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Archive pour 27 décembre 2008

Agnès Varda en banc de sable

Samedi 27 décembre 2008

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Les plages d’Agnès © Ciné-Tamaris

Agnès Varda ! Pas un magazine qui ne mette à l’honneur la rondouillarde octogénaire, vieille cinéaste et jeune plasticienne, telle qu’elle se définit aujourd’hui. Pour ce qui semble être son dernier film, Agnès Varda fait le chemin « à reculons » sur sa vie bien remplie : rencontres d’exception, ciné-famille qui chante et qui rit, entourée de Jacques Demy, Calder, Brassaï, Jean Vilar, Michel Piccoli, Jane Birkin, Serge Gainsbourg, Michel Legrand, Catherine Deneuve ou Jim Morrison, exil californien, voyage dans le monde entier et retour en mer du nord, à Bruxelles, à Sète et en Avignon pour des moments de belle confession. A son habitude, le film est fait de bric et de broc, un grenier bourré à craquer où chaque vieil objet, dépoussiéré, lustré apporte son lot de souvenirs. Un beau travail sur sa propre mémoire, aussi sélectif que subjectif, mais qui, à la longue, semble un peu vain, roublard aussi et lasse le spectateur…

Les plages d’Agnès, d’Agnès Varda. En salles (1h50).

Frédéric amoureux

Samedi 27 décembre 2008

On ne saurait affliger Frédéric Mitterrand d’un « m’as-tu vu / Episode x » que je réserve souvent à la vie politique. Alors mentionnons de quelques lignes la très jolie correspondance qu’il nous envoie de Rome dans la dernière livraison du journal de Pierre Bergé « Têtu ». Frédéric est amoureux, malheureux et éconduit par un jeune homme, « beaucoup plus jeune » que lui, naturellement brillant et charmant. Ils travaillent ensemble, mais le garçon n’a supporté la révélation de cette pamoison naissante. Et Frédéric souffre, et Frédéric écrit, avec les accents d’une nouvelle lettre d’amour en Somalie, sa détresse et ses obsessions d’amour fou. Du premier au dernier amour, il n’est de constance que dans la souffrance et le mal d’aimer. Rome désolée.

Le Caire, de jour comme de nuit

Samedi 27 décembre 2008

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Le Caire © Colette Faivre

Les choses, ici, sont de cet ordre. En entrant dans le bureau de Ghamal Ghitany, on est troublé par un cadre. La signature de François Mitterrand. Un billet de félicitations envoyé par l’ancien président de la République au grand auteur égyptien. Dans un autre bureau, un cabinet de dentiste, reçu par Alaa El Aswany, on parle politique, littérature, résidence d’écrivains, chaussure balancée à la face de Georges Bush et du miracle Obama.
Près de dix jours en Egypte, entre Alexandrie et Le Caire, à s’acclimater aux temps égyptiens : l’un, alexandrin, d’un âge d’or révolu fait des mille et une rêveries d’Occidentaux plus attachés à cette terre de légendes anciennes qu’aux égyptiens, l’autre, cairote, fourmillant, espiègle bien que d’une terrible pauvreté.
A Alexandrie, les pieds dans la Méditerranée, la nostalgie rampe mais ne fait plus recette : la grande bibliothèque est vide de ses 600 000 livres, alors qu’elle pourrait en accueillir 8 millions, les étudiants sont là, mais seulement eux et la grande utopie du savoir partagé a fait long feu. Plus loin, la légende Durrell s’écroule : la villa de ses séjours alexandrins est en ruine, abandonnée aux cageots d’un vendeur de concombres, à quelques chats et poules malfaisantes. L’appartement de Cavafis résiste à la dépression, sauvé par le patriarcat grec et le service culturel de l’Ambassade de Grèce en Egypte. Bye bye Moustaki, Omar Sharif, Yolanda Gigliotti et les autres : depuis leur départ vers 1956, c’est de l’autre côté de la Méditerranée que leurs souvenirs trouvent écho. Les femmes ont pris le voile, les hommes, pour certains, sont devenus d’affreux fondamentalistes, les idées courtes, la génuflexion perpétuelle. Les cafés – Elite, Pastroudis et Délices -, en ont perdu leur animation…
La gare d’Alexandrie nous mène jusqu’à celle du Caire. Ramsès, la bien nommée. Le Caire a des allures new-yorkaises, le sable et la poussière en plus. Une ville-monde, une ville-monstre qui engloutit comme elle assimile ses enfants. Une ville aux mille minarets et autant de portraits du président Moubarak, splendeur lassée de ses grands cafés, mais palpitation de ses galeries d’art où l’on découvre une génération nouvelle de photographes et de vidéastes, œuvrant pour une plus grande ouverture d’esprit. Chez Felfela, restaurant incontournable du centre-ville, on croise Simon Njami, l’oeil des rencontres africaines de la photographie de Bamako. Bientôt s’ouvre la Biennale du Caire. Cette Egypte de l’échange africain, du renouveau culturel a besoin de nous, des énergies occidentales dans le respect de son caractère entier. Peut-être alors l’Egypte ne sombrera pas du côté des Frères musulmans ou de l’adoubement d’un autre « démocrate militaire » dans la lignée moubarakienne. Pour lutter, on peut compter sur les taxis cairotes. Un livre en tête des ventes recueille leurs paroles, truculences et autres énervements contre les politiques, les religieux et autres pouvoirs corrompus. Que Mme Suzanne Moubarak bloque la circulation toute une après-midi pour se rendre à l’Opéra, et c’est une bordée d’injures qui devraient la retenir de recommencer, que la police mette des voitures à la fourrière et c’est le premier ministre qui est traité d’incapable et d’aubergine gâtée ! Le Caire, de cet esprit, vit de jour comme de nuit.