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Archive pour 14 août 2009

Ombres sans soleil sur les arènes françaises

Vendredi 14 août 2009

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Morante de la Puebla © DR

Il a une allure folle, dandy écarlate au milieu de l’arène. Et un talent de même tempérament. A la ville, l’homme est élégant, chapeau melon et cigare au bec. On lui connaît aussi de sublimes foulards, qu’il porte à l’ancienne. On l’attendait avec ferveur dans les arènes de Bayonne. Blessé, il ne sera pas au rendez-vous, remplacé par un inconnu, Miguel Tendero. Après un José Tomas au triomphe modeste la semaine passée, une navrante corrida d’ouverture à Béziers ce jeudi, l’humeur est vagabonde. Noël Morato, subtil chroniqueur taurin, en rajoute ce matin dans « L’Hérault du jour » : « Béziers sera toujours l’arène des surprises, est celle qu’on a connu en fin de corrida hier soir est de taille. Au dernier toro, Sébastien Castella, après une faena de qualité, n’a pas entendu de pétition d’oreille. Impensable, mais si vrai, et si ressemblant à l’aficion biterroise, que cela ne vaut qu’un qualificatif : médiocrité ». Après cela, qu’espérer ?

Deux bons soldats dans un film de plomb

Vendredi 14 août 2009

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Vincent Perez et Jérémie Rénier © DR

Deux frères. Deux grands nerveux. Une mère, malade, qui « livre un combat honorable contre elle-même ». Ses deux garçons, l’un pianiste émérite, l’autre modeste employé, se retrouvent devant son lit de maladie. Les tourments de l’un, vie sentimentale en point d’interrogation, carrière musicale menacée d’abandon, rejoignent bientôt la vie rêvée de l’autre, addict des jeux de rôles et de parties napoléoniennes qui le conduisent de « bivouac » en « soirées », où se retrouvent, en un monde parallèle, hussards, dames et demoiselles en robe Empire et dangereux chirurgien-chef. La partie de soldats de plomb avance et le pianiste finit embringué dans une fichue affaire de vengeance et de duel sanglant.
Il y avait dans le scénario de Denis Dercourt (La tourneuse de pages), motifs à un grand film baroque, un délice noir d’étrangeté et d’attraction-fascination. Un beau sujet pour Stanley Kubrick comme un parcours initiatique vers une douce folie devenant vénéneuse. Malheureusement le scénariste et réalisateur semble s’être arrêté au seuil de cette magie borderline pour s’ancrer dans un réalisme plombant, tentant vainement le polar plus que le roman psychologique. Le film en sort dévitalisé, seulement porté par la liberté et la justesse des acteurs (Vincent Perez, Jérémie Rénier, Gérald Laroche et dans une moindre mesure, Aurélien Recoing). Dommage, un vrai film sur la confusion des « rôles » reste à faire.

Demain dès l’aube, un film de Denis Dercourt (1h38). En salles.

Duane Michals inéluctablement

Vendredi 14 août 2009

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Duane Michals, Renaissance © DR

Comme le songe d’une nuit d’été mais ce peut-être un conte de toutes les saisons. Le photographe américain Duane Michals fait l’objet d’une rétrospective aux Rencontres d’Arles. L’exposition est de toute beauté et vous embarque, en deux images, dans le monde bien singulier de Duane Michals, 78 ans, connu comme portraitiste – il a travaillé pour le « New York Times », « Vogue », « Esquire » – de Magritte, Warhol, Clouzot, Robert Duvall, Jeanne Moreau, et surtout le « virtuose de la narration séquentielle ». Au Palais de l’Archevêché à Arles, en quatre salles, ses meilleures séquences (« La condition humaine », « Le voyage de l’esprit après la mort », « Le paradis retrouvé », « L’ange déchu », « Le rêve de la jeune fille », « Prends-en une et vois le Fujiyama », « La mort vient à la vieille dame ») ravissent. Elles disent un monde peuplé d’anges, d’esprits et de revenants. Entre songe et réalité, sans doute inspiré du surréalisme. Elles racontent aussi un homme, Duane Michals, fils d’immigrés, élevé par sa grand-mère – sa mère domestique, vivant chez ses maîtres – qui prend son destin artistique en main, découvre la photographie et en fait un art majeur. Chacun de ces éléments biographiques a sa part et devient un matériau dans la pratique photographique de Duane Michals.
Au-delà des images, il y encore les textes de Duane Michals, réunis aujourd’hui dans un livre aux Editions Delpire. Ses mots libres, ses poèmes accompagnent peu à peu ses séries ou instantanés photographiques, accentuant leur poésie ou marquant un engagement très clair pour les minorités, qu’elles soient sexuelles ou raciales (« Salvation »). C’est que le photographe n’a pas ses mots dans sa poche, qu’il s’agisse de la défense des noirs et des gays, de sa détestation de nombreux artistes contemporains (Tillmans, Sherman, Serrano, Prince, Wall, Weigman), Michals cogne. Ses aphorismes sur l’art et son texte « Ce qui confond art et mode », même s’il est d’une belle mauvaise foi, méritent d’être médités. On peut ainsi lire « Ne faites jamais confiance à une photographie de si grand format qu’elle ne peut trouver place que dans un musée »…

