Archive pour août 2009

La Douane de mer à Venise : bigger than life

Lundi 10 août 2009

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Charles Ray © Orch / Orsenigo Chemollo

Epoustouflante, cette Punta della Dogana (Pointe de la Douane de mer) revue et corrigée par François Pinault et son architecte japonais Tadao Ando. Oublier Boulogne et les tracas franco-administratifs de l’île Seguin. Il est loin, désormais, le temps des expositions itinérantes (le beau « Passage du temps » au Tri postal de Lille) ou balbutiantes au Palazzo Grassi. L’inauguration de la 53e Biennale d’art contemporain a été occultée par l’ouverture de cette monumentale cathédrale de l’art qui semble aujourd’hui indépassable par la sûreté des choix de l’ancien patron du groupe PPR et la qualité muséale de cet ensemble.
A la Pointe de la Sérénissime, cette Douane de mer, véritable porte d’entrée de Venise dès le XVe siècle, prend le cœur du projet pharaonique que Pinault entend léguer à ses contemporains amateurs d’art à sa mort. L’homme est bâtisseur, visionnaire, le musée – provocant drapeau breton au matin de l’inauguration compris – porte son sceau. Les structures des anciens entrepôts de commerce ont été conservées, séparées par des cloisons de béton lisse pour créer de larges espaces épurés permettant d’isoler les salles et les atmosphères.
La collection Pinault ? Un accomplissement. Une vie tout entière à courir les expositions, les ateliers d’artistes et biennales du monde entier pour aiguiser un œil et collectionner les œuvres des artistes les plus intenses de ces vingt dernières années : les guerres en vitrine des frères Chapmann, l’arc-en-ciel de cubes plexi de Rachel Whiteread, le cheval passe-muraille et les gisants de Maurizio Cattelan… Oublions peut-être la facilité de Cindy Sherman, la vulgarité anti-Bush de Paul Mc Carthy et le buste daté de Jeff Koons mais retenons encore les peintres Luc Tuymans, Richard Prince, Marlène Dumas et Rudolf Stingel, les squelettes de Matthew Day Jackson et même Takashi Murakami dans une mise en scène très inspirée de deux sculptures manga. On dit du collectionneur Pinault qui fait désormais partie des rares « taste maker » de la planète, baromètre symbolique du goût actuel, signe de sa curiosité intrépide, permis encore par sa fortune personnelle et la propriété de la Maison Christie’s : « Mes choix reflètent mon regard, ma curiosité, mes engagements et les risques que je prends. Ce n’est pas une collection construite selon un propos systématique. L’idée n’est pas de modérer la force de mes choix par d’impossibles nuances d’équilibre, ni d’être mû par l’obsession de l’acquisition. Ce qui me passionne, c’est de découvrir des horizons différents… Ce que je trouve choquant, c’est quand des chefs-d’œuvre, quel que soit leur prix, sont jalousement gardés par leur propriétaire et définitivement cachés des yeux du public. » (1)
En son nouveau palais vénitien, à quelques encablures de la triste piazza San Marco, bâchée à tenter de se refaire une beauté, saccagée en toute saison par les hordes de touristes et les cruelles acqua alta, la terre tremble, l’émotion est partout. Le coffre aux trésors de François Pinault accueille les œuvres d’artistes d’aujourd’hui, vivants, essentiels, idéalement mis en espace et en lumière. On quitte le bâtiment pour la proue du navire. La statue d’un jeune adolescent, d’un blanc inoxydable, claque au soleil. Nu comme un ver, ventre arrondi, il tient d’une patte une vilaine grenouille et contemple Venise. Une commande de François Pinault à l’artiste Charles Ray. L’enfant-roi d’un monde moderne, précieuse vigie d’une éternité spectaculaire et curieuse.

(1) Entretien de François Pinault avec Elisabeth Couturier, Paris Match, 29 mai 09.

Mapping the studio, Palazzo Grassi, Punta della Dogana, Venise. Commissaires : Alison Gingeras et Francesco Bonami.

