Archive pour août 2008

Alain Genestar : derrière l’épaule

Vendredi 8 août 2008

Alain Genestar vs Nicolas Sarkozy. Cette couverture qui aurait pu être à l’origine de mes « M’as-tu vu ? » lui vaudra sa place à la direction du prestigieux Paris Match, ce magazine que tant disent ne lire que chez le dentiste. Paris Match, je le lis tous les jeudis, cherchant même à en deviner la couverture avant d’arriver au kiosque. Le poids des mots, le choc des photos. Et si c’était vrai ? Beaucoup à l’étranger le tiennent en haute estime, pas trop loin des mythiques Vanity Fair, New York Times ou New Yorker.
Dans un petit livre, sans larme et ni trop de complaisance, Alain Genestar, que l’on a connu immodeste et donneur de leçons, livre sa vérité sur ces journées qui firent de lui l’ennemi numéro de la Sarkozie, alors que l’épouse du ministre de l’Intérieur se cherchait une nouvelle vie auprès du bientôt célèbre Richard Attias. Pas de procès, juste une mécanique infernale et finalement assez naturelle au nouveau régime présidentiel pour choisir ses interlocuteurs dans les rédactions avec la bienveillance de la direction des grands médias français. Par quelques pages argumentées sur le photo-journalisme et la nécessité de lire mais aussi de « voir » une information, Alain Genestar salue avec intelligence le travail des photographes. Une humilité salutaire !

Expulsion, Alain Genestar, Editions Grasset.

Lire aussi à ce sujet le livre du collectif Patrick Le Bel « Madame, Monsieur bonsoir » sur la fabrique de l’information TF1 aux Editions Panama.

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« La » couverture de Paris Match © DR

Bachir : danse avec les morts

Jeudi 7 août 2008

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Valse avec Bachir © DR

Etrange sentiment en sortant de la projection de « Danse avec Bachir ». Bien sûr, le film d’Ari Folman est une prouesse technique et scénaristique. La bande son aussi remarquable. Mais d’où vient cette sensation que ce plaidoyer sonne par instant faux ? Que cette amnésie est une précaution pour éviter de s’interroger en profondeur et en responsabilité sur l’horreur des massacres de Sabra et Chatila ? Mais comment parler loin de cette sale guerre ? Je ne sais pas. J’avoue mon trouble, seulement.

Valse avec Bachir, un film d’Ari Folman. En salles

Renaud Dutreil : merci patron !

Mercredi 6 août 2008

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Renaud Dutreil © Salon des entrepreneurs

Abandonnant sa bataille fratricide avec la loyale Catherine Vautrin, candidat malheureux aux municipales de Reims, remportées par la socialiste Adeline Hazan, Renaud Dutreil, 48 ans, premier président de l’UMP, ancien sous-ministre des gouvernements Raffarin et Villepin, part faire des affaires à New-York et profite des derniers feux de sa notoriété française pour faire, en pages « Horizons » du quotidien « Le Monde », la leçon et remercier M. Bernard Arnault de sa toute récente nomination à la tête de la filiale américaine de LVMH, firme upper-class spécialisée dans le luxe.
Quel spectacle affligeant que celui de cet homme, vraisemblablement mal vu du régime Sarkozy au point de n’avoir trouvé aucun emploi dans la nouvelle nomenklatura, discourant sur son passage de la République à l’Entreprise avec majuscules s’il vous plaît pour mesurer l’importance du nouvel engagement d’un homme qui se voulait d’Etat.
Après s’être battu pour la France et son PIB, Monsieur Dutreil s’en va servir les intérêts commerciaux de la France, lui à qui la République n’a pas trouvé de maroquin suffisant. Devrions-nous trouver cela exceptionnel ? Passé le plaidoyer pro-domo sur son activisme ministériel et parlementaire, les obstacles rencontrés dans ses missions réformatrices d’une France alanguie, Renaud Dutreil chante les louanges de Bernard Arnault. L’homme est déjà courbé à la domesticité de son nouvel employeur. Lisez :  » Aucun pays ne se fait un rang et une place dans le monde d’aujourd’hui s’il ne possède, à côté de dirigeants politiques lucides et courageux, des entrepreneurs visionnaires, capables de réussir dans le temps et le monde. La France doit beaucoup à Bernard Arnault. Sa réussite est aussi une réussite française. Elle est celle des artisans, des créateurs, des vignerons, des designers, des gardiens des traditions qui ont fait de LVMH le leader mondial de la beauté. Elle est celle de l’entrepreneur qui les a inspirés, soutenus, encouragés. » N’avons-nous rien de mieux que ce flagorneur au petit pied, que cet homme politique prétentieux et orgueilleux à exporter aux Etats-Unis pour représenter le fleuron de l’excellence française ?

