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Archive pour février 2009

Edouard II : déchéance d’un roi amoureux

Jeudi 5 février 2009

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Vincent Dissez en Edouard II © Christian Berthelot

C’était la dernière au Théâtre Paris-Villette et rétrospectivement je suis ravi d’avoir pu apprécier le beau spectacle de Cédric Gourmelon « Edouard II », d’après le texte de Philip Marlowe. Une épopée théâtrale de près de trois heures qui vous emporte et ne vous lâche plus jusqu’à la mort du roi, perdu par l’amour des garçons. Son sous-titre vaut argument : « Le règne troublé et la mort pitoyable d’Edouard II, roi d’Angleterre, et la chute tragique de l’orgueilleux Mortimer ». Au départ, la mise en scène étonne : des costumes naviguant pas toujours astucieusement de l’ancien au contemporain, un plateau quasiment nu. Peu à peu, ce choix radical suscite l’adhésion tant les acteurs sont de haut niveau. Cédric Gourmelon se défend : « Avec les acteurs, nous avons choisi d’accompagner le texte au présent. Privilégiant la simplicité de la mise en scène et l’évidence du plateau nu ». Et il a raison : le conte cruel et baroque de Marlowe, traduit par André Markowicz, tend alors à l’universel, passant d’une anecdotique pièce sur l’homosexualité d’un roi à un texte d’amour et de passion, sombre et tragique. Au centre de ce tumulte, des hommes s’aiment et se battent, pleurent et disparaissent, des femmes les entraînent, les trahissent du même amour. Trois heures d’une beauté rare, d’une poésie d’acteurs – citons Vincent Dissez, Guillaume Cantillon, Nathalie Elain, Loïc Le Roux, Bruno Pesenti, Julien Storini – au diapason de ce terrible récit…

Edouard II, ms Cédric Gourmelon. Une création dans le cadre du festival « Mettre en scène » de Rennes (Théâtre national de Bretagne).

Hamlet, fou de sang et de boue

Jeudi 5 février 2009

Dès les premières scènes, dans ce décor d’enterrement, il y a une beauté inouïe au Hamlet mis en scène par Thomas Ostermeier. Un chaos total, feu de pluie, de boue, bientôt de larmes, de fureur et de sang. Le spectacle fut mal accueilli lors de sa présentation au dernier festival d’Avignon, il semble aujourd’hui que Thomas Ostermeier l’ait retravaillé pour atteindre cette brutalité magnifique. Hamlet, héros dépressif et violent, voulant venger la mort de son père et les libertés prises par sa mère, et d’autres trahisons encore, est proprement hallucinant. Il court en scène, titube et se blesse dans un fracas monumental que le directeur de la Schaubuhne berlinoise agite, déploie avec énergie. Le texte a sans doute été chahuté, repris, remonté, n’en déplaisent aux shakespeariens. Le talent de Thomas Ostermeier emporte tout, parfois peut-être même le sens de la pièce, mais ses visions sont superbes…

Hamlet, ms Thomas Ostermeier, Les Gémeaux – Sceaux, jusqu’au 8 février 2009

Walkyrie : Tom Cruise en preux chevalier

Jeudi 5 février 2009

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Tom Cruise © DR

Tom Cruise est de retour ! On disait sa cote en chute libre, son public rendu perplexe par son prosélytisme scientologue et voici que l’acteur subtile de « Magnolia » réapparaît dans un film qui, par sa froideur et sa pesanteur, ne restera pas dans les mémoires. Malgré les réserves de sa secte, Tom Cruise a accepté d’incarner pour Bryan Singer, le cinéaste inspiré d’ »Usual suspects », le comte Claus von Stauffenberg qui ourdit en juillet 1944 un complot pour liquider Hitler. En fait d’attentat, il s’agit plutôt d’une tentative de coup d’État – sous le nom de code « Walkyrie » – par une coalition d’opposants au régime nazi, alors que l’armée allemande était attaquée sur ses deux fronts. Sobre, juste et souvent émouvant dans ce rôle-courage, Tom Cruise revient par une performance toute en délicatesse qui passerait presque pour un engagement artistique. Dommage que le film ne soit pas plus brillant, mais le plaisir de retrouver Tom Cruise en bonne forme et intelligence nous rend indulgent.

Walkyrie, un film de Bryan Singer (1h58). En salles.