Pavillon noir sur la Biennale de Venise

Lundi 10 août 2009

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© Claude Lévêque / Courtesy Kamel Mennour

Il est ainsi de Venise et de sa Biennale d’art contemporain. Des succès attendus qui se confirment en échecs, des petites messes qui deviennent concerts de louanges, des temples privés qui deviennent des cathédrales. La 53. Esposizione Internationale d’Arte, de l’avis général, ne restera pas comme un bon cru : incohérence de l’exposition « Fare Mondi / Making worlds » du commissaire Daniel Birnbaum qu’on traverse sans s’arrêter malgré la présence d’ouvres de Simon Starling, Wolfgang Tillmans, Dominique Gonzalez-Foerster, , faiblesse des pavillons nationaux présentant pour beaucoup des vaches déjà sacrées du circuit international. Des travaux pas mauvais bien sûr, mais attendus, froids alors que l’attention de la Biennale vénitienne va à la nouveauté ou du moins l’étonnement. Ainsi, l’américain Bruce Nauman, l’anglais Steve McQueen, l’espagnol Miquel Barcelo jouent sans passion une partition déjà connue. Ainsi le pavillon cintré de noir et d’argent du français Claude Lévêque, appelé pompeusement « grand soir » intrigue une minute par sa folie carcérale et s’épuise aussitôt. Ce sont alors des artistes plus modestes qui emportent l’enthousiasme. Partons ainsi en Pologne (« Guests » de Krzystof Wodiczko et son théâtre de travailleurs de l’ombre), au Japon (l’hystérie des femmes éléphants de Mina Yanagi), au Chili (la vie matérielle d’Ivan Navarro), au Brésil (les images colorées de Luiz Braga), au Canada (les visions urbaines du photographe Mark Lewis) et terminons par le Pavillon très réussi des pays nordiques (Finlande, Norvège, Suède), transformé par les artistes Elmgreen et Dragset en vaste garçonnière. Son propriétaire gît, près de là, à la surface d’une piscine à la manière du cadavre de « Sunset Boulevard ». Un homme certainement sensible, amateur de design et des dessins corsés de Tom of Finland, collectionneur d’aventures masculines (impeccables « Butterflies » de Han&Him, étonnant tableau – de slips et shorts – de chasse comme on punaise des papillons), dont on visite l’appartement comme un voyeur. Enfin, un dernier mot pour le camerounais Pascale-Marthine Tayou qui crée, lui, de quelques caisses de bois, mille-fils de laine et sacs de farine stupéfiante, un drôle de monde, africain, tropical, étrange et fascinant.

L’empire de la beauté sauvage à Dinard

Lundi 10 août 2009

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Pieta, Paul Fryer © DR

Si vous connaissez Dinard et que la ville vous inspire des sentiments mitigés, vous en reviendrez étonné. La cité balnéaire, si joliment filmée par Rohmer le temps d’un Conté d’été, a beaucoup pour se faire détester : une plage et des parasols, des restaurants de front de mer à la cuisine déplorable, un maire à deux têtes, M. et Mme Marius Mallet, qui à lire la presse municipale, remporte haut la main le célèbre concours du Canard enchaîné « Ma binette, partout ! ». Cela dit, il faut reconnaître à ces deux-là le talent d’avoir convaincu François Pinault de présenter une partie de sa collection dans leur horrible Palais des arts, à quelques mètres de la plage de Dinard. Le milliardaire est originaire des Côtes d’Armor mais possède une maison à Dinard (Ille-et-Vilaine). L’argument est mince, il nous fait pourtant prendre le train et découvrir, assez bluffé, une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation, qui marque avec le même talent qu’à Venise – celui, aussi, de la commissaire Caroline Bourgeois –, l’œil très sur du collectionneur. Avec l’insolence qui doit le caractériser, François Pinault, demande, goguenard, à sa Bretagne natale, qui a peur des artistes.
Dans ce lieu incongru et face à des visiteurs souvent désarmés, la réponse est magistrale : le sacré-cœur de Damien Hirst, Maurizio Cattelan et son pape sous météorite, Paul Fryer et son Christ en chaise électrique, la beauté de Giacometti peint par Yan Pei-Ming, la vision de l’enfer d’Adel Abdessemed par la terreur d’animaux se dévorant les uns les autres. N’oublions pas les œuvres de Dan Flavin, Lucio Fontana, Charles Matton, Pierre Soulages, qui font avec les photographes Jeff Wall et Cindy Sherman déjà figure de classiques. On découvre encore Luc Tuymans ou Martial Raysse et on sort de l’exposition, un brin agacé par les espaces thématiques imposés et artificiels, mais admiratif de la cohérence et la précision de cette collection qui permet même de parler d’art contemporain à un large public, sans qu’il ne se détourne, amusé, ignorant ou démuni. La collection traverse les années, les obsessions des artistes et met alors leur travail en heureuses perspectives. François Pinault, définitivement guetteur du siècle.