Pourquoi je quitte la vie politique, par Renaud Dutreil, Le Monde, 4 août 2008.

Le monde selon Terry Richardson

Lundi 4 août 2008

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© Terry Richardson

Bien sûr, il n’est pas notre photographe préféré : cette part trop grande de vulgarité le pousse loin de nous. Mais à feuilleter son « Terryworld » qui paraît chez jours-ci chez Taschen pour la modique somme de 14,99 euros, on se réconcilie avec ce photographe du sexe et des outrances. Proche de Kate Moss, trash à n’en point douter, baiseur de première et pornographe de toutes les audaces, Terry Richardson photographie un monde bien à lui, se déguise, se met en scène si possible dans le plus simple appareil et détourne quelques mythes pour les sexualiser comme ce baiser torride entre Batman et son fidèle Robin. Sexes en érection, chattes grandes ouvertes, slips aux auréoles suspectes, nibards XXL et gros culs, tatouages et foutre, il ose tout avec le sourire d’un diable qui doit cacher bien des dépressions… On peut trouver cela parfaitement dépravé ou en rire une bonne fois pour toutes !

« Terryworld » par Terry Richardson, Editions Taschen.

Hallam Foe : Jamie Bell, frère animal

Lundi 4 août 2008

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Jamie Bell dans « My name is Hallam Foe » © DR

De Billy Elliott à Hallam Foe, le jeune comédien, à la manière d’un Antoine Doinel / Jean-Pierre Léaud anglo-saxon, grandit sous nos yeux. Nous avions laissé un adolescent solitaire sur L’autre rive, nous le retrouvons presque adulte aux prises avec une famille en lambeaux, mère décédée, père remariée avec une tentaculaire belle-mère, grande sœur partie vivre sa vie. Alors, Hallam Foe, tout à sa folie, vit dans les arbres, fugue et se retrouve bientôt à Edimbourg à la recherche de lui-même. D’errance en petits boulots, Hallam se reconstruit. Le film de David McKenzie est fragile, le scénario et la mise en scène manquent parfois de finesse mais Jamie Bell est une nouvelle fois exceptionnel dans ce rôle de jeune homme borderline, vivant son imaginaire comme la part la plus belle de son quotidien, frère animal d’une vie sauvage où la vérité des sentiments se vérifierait dans la frénésie sexuelle, l’alcool et le voyeurisme.
Passionné de danse depuis l’âge de six ans, Jamie Bell, né en 1986 à Billingham, est découvert par Stephen Daldry (The Hours) à la suite d’un casting-marathon et engagé pour tenir le rôle-titre de Billy Elliot (2000), l’histoire d’un jeune danseur sur fond de grève des mineurs sous Margaret Thatcher. Le succès mondial est au rendez-vous : Jamie Bell est récompensé l’année suivante du BAFTA du meilleur acteur. Après avoir combattu dans La Tranchée (2002) de Michael J. Bassett, le comédien enchaîne les tournages, interprétant dans des univers différents les films Nicholas Nickleby (2003), L’Autre rive (2004) et The Chumscrubber (2004). Le réalisateur danois Thomas Vinterberg (Dear Wendy) s’intéresse bientôt à lui, tout comme Peter Jackson et Clint Eastwood qui font appel à lui pour King Kong (2005) et Mémoires de nos pères (2006). Un jeune homme d’avenir, on vous le dit !

