de quelques friandises. Plus loin, un splendide gaillard noir, écouteurs sur les oreilles, slip d’argent, dansant au son d’une techno de bazar. En chair et en os. On ne sait jamais à quelle heure, il viendra, mais il reviendra. Et comme une chapelle ardente, au sous-sol, ce gigantesque tapis de confiserie d’argent et une lumineuse guirlande d’ampoules. C’est un tour, le mien, dans l’exposition Felix Gonzalez-Torres à la Fondation Beyeler. Il y en a mille autres, dans un dialogue permanent et fécond entre les oeuvres du musée et les créations de Gonzalez-Torres. Ce presque rien, cet art pauvre est un tout face à ses oeuvres majestueuses. Une écriture radicale pour un projet artistique d’une cohérence parfaite, qui naît, disparaît, réapparaît sans cesse et nous touche au coeur.

Felix Gonzalez-Torres, Specific Objects without Specific Form, Fondation Beyeler, jusqu’au 29 août 2010.

Felix nous a apporté des bonbons, un article d’Elizabeth Lebovici, paru dans Libération, le 20 avril 1996.

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Felix Gonzalez-Torres © DR

Leigh Ledare, nom d’un irrégulier !

Mercredi 4 août 2010

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Leigh Ledare © Greene Naftali Gallery, New York

Sa première exposition aux Rencontres d’Arles, à l’invitation de Nan Goldin (« il est prêt à explorer l’inconnu, à prendre des risques et à l’assumer »), n’avait laissé personne indifférent. Leigh Ledare est à nouveau à Arles cette année, avec le projet « Double Bind » qui poursuit et complète la découverte de son talent équivoque. Un dialogue d’images et d’archives tirées de magazines, un triangle d’amour perdu qui réunit dans une maison de campagne l’artiste, son ex-femme et son nouveau mari. L’ensemble a sa cohérence, teinté de bizarre et d’un exhibitionnisme foncier – sans pour autant avoir la force de ses travaux précédents qui mettaient l’artiste, né en 1976 à Seattle, ancien assistant de Larry Clark, en prise avec sa propre mère, ancienne danseuse devenue stripteaseuse, dans une relation violemment sexuée. Leur histoire est, il est vrai, peu banale. En 1998, Leigh Ledare retrouve sa mère après plusieurs mois de rupture. Elle l’accueille, nue, un jeune amant couché sur son lit. Une manière de lui signifier : « Accepte-moi telle que je suis ou adieu bye bye ». L’artiste y puise son inspiration : « J’ai alors commencé à prendre des photographies en réaction au fait d’avoir assisté à cette situation. »

Le site de Leigh Ledare.