Théâtre 2009 : un grand festival d’automne !

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Versus de Rodrigo Garcia © DR

Quel automne de théâtre ! Quittant Avignon, on voyait la saison arriver pleine de figures imposées, de postures fièrement ennuyeuses et de répétitions à l’infini de faux scandales et véritables escroqueries de plateau. Rien, il n’en a rien été et le festival d’Automne a joué en maître une partition de découverte et d’enthousiasme qu’il faut franchement saluer.
Des bonheurs ? Simples comme la découverte du Wooster Group. La troupe new-yorkaise s’est emporté avec talent du Vieux Carré de Tennessee Williams et en a livré une version électrique, sombre et métaphorique qui annonce le grand retour du dramaturge du sud des Etats-Unis sur les scènes françaises puisqu’on attend pour février le Tramway de Warlikowski à l’Odéon avec Isabelle-Huppert-la-terreur… Saluons le talent de l’ami Robert Plagnol, qui a repris au Théâtre de la Commune (Aubervilliers) avec Benjamin Boyer ses brillantes adaptations d’Andrew Payne Synopsis / Squash. Du théâtre viril et très méchant.
Des confirmations ? Celle du letton Alvis Hermanis, découvert à l’occasion de la saison culturelle lettone en France, qui a inauguré le nouveau Silvia Montfort Théâtre avec une Sonia déjantée et cruelle. Le Nouveau Théâtre de Riga a de l’avenir, pas de doute ! Arthur Nauzyciel est brillantissime lorsqu’il délaisse la vieille Europe pour inventer à l’invitation des Américains des spectacles somptueux, sensibles et d’une intelligence rare. On se souvient à Avignon de son Koltès Black Battle with dogs, créé à Atlanta. Son Jules Caesar, présenté à Créteil dans le cadre du festival d’Automne, avait la même intensité. Retour, encore, de Rodrigo Garcia qui du festival Mettre en scène au TNB à Rennes (Muerte y reencarnacion en un Cow-boy) au Rond Point (Versus) a signé deux spectacles furieux et salvateurs sur nos états contemporains. Garcia revient à des mises en scène, plus sobres, mieux écrites, génie solitaire et vibrant misanthrope.
Des déceptions ? Le Merlin des Possédés, troupe amie et suivie avec intérêt qui pousse leur procédé à sa limite, maltraitant le mythe de la Table ronde et la quête du Graal, dans une débauche contemporaine éprouvante. La Paranoïa, par Marcial di Fonzo Bo, Elise Vigier, et leurs complices des Lucioles : un brouillard de 2h20, bizarre et pas vraiment décapant… La Cantatrice Chauve d’Eugène Ionesco, revue en 1991 par Jean-Luc Lagarce et reprise à l’Athénée : on s’enfuit au bout de vingt minutes devant du vieux théâtre absurde, vieilli et osons absolument rasoir ! Et terminons cette note par le fantomatique Steven Cohen, le performer sud-africain juché sur des stiletto en forme de crânes humains, a crucifié le Centre Pompidou quelques soirs de novembre avec son Golgotha, océan de tristesse et d’obsession personnelle, né du suicide de son frère : « Mon travail vise la fonction d’un speculum, non d’une suture, destiné à provoquer des questions plus qu’à fournir des réponses »…

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© Edward Mac Keaney

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