My name is Hallam Foe, un film de David McKenzie. En salles.

Purgatorio ou le théorème d’Avignon

Dimanche 3 août 2008

Le « Off » d’Avignon s’est terminé hier, le « In » la semaine dernière sur une fréquentation en hausse, des louanges de toute part pour Vincent Baudriller et Hortense Archambault, les directeurs du « In » après la curée et la circonspection des années précédentes.
J’ai peu écrit sur les débats critiques en cours et les quelques spectacles vus en Avignon (Purgatorio, Faune(s), Atropa) : pas de découverte, pas de grand éblouissement, une vraie difficulté à circuler d’un spectacle à l’autre, une « communion » insupportable et consensuelle du public pour des formes théâtrales qui si elles sont pour la plupart innovantes et « performantes », laissent peu de place aux textes, à la direction d’acteurs (merveilleuse chez Guy Cassiers) et à la mise en scène (jusqu’à la disparition du metteur en scène dans le spectacle d’ouverture « Le partage de midi » de Claudel dont se sont emparés Valérie Dréville et sa horde prétentieuse) et trouvent plus souvent dans la brutalité et le « viol » la manière de dialoguer avec le public. Pour la beauté du geste et la poésie, il faudra revenir.
Naturellement, on applaudit ces spectacles parce qu’ils osent, prennent violemment parti mais je ne peux m’empêcher de trouver leurs champs de vision et d’interprétation limités. Où est le monde, ses chaos, l’étrangeté de la rencontre avec autrui ? Ici, dans le théâtre de cette vieille Europe moribonde de sa consanguinité, que de mondes clos, enfermés dans le désespoir de soi, dans la connivence de ses troubles, rien qui ne soit éveil, ouverture au mélange des cultures et des genres qui permettrait de revitaliser les esprits, irriguer les réflexions…
Alors, de Libération au Monde en passant par Télérama, dans le retrait accablant du Figaro des débats faute de journalistes présents au festival, par cette critique soldée au seul émerveillement de sa survie, on acclame, à la quasi-unanimité, un paysage avignonnais méritant, mais si personne ni prend garde, bientôt dans le coma idéologique. Malgré les salles pleines de gens heureux de ce bel et rassurant « entre-soi », si perturbant soit-il…

Le site du festival d’Avignon

Le blog de Vincent Josse sur le site de France Inter.

Le blog de Laurence Liban sur le site de l’Express

Les larmes amères de Salma Zidane

Dimanche 3 août 2008

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© DR

On m’avait dit « n’y va pas, c’est un film pour bonnes consciences »… J’avais envie de revoir des images et paysages d’Israël et de Cisjordanie, j’y suis allé sans reculer.
Salma Zidane est veuve, mère de deux filles bien mariées et d’un fils exilé aux Etats-Unis. Elle survit par la vente des citrons de son verger, hérité de son père, aidé d’un fidèle et vieil ouvrier agricole, à la frontière entre la Cisjordanie et une colonie israëlienne. Sa vie modeste est bientôt perturbée par l’arrivée dans le voisinage d’un nouveau couple. Un insolent ministre israëlien de la Défense dont la sécurité exige qu’on abatte le verger, mesure autoritaire et imbécile à laquelle tente vainement de s’opposer Mira, sa femme névrosée, abandonnée à sa condition de « femme de… ». Avec le soutien d’un jeune et ambitieux avocat, rejeté par certains des siens, Mme Zidane va se battre contre l’injustice, contre la brutalité des frontières entre israéliens et palestiniens. Les clichés s’enfilent les uns après les autres comme perles sur fil de nylon jusqu’à la défaite inéluctable de la petite dame aux citronniers, le départ de l’épouse malheureuse, le mariage du jeune avocat avec la fille d’un dignitaire de l’Autorité palestinienne. Mais, disons-le simplement, le film qui paie son admiration maladroite à l’iranien Abbas Kiarostami et tient de l’histoire simple et édifiante comme un conte, vaut le détour pour ses mêmes défauts et la présence impeccable de la comédienne Hiam Abbass.

