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Archive pour 29 octobre 2008

Oleg Kulik : la FIAC mordue par un chien

Mercredi 29 octobre 2008

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© Oleg Kulik

L’affaire Kulik a d’abord couru les allées de la FIAC avant de s’offrir deux colonnes dans « Le Monde » lundi, puis l’ouverture des pages « culture » de « Libération » ce matin. Samedi, à la FIAC, les photographies du russe Oleg Kulik ont été décrochées par des policiers en civil sur instruction du Parquet de Paris en raison du caractère « violent ou pornographique » des images « susceptibles d’être vues par des mineurs » montrées sur le stand de la galerie moscovite XL. Images saisies et galeristes gardés à vue.
Difficile de savoir s’il s’agit d’une péripétie due au zèle de quelques fonctionnaires des douanes ou la confirmation d’une censure carabinée qui s’abattrait sur la création artistique en France… Mais, surtout, qui est cet avant-gardiste d’Oleg Kulik, dont je découvre seulement aujourd’hui qu’il est exposé dans le monde entier, que les images de ses performances ont été achetées par le Ministère de la Culture et qu’en janvier prochain, au Théâtre du Châtelet, il signera une mise en scène des « Vêpres de la Vierge » de Monteverdi ?
Voulant juger sur pièces, je me précipite à l’heure du déjeuner à la galerie Rabouan-Moussion qui expose en même que la FIAC plusieurs de ses travaux récents. « Libération » a encore des lecteurs et la galerie comptait à mon arrivée une affluence inhabituelle de curieux et de journalistes venus flairer, caméra au poing, l’odeur du scandale. derrière les micros, se murmurent les mots de « zoophilie » et de « pornographie ». De scandale, pourtant, il n’y en a point dans les images d’Oleg Kulik – ou alors vous n’êtes jamais entré dans une galerie d’art contemporain. De la puissance et de la rage, en revanche, des tonnes.
Le performer, né à Kiev en 1961, se met en scène sur des tirages grand format. La nudité n’est jamais frontale, mais d’emblée, vous êtes saisi par la force et la beauté du bonhomme, une belle gueule de russe énervé, corps épais et musclé. Il est tour à tour chien méchant, politicien nourricier, Jésus d’un calvaire de boucherie moscovite. Et encore, la tête dans le cul d’une vache (« Deep into Russia » !), ami d’une chèvre nommé Charles, député aux pattes d’ovin, de nouveau chien en laisse et muselière, puis lâché face à des hommes politiques sans doute véreux et, pour terminer le parcours par une vidéo, gourou barbu. Son idéologie ? La « zoophrénie », soit une nouvelle façon d’aborder les rapports entre l’homme et l’animal dont le principe tient, nous indique un cartel, en ces quelques mots : « Je n’ai jamais été un homme. En effet être un homme exige l’exclusion de tout ce qui est non humain, que ce soit animal ou divin ». Instructif. Finalement, ce petit scandale a du bon : il nous découvrir un artiste, un vrai !

« New Sermon. Photos et vidéos de performances 1993-2003″, Oleg Kulik, Galerie Rabouan Moussion, Paris 3, jusqu’au 1er novembre.