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Archive pour 6 septembre 2008

Tim Walker, un magicien d’Oz à Londres

Samedi 6 septembre 2008

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© Tim Walker

Découvert aux Rencontres photographies d’Arles, cet été, Tim Walker est aussi ces jours-ci au Design Museum de Londres pour une exposition qui comme en Arles met en scène ses rêves de mode et de vieilles demeures anglaises où la vie poésie court les couloirs, hante les greniers, remplit les salles de bain de végétations, accroche les chambres à coucher au sommet d’arbres centenaires, les enfants jouant au théâtre d’ombres dans les prairies attenantes, les marionnettes toutes mécaniques sorties des livres des livres pour enfants faisant la noce dans le salon, tandis que chevaux, chiens et autres matous multicolores y trouvent une auberge d’un bonheur très stupéfiant ! Pour se maintenir en magie walkerienne, un solide catalogue vient de paraître. Un merveilleux livre de messe païenne…

Tim Walker, Pictures, Editions Te Neues, 98 euros.

La belle personne de Louis Garrel

Samedi 6 septembre 2008

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Louis Garrel dans « La Frontière de l’aube » de Philippe Garrel © DR

Il sera vendredi à l’affiche de « La belle personne », adaptation pour ARTE de « La princesse de Clèves » par son réalisateur complice Christophe Honoré. Il est d’ailleurs de tous ses derniers films : « Ma mère », « Dans Paris », « Les chansons d’amour ». Il dit de lui : « Louis est un acteur habile, virtuose, je ne peux lui refuser ces qualificatifs picaresques, puisque comme lui je suis convaincu que le cinéma est encore un terrain d’aventures… Ce qui demeure, persévère chez Louis, c’est qu’il est poétique… Un scène avec lui apparaît remplie, construite, absolument claire, et dans le même temps absolument incertaine. » Il traîne ainsi sa dégaine de jeune comédien intelligent et racé en couverture de Télérama cette semaine.
Bientôt, on le verra avec Laura Smet dans le dernier film de son père, Philippe, « La Frontière de l’aube », accueilli très diversement à Cannes en mai dernier. Pourquoi un tel engouement ? Parce qu’il le mérite, parce qu’il est avec Benoît Magimel, quoique plus jeune, un des rares acteurs français à chercher, à décrypter le travail du comédien de cinéma comme de théâtre. A preuve, l’interview passionnante qu’il donnait le mois dernier aux Cahiers du Cinéma, tout tendu dans la réflexion de son art, parlant théâtre et cinéma, mise en scène et direction d’acteurs, avec la jubilation d’un pratiquant. Idéale personne.

Les Cahiers du Cinéma, juillet-août 2008. En kiosque.

La belle personne, de Christophe Honoré, avec Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Ringuet, ARTE, le vendredi 12 septembre à 21h00. Sortie en salles le 17 septembre.

Les belles manières de Patrick Dewaere

Samedi 6 septembre 2008

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© DR

Qu’il est étonnant de revoir ce film quelques jours après comme le très mainstream « Comme les autres » de Vincent Garenq. « La meilleure façon de marcher », c’est la cadence de la colonie de vacances en Auvergne, où se rencontrent durant l’été 60 Marc et Philippe, deux moniteurs que tout oppose : le premier (Patrick Dewaere) se veut viril, tandis que le second (Patrick Bouchitey) se montre beaucoup plus réservé, efféminé et taciturne. A l’un le sport et les bagarres, à l’autre le club théâtre. Un soir, Marc surprend Philippe habillé en femme. Une étrange relation s’instaure entre les deux hommes, un désir homosexuel violent, une fascination mêlée de sadisme jusqu’à l’explosion de la fête du dernier jour. Quelques années plus tard, le film saisit leurs retrouvailles, émouvantes, d’un amour maladroit et jamais consommé. Plus que tous les autres (Patrick Bouchitey, Claude Piéplu, Christine Pascal), c’est Patrick Dewaere, fragile, jeune, diablement beau et brutal, qui porte ce beau film de Claude Miller.

La meilleure façon de marcher, un film de Claude Miller (1976, 1h30). Reprise en salles.

Richard Prince : le cow-boy et la nurse

Samedi 6 septembre 2008

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Untitled (Cowboy), 1989 © Richard Prince

Attention, derniers jours ! La Serpentine Gallery de Londres présente en quelques salles, tout près de la fantastique construction de Frank Gehry une exposition de Richard Prince. L’américain, né en 1949, est à la fois peintre,sculpteur, photographe et collectionneur; Son univers tient de la publicité, comme de la littérature populaire. Il détourne, retourne les mythologies de la société de consommation (Cow-boy Malboro, nurse de pulp fiction) avec un talent et un humour qui font de lui l’un des artistes les plus côtés de la scène mondiale, adulé notamment par le créateur Marc Jacobs avec qu’il collabore pour le compte de LVMH, partenaire de cette rétrospective-événement : « nous avons les mêmes références. Ce sont celles de la vie américaine de tous les jours. Je suis très sensible à son sens de l’humour. J’aime sa façon de s’approprier les choses, de les changer, de mettre leur banalité en avant, de détourner voire de détruire leur but original… Quand je regarde les nurses, je retrouve la même tranquillité, le même confort que dans les peintures de Rothko, même si la comparaison entre les deux est impossible. Les couleurs sont plus fortes. J’aime bien l’idée qu’elles soient faites à partir d’un matériel complètement cheap… »