Qui a peur des artistes, une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation, Palais des arts de Dinard, jusqu’au 13 septembre 2009.

La révélation Luc Tuymans

Dimanche 9 août 2009

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Still life, 2002© Luc Tuymans

Cette nature morte, splendide. On découvre les œuvres de Luc Tuymans dans les collections de François Pinault présentées à Dinard et Venise. Un article du Monde nous annonce une première exposition bruxelloise. Heureux Thalys qui nous mène jusqu’au Wiels, haut-fourneau désaffecté devenu centre d’art branché proposant expositions, résidence et son incontournable café-bookshop. 4 étages et nous voici dans l’exposition. Ce sont 22 toiles exposées en « première mondiale » nous annonce le programme trilingue et rassemblées sous le titre « Against the day » qu’il faut traduire en français, jeu de mots compris, par « Contre-jour ». La question de la lumière est primordiale chez Tuymans. Ces toiles, nimbées d’un blanc feutré, semblent volontairement floues. La longue exposition des sujets devant nos yeux révèle peu à peu les motifs du combat visuel engagé par Luc Tuymans. Guerre virtuelle par écran vidéo interposé, intimité dévoyée par la réalité devenue jeu télévisuel, vulgarité et cruauté des déballages médiatiques, le peintre belge interroge son temps et la fascination des images, lui qui n’a que pinceau, couleurs et toiles pour se défendre. Sa réponse mélancolique et modeste touche mais n’émeut pas. Dommage. Pourtant quelques toiles, souvent hors sujet, ramènent à la douceur des travaux vu ailleurs. La nuque d’un vieil homme, la calvitie naissante. Et, en fin de parcours, deux toiles juxtaposées d’un pauvre homme bêchant un jardin intérieur, puis plaqué contre le mur en fond de cour. Sa solitude, splendide.

Luc Tuymans, Against the Day, Wiels, Bruxelles (exposition terminée).

La reine Sophie de Belgique

Dimanche 9 août 2009

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Douleur exquise © Sophie Calle

Les « soucis » de Sophie, c’était le titre d’un billet consacré à l’installation de Sophie Calle « Prenez soin de vous » à la Biennale de Venise 2007. Une prémonition ? Le mot est au cœur de la très belle rétrospective que lui consacre le musée des beaux-Arts de Bruxelles. De Sophie Calle, tout a été dit et, mieux encore, inventé par elle au travers de ses vraies « histoires fausses » à la manière dont Michel Foucault décrivait les aventures singulières de leur ami commun, l’écrivain et photographe Hervé Guibert.
Depuis sa première tentation d’épuisement d’elle-même sous forme de filature en 1981, Sophie Calle n’a pas son pareil pour se lancer dans des aventures personnelles où le hasard tient lieu de constance ou la rencontre est une tentative d’échapper à un quotidien qu’elle craint routinier. Rangée dès lors du côté des extravagantes, elle peut alors tout se permettre : envoyer son lit à un admirateur éconduit, installer un lit (encore) au sommet de Tour Eiffel pour qu’on lui raconte des histoires, décorer une cabine téléphonique à New-York, s’en remettre à la voyante Maud Kristen pour des cavales à Lourdes ou Berck, filmer les derniers instants de sa mère – dont, tiens, le dernier mot sera aussi « souci », mot qui revient sans cesse sur les murs du musée bruxellois. La perte de la mère comme la fin de l’insouciance et soudain le travail de Sophie Calle prend une dimension beaucoup plus grave. Obsessionnelle. Le mot fantôme court l’exposition. Sophie Calle s’ingénie, certes, à donner du fil à retordre à sa propre biographie mais le réel la rattrape. La mère, espiègle et joueuse, est morte. Elle ne reviendra pas. Sophie Calle file au pôle Nord pour enfouir ses bijoux préférés dans la glace. Le mot « Souci » revient comme une pierre tombale, comme un faire-part de deuil carabiné à se colter. La voix de Frédéric Mitterrand, en commentaire off, ne dit rien d’autre que : je t’accompagne. Un autre protocole compassionnel, en somme.

Calle Sophie, Bozar Expo, Bruxelles, jusqu’au 13 septembre 2009.

