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Archive pour 24 octobre 2008

Jane Birkin, bel enfant de l’hiver

Vendredi 24 octobre 2008

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Jane Birkin dans son film « Boxes » © DR

Ses chansons semblent s’être échappées de son film « Boxes », des journées sombres de ciel de crachin dans son petit village de l’Aber-wrac’h, pas loin de la retraite de son cher Christophe Miossec – le chanteur brestois qui lui rappelle tellement Serge. Jane Birkin a écrit toutes les paroles de son nouvel album « Enfants de l’hiver » et confié les mélodies à Edith Fambuena, Alain Lanty et quelques autres. Et c’est une réussite. Des chansons tristes et mélancoliques, piano-voix, accompagnées de quelques instruments pour sertir des textes très intimes. L’album sortira le 17 novembre, il signera le vrai retour de Jane Birkin à la chanson, après deux ou trois albums de contributions diverses, charmants mais impersonnels. Gainsbourg a cesse d’être son double, Jane B. s’avance seule sur ce disque. Elle est magnifique.

« 2001 je suis parti à Brest avec Dora… J’ai embarqué une douzaine de mélodies pour m’encourager… Je me suis mise immédiatement à écrire pendant dix jours, tempête dehors et dedans, je crois qu’il y avait une accalmie, et j’ai écris sur le sable, sur la plage Ste Marguerite, les pages volaient avec le vent…sur les dunes, je parlai dans mon dictaphone…c’était période bleue… pause… Avignon. Je pars pour une carte blanche offerte par Laure Adler en direct sur France Culture, Philippe Lerichomme me suggère les chansons de Gainsbourg réorchestrées par Djamel Benyelles…Djam & Fam…paroles de Serge, mistral, magie…Arabesque était né…l’Odéon, le public était là, un « Visiteur du Soir » aussi… Olivier Gluzman ! Nous voilà parti pour l’Algérie, avec Serge en Arabesque.
2008, sept ans et quarante et un pays plus tard… Je reprends mes textes et les mélodies après la sortie de « Boxes », retrouvés dans des tiroirs. Avec Philippe, mon complice de toujours, on a travaillé et corrigé mes fautes… J’ajoute des pages griffonnées sur ma table de nuit, sur une enveloppe, sur un menu, dans un avion, une plainte, une blague, un regret… Puis Eulry, Fambuena et Grill ajoutent leurs mélodies à celles du début : Souchon, Lanty, Richard, Sivadier, Workman, Rodde, Louis…J’y colle mes colères nocturnes, des nostalgies, des histoires…
Dans le studio d’Edith et Annika, j’étais en paix, accompagnée, bercée, aimée…les musiciens sont arrivés, doux, touchés, …un mois de bonheur, au revoir la solitude, mixage avec Mako, une semaine de parfum en plus… Je donne une photo de moi à douze ans, on me reconnaît…. Avec une infinie délicatesse, Jorge Fernandez m’emmène au bout… J’écris ceci sur la même table devant la mer, il pleut comme il y a sept ans, ma voix me chante à travers les haut-parleurs et je n’ai pas honte…
Je reçois les photos retouchées par Emilie, chronopost… « Enfants d’Hiver » part au jugement des autres…l’hivernage est terminé » Jane Birkin

Jane Birkin, Enfants d’hiver. Sortie le 17 novembre.

Le fier engagement du DV8 Physical Theatre

Vendredi 24 octobre 2008

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To be straight with you © Matt Nettheim – DV8

Il se joue pour une soirée encore sur la scène de la Maison des arts de Créteil l’un des plus beaux spectacles de danse et de théâtre mélangés de cette saison. Le britannique Lloyd Newson et sa très performante troupe du DV8 Physical Theatre donne « To be straight with you », un spectacle en forme de manifeste anti-homophobie, fruit de la recension de nombreux témoignages de personnes victimes de leur sexualité. Qu’ils soient de Jamaïque ou de Trinidad, médecin en Irak, rabbin ou imam, quidams saisis au hasard d’un micro-trottoir, ils sont les témoins dansés de cette pièce chorégraphique qui offre un formidable état du monde de l’intolérance sexuelle. Un tract ? Non, mieux que cela : un spectacle majeur, au cordeau qui se pare de la technologie la plus aboutie pour dénoncer et rêver d’un monde meilleur sans la moindre candeur. Implacable et salutaire. 80 minutes d’une intensité rare.

To be straight with you, Lloyd Newson, Maison des arts de Créteil, jusqu’au 25 octobre 2008.

Le pas de deux coeurs passés par l’hiver

Vendredi 24 octobre 2008

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Fragments sur la grâce © Vincent Dieutre

Il faisait soleil à Noisiel ce dimanche et c’est dans une jolie atmosphère de feuilles d’automne qu’Arte et la Ferme du Buisson accueillaient les bobos parisiens en goguette et ados du quartier pour le festival européen « Temps d’images », idéalement coordonné par l’amie Frédérique C. On avait laissé les poussettes tout-terrain et leur contenant chez les grands-parents, les cheveux en bataille se faisaient concurrence et les garçons allaient souvent par deux.
Le pas de deux était aussi le tempo du chorégraphe Daniel Larrieu et du cinéaste Vincent Dieutre, rassemblés par José-Manuel Gonçalvès pour un « chantier » astucieusement appelé « Acte de présence avec petites trouvailles ». Des trouvailles en forme de retrouvailles pour deux quinquagénaires, survivants d’une hécatombe de sida, terribles témoins de la fin de la parenthèse enchantée de la libération homosexuelle. Ils étaient là, tous les deux, face à face, leur timidité, leur pudeur domptées par un attirail de machines, consoles de mixage, caméras dv, mac titanium pour raconter leur fin des années 80. Années de travail harassant pour l’un – des tournées que l’on égrène au fil de son agenda comme les morts que l’on enterre, numéros de téléphone qu’on raye de son répertoire ; années de sortie du tunnel de la drogue et premiers pas de cinéma pour l’autre. Daniel Larrieu et Vincent Dieutre se donnaient l’un à l’autre – et la rencontre était éblouissante d’émotion. L’un danse, l’autre chante. Tout est fragile, donc sublime tandis que court le fantôme d’Hervé Guibert dans les jardins romains de la Villa Médicis.

Le site du festival « Temps d’images »