Duane Michals, The once and always now, Rencontres internationales de la photographie d’Arles (Palais de l’Archevêché), jusqu’au 13 septembre 2009.

Duane Michals, Ce que j’ai écrit, Delpire.

Duane Michals, Photo Poche (Actes Sud), avec une préface de Renaud Camus.

Lire aussi les textes d’Hervé Guibert sur Duane Michals dans « La photo inéluctablement » (Gallimard), recueil des articles de l’écrivain sur la photographie, parus dans « Le Monde. » L’écrivain photographe s’est beaucoup inspiré dans ses sujets et ses mises en scène du travail de Duane Michals.

La photo à Arles : soleils brillants

Vendredi 14 août 2009

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Jean-Christian Bourcart, Camden NJ © DR

C’est injuste. On court au festival d’Avignon, on s’y installe plusieurs jours et on passe quelques heures à Arles pour les Rencontres internationales de la photographie. Ce devrait être l’inverse. 40 ans de rencontres, 40 ans de ruptures : les expositions des Rencontres d’Arles valaient cette année le déplacement. « Parrainée » par Nan Goldin qui présente sa belle collection (dominée par Diane Arbus), ses classiques (une « Ballad of sexual dependency » rajeunie, « Sœurs, saintes et sybille »), accueille certains de ses amis pour le meilleur (Antoine d’Agata, JH Engström, Anders Petersen, Leigh Ledare) et pour le pire (David Amstrong), elles s’ouvraient aux Ateliers SNCF sur une rétrospective des années Arles. L’avantage avec les photographes est qu’ils immortalisent année après année leurs beaux moments. Quel plaisir de voir les éditions et les photographes défiler. Ils vont venus, ils sont tous jusqu’à cette photographie irradiante d’Hervé Guibert, journaliste au Monde, aux côtés des ministres Jack Lang et Gaston Deferre. Mais laissons-la nostalgie, pour entrer au vif du sujet. La photographie, celle d’aujourd’hui, avec un œil léger sur celle d’hier. Willy Ronis à Sainte-Anne, on peut s’intéresser au formidable Jean-Christian Bourcart et sa virée à Camden (New Jersey), la ville la plus violente des Etats-Unis. Drogues, vie perdues, pauvreté photographiés avec la peur au ventre et l’envie de se colter à l’ordinaire sans trahir ce monde malade. C’est incontestable l’exposition la plus forte de cette édition avec « Without Sanctuary », exposition de photographies et de cartes postales éditées par les grands fermiers blancs des états du Sud pour se vanter du lynchage de noirs afro-américains. Ailleurs, la ville est une exposition permanente, il y a encore le fantômatique Eugène Richards (« The blue rooms »), Bernard Faucon en toute légèreté bouddhique, l’impeccable Denis Darzacq (« Hyper » vu à Toulouse) et naturellement, le maître : Duane Michals. La journée a passé, on s’en retourne à Avignon des images plein les yeux, des histoires et des rêves noir et blanc en couleur plein la tête.

Rencontres internationales de la photographie, jusqu’au 13 septembre, de 10h00 à 19h00. Attention, certaines expositions ferment le 30 août.