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L’empire de la beauté sauvage à Dinard

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Pieta, Paul Fryer © DR

Si vous connaissez Dinard et que la ville vous inspire des sentiments mitigés, vous en reviendrez étonné. La cité balnéaire, si joliment filmée par Rohmer le temps d’un Conté d’été, a beaucoup pour se faire détester : une plage et des parasols, des restaurants de front de mer à la cuisine déplorable, un maire à deux têtes, M. et Mme Marius Mallet, qui à lire la presse municipale, remporte haut la main le célèbre concours du Canard enchaîné « Ma binette, partout ! ». Cela dit, il faut reconnaître à ces deux-là le talent d’avoir convaincu François Pinault de présenter une partie de sa collection dans leur horrible Palais des arts, à quelques mètres de la plage de Dinard. Le milliardaire est originaire des Côtes d’Armor mais possède une maison à Dinard (Ille-et-Vilaine). L’argument est mince, il nous fait pourtant prendre le train et découvrir, assez bluffé, une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation, qui marque avec le même talent qu’à Venise – celui, aussi, de la commissaire Caroline Bourgeois –, l’œil très sur du collectionneur. Avec l’insolence qui doit le caractériser, François Pinault, demande, goguenard, à sa Bretagne natale, qui a peur des artistes.
Dans ce lieu incongru et face à des visiteurs souvent désarmés, la réponse est magistrale : le sacré-cœur de Damien Hirst, Maurizio Cattelan et son pape sous météorite, Paul Fryer et son Christ en chaise électrique, la beauté de Giacometti peint par Yan Pei-Ming, la vision de l’enfer d’Adel Abdessemed par la terreur d’animaux se dévorant les uns les autres. N’oublions pas les œuvres de Dan Flavin, Lucio Fontana, Charles Matton, Pierre Soulages, qui font avec les photographes Jeff Wall et Cindy Sherman déjà figure de classiques. On découvre encore Luc Tuymans ou Martial Raysse et on sort de l’exposition, un brin agacé par les espaces thématiques imposés et artificiels, mais admiratif de la cohérence et la précision de cette collection qui permet même de parler d’art contemporain à un large public, sans qu’il ne se détourne, amusé, ignorant ou démuni. La collection traverse les années, les obsessions des artistes et met alors leur travail en heureuses perspectives. François Pinault, définitivement guetteur du siècle.

Qui a peur des artistes, une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation, Palais des arts de Dinard, jusqu’au 13 septembre 2009.

Une réponse à “L’empire de la beauté sauvage à Dinard”

  1. Gérard dit :

    « Ils » ont peur des artistes : ils commencent à organiser la corruption et finissent par organiser la terreur. Le peintre belge Jan Theuninck a exprimé cette idée dans une toile intitulée Fear ou La Peur
    http://www.flickr.com/photos/26915283@N07/2591151496/

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