Gainsbourg 2008 : mi chèvre, mi chou

Mardi 3 février 2009

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Je t’aime moi non plus, le film © DR

D’un seul mot, dire la déception que procure l’exposition « Gainsbourg 2008″ à la Cité de la musique. Beaucoup de bruit pour rien et la sensation d’emprunter des chemins cent fois racontés. Le mystère Gainsbourg reste entier et c’est peut-être mieux ainsi. Quelques petites pépites tout de même : la sculpture de François-Xavier Lalanne « L’homme à la tête de choux », l’autoportrait de Gainsbourg le peintre et sa collection d’écussons de gendarmerie offerts par nombre de gardiens de la paix chargés de ramener le chanteur enivré chez lui après la tournée des grands ducs…

Gainsbourg 2008, Cité de la musique, jusqu’au 15 mars 2009

Un grand garçon pour une pièce impossible

Lundi 2 février 2009

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L’affiche © Théâtre du Rond Point

Il y avait tout pour un grand spectacle : des comédiens haut en couleurs – Eric Berger, Micha Lescot, Jean-Yves Châtelais, Isabelle Carré – et un texte en folie, mais c’était en oubliant Jean-Michel Ribes à la mise en scène. Et ici le bât blesse : la subtilité d’un texte au cordeau se transforme en farce grossière et outrageante, ce qui nécessitait de la finesse d’esprit et un peu d’a-propos se déploie avec force démonstration. Décors, mise en scène, direction d’acteurs, le spectacle est pour ainsi dire à l’avenant jusqu’à ces dernières images d’une cour d’école, où, dans la continuité de son spectacle, Jean-Michel Ribes donne des leçons de bonne conscience en ces temps ultra-sécuritaires. On aurait aimé plus d’agilité à la mise en scène et moins d’imprécation. Si le théâtre se veut politique, alors il faut faire confiance aux mots et aux situations inventés par les auteurs. Pour le coup, l’idée semble avoir échappé au tonitruant patron du Théâtre du Rond-point…

Un garçon impossible, Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 28 février 2009

Natacha Atlas, rose gelée en la chapelle

Lundi 2 février 2009

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Natacha Atlas en concert © DR

Sait-on seulement seulement si elle est belle ? A-t-elle ce charme si rare et oriental qui mettrait d’emblée tous les spectateurs de son côté ? Ni belle, ni même charmante, Natacha Atlas donnait hier son seul concert londonien pour cause de pharyngite aiguë dans une chapelle désaffectée d’Islington et sans chauffage. Il fallait toute l’abnégation de ses fans et de ses musiciens enthousiastes pour trouver de la chaleur dans un concert qui en manquait singulièrement, elle, assise à son tabouret, ingurgitant toute sorte de potions entre deux belles et entêtantes chansons d’influence libano-égyptienne, parlant peu, remerciant à peine l’assistance de sa présence nombreuse. Pourtant, impossible de ne pas reconnaître que Natacha Atlas reste une voix magnifique, un bel oiseau de nuit à faire vivre de brûlantes nuits d’Egypte à même Londres enneigé…

Nouvel album : Ana Hina (Harmonia mundi, 2008)

Portrait Prize 08 : l’invention du monde

Lundi 2 février 2009

Londres toujours, mais juste pour 24 heures chrono. Alors, il faut faire des choix et s’il n’y a du temps que pour une seule exposition, privilégier la National Portrait Gallery qui, aux côtés de l’exposition d’Annie Leibovitz « Une vie de photographe » déjà vue à Paris, propose l’annuel « The Taylor Wessing Photographic Portrait Prize 2008″ qui présente pêle-mêle le travail d’étudiants, d’amateurs ou de professionnels et consacre chaque année cinq photographes de portrait parmi 2500 candidats et 6 700 images proposées à la sélection d’un jury de première main. Si la sélection semblait cette année moins puissante que celle de l’an passé, ce sont tout de même près d’une cinquantaine de portraits « short-listés » et autant de regard comme un tour du monde contemporain, tel qu’il se fait, tel qu’il se vit d’Inde aux Etats-Unis, du Mozambique à l’Ukraine. Du noir en blanc en couleurs, l’invention du monde…

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Bag (detail), 2007 © Hendrik Kerstens / Courtesy of Witzenhausen Gallery

The Taylor Wessing Photographic Portrait Prize 2008, National Portrait Gallery, jusqu’au 15 février 2009

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