Daniel Cordier : haute mémoire de résistance

Samedi 8 août 2009

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Daniel Cordier © Ville de Lyon

Un homme, un seul homme. Daniel Cordier. Après avoir raconté les années de compagnonnage avec Jean Moulin, le résistant livre ses souvenirs dans un récit « Alias Caracalla » qui paraît dans la collection « Témoins » des Editions Gallimard. Témoins, la collection est bien chois »i pour ce monsieur délicat et précis. Il aime la vérité, se méfiant de l’approximation de la mémoire : « Depuis que je me suis mis à écrire sur Moulin, j’ai un rapport absolu à la vérité. L’idée même de mentir m’est insupportable. Mais c’est compliqué, la vérité » déclare-t-il dans un très beau entretien avec Thomas Wieder, journaliste au Monde.
La vérité, les vérités d’un homme. La vie, les vies d’un homme. Daniel Cordier est de cette lame. Je me souviens d’une rencontre avec lui près de Juan-les-Pins. Rapa Nui. Sa retraite paisible, propice aux souvenirs et à la mémoire. Il raconte, inlassable, cette vie-là, commencée paradoxalement du côté de l’Action française et de l’antisémitisme de « Décombres », le pamphlet de Lucien Rebatet. 1940 : l’un des premiers à dire non, engagement pour le salut de la Patrie, engagement dans la Résistance, Londres et ses rencontres avec Jean Moulin, Georges Bidault, Stéphane Hessel et Raymond Aron. Les survivants seront des amis pour la vie…
Après, cette vie-là, une deuxième s’ouvre à lui, il est galeriste à Paris, à New-York jusqu’en 1977, date à laquelle sa première vie le rattrape. Il part à la documentation, comme on part au combat, minutieux, clair, engagé. Une biographie de Moulin en quatre tomes comme la grande histoire de la Résistance. Aujourd’hui, le livre de toute sa vie, de toutes ses vies reste à publier : celle d’une dernière vie, aussi, qu’il ne craint de raconter : « Je suis homosexuel, et, même si je ne m’en suis jamais caché, je n’en ai jamais parlé. Là aussi, ce sont des choses difficiles à écrire, surtout pour un homme de ma génération. »

Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, 2009.

Films d’été, cinéma en liberté ?

Samedi 8 août 2009

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Xavier Dolan dans « J’ai tué ma mère » © Rezo Films

En été, le cinéma s’affranchit des normes et des genres. Séances de rattrapage, blockbusters, petites comédies fines, jeunes talents prometteurs, reprises, tout sort un peu pêle-mêle, mais l’envie de cinéma est forte, alors on y court et un matin, on en vient au bilan. Une merveille, « Adieu Gary », avec Yasmine Belmadi, Jean-Pierre Bacri et Dominique Reymond, un étrange film de famille, tout en atmosphère et en fantaisie. A ne pas rater, c’est avec « Là-haut », le film de l’été. Le dessin animé Pixar est une splendeur. Affranchi de tout code, il offre en ouverture une petite symphonie, la vie du couple Fredericksen retracée en scènes dessinées d’une émotion cinématographique pure et un bijou de narration. Rayon famille, il y en a de tout goût : une saga familiale en beauté, « Le temps qu’il reste », du palestinien Elia Suleiman, la prostitution de mère en fille de « Mon Trésor » de Yedaya avec une Ronit Elkabetz trop appliquée, répondant à « Jaffa », petite histoire shakespearienne (une israëlienne, un palestinien, ils s’aiment) dans la ville éponyme, l’étonnant « Ce cher mois d’août », docu-fiction portugaise de Miguel Gomes sur les orchestres de bal qui se termine en drame à la Demy, la comédie française falote « Deux semaines et la moitié des vacances » qui mérite l’oubli malgré la composition de Bernard Campan et Grégori Derangère, le film arty « J’ai tué ma mère » de Xavier Dolan surestimé. La révélation du dernier festival de Cannes, ratant de peu la Caméra d’Or, doit beaucoup à son joli minois qui semble-t-il a fait des ravages sur les garçons assez sensibles de la critique française. Le film démarre avec talent puis s’enlise. Question sensibilité, préférer le duo éternel Sophia Loren / Marcello Mastroianni dont « La journée particulière », filmée par Ettore Scola, n’a pas pris une ride ; beau, touchant, élégant. Ou celui en cavale du film rocambolesque et rêveur d’Alain Guiraudie dans « Le roi de l’évasion ». Autre couple épatant sur un mode mineur, celui de Paul Rudd et Jason Segel dans « I love you, man », pas un film gay, mais un estimable divertimento sur l’amitié entre hommes. Le film vaut pour ses deux acteurs, ses mauvaises manières, le reste est à l’avenant. Au rayon de la mort, souvenons-nous de la fin tragique du truand Dillinger, joliment mis en scène par Michael Mann dans « Public Enemies », l’élégiaque « Fenêtre » de Carlos Sorin et du très sanglant « Midnight meat train », film d’horreur sensible du japonais Kitamura. Entre mort et vie, le sympathique et italien « Déjeuner du 15 août », assemblée de vieilles dames romaines, malicieuses et laissées à l’abandon par leur grand fils. Et encore « Whatever works » d’un Woody Allen à nouveau réveillé, « Jeux de pouvoir » avec Russel Crow et Ben Affleck en assez bonne forme, Et des bêtises encore : « Anges et démons », efficace et minable, et encore, « Brüno », farce trop vulgaire pour marquer des points mais reconnaissons le talent de la méthode Baron Cohen. Pour finir, la mauvaise note d’un film raté : « The reader », grande attente, petit film et des scènes ambiguës qui disqualifient le film de Stephen Daldry, réalisateur pourtant de l’adoré « Billy Eliott » et du respectable « The Hours ». A suivre…

