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Le cri de Tracey Emin à Edimbourg

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Tracey Emin © Scott Douglas

On quitte l’après-midi Oleg Kulik, un chien fou, à Paris pour découvrir une autre enragée à Edimbourg. Tracey Emin ! Cet automne, l’artiste anglaise d’origine chypriote, complice de Sarah Lucas et de la bande des Young British Artists (YBA) qui affolèrent la scène artistique londonienne au début des années 90, a les honneurs de la National Scottish Gallery of Modern Art pour la première rétrospective de ses créations.
20 ans, déjà ! Comme le temps semble passer furieusement vite avec Tracey Emin. De ses premiers dessins ou installations, plus rien. Tracey Emin a par deux fois détruit la totalité de son travail. Il ne reste aujourd’hui qu’une installation en forme de pirouette à l’entrée du musée : sur des étagères sont posés de petits canevas recouverts de photographies des oeuvres détruites. Cette liquidation fait l’effet d’une bombe et vous catapulte directement dans son univers trash et poétique. Echos d’une enfance difficile, amour de grand-mère et admiration du père propriétaire d’un hôtel « International », douleurs de l’avortement, passion d’amour destructrice, Tracey Emin donne la part la plus intime d’elle-même dans une débauche de couleurs, de patchworks et de sexe. Elle est la fille du quartier par qui le scandale arrive, mais il n’est que le reflet d’une vie de dureté. Et, merveille du sordide, Tracey Emin transforme ses blessures, ses dépressions en un art incontrôlé, totalement affranchi, lit ouvert sur ses névroses, sang et pisse compris. Parfois, aussi, Tracey Emin danse. Sur une musique des Bronski Beat, elle semble heureuse, virevolte. Parfois, encore, Tracey Emin hurle. Hommage à Munch, elle crie, sur un ponton de Norvège, nue face à la mer, la tristesse de tous ses enfants morts. Son hurlement court les couloirs de la Gallery et résonne encore à l’heure d’écrire ces quelques lignes. Magnifique engagement de soi pour la création, éblouissante domination de soi pour l’art. Alors le soufre qui entoure son œuvre s’estompe et c’est une remarquable artiste qui, année après année, dépression après controverse, force le respect.

« Tracey Emin. 20 years », National Scottish Gallery of Modern Art, jusqu’au 9 novembre

Une réponse à “Le cri de Tracey Emin à Edimbourg”

  1. karine Papillaud dit :

    Un cri de rage, mais une physionomie bien renfrognée.

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