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Archive pour 22 novembre 2008

Tanger la nouvelle se donne à la nuit tombée

Samedi 22 novembre 2008

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Tanger © DR

Tanger, comme beaucoup d’autres villes, se donne à la nuit tombée. Elle devient jaune orange et bleu électrique dans la poussière de la nuit. C’est vendredi, la ville s’est éteinte à l’heure de la prière de midi. Puis, pas à pas, les tangérois ont repris leurs droits dans la ville blanche. Il fait encore soleil, sur la terrasse des restaurants de la place du Grand Socco, on peut voir dans un mirage l’Espagne de Tarifa toute proche. A coups réguliers, la sirène des bateaux faisant la traversée retentit. L’Afrique la plus nordique, et pourtant déjà l’Afrique, ou simplement le Maghreb, si l’on veut être précis : parfums d’Orient, parures dorées, odeurs âcres des marchés, viandes et poissons crus livrés à la chaleur…
Il ne reste rien du Tanger légendaire, celui des écrivains et des artistes de l’après-guerre : Bowles, Williams, Capote, Burroughs, Kerouac. Quelques vieilles américaines excentriques qui rejoindront bientôt le cimetière bordant l’Andrew Church du centre de la ville : on y compte des générations de Gertrude, Walter et autres Esther, aussi nombreux que les pâtisseries et librairies d’un grand siècle européen. La Librairie des Colonnes aujourd’hui est vide, elle ne voit plus passer Jean Genet qui venait y chercher les mandats des Editions Gallimard, juste une vietnamienne un peu folle qui exhorte les libraires à ne pas rester dans les livres qui rendraient neurasthéniques… « Allez-vous balader » leur dit-elle !
Tanger demeure une zone franche, où ne dérivent plus que ceux qui rêvent de faire le passage, matière à fiction pour un André Téchiné en mal d’inspiration (« Loin », « Les temps qui changent »). Les brûleurs rôdent dans les parcs, sur la « terrasse des paresseux » à la recherche d’une combine pour traverser la Méditerranée, cachés sous un camion, impossibles passagers clandestins d’un paquebot.
Certains essayent encore de raviver les grandes heures tangéroises : la photographe Yto Barrada et Cyriac Auriol se sont battus pour créer la Cinémathèque de Tanger au Cinéma Rif. Elle affiche aujourd’hui des films marocains, israéliens ou algériens, et une rétrospective des films de François Truffaut : Le dernier métro, Jules et Jim, La Peau douce… Bains de terre, hamman, jus d’orange frais, casbah, medina, bien sûr, de la douceur mais quand elle se mêle à autant de nostalgie, on rêve presque d’un autre monde… Vient alors la nuit pour nous réconcilier avec cette triste désuétude. Garçons et jeunes filles d’aujourd’hui se baladent. Et cette jeunesse sans doute heureuse malgré une monarchie peu regardante sur les droits de l’homme, affranchie des vieilles lunes occidentales, est le talent de Tanger, sa force et la possibilité, oui, d’un monde nouveau…

Hervé Guibert, journaliste intrépide

Samedi 22 novembre 2008

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Hervé Guibert © DR

Silence, puis de nouveau l’avalanche. Ce jeudi, Hervé Guibert faisait la une de deux des trois suppléments littéraires de la presse française. Dans « Libération », Philippe Lançon, fin analyste de la prose guibertienne, salue le talent du jeune journaliste Guibert à la faveur de la parution des « Articles intrépides » (Gallimard), recueil d’articles culturels publiés dans « Le Monde » entre 1977 et 1985 : « De Guibert, tout est là : une fantaisie précisée, cette phrase volante où les virgules rythment et innervent l’effort d’aimer, la morsure du regard sur le corps qui bouge, sécrète et se métamorphose, un goût de la vérité par excentricité des artifices et du spectacle, une passion légère pour les révérences de la mort. »
Nettement moins à l’aise, dans sa chronique du « Figaro littéraire », Yann Moix se prend les pieds dans le tapis de son admiration mais l’essentiel reste qu’à chaque nouvelle publication, la fascination pour Guibert, qu’il soit journaliste, écrivain, photographe, demeure. Espérons qu’il en soit ainsi longtemps et que ces articles « intrépides » et louangeurs permettent à Hervé Guibert de rencontrer de nouveaux lecteurs. On annonce pour 2009 la sortie en DVD de son film « La pudeur ou l’impudeur » (BQHL) et le coffret sonore du journaliste Vincent Josse « Hervé Guibert, l’écrivain photographe » (Naïve / Radio France) avec des textes de l’auteur lus par Jean-Louis Trintignant, Juliette Gréco, Cyrille Thouvenin et Anouk Grinberg.

Les articles intrépides, Hervé Guibert, Gallimard.

Le protocole rédactionnel, par Philippe Lançon, Libération, 20 novembre 2008.

Jane de tous les combats birmans

Samedi 22 novembre 2008

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Jane Birkin © Reuters

Birkin, encore une fois. Mercredi, à Paris, Jane donnait une petite fête dans les locaux de sa maison de disques pour le lancement de son nouvel album « Enfants d’hiver » dont on a dit ici tout le bien et l’émotion qu’il nous procure. On appelle désormais cela un « show-case » où, devant la profession, les amis et la famille, Jane Birkin a chanté avec ses musiciens quatre de ses nouvelles chansons dont elle a pour la première fois écrit les paroles et repris en éternel hommage « ex-fan des sixties » de Serge Gainsbourg. Une jolie demi-heure en chansons avec une Jane fragile, petit charlot timide dans ses vêtements amples, qui dès qu’il s’agit de reprendre le combat pour la Birmanie donne de la voix, porte fort son engagement pour les enfants, les moines, Aung San Suu Kyi et les militants de son parti. De plus en plus libre, de plus en plus vrai.