Les citronniers, un film d’Eran Riklis (1h48). En salles.

Incroyable Hulk : le sommeil du monstre

Dimanche 3 août 2008

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Edward Norton © SND

On y court pour Edward Norton. Et puis, c’est l’été et dans le vaillant cinéma de Sète, il ne se joue que peu de films. Courir à Montpellier pour un film d’auteur respectable mais emmerdant, le soleil tape trop fort. Alors, ce « Hulk » par le frenchie Louis Leterrier, un de ces jeunes réalisateurs français inconnus dans l’hexagone mais qui réussiraient à Hollywood dans le sillage de, Besson, Jeunet ou Kassovitz devrait faire l’affaire d’une soirée d’après-plage.
Après le « Hulk » stylisé mais complètement assoupi d’Ang Lee, les premières séquences de ce « Hulk » laissent présager du meilleur : une formidable course-poursuite dans les favelas hallucinantes de Rio nous montre l’idéal Bruce Banner (Edward Norton), toujours recherché par l’armée américaine, en prise avec son propre Hulk de démon. Même si, dès la première transformation, on se demande toujours, à l’heure du triomphe du morphing et de la 3D, pourquoi il est toujours aussi mal dessiné et ressemble si peu au bel Edward. Mais revenons à Bruce dont les battements cardiaques ne doivent dépasser 200 pulsations à la minute, au risque de réveiller l’horrible monstre vert : « Je ne veux pas contrôler cette force, je veux m’en débarrasser ». Alors, Banner s’adonne aux arts martiaux, apprend à respirer, et se contrôle en permanence tout en cherchant, par correspondance, un antidote auprès d’un savant fou, héritier des meilleurs Marvel®.
Saisis au départ par les tourments wertheriens du beau Bruce, le film nous plante vite là, débande à la manière d’une fameuse scène de lit entre Bruce et sa fiancée retrouvée, jouée par une Liv Tyler exsangue qui transforme ce film musclé en une abominable comédie sentimentale… qui se termine sans effort, ni étincelle mais par l’apparition de Robert Downey Jr dont on espère qu’il donnera plus de peps au Hulk III. Pour le moment, c’est « encore, raté »…

M’as-tu vu ? Episode 5

Vendredi 1 août 2008

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Mme Nicolas Sarkozy sur les toits de l’Elysée © Annie Leibovitz / Vanity Fair

A lire : Ces premières dames qui nous gouvernent. Les dossiers du Canard enchaîné. Disponible en kiosque.

Mais où est passée Sophie Calle ?

Vendredi 1 août 2008

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© Sophie Calle / Galerie Emmanuel Perrotin

 » Le lundi 17 mai 2005, j’ai quitté Malakoff à 8h55. Je suis arrivée Gare du nord quelques minutes avant le départ de mon train pour Rang-du-Fliers. Je savais seulement que je devais me rendre à Berck et, dès mon arrivée, contacter ma voyante afin qu’elle me donne de nouvelles instructions sur la suite du programme. J’avais demandé à Maud Kristen, voyante, « Où et quand ? ». Pas plus. Elle avait accepté de tenter l’expérience, faire un test, avant de s’engager plus sérieusement. Elle a ensuite consulté les cartes. « Le premier train, lundi prochain, à destination de Berck. Je ne sais pas pourquoi on veut vous faire aller là-bas, on va le découvrir. Une fois que vous serez à la gare, vous m’appellerez et nous verrons. » Nous verrons… Aller voir. Mon futur m’attend lundi à Berck. »
Sophie Calle

Sophie Calle, « Où et Quand ? », exposition à la galerie Emmanuel Perrotin, 10, impasse Saint Claude, Paris 3, du 6 septembre au 14 octobre.

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