Les folies passagères de Jacques Demy

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Jeanne Moreau dans « La baie des anges » de Jacques Demy © Ciné-Tamaris

Tout Demy. On vous passera les jeux de mots que le réalisateur aimait tant, mais quel bonheur de disposer ad libitum de ses films enchantés (Model Shop, Lola, Peau d’âne, La baie des anges), courts-métrages (Le bel indifférent), documentaires (Le sabotier du Val de Loire), téléfilms (La naissance du jour, L’Evénement…) et films mal connus (Lady Oscar) ou mal aimés (Le jouer de flûte) comme ce très fragile (raté ?) Parking avec Jean Marais, Laurent Malet, Francis Huster et Marie-France Pisier où le ridicule l’emporte malheureusement sur la tentative de réinventer le mythe d’Orphée et Eurydice.
Par la volonté énergique d’Agnès Varda et de ses enfants Mathieu et Rosalie, l’intégrale des films de Jacques Demy sort enfin en DVD, avant la rétrospective que lui consacrera la Cinémathèque française en 2009. Le plaisir est tel de retrouver le cinéma de Jacques Demy qu’on en viendrait à pardonner l’indigence des bonus, insupportablement trustés par les amis de la Varda connection qui ne laissent aucune place à l’analyse pour ne suggérer que l’anecdotique ou le coloré alors que les films de Demy méritent des regards bien plus fins, qu’ils soient politiques, sociaux ou sexuels. Comme si l’on avait voulu gommer tous les aspérités, paradoxes, ambiguïtés du cinéaste sensible pour ne retenir que la ritournelle. Or la poésie de Demy et sa puissance intacte tiennent à la tension permanente et terrible des sentiments humains. L’intime rejoint alors souvent le combat politique comme dans ce beau film-manifeste qu’est « Une chambre en ville ». Réduire ainsi l’oeuvre de Jacques Demy à une parenthèse enchantée est franchement décevant. Il faut tout le talent et l’indépendance d’esprit d’un Jean-Pierre Berthomé, ami nantais et spécialiste es Demy, pour que s’entendent ces interrogations et que le propos échappe à la désespérante « doxa » familiale…

Intégrale Jacques Demy, un coffret DVD, Ciné-Tamaris, 99,99 euros.

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