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Archive pour 8 août 2009

Daniel Cordier : haute mémoire de résistance

Samedi 8 août 2009

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Daniel Cordier © Ville de Lyon

Un homme, un seul homme. Daniel Cordier. Après avoir raconté les années de compagnonnage avec Jean Moulin, le résistant livre ses souvenirs dans un récit « Alias Caracalla » qui paraît dans la collection « Témoins » des Editions Gallimard. Témoins, la collection est bien chois »i pour ce monsieur délicat et précis. Il aime la vérité, se méfiant de l’approximation de la mémoire : « Depuis que je me suis mis à écrire sur Moulin, j’ai un rapport absolu à la vérité. L’idée même de mentir m’est insupportable. Mais c’est compliqué, la vérité » déclare-t-il dans un très beau entretien avec Thomas Wieder, journaliste au Monde.
La vérité, les vérités d’un homme. La vie, les vies d’un homme. Daniel Cordier est de cette lame. Je me souviens d’une rencontre avec lui près de Juan-les-Pins. Rapa Nui. Sa retraite paisible, propice aux souvenirs et à la mémoire. Il raconte, inlassable, cette vie-là, commencée paradoxalement du côté de l’Action française et de l’antisémitisme de « Décombres », le pamphlet de Lucien Rebatet. 1940 : l’un des premiers à dire non, engagement pour le salut de la Patrie, engagement dans la Résistance, Londres et ses rencontres avec Jean Moulin, Georges Bidault, Stéphane Hessel et Raymond Aron. Les survivants seront des amis pour la vie…
Après, cette vie-là, une deuxième s’ouvre à lui, il est galeriste à Paris, à New-York jusqu’en 1977, date à laquelle sa première vie le rattrape. Il part à la documentation, comme on part au combat, minutieux, clair, engagé. Une biographie de Moulin en quatre tomes comme la grande histoire de la Résistance. Aujourd’hui, le livre de toute sa vie, de toutes ses vies reste à publier : celle d’une dernière vie, aussi, qu’il ne craint de raconter : « Je suis homosexuel, et, même si je ne m’en suis jamais caché, je n’en ai jamais parlé. Là aussi, ce sont des choses difficiles à écrire, surtout pour un homme de ma génération. »

Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, 2009.

Films d’été, cinéma en liberté ?

Samedi 8 août 2009

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Xavier Dolan dans « J’ai tué ma mère » © Rezo Films

En été, le cinéma s’affranchit des normes et des genres. Séances de rattrapage, blockbusters, petites comédies fines, jeunes talents prometteurs, reprises, tout sort un peu pêle-mêle, mais l’envie de cinéma est forte, alors on y court et un matin, on en vient au bilan. Une merveille, « Adieu Gary », avec Yasmine Belmadi, Jean-Pierre Bacri et Dominique Reymond, un étrange film de famille, tout en atmosphère et en fantaisie. A ne pas rater, c’est avec « Là-haut », le film de l’été. Le dessin animé Pixar est une splendeur. Affranchi de tout code, il offre en ouverture une petite symphonie, la vie du couple Fredericksen retracée en scènes dessinées d’une émotion cinématographique pure et un bijou de narration. Rayon famille, il y en a de tout goût : une saga familiale en beauté, « Le temps qu’il reste », du palestinien Elia Suleiman, la prostitution de mère en fille de « Mon Trésor » de Yedaya avec une Ronit Elkabetz trop appliquée, répondant à « Jaffa », petite histoire shakespearienne (une israëlienne, un palestinien, ils s’aiment) dans la ville éponyme, l’étonnant « Ce cher mois d’août », docu-fiction portugaise de Miguel Gomes sur les orchestres de bal qui se termine en drame à la Demy, la comédie française falote « Deux semaines et la moitié des vacances » qui mérite l’oubli malgré la composition de Bernard Campan et Grégori Derangère, le film arty « J’ai tué ma mère » de Xavier Dolan surestimé. La révélation du dernier festival de Cannes, ratant de peu la Caméra d’Or, doit beaucoup à son joli minois qui semble-t-il a fait des ravages sur les garçons assez sensibles de la critique française. Le film démarre avec talent puis s’enlise. Question sensibilité, préférer le duo éternel Sophia Loren / Marcello Mastroianni dont « La journée particulière », filmée par Ettore Scola, n’a pas pris une ride ; beau, touchant, élégant. Ou celui en cavale du film rocambolesque et rêveur d’Alain Guiraudie dans « Le roi de l’évasion ». Autre couple épatant sur un mode mineur, celui de Paul Rudd et Jason Segel dans « I love you, man », pas un film gay, mais un estimable divertimento sur l’amitié entre hommes. Le film vaut pour ses deux acteurs, ses mauvaises manières, le reste est à l’avenant. Au rayon de la mort, souvenons-nous de la fin tragique du truand Dillinger, joliment mis en scène par Michael Mann dans « Public Enemies », l’élégiaque « Fenêtre » de Carlos Sorin et du très sanglant « Midnight meat train », film d’horreur sensible du japonais Kitamura. Entre mort et vie, le sympathique et italien « Déjeuner du 15 août », assemblée de vieilles dames romaines, malicieuses et laissées à l’abandon par leur grand fils. Et encore « Whatever works » d’un Woody Allen à nouveau réveillé, « Jeux de pouvoir » avec Russel Crow et Ben Affleck en assez bonne forme, Et des bêtises encore : « Anges et démons », efficace et minable, et encore, « Brüno », farce trop vulgaire pour marquer des points mais reconnaissons le talent de la méthode Baron Cohen. Pour finir, la mauvaise note d’un film raté : « The reader », grande attente, petit film et des scènes ambiguës qui disqualifient le film de Stephen Daldry, réalisateur pourtant de l’adoré « Billy Eliott » et du respectable « The Hours ». A suivre…

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Le Roi de l’évasion © Les Films du Losange