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Le Roi de l’évasion © Les Films du Losange

Mathieu Pigasse : un banquier inrockuptible

Vendredi 7 août 2009

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Mathieu Pigasse © DR

Mathieu Pigasse… Voici donc le visage du nouveau capitalisme socialiste et néanmoins libéral qui ose s’afficher et défendre ses couleurs. Homme d’élégance et sans doute de talent, associé-gérant de la très sérieuse banque Lazard, membre des Gracques, ancien des cabinets Fabius et DSK, compagnon de route de la dernière campagne de Ségolène Royal (et, à la ville, de Marie Drucker) prend sa part du fardeau – du sacerdoce, j’allais dire – et s’en va évangéliser une jeunesse nouvelle, dont on ne sait plus si elle est ou non dépolitisée, par le biais d’un hebdomadaire d’encre et de papier « Les Inrockuptibles » pour bien le nommer (35 000 exemplaires par beau temps), patrie d’un certain snobisme « upper middle-class » à la française. Une jolie bande d’ »only ones », heureuse quand elle parle culture et nouvelles tendances, malheureuse dès qu’elle s’essaie sur le terrain des idées (un rocardisme tendance molle, par le seul et insuffisant refus de la tradition de la gauche mitterrandienne, suivi d’un grand sursaut social pour développer un tout petit gauchisme sans racines) et… de sexe (chaque été, la trêve estivale donne droit à un numéro absolument débandant sur les nouvelles frontières du sexe en guise de numéro double d’été).
A Mathieu Pigasse, tout juste 41 ans, prenant le contrôle de 80 % du capital de la maison qui, au fil des années, avait perdu quelques-unes de ses grandes figures (Samuel Blumenfeld, Sylvain Bourmeau, Arnaud Viviant), de relever ce beau défi et d’injecter un sang qu’on voudrait neuf aux côtés du fondateur Christian Fevret et de Bernard Zekri, transfuge d’I-télé : « La culture sera toujours au cœur mais seront également abordées les questions de société, la politique, l’environnement, les sciences, les idées… » On a envie d’y croire, on a envie d’en être – de cette génération nouvelle à brasser des idées plus larges que le seul univers culturel, plus ouverte à la culture des grands centres urbains européens (passant d’un easy jet de Stockholm à Berlin, repassant par Londres, Madrid, Paris et Bruxelles sans ne jamais oublier Copenhague, Milan ou Varsovie). A vouloir inventer et ne plus reproduire à l’infini pour la presse les vieux schémas d’un cynisme culturel, social et politique qui ne trouve plus de lecteurs. Une affaire à suivre : une nouvelle formule est annoncée pour 2010.

M’as-tu vu ? Episode 32

Mardi 4 août 2009

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M. et Mme Nicolas Sarkozy au Cap Nègre © Nice Matin

L’OMS vient de classer les UV artificiels « cancérogènes ». Une mauvaise nouvelle pour les professionnels du bronzage et pour les huit millions de Français adeptes du soleil bleu. Les rayons ultraviolets ont désormais rejoint l’amiante, l’arsenic, l’éthanol, le gaz moutarde, le tabac, la confection de meubles et le ramonage de cheminée sur la liste des « agents cancérogènes pour l’homme », selon un communiqué diffusé mardi par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

(Ouest France)

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