Richard Prince, Continuation, Serpentine Gallery, jusqu’au 7 septembre 2008

Christine Angot : l’amour, l’amour, l’amour

Samedi 6 septembre 2008

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Christine Angot © Nan Goldin

On la moque, à la manière d’une Duras par Desproges ou d’une Sagan par Thierry Le Luron. Didier Jacob, critique littéraire au Nouvel Observateur, a du talent et son « Cucul la Christine » a la force des meilleurs papiers d’un Angelo Rinaldi. Pour Christine Angot, c’est sans doute le prix à payer, le sang à verser, les affronts à supporter pour le dépassement de soi. Christine Angot écrit. Tout et parfois, sans doute, n’importe quoi, mais son obsession à dire, à décrire les aléas de sa vie de grande amoureuse, à convaincre aussi est remarquable et bien au-dessus de la mêlée. S’en moquer est facile. Ce grand livre malade, volontiers désagréable, après plusieurs mois d’errances entre plusieurs éditeurs, a de grandes maladresses, des longueurs de conversations au téléphone ou de séances chez la voyante mais s’y dessine aussi le portrait d’une femme affranchie et d’un homme, Bruno Beausir, alias Doc Gynéco, qui mérite mieux que sa caricature. Si un roman est comme l’affirmait souvent le même Rinaldi » « une dépression dominée par la syntaxe », alors Christine Angot, dans la galaxie d’un Hervé Guibert, est une grande romancière. Dommage qu’elle n’ait pas à ses côtés, por travailler davantage ses textes, l’éditeur qu’elle mériterait.

Le marché des amants, Christine Angot, Le Seuil, 2008.

Service de presse, Angelo Rinaldi, Plon, 1999.

Martine Aubry, la maire-cenaire lilloise

Samedi 6 septembre 2008

On lui décerne, sans conteste, le titre de femme de la semaine, sinon du mois. Martine Aubry, après des mois, des années d’exil lillois, est de retour sur la scène nationale. Le week-end dernier, à l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, la maire de Lille attirait tous les regards et s’appliquait à les retenir tous. Les médias, pressés, annonçaient déjà sa probable accession à la tête du PS. Royal en échec, Delanoë inaudible au-delà du périphérique, Moscovici mal connu et vite trahi, une auréole de super-maire de Lille, où sa réussite reste peu contestable, un livre de circonstance, dicté à la va-vite à Stéphane Paoli, une stratégie d’alliances contre-nature avec les godillots de Fabius, de Strauss-Kahn, de Montebourg, l’adoubement surréaliste de Jean-Pierre Raffarin, l’admiration du petit Benoît Hamon : les ingrédients étaient réunis pour faire de Mme Aubry ce qu’elle n’est pas : une femme humaine, proche des gens, « vraiment de gauche », seule capable de réveiller le parti socialiste de sa léthargie « hollandaise ».
La colère montait, on se frottait les yeux : quelques preuves faudra-t-il encore aux socialistes perdus et orphelins de François Mitterrand pour ne pas se jeter dans les bras de la fille de Jacques Delors, si avide de pouvoirs ? On se remémorerait à l’envi ce train de sénateurs, députés et ministres partis consoler l’inflexible Martine à Lille après la publication du pamphlet de Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, « La dame des 35 heures » (Robert Laffont, 2002). La dépression passée, aucun de ceux-la ne trouvait grâce à ses yeux, traités comme tant d’autres de « cruche » (Ségolène Royal), de « poupée Barbie » (Elisabeth Guigou), de « mickeys ». N’oublions pas non plus la colère d’un Pierre Mauroy, lui ayant laissé en viager la totalité de son empire lillois, n’en revenant pas, lors d’un conseil national du PS en mars 2006, de sa méchanceté et de ses inélégances quotidiennes : « Elle a dit trop de mal, de trop de monde ! »…
Quelques déclarations à la presse et déjeuners d’appareil plus tard, patapras, la mayonnaise tournait aigre. Propos cassants, trahisons, morgue inflexible, fausse humilité, Martine Aubry reprenait le costume de la « mèremptoire » si souvent décrit par ses collègues et anciens collaborateurs. Une nouvelle fois, Pierre Mauroy vint calmer les esprits en surchauffe en dénonçant les contorsions des « aubryistes » et appelant à des majorités d’idées plus crédibles. Qu’il faille la sagesse d’un très vieil éléphant comme Pierre Mauroy pour faire entendre raison aux militants laisse pantois quant à la capacité du Parti socialiste à redevenir une machine de guerre et de pouvoir efficace face à l’omnipotence du président Nicolas Sarkozy et de l’UMP. On y reviendra.