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Archive pour septembre 2008

Louise Bourgeois, la sorcière couturière

Mercredi 24 septembre 2008

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Louise Bourgeois, 1970 © Raimon Ramis

J’avais des a-priori nombreux. J’avais raté ses expositions à Paris et à Londres. La même rétrospective terminait sa course à New-York au Guggenheim comme un docile retour au bercail d’une femme maintenant vieille qui a vécu sa vie entre New-York et l’Europe. Il n’en était absolument rien, j’ai vu là une des plus belles expositions qui soient. Toute sa vie d’artiste, de plasticienne, de sculpteur qui déroule dans l’immense spirale du Guggenheim. Sa vie, son oeuvre et cette présence si forte, si féminine qui court d’une pièce à l’autre. Louise Bourgeois nous provoque, hurle sa condition de femme, d’artiste, brandit ses convictions, livre son travail, le reprend et le retravaille encore dans des obsessions de corps, de contraintes et de souvenirs. Apre et fulgurante, elle n’offre pas l’échappatoire du beau pour nous distraire. Ses oeuvres sont violentes et signifiantes : elles se donnent et vous compliquent la perception du monde, parce qu’elle ne lâchent rien des détails qui assombrissent nos existences que nous rêverions pourtant joyeuses à défaut d’être exceptionnelle.

Histoires d’O. à New-York

Mercredi 24 septembre 2008

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© DR

Le blog du New-York Times est en surchauffe ! Plus de 40 pages de commentaires et contributions assez en pétard contre les installations du plasticien islandais Olafur Eliasson. L’homme par qui le scandale arrive ! 15,5 millions de dollars pour implanter quatre gigantesques cascades sous les ponts de New-York entre les berges de l’East River, Brooklyn et Governor Island. Le résultat est, il est vrai, un peu décevant quand on a connu la magie des soleils dans la Turbine Hall de la Tate Modern à Londres. Sans doute parce que Eliasson a vu trop grand et que ce gigantisme sied mal à ses créations… Reste tout de même une vision, un engagement au service de l’environnement et de la qualité de vie que portent ses « phénomènes » géants qui soufflent une poésie de paysage dans un enfer de verre et d’acier…

Lire les commentaires sur le site du New-York Times.

Robert Mapplethorpe polaroïds

Mercredi 24 septembre 2008

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Charles and Jim (1973) © Robert Mapplethorpe Foundation

C’est une petite salle du Whitney Museum de New-York. On y accède par la mezzanine du 4ème étage après avoir croisé de beaux Edward Hopper, un Jackson Pollock et deux ou trois autres toiles de prestige. Plus loin, Robert Mapplethorpe offre en une courte exposition ses polaroïds. Bien avant ses fleurs vénéneuses et ses figures érotiques cuir vêtues, Robert Mapplethorpe a débuté sa carrière en photographiant au polaroïd ses amis et parfois leur amant, sa muse Patti Smith, ses compagnons de route new-yorkais (Candy darling, Andy Warhol, Marianne Faithfull), son compagnon Sam Wagstaff et encore d’étonnantes natures mortes qui sont déjà la préfiguration de ses chefs d’oeuvres. Ainsi, sobrement, en noir et blanc, le Whitney nous les donne à voir, comme les premiers moments d’une œuvre incroyablement « new-yorkaise ».

Robert Mapplethorpe, Polaroids, Whitney Museum, New-York, jusqu’au 14 septembre 2008.

Les tracts de Michael Patterson-Carver

Jeudi 18 septembre 2008

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© Michael Patterson-Carver

A première vue, des dessins d’enfants. On s’approche et ce sont des tracts qui nous sautent à la figure, affirmation de mille causes naturellement défendables que Michael Patterson-Carver met en scène dans ses dessins faussement naïfs et diablement militants. Des portraits justes et sensibles comme en miroir d’une Amérique infantilisée par l’émotion.

Michael Patterson-Carver, 2008 Altoids Award, New Museum, New York.

