Lampedusa, île de beauté (les yeux fermés)

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Lampedusa © DR

D’un œil, à demi-clos, pour résister au soleil aveuglant, on reconnaît les paysages du film d’Emmanuele Crialese. Respiro. Lampedusa. Le film et l’île ont désormais destin lié. Les navettes de Siremar et Ustica Lines débarquent les touristes fortunés au matin après huit heures de paisible traversée ou 4 heures d’aliscafes, à saute-mouton sur les vagues de Méditerranée. Sur l’île, certains choisiront le scooter, d’autres les méharis de fortune qui trouvent ici une énième jeunesse à parcourir l’île en beauté. L’île n’a pas de site remarquable, pas de chapelles miraculeuses. Des hôtels de luxe, des restaurants de plage et de poissons, quelques pasticceria aux crémeux cornetti, six ou sept bistrots et trattorias via Roma où il fait bon se retrouver, douché et rafraîchi, à l’heure de l’apéro. Et rien d’autre qu’une terre de lune que des années de mauvais traitements agricoles ont rendu impropres à toute culture. On choisit sa plage et les eaux transparentes comme on visite l’île longue d’une dizaine de kilomètres. On s’y baigne sans souci de la température. Les eaux de Lampedusa apaisent d’une chaleur toute africaine. Nous sommes à 167 km de la Tunisie, à peine plus loin de la Libye. Cet horizon-là pose pourtant souci aux habitants. Cet hiver, comme les précédents, l’île aux fortunés a failli devenir l’île aux clandestins, les migrants africains échouant par milliers sur les côtes, premières frontières d’une Europe rêvée. L’administration italienne – berlusconienne – étant ce qu’elle est, les immigrants ont été entassés dans des centres militaires avant d’être renvoyés vers leur pays d’origine ou à défaut vers la Libye du Colonel Kadhafi avec qui les négociations sont plus que baroques. Il a fallu faire vite, l’été approchait. On ne peut pas mélanger les torchons et serviettes. La réalité et la beauté. Cet été, les plages sont belles, l’eau claire, les terrains militaires bien gardés et les clandestins disparus. Le soleil dore les estivants. La dolce vita.

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