M’as-tu vu ? Episode 10

Mercredi 17 septembre 2008

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M. et Mme Nicolas Sarkozy et Benoît XVI © Reuters

« Carla Bruni actrice ? C’est ce que l’épouse du Président a déclaré hier sur la BBC lors d’une interview. Sa nouvelle vie au côté du chef de l’Etat ? « Ce n’est pas si difficile, c’est comme jouer dans un film »…
Libération.fr

New Museum : musée haut, musée bas

Vendredi 12 septembre 2008

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New Museum © Dean Kaufman

Depuis décembre 2007, New York compte un nouveau musée – c’est d’ailleurs son nom. Le New Museum. Un musée d’art contemporain, au plus près des artistes de notre temps. Au sud de Manhattan, entre Little Italy et Chinatown, le New Museum en impose tout de suite par sa couleur, un blanc immaculé que vient réveiller une sculpture arc-en-ciel d’Ugo Rondinone (Hell, yes !), sa taille et son architecture de boîtes à chaussures posées les unes sur les autres. « Designed by the japanese firm Sanaa and the architects Kazuyo Sejima and Ryue Nishizawa » nous apprend le New-York Times sur son site Internet.
On entre séduit, on en sort dépité, déçu par une exposition « After nature » sans souffle, sans aucun point de vue : quelques oeuvres faiblardes (à l’exception d’un admirable cheval passe-muraille de Maurizio Cattelan et d’une vidéo saisissante d’Artur Zmijewski), livrées au public sans qu’on y comprenne grand chose, dans un vide glacial, où se traîne et s’épuise aussi une danseuse sur le ciment impeccablement ciré…

New Museum, 235 Bowery, New York.

New York 09 / 11 : love your enemies

Jeudi 11 septembre 2008

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World Trade Center Memorial Lights © DR

Dans le Paris-New-York de 8h25, affrété par Air France, il n’y avait personne. Plus de 200 places libres. Le personnel de bord a déplacé les passagers pour équilibrer l’avion. Peur d’une récidive ? Etrange comportement que cette date produit. Le 11 septembre. A l’arrivée à New-York, la vie bat son plein, trépidante comme je l’aime, cosmopolite, intrigante et moderne. Pourtant, ce matin, à 8h46, les cloches des églises ont sonné, rappelant l’attaque terroriste des tours jumelles du World Trade Center. Partout, des drapeaux ont fleuri, deux services à la Trinity Church, voisine, rendront hommage aux disparus. John Mc Cain, Bill Clinton, Barack Obama sont attendus sur le site, trou béant où a été bâti un mémorial de fortune, des grues tout autour. Un périmètre de sécurité en interdit l’approche, seules les familles des victimes et des pompiers en association sont autorisés à y pénétrer. Ils portent tous un ruban blanc et bistre, d’autres des t-shirts distinctifs à l’effigie d’une soeur, d’un fils, d’un ami. Qui se souvient de Veronica Torres ? Sa famille demande qu’on ne l’oublie pas…
Plus loin, des activistes tiennent haut des pancartes, demandant la vérité sur le 11 septembre et le retrait des troupes américaines. Ils sont jeunes, font du bruit. Des patriotes, étoilés, les conspuent sur le trottoir d’en face. Sur le pas de sa porte, un joaillier est au spectacle. Sur sa vitrine refaite à neuf, les images de sa boutique le jour d’après témoignent pour lui. Bientôt, les voix des opposants à la guerre sont couvertes par une chorale de mormons en habits traditionnels. Ils chantent et offrent de petits guides qui ont pour titre « Love your enemies ». Ils ne font guère recette. A la nuit tombée, deux raies de lumières bleues dans le ciel sombre et nuageux sont venues clore cette journée du souvenir. La terrasse du New Museum accueillait gracieusement les New-Yorkais pour qu’ils se recueillent ensemble…

Le site « Here is New York »

Mathieu Riboulet : ceci est mon corps

Jeudi 11 septembre 2008

Des mots, pas d’image. Juste les mots d’un auteur qui, de livre en livre, est en passe de devenir l’un des plus puissants écrivains français. Mathieu Riboulet publie chez Verdier un nouveau roman « L’amant des morts » en cette rentrée littéraire après un passage de quelques livres chez Gallimard. Pour ceux qui connaissent l’auteur, découvert par Maurice Nadeau, de « Quelqu’un s’approche », « Un sentiment océanique » ou de « Mère biscuit », c’est une confirmation, pour les autres, le livre pour découvrir l’écriture éblouissante de Mathieu Riboulet.
Ces lignes en dos de couverture résument ce texte :  » Jérôme Alleyrat avait seize ans quand son père prit l’habitude de coucher avec lui, et lui avec son père. La mère a décidé de s’enfuir. Quand il arrive à Paris, un matin de septembre 1991, il a vingt ans. À cette date, l’épidémie de sida bat son plein. Peu concerné par cet événement, tout entier concentré sur la quête d’un plaisir qui frôle l’anéantissement de soi, Jérôme est arrêté au beau milieu de son accomplissement par l’irruption sous son toit de la maladie, en l’espèce : son voisin de palier qu’il recueillera, soignera, accompagnera jusqu’à la fin. De cet épisode fondateur découlera l’orientation de sa vie tout entière. Sa trajectoire remet au centre de notre attention ce qui désormais a disparu derrière le rideau de fumée de la réification triomphante : le goût du sexe, l’élan vers l’autre, la tentation du bien… »
Fiez-vous à ces quelques phrases ou pas, mais achetez et lisez ce livre. Dès les premières pages du texte, vous serez saisis, emportés par la force de Mathieu Riboulet, sa noirceur aussi et conquis par un style unique.

Mathieu Riboulet, L’amant des morts, Verdier, 2008. Sélection France Culture / Télérama Rentrée littéraire 2008.

M’as-tu vu ? Episode 9

Jeudi 11 septembre 2008

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Mme Nicolas Sarkozy et « Michel » © Frédéric Dugit / MAXPPP

« Reste que, pour le moment, le résultat est médiocre venant d’une chanteuse dont le premier album a totalisé plus de deux millions de ventes. Les raisons sont analysables à loisir : trop de presse people, trop de proximité politique avec le président de la République, baisse générale du marché (plus de 10 % pour le premier semestre 2008), mauvaise date de lancement… Mais Naïve prévoit 200 000 ventes d’ici à Noël de Comme si de rien n’était, aidées par une vague de promotion télévisée à la rentrée. La chanteuse était chez Michel Drucker, dimanche 7 septembre, sur France 2. Elle est annoncée chez Nagui dans son émission « Taratata » (France 4) et sur Canal+. »

Querelles de chiffre pour Carla Bruni, par Véronique Mortaigne, Le Monde, 8/09/08.
La première dame vers le bac à soldes, par Gilles Renaud, Libération, 6/09/08.
Carla Bruni : droit de réponse de Naïve, par Patrick Zelnik, Libération, 11/09/08.

Castella torero : la lumière des étoiles mortes

Lundi 8 septembre 2008

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Sébastien Castella © DR

Il voulait « mettre de la folie dans les gradins » à Béziers le 15 août dernier. On en garde plutôt le souvenir d’une fête assez triste. Le vent, des toros sans allant et toutes les explications du monde… L’adage espagnol s’est vérifié une nouvelle fois : « corrida d’espectacion, corrida de decepcion ». Traduisez : « corrida de grande espérance, corrida décevante ». Mais qu’est-il arrivé à Sébastien Castella ? Espoir impétueux devenu star absolue de la corrida en 2006, il ne reste deux saisons plus tard que l’ombre de lui-même. Superbe dans son habit de lumière noir, il semble porter le deuil de sa magnificence. Des blessures, bien sûr, lui qui toréait si près des cornes, des convalescences négligées pour retrouver au plus vite le sable des arènes, la pression des impresarios et de son entourage, on peut imaginer, le succès, l’argent… Castella le Magnifique traîne aujourd’hui la patte, échoue régulièrement à l’estocade. Dépassé par José Tomas, Morante de la Puebla, Miguel Angel Perrera ou même José Maria Manzanarès II. Parfois de beaux gestes rappellent les temps anciens, les gradins soulevés de passion mais l’émotion n’est plus la même et la ferveur des aficionados s’en ressent. Nous voudrions tous vibrer, retrouver intacte la fièvre de ses grands soirs mais le feu-follet biterrois a disparu, laissant la place à un pantin timide aux cheveux longs, près du toro encore, sensible toujours mais désincarné. Sommes-nous injustes, brûlant ce que nous avons adoré ? Peut-être. Les arènes d’Arles ou du Sud-ouest lui ont claqué la porte au nez. De rage, blessé de ces mauvaises manières, Sébastien Castella a accepté un combat nîmois inutile : seul face à six toros à la féria des vendanges. Pour rivaliser avec l’ennuyeux El Juli, plus constant que lui, éternel numéro 1. « Mon cœur m’a dit de le faire. Je voulais frapper un grand coup en fin de saison. C’est une façon de répondre aux arènes qui m’ont exclu ». Espérons que ce ne sera pas le combat de trop et que ce mois de septembre annonce la résurrection du Magnifique.

Sébastien Castella face à six toros, Feria des Vendanges, Arènes de Nimes. Le 20 septembre à 17h00.

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